QUELQUES ÉNORMITÉS SOCIALES
« On voit chaque classe intéressée à souhaiter 16 mal dés autres et mettant partout l’intérêt personnel en contradiction
avec le collectif. L'homme de loi désire que la discorde s’établisse dans toutes les familles et y crée de bons procës. Le médecin ne souhaite à ses citoyens que bonnes fièvres et bons catarrhes : 1l serait ruiné si {out le monde mourait sans maladie, et de même l'avocat, si chaque procès s’accommodait arbitralement. Le militaire souhaite une bonne guerre, qui fasse tuer la moitié de ses camarades, afin de lui procurer de l'avancement. Le curé est intéressé à ce que la mort donne, et qu’il y ait de bons morts, c’est-à-dire des enterrements à mille francs pièce. Le juge désire que la France continue à fournir annuellement 45,700 crimes, car si l’on n’en commettait pas, les tribunaux seraient anéantis. L’accapareur veut une bonne famine qui élève le prix du pain au double et au triple ; item du marchand de vin qui ne souhaite que bonnes gréles Sur les vendanges et bonnes gelées sur les bourgeons. L'architecte, le maçon, le charpentier, désirent un bon incendie qui consume une certaine quantité de maisons pour activer leur négoce. Enfin la civilisation ne présente que le risible mécanisme de portions du tout agissant et votant contre le tout. »
( Traité de l'association domestique agricole, t. I, pag. 36. — 1822.)