LES PETITES HORDES ET LES PETITES BANDES
» On trouve, parmi les enfants, environ 2/3 de garçons qui inclinent à la saleté et l’impudence. Ils aiment à se vautrer dans la fange, et se font un jeu du maniement des choses malpropres. Ils sont hargneux, mutins, orduriers, adoptant les locutions grossières, le ton rogue.
» Ces enfants s’enrôlent aux Petites Hordes dont l'emploi est d'exercer par point d'honneur tout travail répugnant, Cette corporation est une espèce de légion sauvage, qui contraste avec la politesse raffinée de l’Harmonie, seulement par le ton, et non pas pour les ne car elle est la plus ardente en patriotisme.
» Les Petites Hordes contiennent 2/3 de garçons et 1/3 de filles.
».Les Petites Bandes sont au contraire très-raffinées sur le bon ton, et elles y joignent une qualité précieuse, qui est d’exceller dans les sciences et dans les arts.
» Les Petites Bandes se composent de 2/3 de filles et 1/3 de garçons.
» Les premières marchent au beau par la route du bon; les secondes marchent au bon par la route du beau.
» Les Petites Hordes sont divisées en sacripans, chenapans, sacripanes el chenapanes. Elles ont une réserve sous le nom de garnements et garnementes.
» Il reste à indiquer pour les Petites Bandes trois noms romantiques en Opposition aux noms de sacripans, chenapans et garnements. J’en laisse le choix aux amateurs du romantique.
» Les sacripans sont affectés aux fonctions immondes ; les chenapans aux fonctions dangereuses, comme la poursuite des reptiles et autres emplois, qui exigent de la dextérité. Les garnements participent de l’un et de l’autre genre. Les hordes féminines servent la triperie dans les boucheries ; elles remplissent les fonctions répugnantes dans les cuisines, appartements et buanderies.
» Ces hordes enfantines ont leur langage corporatif ou argot, leur petite artillerie, leur généraux nommés petits Khans et petites Khantes, noms tartares, parce qu’elles adoptent la manœuvre tartare en évolutions.
» Les Petites Hordes ont, parmi leurs attributs, la réparation des grandes routes. C’est à leur amour-propre que l’Harmonie sera redevable d’avoir, par toute la terre, des chemins plus somptueux qus les allées de nos parterres. Ils seront entretenus d'arbres et d’arbustes, même de fleurs, et arrosées au trottoir. Les Petites Hordes courent frénétiquement au travail, qui est exécuté comme œuvre pie, acte de charité envers la Phalange, service de Dieu, et pe L'unité. Elles sont toujours sur pied à trois heures du matin, nettoyant les étables, pansant les animaux, travaillant aux boucheries, où elles veillent à ce qu’on ne fasse jamais souffrir aucune bête, et qu'on lui donne la mort la plus douce. Elles ont la haute police du règne animal. L'ouvrage terminé, elles passent aux ablutions et à la toilette, puis elles viennent assister triomphalement au déjeuner. Là, chacune des hordes reçoit une couronne de chêne ou d’épines, qu’on attache au drapeau.
» Les Petites Hordes sont payées par des honneurs sans bornes. L’Argot est la première cavalerie du globe : il prend le pas sur toutes les troupes harmoniennes, et les autorités .Suprêmes lui doivent le premier salut, L’Argot reçoit partout les honneurs de souveraineté. À l’approche de ses hordes, la tour des signaux doit un carillon de suprématie et les dômes un brandissement de pavillon. En adressant la parole à un Sacripan ou Chenapan en costume, on lui doit le titre de Magnanime ; et on doit aux hordes de l’Argot le titre de Glorieuses Nuées. Au temple, elles prennent place au sanctuaire.
» Passons aux Petites Bandes. Elles sont conservatrices du Charme social, poste moins brillant, si l’on veut, que celui des soutiens de l'honneur social, affecté aux Petites Hordes, Les Petites Bandes ont la haute police du règne végétal. Elles se passionnent pour l’ernement du cantôn entier, en matériel et en spirituel; et, comme conservatrices du charme social,
elles exercent les fonctions des Académies Française et della Crusca ; elles ont la censure du mauvais langage et de la prononciation vicieuse. Du reste, elles ne s’occupent de parure qu’en sens collectif et sous le rapport du lustre général de la Phalange. :
» L’Harmonie veut faire du sexe féminin le contre-poids et non le valet du sexe masculin. Cette balance est établie chez enfance même par la création des Petites Bandes. C’est à elle à établir le goût du luxe, des raffinements gradués et contrastés, sans lesquels on en resterait aux degrés inférieurs dans les travaux comme dans les arts et dans le charme industriel. Or, s’il faut que la Phalange soit enthousiaste d'’ellemême, de ses propres travaux, elle doit ménager, comme ressort puissant, les objets de Charme, comme fleurs, parures, considérer leur soin comme acheminement des belles choses aux bonnes, des arts aux sciences. »
(Traité d'Association, t, IIT, pag. 338 et suiv.)