L’'IMMORTALITÉ DES AMES
« L’immortalité composée ou métempsycose est un des pivots du système d’Harmonie. Il ne’serait qu'avorton sans la solution de ce problème dans lequel l’Attraction ne peut nous servir de guide.
« Bien qu’on soit parvenu à ridiculiser la métempsycose, elle n’en est pas moins un désir général dont l’expression mal déguisée échappe à chaque instant à ceux qui sont au déclin de l’âge. Il n’est pas un viellard qui, jetant un coup d'œil sur les disgrâces de la vie, ne vote à mot couvert pour la métempsycose en disant : « I] faudrait pouvoir renaître avec « l'expérience que l’on a acquise. Si l’on revivait avec ces « lumières, combien l’on saurait utiliser la vie. »
« Ce langage est celui des vieillards; ils-désirent donc la
métempsycose, et de plus ils voudraient renaître avec l’expérience du monde. Ils ne souhaitent pas la métempsycose simple, mais composée ; c’est désirer deux existences que de souhaiter, outre le retour à la vie, l'expérience, fruit d’une vie déjà écoulée.
« Il faut en conclure que nous sommes destinés à la métempsycose composée.
Échelle générale des métempsycoses estimées à une par siècle.
Are phase, 5,000 ans, 50, cis et transmigrations.
2e phase, 36,000 ans, 360, — Apogée, 9,000 ans, 90, — 3e phase, 27,000 ans, 270, —
&e phase, 4,000 ans, 40, —
810, à réduire à 405.
« Selon ce tableau, nos âmes, à la fin de la carrière planétaire, auront alterné 810 fois de l’un à l’autre monde, en aller et retour, en émigration et en immigration, dont 810 intra-mondaines et 810 extra-mondaines ; existences dont il faut réduire le nombre à moitié, parce que durant les 27,000 ans d'harmonie, le terme de la vie est plus que double dans l’un et l’autre monde. Mais peu importe le nombre des migrations, puisqu'il s’agit, en dernière analyse, de 84,000 ans, dontenviron: ‘ Le
2/3 54,000 à passer dans l’autre monde, 1/3 27,000 à passer dans celui-ci.
« Continuons donc sur l'hypothèse de 810 alternats, inexacte quant au chiffre, mais commode pour les détails.
« 11 faut en compter d’abord 720 communément très-heureux dans les deux phases d'harmonie et d’apogée.
« Les deux phases de subversion composent environ 90 alternats, selon cette échelle approximative.
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Récapitulation des 810 existences.
« 720 très-heureuses, sauf rares exceptions, — harm. «45 favorables en moyen terme, — subo. asc.
« 45 fâcheuses en moyen terme, — subv. desc.
« Ce sera donc 765 existences heureuses pour 45 fâcheuses, puisque les 45 de demi-bonheur peuvent être comprises dans la masse des stations heureuses.
« Toute âme, parvenue au terme de sa carrière planétaire, jugera ce résultat d'autant plus avantageux, qu’elle connaitra la loi générale des transitions, comportant 4/9e ou 4/8e de mal et demi-mal pour 7/9es et 7/8es de bien. Elle n’aura essuyé, selon cette échelle, que 4/46e ou 1/18e de malheur gradué, puisque le 4/8e d'exception assigné au règne du mal se subdivise encore en deux phases de plein mal et demi-mal, comprenant environ 90 métempsycoses, dont :
« 45 existences favorables, comme celles d’un bon bourgeois, d’un bon fermier, d’un sauvage en santé.
« 45 existences fâcheuses, comme celles d’un Ésope contrefait, esclave, supplicié, ou d’un chrétien captif dans les bagnes musulmans. |
« Une âme, en récapitulant et balançant ses 810 existences (plus ou moins), conclura sur le tout comme un cultivateur qui, sur 148 années, a eu 16 bonnes récoltes, une moyenne et une mauvaise.
La vie trans-mondaine ou vie future.
« La vie trans-mondaine ou vie future est à la présente ce qu’est la veille au sommeil. La veille est un état composé où nous combinons l’exercice des deux facultés corporelle et animique. Le sommeil est un état simple où le corps n’obéit pas à l'âme; c’est une scission entre le corps et l'âme. Celleci, dans l’état de sommeil, tombe en déraison, et n’a communément que des pensées vagues dont elle reconnait au réveil le ridicule. | é
« La vie présente étant à Ja vie future ce qu’est le simple
au composé, nous avons dans l’autre vie double exercice de mémoire, et dans celle-ci double lacune de mémoire. En conséquence, nous ne pouvons avoir souvenir en ce monde ni des existences mondaines passées, ni des trans-mondaines, tandis que dans l’autre vie nous aurons connaissance des unes et des autres. |
» Les âmes, dans l’autre vie, prennent un corps formé de l'élément que nous nommons arome, qui est incombustible et homogène avec le feu. Il pénètre les solides avec rapidité, comme on le voit par l’arome nommé fluide magnétique, circulant dans les roches intérieures et au centre des mines, aussi rapidement qu’en plein air. L'effet est prouvé par l'aiguille aimantée que le fluide magnétique dirige au sein des roches les plus épaisses.
» Le corps des défunts est aromal-éthéré, c’est-à-dire qu’à la substance aromale dont il est formé, se joint une autre substance de l’élément nommé Éther, et qui est la portion subtile et supérieure de notre atmosphère.
» Les corps mondains étant lerre-aqueux, formés de deux éléments terre et eau, il est dans l’ordre que les corps transmondains soient formés de deux autres éléments, arome et air. Celui-ci isolément ne pourrait pas former le corps des trans-mondains, car l'air est combustible; mais sa partie supérieure, éther, plus dégagée d'oxygène et combinée avec l’arome, forme des corps pleinement homogènes avec le: feu et l’intérieur brülant du globe,‘que parcourent dans leurs fonctions les ultra-mondains.
» Les âmes des défunts jouissent de divers plaisirs qui nous sont inconnus, entre autres le plaisir d'exister et de se mouvoir. Nous n’avons pas connaissance de ce bien-être, comparable à celui de l'aigle, qui plane sans agiter les ailes. Tel est, dans l’autre monde, l’état des défunts ou trans-mondains ; pourvus d’un corps aromal, bien plus léger que l'air, ils planent dans l'air, et de plus dans l’épaisseur de la terre, dont ils peuvent sans obstacles traverser les rochers les plus compactes.
» Il nous arrive parfois, pendant le sommeil, de goûter ce plaisir, ce bien-être des corps, parcourant un espace immense
avec plus de rapidité que l’hirondelle, et se détachant de terre sans intervention d'ailes. C’est une faculté dont jouissent constamment, dans l’autre vie, les âmes des défunts, pourvues de corps aromants. C’est dans ce plaisir inconnu pour nous que consiste le bonheur d'exister et de jouir à chaque instant par le seul avantage de se mouvoir sans fouler la terre, sans jouer des jambes, sans s’aider d’un porteur.
» Nous ne connaissons en ce genre que trois légères transitions : 40 la voiture suspendue, qui est un mouvement fort agréable aux enfants : ils s’en font une fête surtout dans le bas âge; 20 l'équilibre de patins en dehors; 30 l’escarpelotte, mouvement suave qui évite la secousse : il nous rapproche bien davantage du mouvement habituel des ultra-mondains, qui est celui d’un aigle planant. Cette seule différence de leur mouvement au nôtre, leur procure le plaisir d'exister; plaisir très-inconnu de nous qui tombons dans le calme et dans l'ennui dès que nous manquons de fonction attrayante et de distraction.
» Je pourrais décrire beaucoup d’autres jouissances des défunts qu’il faut nommer vivants ulira-mondains, gens plus vivants que nous. Il sera démontré que nous sommes des tortues, comparativement à notre sort dans l’autre vie. Cela n'empêche pas que les ultra-mondains ne soient en état de malheur relatif, par la privation d’une infinité de biens dont ils jouiraient si l'harmonie sociétaire était établie; privation d'autant plus sensible pour ‘eux, qu’ils voient notre globe en ‘état d'organiser l'harmonie dont il jouirait comme eux.
» Le meilleur service à rendre aux défunts comme aux vivants, est donc d'établir sans délai l'harmonie sociétaire. Du moment où l'harmonie sera organisée, les défunts ou trans mondains seront d'autant plus heureux qu’ils ne seront pas sujets à la mort pour rentrer en celte vie. Ladite transition est pour eux une fonction analogue à celle du coucher suivi du sommeil. C’est pendant le sommeil qu’on ménage au transmondain un corps en cette vie: il ne le rejoint pas au moment de la conception du fœtus, mais seulement à l’instant de la dentition, Jusque-Ià l'enfant est animé par la grande âme du
globe. L’adjonction d’une âme spéciale est pour lui opération de la greffe sur le sauvageon.
» Beaucoup de gens ont supposé des communications individuelles entre les mondains et les ultra-mondains. Rien n’est plus faux ; car si les ultra-mondains pouvaient conférer avec nous, ils débuteraient par nous informer que nous sommes dans l'erreur sur la destinée sociale; que l’état civilisé et barbare n’est pas le sort que Dieu nous destine, et que notre délai d’avénement à l’unité cause le malheur des défunts et, les nôtres. Il suffit de notre ignorance à cet égard pour prouver que nous n'avons pas de communication personnelle avec
les défunts. »
( Traité de l'Association, pag. 268 et suiv.)