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quatre mille ans dans une autre planète et vingt-sept mille dans celle-ci. Quant aux planètes elles-mêmes, leur grande âme ne meurt pas, mais passe en d’autres planètes avec les âmes qu’elles portent; de manière à ce que ces dernières croissent en bonheur et en développement pendant plusieurs milliards d'années.
Si la théorie de Fourier n’eût rien produit de plus sérieux que cette Genèse, il serait demeuré, dans des données analogues, un peu au-dessous de Pythagore et de Fontenelle, et il n’y aurait guère lieu de s’occuper sérieusement de lui. Il à, d'ailleurs, senti luimême que cette portion de son travail paraîtrait, aux yeux du public, résulter moins d’une inspiration calme que d’une hallucination, et averti par l’attitude de quelques disciples, qui répugnaient à le suivre sur ce lerrain, il a écrit ces lignes :
« Mais qu’importent ces accessoires à l’affaire principale, qui est l’art d'organiser l'industrie combinée, d’où naîtront le quadruple produit, les bonnes mœurs; l’accord des trois classes, riche, moyenne et pauvre; l'oubli des querelles de partis, la cessation des pestes, des révolutions, de la pénurie fiscale, et l'unité un1verselle.
» Les détracteurs se dénoncent eux-mêmes en m'attaquant sur des sciences nouvelles, cosmogonie, psychogonie, analogie, qui sont en dehors de la théorie de l’industrie combinée. Quand il serait vrai que ces nouvelles sciences fussent erronées, romanesques, il ne resterait pas moins certain que je suis le premier et le seul qui ait donné un procédé pour associer les inégalités et quadrupler le produit en em-
ployant les passions, caractères et instincts tels que la nature les donne. C’est le seul point sur lequel doit se fixer l’attention, et non pas sur des sciences qui ne sont qu’annoncées.
» Étrange despotisme que de condamner toutes les productions d’un auteur, parce que quelques-unes sont défectueuses ! Newton a écrit des rêveries sur l’Apocalypse, il a tenté de prouver que le pape était l’antéchrist. Sans doute ce sont des folies scientifiques ; mais ses théories sur l'attraction et les rayons lumineux n’en sont pas moins bonnes et admises. En jugeant tout savant ou artiste, on sépare le bon or du faux. Pourquoi suis-je le seul avec qui la critique ne veuille pas suivre cette règle ? »
Quand un homme s'exécute ainsi, il ne reste plus rien à dire. On ne frappe pas sur une poitrine qui se découvre.
Attraction passionnée. — Analyse des douze passions radicales.
Nous voici à la clef de la découverte.
Charles Fourier dit : « Le devoir vient des hommes, l'attraction vient de Dieu. » Le devoir vient tellement des hommes, qu’il varie de peuple à peuple et d’une époque à une autre. L’attraction, c’est-à-dire la tendance des passions, est tellement un fait divin, que les passions sont les mêmes chez tous les peuples,
civilisés ou sauvages, dans tous les siècles, primitifs ou modernes. Dieu maintient dans ce sens la tendance des passions, malgré l’abus actuel qu’en fait l’homme, parce que les passions ainsi combinées doivent servir à l’avénement et au triomphe des destinées futures ; d’où il résulte que les passions s’agitent aujourd’hui, malheureuses et comprimées, dans un milieu provisoire, pour s'établir plus tard, heureuses et satisfaites, dans le milieu que Dieu leur a réservé. Supposer le contraire, c’est supposer Dieu inepte et incapable de diriger harmonieusement le monde. Ainsi, toute attraction est une chose naturelle, légitime, à laquelle il est impie de résister. L’attraction est la loi humaine comme elle est la loi des mondes. Autant de passions fondamentales, autant d'attractions. « Les attractions sont proportionnelles aux destinées, » ajoute Fourier. Céder à ces attractions, voilà où est la vraie sagesse, : car les passions sont une boussole permanente que Dieu a mise en nous. Aussi Fourier ne balancet:il pas entre la liberté et la compression, l'attraction et la morale. Et si le milieu dans lequel se meuvent les passions, ces impulsions divines, forme un obstacle à leur essor et à leur harmonie, c’est ce milieu, ce milieu humain qu’il faut modifier. D'où le réformateur conclut à la création d’un milieu nouveau, d’un monde sur d’autres bases. Dans ce monde, où toute latitude sera donnée au jeu des passions, cet équilibre harmonieux que leur compression n’a pu produire , naîtra de lui-même et spontanément ; l’attraction poussera vers le devoir par la satisfaction de toutes les volontés. L'homme alors cessera d’être une
antinomie vivante, placé qu'il est entre les impulsions de sa nature etles prescriptions de la sagesse actuelle. Plus d’action comminatoire sur les élans de l’âme, sur les instincts du corps; plus de justice répressive, plus de délits, plus de peines. La contrainte et l’incohérence feront place à l'harmonie et à l’unité ; le nouveau mécanisme social réalisera la loi mathématique qui doit employer toutes les forces, utiliser tous les penchants, accorder toutes les impulsions, unir toutes les volontés, agir, en un mot, de manière à ce que l'intérêt personnel, indépendant dans ses allures, se fonde, s’absorbe dans l'intérêt général, et concoure à son agrandissement.
Avant de déchaîner ainsi les passions sur le monde, il était utile de les récapituler toutes, de les distribuer, de les peser attentivement, de les combiner. C’est un travail que Fourier n’a voulu déléguer à personne : il a reconnu lui-même ou Cru reconnaître en nous trois buts d'attraction : le besoin du luxe, la propension à se grouper, et la tendance à l'unité. Le luxe, divisé en luxe interne et externe, comprend au premier titre la santé, au second la richesse. Comme les cinq sens sont du ressort de cette nature d'attraction, elle est, à cause de cela, subordonnée aux passions qui naissent de l’âme. La propension à se grouper embrasse les passions affectives, l'amour, l’amitié, l'ambition, et une quatrième passion que l’inventeur nomme le familisme (lien de parenté). Ces attractions de diverse nature et de puissance variable servent à lier entre eux et à grouper les individus. Mais au-dessus de ces passions, il en existe trois autres qui leur sont supé-
rieures, passions rectrices, comme les nomme Fourier, mobiles des plus grandes actions humaines. Ces passions, l'inventeur les désigne ainsi : la cabaliste, l'alternante et la composite. La cabaliste est la fougue à la fois réfléchie et spéculative qui tend à diviser les impulsions, afin de leur donner plus d’essor, à fixer les volontés pour une influence complexe. Dans notre monde on appellerait cette passion l’esprit d’intrigue. L’alternante, ou papillonne, est le besoin de variété irrésistible chez l’homme, la soif de situations opposées, de contrastes et de changements de scène. L’alternante se mêle à tout, elle va d’un groupe à l’autre, de série en série, engendre l'attrait par la mobilité, et éloigne la satiété par de rapides voltes-faces. C’est elle qui répand le plus de bonheur sur le mécanisme sociétaire. Dans notre civilisation, cette passion se nommérait inconstance, goût du changement. Enfin la composite, ou fougue aveugle, est la passion qui produit les dévonements sublimes, l'inspiration dans les arts, l’éloquence de la chaire et de la tribuue; c'est celle qui s'appuie sur le besoin de grandes émotions, sur le désir de mener à bien des tâches glorieuses ou pénibles. Cela équivaut à peu près à ce que nous nommons l'enthousiasme. Ces trois passions sont supérieures aux quatre passions affectives, qui priment à leur tour les cinq passions sensuelles. Ainsi l'humanité compte douze passions radicales, sept de l’âme, cinq de la chair, ressorts et pivots de l'attraction ; cinq passions sensitives tendant au luxe, quatre passions affectives tendant aux groupes, trois passions distributives ou rectrices tendant aux séries.
Les premières ne touchent que l'individu, les secondes rayonnent dans un cercle d'intimité, les troisièmes intéressent la société entière. C’est le jeu libre et complet de ces douze passions, se tempérant l’une par l’autre, qui inspire à l’homme le sentiment religieux ou la passion de l’unité, laquelle résulte de la combinaison de toutes les passions, comme le blanc de la combinaison de toutes les couleurs. Et comme il y a des nuances de couleurs à l'infini, il y a aussi une foule de passions mixtes. Mais le nombre des passions proprement dites est rigoureusement de douze, et Fourier en trouve la preuve analogique, soit dans le système sidéral, soit dans la décomposition du prisme solaire, soit enfin dans la gamme musicale. Il est superflu de rester longtemps sur ce terrain : Fourier a déclaré lui-même avec trop de bonne grâce qu'ils’ y sentait mal assis.
Mécanisme sociétaire, -— Vie d’un phalanstère,
Li loi d'attraction une fois trouvée, il n’y avait plus qu’un pas à faire pour arriver au procédé sociétaire. Toutefo's, avant d’opérer sur ce thème de réalisation, Fourier a voulu justifier à ses propres yeux, par le tableau des relations actuelles, l'utilité et l’urgence d’une réforme. Habitué à ne rien voir en beau, il à un peu chargé les traits du modèle, et peint le
monde sous des couleurs qui ne le flattent pas. Dans l’état agricole, morcellement fatal, exploitation égoïste et inexperte ; dans l’état industriel, déperdition effrayante de forces, travail répugnant, ingrat, mal rétribué, mensonge, guerre flagrante, choc d’industries ou rivales ou parallèles ; dans l’état social, lutte des diverses classes; ici, richesse insolente ; là, misère farouche, fourberie dans les relations, méfiance érigée en esprit de conduite, oppression de la masse au profit du petit nombre; enfin, impuissance à se défendre contre l’univers extérieur, contre les intempéries qui usent avant le temps la santé de l’homme, et contre les épidémies qui le foudroient; voilà ce qu’il a vu, ce qu'il constate, et ce qui légitime complétement à ses yeux une aspiration vers des destinées meilleures. De ces fléaux, il en est plusieurs que lassociation dans l’ordre matériel peut faire disparaître ; mais il en est d’autres qui ne se retireront que lorsque l'association aura été introduite dans l’ordre moral. Pour arriver à l’harmonie des forces humaines, il faut auparavant l’établir dans les facultés et dans les passions.
Maintenant, par quelles voies pourra-t-on à l’indisgence faire succéder la richesse graduée, la vérité à la fourberie, les garanties mutuelles à l'oppression, une climature régulière aux désordres atmosphériques ; enfin, à l’incohérence présente une marche de progrès pour la race humaine? Telle est la deuxième face de la question. Fourier en parcourt les dépendances; il accorde un mot aux modes d’association imparfaite qui peuvent précéder le sien, examine ce
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qu'il nomme le garantisme, le sociantisme, la communauté, pour conclure de leurs vices à la supériorité de l'association composée où harmonienne, qui est sa découverte.
Cette association, il veut la naturaliser d’abord dans l’agricullure, qu’il appelle une industrie; grande et précieuse industrie en effet, autour de laquelle pivotent toutes les autres. Au lieu de vastes centres qui engloutissent les populations; au lieu de bourgs, de villages, de hameaux, fondés au hasard, mal cadastrés, mal construits, aussi incohérents dans leur distribution générale que dans leur organisation particulière, Fourier prétend créer et instituer des communes où phalanges, régulières pour le nombre des habitants, pour l’ordonnance intérieure et pour les conditions d'équilibre vis-à-vis d’autres phalanges où communes, obéissant à des loïs analogues. Il en serait de ces phalanges comme des corps célestes qui ont un mouvement sur eux-mêmes et un mouvement autour des corps roulant dans leur tourbillon. Le même phénomène se reproduirait au sein de la phalange, composée d’une infinité de petits centres ayant leur jeu propre, et leur jeu relatif à d’autres centres identiques. On va suivre tout à l’heure le système à l’œuvre.
Le moteur de cette association est, comme on l’a vu, l’attraction passionnée, ce principe à mille fins. L’attraction vers le travail, c’est à cela que l’humanité pourra reconnaitre qu’elle entre dans ses destinées futures. Que voyons-nous aujourd’hui? D’un
côté, le riche qui ne travaille pas; d’un autre côté, le EE ae
pauvre qui travaille avec dégoût ; des deux parts, répugnance. N'est-ce pas là, dit Fourier, un état anormal? Quoi! Dieu aurait imposé le travail à l’homme comme une nécessité impérieuse, et en même temps il lui aurait mis dans le cœur une horreur instinctive pour le travail! Évidemment, il y a confusion. La répugnance n'indique qu'une chose, c’est que Dieu ne veut pas que le monde emploie éternellement son énergie à des besognes ingrates. Le jour où une meilleure entente présidera à la distribution du travail, les riches oïsifs disparaïtront; ils envieront ce qui est l’attribut du peuple. Pour cela, il faut que le travail soit une affaire d'option, un choix, un goût, une préférence, une passion enfin. Chacun s’adonnera à l'occupation qu'il aime, à vingt s’il en aime vingt. Une rivalité charmante, un enthousiasme toujours nouveau, présideront aux travaux humains, quand, sous la loi de l'attraction, les mortels se seront associés par groupes, dernière fraction sociétaire; par séries, qui sont l'association des groupes, et par phalanges, qui sont l'association des séries.
Le groupe est la sphère primitive de toute fonction, l’alvéole de la ruche sociale, le noyau de l’association. Un groupe, pour être normal, doit se composer de septouneufpersonnes : au-dessous, ilseraitinsuffisant; au-dessus, il courraitle risque de manquer d'harmonie. L’'harmonie particulière d’un groupe résulte de l’amalgame des attractions tantôt divergentes, tantôt parallèles; l'harmonie générale entre les divers groupes résulte de leur caractère, soit identique, soit opposé. Dans la composition des groupes, toute passion est
considérée comme ressort : ainsi tantôt c’est l’amitié, tantôt c’est l'intérêt, tantôt c’est l'amour, tantôt c’est la gloire qui domine un groupe, et, dans son sein, l’essor de toute passion doit avoir lieu en identité eten contraste. Chaque groupe à des modes de ralliements distincts : dans les groupes d'amitié, tous s’entraînent en confusion, c'est-à-dire se confondent, l’amitié supposant une égalité parfaite ; dans les groupes d’ambition, le supérieur entraine l’inférieur, la loi de hiérarchie le voulantainsi: dans les groupes d'amour, les femmes entraînent les hommes, émancipation qui en vaut une autre ; enfin, dansles groupes de famille, les inférieurs entraînent les supérieurs, concession touchante faite à la faiblesse. Ces groupes se forment d'eux-mêmes au moyen de ces divers ressorts, Chaque fois que dans un groupe il ya lieu à conférer ou un titre ou un grade, on y procède par Pélection. Tous les membres d’un groupe ont voix délibérative : la majorité fait loi. Le même mode électif, les mêmes rouages d'organisation passionnée sont appliqués aux séries, qui sont l'association des groupes, aux phalanges qui sont l’association des séries.
Après les groupes, qui se composent de sept ou ueuf personnes, viennent les séries !, qui doivent avoir
4. Nous empruntons à Fourier une définition de la série et du mécanisme sériaire, qui jouent un très-grand rôle dans son organisation sociale, industrielle et agricole. La citation qui suit embrasse tout, pratique et théorie : c’est Le système en action. Elle est extraite de la Théorie des quatre mouvements, et reproduite dans la Destinée sociale de M. Considérant. On y verra au juste ce qu’est une série.
« Une série se compose de personnes inégales en tout sens, âges, » fortunes, caractères, lumières, etc,. etc, formant contraste et
de vingt-quatre à trente-deux groupes, et qui, à leur tour, forment les phalanges. La phalange comprend environ dix-huit cents personnes. La demeure d’une phalange se nommera un phalansière. Un phalanstère devra être un édifice à la fois commode et élégant, dans lequel l'utilité n’aura point été sacrifiée au luxe,
» gradation d’inégalités. Plus les inégalités sont graduées et con- » trastées, plus la série s’enchaîne au travail, produit de bénéfice » et offre d'harmonie sociale. — On la divise en divers groupes » dont l'ordonnance est la mème que celle d’une armée, Pour en » donner le tableau, je vais supposer une masse d’environ six cents » personnes, moitié hommes et moitié femmes, tous passionnés pour » une même branche d'industrie, comme une culture de fleurs ou » de fruits. Soit la série de la culture des poiriers : on subdivisera » ces six cents personnes en groupes qui se voueront à cultiver » une ou deux espèces de poiriers. Ainsi on verra un groupe des » sectaires du beurré, un des sectaires du rousselet, etc. Et lorsque » chacun se sera enrôûlé dans les groupes de ses poiriers favoris (on » peut être membre de plusieurs), il pourra se trouver une tren- » taine de groupes qui se distingueront par leurs bannières et orne- » ments et se formeront en trois, ou cinq, ou sept divisions, par
« exemple :