PLAN D’UNE VILLE EN SIXIÈME PÉRIODE
« On doit tracer trois enceintes :
» La 41re contenant la cité ou ville centrale;
» La 2me contenant les faubourgs et grandes frabiques ;
» La 3me contenant les avenues et la banlieue.
» Chacune de ces trois enceintes adopte des dimensions différentes pour les constructions, dont aucune ne peut être faite sans l'approbation d’un comité d’Édiles, surveillant l’observance des statuts dont suit l'exposé :
» Les trois enceintes sont séparées par des palissades, gazons et plantations qui ne doivent, pas masquer la vue. — Toute maison de la Cité doit avoir dans sa dépendance, en cours et jardins, au moins autant de terrain vacant qu’elle en occupe en surface de bâtiments. — L'espace vacant sera dou-. blé dans la deuxième enceinte, et triplé dans la troisième enceinte, nommée banlieue. F
» Toutes les maisons doivent être isolées et former façade régulière sur tous les côtés, avec ornements gradués pour les trois enceintes, et sans admission de murs mitoyens nus. — Le moindre espace d’isolement entre deux édifices doit être au moins de six toises, trois pour chaque ou davantage, mais jamais moins de trois. — Les clôtures et séparations ne pourront être que des soubassements, surmontés de grilles ou palissades qui devront laisser à la vue au moins 2/3 de leur longueur et n’occuper qu’un tiers en pilastres et palissades. — L’espace d'isolement ne sera calculé qu’en plan horizontal, même dans les lieux où la pente serait très-rapide. — L’espace d'isolement doit être au moins égal à la demi-hauteurde la façade devant laquelle il est placé, soit sur les côtés, soit sur les derrières de la maison. Ainsi, une maison dont les flancs auront dix toises d’élévation jusqu’à la corniche, devra avoir un vide latéral au devant de ce flanc, un terrain vacant de cinq toises, non compris celui du voisin, qui peut être de Ja même étendue, Si deux maisons voisines ont, l’une dix toises de haut, l’autre huit toises, il y aura entre elles neuf Loises
NOTES. 2h
d'isolement et terrain vacant, partagé par un soubassement en grille ou palissade. — Pour éviter les tricheries sur. la hauteur réelle, comme les mansardes et étages masqués, on comptera pour hauteur réelle du mur tout ce qui excédera l'angle du 12e degré de cercle (angle de 30 degrés) à partir de l’assise de la charpente.
» Les couverts devront former pavillon, à moins de frontons ornés sur les côtés. Ils seront garnis partout de rigoles conduisant l’eau jusqu’au bas des murs et au-dessous des trottoirs. — Sur la rue, les bâtiments, jusqu’à l’assise de la charpente, ne pourront excéder en hauteur la largeur de la rue ; si elle n’a que neuf toises de large, on ne pourra élever une façade à la hauteur de dix toises, la réserve de 45 degrés pour le point de vue étant nécessaire en façade. (Si l’angle du rayon visuel était plus obtus, il en serait comme du palais de Gênes ou du portail de Saint-Sulpice : pour les examiner, il faudrait faire apporter un canapé et s’y coucher à la renverse.)
» L'isolement sur les côtés sera au moins égal au huitième de la largeur de la façade sur rue. Ainsi, entre deux maisons, l’une de quarañte toises de front, l’autre de quarantehuit, l'isolement en minimum sera de cinq pour l’une et de six pour l’autre ; total : onze toises. — L'espace d’isolement sera double en cour fermée et en face des bâtiments, comme rotonde ou autres, qui circonscriront plus des 3/4 du terrain.
« Le rues devront faire face ou à des points de vue champêtres ou à des monuments d'architecture publique ou privée : le monotone échiquier en sera banni. Quelques-unes seront cintrées pour éviter l’uniformité. Les places devront occuper au moins 4/8 de la surface. Moitié des rues devront être . plantées d'arbres variés dans chacune. — Le minimum des rues est de neuf toises ; pour ménager les trottoirs, on peut, si elles ne sont que traverses à piétons, les réduire à trois toises, mais toujours conserver les six autres enclos gazonnés ou plantés et palissadés. — Chaque rue doit aboutir à un point de vue pittoresque, monument public ou particulier, montagne, pont, cascade ou perspective quelconque.
» Je ne m’engagerai pas plus avant dans ce détail, sur le-
quel il y aurait encore plusieurs pages à donner pour décrire une ville garantiste. Mais nous n'avons ici qu'un résultat à envisager, c’est la propriété inhérente à une pareille ville, de provoquer l'association dans toutes les classes ouvrières ou bourgeoises et même riches.
» Remarquons d’abord qu’on ne pourrait guère construire de petites maisons; elles seraient trop coûteuses pour les isolements obligés. Les riches seuls pourraient se donner ces agréments ; mais l’homme qui spécule sur des loyers serait obligé de construire des maisons très-grandes et pourtant trèscommodes et salubres, à cause de la double distance exigée en cour fermée. k
» Dans ces sortes d’édifices, on serait entrainé, sans le vouloir, à toutes les mesures déconomie collectives d’où naîtrait bientôt l’association partielle, Par exemple, si l’édifice réunit cent ménages, on n’y fera pas vingt pompes qu’exigeraient vingt maisons logeant chacune cinq ménages, mais une seule pompe de forte dimension. Autant la propreté est difficile dans des maisons obstruées et resserrées comme celles de nos capitales, autant elle est facile dans un édifice où les espaces vacants maintiennent les courants d’air.‘On éviterait donc ici par le fait les vices d’insalubrité, avantage de haute importance. Si ladite ville contient cent vastes maisons, toutes vicinales et distribuées de manière à se prêter aux économies domestiques, elle verra bien vite les habitants s'exercer sur cette industrie qui commencera nécessairement par l’objet le plus important pour le peuple, par la préparation et la fourniture des aliments. On verra deux ou trois ménages sur cent s'établir traiteurs; on en verra d’autres spéculer, en d’autres branches, sur les fournitures de la maison. Ainsi, s’organisera la division du travail qui, une fois introduite dans la cité ou enceinte centrale, se répandra bien vite dans les deux enceintes de faubourg et de banlieue. »
(Traité d’Associaton, t. I. pag. 363.)