‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècleChapitre 26 sur 60 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

La Cène. — Lull* coiilre Luther

Pendant que Zwingli luttait contre les anabaptistes et défendait In Réforme contre le» emportements de l'esprit de secte , il soutenait de 1 autre coté contre Luther et les modérés, un combat non moins important (1). Je voudrais saisir l'homme à ce moment où il fut dans lu plénitude de son génie et de son action, et réunir quelques traits de son caractère '.

1. Jû ne fais ici que induire le» lémoi gouges contumpo* r*ia> de Bull Juger, Weins a M jconiu*.

Zwingli était d'une constitution robuste; sa figure , très-vive et d'un caractère très-prononcé, a dans ses portraits une singulière expression de force , en même temps que de finesse ; un sourire mêlé d'ironie erre sur ses lèvres. Son œil est méditatif; mais ses contemporains racontent qu'en chaire , lorsqu'il parlait contre les corrompus, il s'illuminait d'un éclat terrible. Son humeur, il l'atteste lui-même, n'avait rien de morose : il était plutôt enclin à la gaieté , et c'est là , suivant la remarque naïve de Bullinger (2), ce qui seul lui a permis de résister à la fatigue de ses travaux. Le bonheur comme l'adversité, il supportait tout en homme. Aucun danger ne put jamais l'empêcher de dire bravement la vérité (3).

Il trouvait une grande distraction et un délassement dans la musique , qu'il cultivait

avec passion et dans la société de son excellente femme et de ses enfants. Il se réunissait souvent avec des amis, et se rendait aux invitations des plus humbles comme des plus puissants. Sa bienveillance était sans égale. Nul ne s'est adressé à lui sans obtenir ce qu'il demandait, ou sans emporter la conviction qu'il lui était impossible de l'accorder. Il était assailli nuit et jour par une foule d'hommes, riches ou pauvres, Suisses ou étrangers. Tous ceux qui étaient expulsés de leur patrie pour cause de religion se réfugiaient auprès de lui, comme auprès d'un père; Hutten, Cariât ad t n'implorèrent pas en vain sa protection. Personne ne le quittait, sans avoir reçu satisfaction. Il ne pouvait rien refuser aux pauvres, et il lui est arrivé bien souvent d'être exploité par des hypocrites. Ses faibles ressources ne suffisaient pas à son inépuisable charité. D'un t. îu 11

— 4M — caractère irritable, il s'emportait quelquefois, mais il ne conservait aucune rancune. Exempt de haine et d'envie , il supportait patiemment la haine , F envie et les mauvais procédés de seg adversaires; et pourtant, quand il le fallait , il savait défendre vivement son innocence et son honneur.

Il étudiait saq* relâche, surtout l'Écriture, mais aussi les classiques grecs et latins. Les ouvrages qu'il a publiés, ne furent que la moindre partie de ses occupations. Il avait une immense correspondance avec la Suisse, l'Allemagne, la France, l'Italie. Les uns lui faisaient des questions sur l'Ecriture , d'autres lui confiaient leurs affaires et lui demandaient des conseils* A tous, il répondait de manière à les remplir d'admiration et de reconnaissance. De plus, il faisait tous les jours un cours sur l'Ancien

Testament d'après le texte des Septante, comparé au texte hébreu 5 et suivait arec une sollicitude extrême tout ce qui se faisait dans les écoles. Enfin, sauf le cas très-rare de maladie , il prêchait toujours lui-même. Ses sermons, simples, à la portée de tous, attiraient une grande foule. D'une elarté parfaite dans l'exposition de la doctrine, il était sévère et ineisif dans les réprimandes , plein d'onction dans les avertissements, et* dans les consolations, touchant et aimable. Il détestait les phrases pompeuses et parlait toujours comme on parle au pays (4). « Je ne sache personne, dit Myconius, qui ait attaqué avec une telle autorité les corrompus , surtout les pensionnaires, les oppresseurs des pau-

vres (5). » Il faut ajouter que le conseil le consultait d'ordinaire quand il s'agissait de choses intéressant la réferme * et qu'il était

souvent chargé de rédiger ses mandats, ses réponses et ses arrêtés. Dans les derniers temps de sa vie surtout, tout le poids des affaires reposa sur lui. Aussi ses amis ne pouvaient comprendre comment il pouvait suffire à toutes ses occupations, et s'étonnaient qu'il ne devînt pas fou (6).

Sa vie fut .un combat perpétuel. D'abord la lutte contre le pape ; puis celle contre les anabaptistes; enfin avec Luther, une querelle déplorable , qui déchira en deux la réforme et fit courir à l'oeuvre tout entière les plus imminents périls.

Cette fois la question ne portait pas, comme avec les anabaptistes, sur les conséquences de

la réforme dans Tordre temporel. Elle était purement théologique; mais elle touchait à l'un des points priucipaux de la dogmatique chrétienne : le sacrement de l'Eucharistie.

Suivant la doctrine catholique, on le sait, le pain et le vin disparaissent au moment même de la consécration et sont remplacés par le corps et le sang de Jésus-Christ (transsubstantiation). Luther, sans admettre cette doctrine, du reste assez récente dans l'Église, puisqu'elle ne fut érigée en article de foi que par le concile de Latran (1215), soutenait que sous le pain et le vin, sans changement de substance, le corps et le sang du Christ sont présents réellement et essentiellement (doctrine de la présence réelle, de la consubslantiation ou de X impanation). Il niait contre les catholiques deux choses : la disparition de la substance du pain et du vin,

et le renouvellement quotidien du miracle ; mais il admettait avec eux la présence réelle et l'expliquait par la doctrine de l'union des deux natures. Belën cette doctrine , dont on peut suivre les traces dans l'histoire ecclésiastique, depuis Luther, qui semble la tenir d'Occam, de Lefebvte d'É tapies et de Gersou (7) jusqu'à Jean Scott É ri gène (8), l'humanité du Christ $ en tertu de son union étroite et indestructible avec sa divinité , a , comme Celle-ci , le don de Y ubiquité : le corps du Christ est présent sous les espèces du pain etdu vin^ comme il est présent partout. Luther jugeait que cette doctrine était conforme aux termes mômes de F institution : h Ceci est mon corps, » et, fidèle à son principe de Fin* terprétation littérale de l'Écriture, il déduisait de ce texte, avec le dogme de la présence réelle, là nécessité de la communion sous les

deux espèces pour les laïques comme pour les prêtres.

Zwingli était d'accord arec Luthef poufr réclamer la communion sous les deux espèces et pour repousser la transsubstantiatioh : ces deux points se trouvent déjà énofacés dans la défense des conclusions et dans le lirre sur le canon de la messe ; mais arec son principe que la foi seule sauve et que rien d'extérieur ne peut purifier l'âme, il ne pouvait s'arrêter à la doctrine de la présence réelle. Il fit un pas de plus et rompit complètement avec la tradition : pour lui, la Cène ne fut plus qu'une commémoration de la mort que le Christ a subie pour racheter les péchés des hommes : le pain et le vin ne furent que les signes 1 du vrai corps et du vrai sang de Jésus-Christ.

1. Signe ou sacrement. De là \e nom ùesacramentairêi donné aux partisans de celte doctrine Jrar leurs adversaires.

Outre sa valeur dogmatique, la controverse qui s'engagea sur cette question entre les réformateurs allemands et les réformateurs suisses, avait une importance extrême comme symptôme de deux tendances très-opposées. La réforme luthérienne , quoi qu'il paraisse , procédait avec un esprit conservateur. Luther était entré dans la lutte avec de terribles déchirements de cœur. A chaque pas qu'il faisait en avant, il semblait sentir le sol manquer sous lui , et l'histoire n'a rien de comparable à ses efforts désespérés pour lutter contre la force irrésistible qui l'entraînait comme malgré lui. Son principe était de ne repousser dans les dogmes et dans les pratiques de l'Église, que ce qui était positivement opposé au texte de l'Écriture. Il voulait bien sortir de la tradition pour obéir à l'ordre supérieur de Dieu même ; mais pour le déter-

miner à cette rupture douloureuse, il fallait que cet ordre eût toute l'autorité d'un texte formel.

Le principe, le caractère de Zwingli étaient tout différents. Pour lui, le christianisme était tout entier dans l'Écriture. 11 n'admettait pas que Dieu eût négligé de faire connaître des choses nécessaires ou utiles. Il ne conservait dans les institutions existantes que ce qui était consacré par un texte exprès. Il n'avait pas de lutte intérieure à soutenir pour s'écarter de la tradition. Tout le travail qui s'opérait en lui était celui d'un esprit qui , épris de la vérité , se dépouille successivement par un examen réfléchi et consciencieux , des erreurs accueillies sans réflexion par la seule influence du milieu environnant. Il était avant tout un logicien, et bien assuré de sa prémisse, l'autorité de

& Écriture, il brisait sans hésitation et èaàs remoHs, les institutions des siècles (9).

Nulle part, cette opposition de principe ne se tnontra avec plus d'éclat que dans la question de la cène. Le dogme de la transsubstantiation était devenu en quelque sorte le point central de tout le culte catholique. Non- seulement le prêtre qui, en consacrant l'hostie, la changeait en Diett , puisait dans ce miracle dont il était l'agent quotidien, une incomparable puissance; mais il est établi historiquement que sur cette doctrine repose toute la constitution dti sacerdoce (10). De plus, On déduisait de ce dogme les messes privées pouf1 les Vivants et pbtir les morts , et l'adoration du Dieu tirant dans l'hostie était la base même du culte dans l'église Catholique. Luther, en conservant la présence réelle/ maintenait évidemment le prifl-

cipe même sur lequel reposaient ces pratiques, quoiqu'il les repoussât vivement, et Zwingli était certainement fondé à dire que « l'antechrist ne pouvait être renversé complètement, tant qu'on n'aurait pas détruit de fond en comble cette erreur (11).»

Zwingli accomplit résolurent cette rupture radicale. Il ne fit pas cette démarche si grave sans une longue préparation des esprits et sans un grand et profond travail intérieur. C'est successivement et de degré en degré qu'il s'éleva, par une opération toute logique , à U simplicité suprême de sa théorie. Je trouve quelque part dans ses œuvres , une image par laquelle il exprime bien cette vue de plus en plus claire de l'esprit : « Quand l'on a marché longtemps dans la neige, et qu'on arrive ensuite dans une verte prairie, les yeux ne

la voient pas d'abord ; ils restent longtemps éblouis de l'éclat de la neige, et ne recouvrent leur exactitude qu'après un temps quelquefois assez long. 11 en est de même de notre entendement. Nous avons longtemps marché à travers les doctrines humaines : elles ont tellement affecté notre jugement qu'arrivés dans la riante verdure de la parole de Dieu, nous ne l'apercevons pas de nos yeux ouverts. Quelques-uns seulement recouvrent la vue peu à peu (12)1 » « Dès 1522 , dit Melchior Adam d'après les biographes contemporains, Zwingli savait ce qu'il devait fuir, mais il ignorait encore ce qu'il devait faire. Il avait pénétré la fausseté de la transsubstantiation ; il sentait aussi que la doctrine de Luther sur la consubstantiation ou l'impanation ne pouvait s'accorder avec les paroles du Seigneur, ni avec l'ensem-

ble de la foi chrétienne, ni avec les témoignages de l'antiquité orthodoxe : mais il ignorait encore ce qu'il devait adopter. Enfin, le rapprochement attentif et répété de tous les textes de l'Écriture lui fit reconnaître la vérité (13).»

Mais il fallait de grands ménagements pour produire cette doctrine au grand jour. Zwingli dit lui-même : « Quoique mon opinion soit formée depuis plusieurs années , je n'ai pas voulu la jeter dans le public, avant d'en avoir conféré plusieurs fois avec des personnes doctes et pieuses (14)... J'aurais craint, en l'enseignant avant que les esprits ne fussent préparés, de compromettre la vraie doctrine (13). »

La première trace de la doctrine de Zwingli est peut-être dans ces mots d'une lettre adressée à Oswald Myconius, le 20 jan-

— 13*vier 1520 : a Christ, mort une fois pour nos péchés, ne meurt pas de nouveau : s'il ne meurt plus, il ne renaît plus, et par conséquent il n'habite plus avec nous corporellement. *> Ces piots , dans cette lettre , sont dirigés contre le pape ; mais comme ils expriment l'un des argument* le* plus habituels de Zwingli contre la présence réelle, il n'est peut-être pas téméraire de penser que c'est par cette brèche que sa doctrine pénétra dans son esprit.

Quoi qu'il en soit , il n'exprime nettement son opinion que dans une lettre adressée (le 15 juin 1523) à son b\m-aitné maître et frhre Th. Witlembach (16), comme s'il avait voulu lui donner un témoignage éclatant do sa reconnaissance en l'initiant, le premier, aux résultats de ses méditations sur un si grave sujet. Mais cette lettre où la peu-

sée est encore voilée et ne semble pas en possession de tons ses éléments, ne fut pas publiée de son vivant. L'année suivante (16 novembre 1524), Zwingli s'exprime avec une entière précision , et muni de toutes ses preuves, dans une lettre adressée à Mathieu Àlber (Mathœus Alberus), pasteur à Reutlingen (17). À ce moment, Carlstadt venait de publier son premier écrit sur cette question. Il avait soulevé partout des tempêtes et des querelles. Zwingli, informé d'une controverse engagée entre Àlber et F un de ses collègues, écrit au premier, pour l'engager à s'abstenir de cette discussion, ajoutant que Carlstadt, bien qu'ayant tort dans l'explication des paroles sacramentelles, avait raison au fond. Il déduit ses arguments avec beaucoup de force, et termitie en suppliant Alber de ne oomttthniquer sa lettre qu'aux

personnes les plus fermes dans la foi. Le bot de Zwingli , en écrivant cette lettre, était, comme il le dit lui-même, d'appeler sur cette importante matière les méditations de personnes trop disposées jusqu'alors à jurer sur la parole du maître (18). Un mois après (16 décembre 1 524 ), il en communiqua une copie à ses amis les pasteurs de Strasbourg ( Capiton , Bucer) : ceux-ci l'adressèrent à d'autres, et les copies s' étant multipliées, Zwingli se décida à la publier (mars 1525). Elle parut en même temps que le commentaire sur la vraie et la fausse religion (19) , qu'il écrivit en latin , à la demande de plusieurs amis de France et d'Italie, et qu'il dédia à François Ier qu'on croyait alors favorablement disposé envers la réforme.

J'ai cru devoir citer exactement ces dates. Elles démontrent que Zwingli ne saisit le

public de cette question qu'après le grand retentissement et le grand scandale produit par le petit livre de Carlstadt. Il affirme positivement qu'il aurait attendu encore , sans cette publication (20) ; mais , une fois la question lancée dans le monde , il se crut obligé d'accourir à la défense de ce qu'il considérait comme la vérité. La même hésitation avait arrêté Œcolampade : ils sentaient bien tous deux la gravité de cette question , et de quels orages elle troublerait le début de la réforme. D'un autre côté, il paraît certain que Zwingli arriva à son opinion par un travail tout spontané. Quant à Carlstadt, son opinion ne fut connue qu'en 1524 , un an après la lettre de Zwingli à Wittenbach. D'ailleurs celui-ci n'admit jamais l'explication que Carlstadt donnait des termes de l'institution. L'on sait que, suivant cette explication, Jésus-

Christ, en prononçant les paroles : Ceci ttt mon corps , aurait désigné non le pain qu'il tenait à la main* mais son corps même. Zwingli trouTait arec raison cette explication forcée et le litre tout entier trop violent et trop dur (21), quoiqu'il s'y rencontrât phn d'un argument dont il fit sdn profit.

Quant à Wicleff et aux Vaudois qui avaient professé une doctrine semblable, voici ce qu'en dit Zwingli (22) : « J'entends dire que Wicleff, le premier, émit cette opinion, et que les Vaudois professent encore, que dans les paroles de l'institution, le mot est a le sens de signifie; mais je ne connais pas leurs motifs. Il est donc très-possible qu'ayant raison ati fond , ils aient tort quant à leurs motifs. C'est une chose assez commune que des personnes qui pensent bien ne puissent donner les vraies raisons de leur sentiment. C'est

pourquoi je m'inquiète peu que Ton dise : Zwingli est un wicléfiste, un vaudois, un hérétique ; je laisse dire , et je prouve par l'Écriture que je suis dans le vrai (23). »

Cette question une fais soulevée agitait pro fondement les esprits. Luther préparait ses foudres : eette discussion lui apparaissait comme une phase rioutelle de sa gfande querelle contre les emportés et les enthousiastes. Il confondait Zwingli avec Carlstadt j il ne pouvait comprendre la différence qui existait entre la marche décidée * mais régulière, de la réforme dans un pays républicain, et les tentatives qui lui apparaissaient comme factieuses dans son pays monarchique. Partant de cette idée préconçue, il se méprit complètement sur l'esprit de Zwingli et sur le caractère de son œuvre : c'est là seulement ce qui peut expliquer la violence extrême

avec laquelle il entra, dès le début , dans la polémique.

Sur le fond de la question, il semble n'avoir pas été d'abord très-éloigné de l'opinion des sacramentaires l. Mais à mesure que se développaient les conséquences de la liberté chrétienne revendiquée par lui, devant les procédés violents de Caiistadt, devant l'anabaptisme et la guerre des paysans , il recula de plus en plus, et chercha un refuge dans

l'interprétation de plus en plus littérale de

l'Ecriture. Les apôtres du libre esprit lui

avaient i nspiré une sorte d' horreur pour la libre investigation : la lettre lui semblait désormais avoir autorité par elle-même, et il s'interdisait, comme une témérité, de chercher à en pénétrer le sens par une interprétation indé-

l. J'emploierai ce nom dans ce chapitre pour éviter les confusions.

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pendante. La présence réelle lui paraissait démontrée par les termes de l'institution envisagés isolément, et la doctrine de l'ubiquité lui donnait du mystère une interpréta* lion suffisante pour son esprit.

Mais Zwingli n'était arrêté ni par les mêmes craintes ni par les mêmes scrupules. L'Ecriture était, pour lui aussi, la loi suprême; mais il voulait qu'elle fût étudiée dans son ensemble et non pas fragmentairement. Il ne redoutait pas le danger des fausses interprétations, ou plutôt, plein d'une noble confiance dans la naturelle droiture de l'esprit, il se persuadait que la vérité ne pouvait manquer de se faire jour. Les exagérations ne le jetèrent dans aucune réaction, par ce motif très-concluant que sa réforme ne procédait point de la passion , comme celle de Luther , mais de la logique et du raisonnement.

Je ne puis me dispenser de donner an moins un résumé succinct de l'opinion de Zwingli et de ses principaux arguments. Ce résumé existe, tracé par Zwingli lui-même dans son style nerveux et précis. Je tâcherai de le traduire (24).

ce Je crois que dans la sainte Cène d'eucharistie, c'est-à-dire d'actions de grâces, le vrai cofps du Christ est présent par la contemplation de la foi ; c'est-à-dire que ceux qui rendent grâces à Dieu pour le bienfait qu'il nous a donné en son fils, reconnaissent que Christ a revêtu un vrai corps, qu'il a vraiment souffert, vraiment lavé nos péchés par son sang, et ainsi, toute chose faite par le Christ leur est rendue présente par la contemplation de la foi. Mais que le corps du Christ essentiellement et réellement, c'est-à-dire son propre corps mortel, soit préftent dans la Cène, mangé

par notre bouche et déchiré par nos dents , comme le disent les papistes et quelques autres qui regrettent les oignons d'Egypte, nonseulement je le nie, mais j'affirme que c'est une erreur contraire à la parole de Dieu. C'est ce que je vais démontrer et rendre plus clair que la lumière dq jour, avec l'aide de Dieu, en invoquant les oracles divins , les conséquences qui en découlent et les anciens docteurs. Assiste-moi , esprit créateur, éclaire le cœur des tiens ; remplis-les de grâce et de lumière.

« Christ a dit : « Vous aurez toujours des a pauvres parmi vous; mais vous ne m'aurez a pas toujours. » Ceci ne s'applique qu'à la présence du corps ; car la divinité du Christ est partout et toujours présente , suivant sa propre parole : « Je serai avec vous jusqu'à « la consommation des siècles. » En vain

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dirait-on : le corps du Christ est partout où est sa divinité ; ce serait détruire la véritable humanité du Christ. S'il est de la Divinité d'être partout, il est de l'humanité d'être en un lieu déterminé. Ainsi l'esprit même de l'homme s'élève au-dessus des astres et descend jusqu'au fond des enfers; mais son corps est en un point de l'espace. — Christ dit encore : «Je quitte de nouveau le monde, et « retourne vers mon père. » Quand, près de partir , il recommandait ses disciples à son père , il dit : « Quand je ne serai plus dans ce « monde. » Et Luc et Marc disent ; « 11 partit, il monta au ciel, » et non pas : «il resta, « mais se fit invisible, » comme le veulent les adversaires. De même, pour prouver que le corps du Christ n'est point partout, n'avonsnous pas les paroles : « Jésus vint , les portes « étant fermées. » 11 n'aurait pas eu besoin

de venir , si son corps était présent partout , mais invisible. Donc l'Écriture nous enseigne que le corps du Christ n'est nulle autre part que dans le ciel. — D'un autre côté , il nous apprend lui-même que nous ne mangeons pas son corps naturel , quand , les Juifs se disputant sur la manducation corporelle de sa chair , il dit ces propres paroles : « La chair « ne sert à rien; mais l'esprit donne la vie. » Il en résulte donc que ces mots : hoc est carpus meum, doivent être entendus figurativement , comme ceux-ci : * ceci est la pâ- * que; * car l'agneau que les Juifs mangeaient tous les ans n'était pas proprement la p&que, c'est-à-dire le passage , mais la commémoration du passage (25). — De même que le corps ne peut être nourri d'une chose spirituelle, de même l'âme ne saurait se nourrir d'une chose matérielle. Si l'on mange réelle* t. h. 43

ment le corps do Christ, qu'est-ce donc qui est nourri? L'âme ou le corps? Ce n'est pas le corps, tout le monde l'accorde ; serait-ce donc rame? Mais alors l'âme se nourrit donc de chair? — Ensuite, que doit produire la manducation du corps du Christ? Les papistes disent : « La rémission des péchés ! » Donc les disciples ont eu leurs péchés remis avant la mort du Christ ; donc la mort du Christ était inutile. — Les autres l disent : « La « manducation du corps du Christ nous fait « participer à la vertu de la passion et de a la rédemption. » — Mais je réponds toujours : comment les disciples ont-ils pu y participer ayant qu'elle ne fût accomplie?— Enfin , si le corps naturel a été donné aux disciples dans la cène, ils l'ont nécessaire-

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