‹ Etudes sur les réformateurs du xvie siècleChapitre 7 sur 60 · Amfe, (Tapies la Chronique de Flersheim · texte numérisé non relu

Amfe, (Tapies la Chronique de Flersheim

de sa fortune à sa famille, sans patrie, sans asile assuré, Hutten n'en refusa pas moins une pension de quatre cents écus que François Ier lui fit offrir, avec le droit de choisir le lieu de sa résidence. Son patriotisme se ré^ voltait, même dans cette détresse, à l'idée d'être le pensionnaire de l'ennemi de l'Empereur.

Hutten fut très-bien reçu à Bâle. Les membres du conseil, la population tout entière se pressèrent autour du malheureux proscrit. Seul, son plus ancien ami, celui qu'il avait tant loué, et qui naguère encore était si fier de ses éloges , Érasme s'éloigna de lui. Il le pria de ne pas le visiter s'il n'avait pas un besoin absolu de le voir. Et plus tard, après la mort de Hutten, il eut l'impudeur d'écrire à Mélanchton « qu'il l'avait tenu à

l'écart parce qu'il ne cherchait qu'un nid

pour y mourir; • tant le cœur est souvent petit dans des esprits si éminents !

L' évoque et ses partisans réclamèrent avec instance Féloigaement de Hutten. Le sénat n'osant résister, mais ne roulant pas s'associer à des rancunes qu?il détestait au fond , pria Hutten de s'éloigner dans l'intérêt de la paix publique et de sa propre sécurité. Il m rendit à Mulhouse : le magistrat et la bourgeoisie Tavaient déjà consulté sur l'établissement de la réforme, et le 11 mars, 1 £23 , il eut le bonheur d'assister à la suppression solennelle du pouvoir papal dans cette tille. La sympathie dont il était l'objet adoucissait l'amertume de ses douleurs patriotiques, et lui faisait oublier la maladie que les voyages , les incertitudes de sa position et tant de malheur» lui avaient rendue plus cruelle que jamais, quand il reçut communication d'une

lettre d'Erasme qui contenait une nouvelle

insulte , mêlée à des attaques perfides contre

les principaux réformateurs. Cette nouvelle

lâcheté alluma toute sa colère , et dans un

pamphlet violent , mais trop mérité , il châtia

les faiblesses et les compromis de conscience

de l'homme qui voulait à la fois sauvegarder

la paix de sa vie privée et semer la guerre

dans le monde par sa parole 1

Cependant la réforme ne s'établit pas] à Mulhouse sans opposition et sans réaction. Un mouvement 9 excité par les prêtres , força Hutten à chercher un autre asile. Il se réfugia à Zurich, auprès du grand réformateur Zwingli. « Est-ce là , écrit celui-ci à Pirckheimer, votre terrible Hutten, ce destructeur , ce vainqueur I Lui qui s'abaisse avec tant de douceur vers ses amis, vers les

enfants et les plus humbles des hommes ! Gomment croire qu'une bouche si aimable ait soufflé une telle tempête ! »

Hutten était au bout de ses forces et sentait déjà les approches de la mort. Le 12 mai 1524, il écrit à son ami Eoban Hess , à Erfurth : « La destinée ne finira-t-elle pas de me poursuivre si cruellement 1 Ma seule consolation , c'est que j'aie un courage égal à mon malheur. L'Allemagne réduite comme elle l'est , ne pouvait plus me donner asile : une fuite volontaire m'a conduit en Suisse et me conduira peut-être plus loin encore. •• J'espère que Dieu réunira un jour les amis de la vérité, dispersés maintenant dans le monde , et qu'il humiliera nos ennemis. » L'on aime à croire que cette espérance n'abandonna pas le héros avant la dernière

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heure et qu'elle adoucit pour lui l'amertume de la mort , loin' de sa patrie , loin de toutes ses affections.

Zwingli avait envoyé Hutten dans la petite île à'Uiïnau pour y recevoir les soins du curé, qui se connaissait en médecine. C'est là qu'il mourut le 29 août 1524 , âgé de trentesix ans, dans la plus complète misère. Il est enterré dans cette île verdoyante, à l'extrémité du lac de Zurich , au pied des grandes Alpes. Aucun monument ne signale le lieu où repose un héros , et par une ironie du destin, le couvent d'Einsiedeln possède la tombe du fougueux ennemi des moines. Les larmes de ses amis ne manquèrent pas à sa mémoire. Crotus Rubianus , Mélanchton , Hess surtout lui dirent , avec une émotion touchante , les paroles de l'éternel adieu. « Nul ne firt plus grand ennemi des méchants ; nul ami plus

dévoué des bons. » Ces paroles d'un homme qui l'avait bien connu l résument bien la vie d'un des plus nobles champions de la liberté !

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