‹ Études sur les réformateurs (volume 2)Chapitre 5 sur 56 · Le Livre du Compagnonage, par M. Agricol Perdiguier · texte numérisé non relu

Le Livre du Compagnonage, par M. Agricol Perdiguier

poser l'idéal, comme l’a fait un romancier célèbre 1, il y aurait plus d'avantage à l’extirper du sein des classes laborieuses. Le compagnonage est une sorte de guerre civile entre les travailleurs, guerre d'autant plus opiniâtre qu’elle n’a pas d'objet et ne saurait avoir d’issue.

Ce qui plaît à l’ouvrier dans le compagnonage, ce qui l’attache à cette coutume, c’est précisément le caractère turbulent et agressif qu’elle revêt. Autant il lui répugnerait de subordonner son indépendance à une association calme et sensée, autant il y a d’attrait pour lui dans ces affiliations militantes. Le bruit l’attire, les promenades en corps de devoir, avec la canne en main et les signes distinctifs au chapeau, sont pour lui une grande source de jouissances. Ce que l’on entend par une association n'aurait, à ses yeux, qu'une valeur abstraife et passive; le compagnonage, au contraire, se produit au soleil, s’agite, s’escrime, a des mots de passe, des gestes mystérieux, des pratiques particulières pour la conduite et l’embauchage, enfin tout un code et presque des rites. C’est la francmaçonnerie des classes laborieuses : elles y tiennent précisément à cause de ces détails qu’on peut taxer de barbarie ou d’enfantillage, On aurait donc tort de voir là-dedans un acte réfléchi, susceptible de discussion et donnant ouverture à une réforme. L’entrainement, l'exemple, l'habitude ont fondé le compagnonage ; le jour où les classes laborieuses chercheront à en peser le mérite, à en raisonner les effets, il sera

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