XVI. — Ces institutions nouvelles sont si extraordinaires
dans leurs combinaisons qu’elles assurent à toute la race humaine, en retour de la même somme de travail, des avantages cent fois plus grands que ceux dont l’ancien système a jamais pu doter aucun individu. Et ces plans, inouïs jusqu’à ce jour, ces combinaisons qui doivent former un Nouveau Monde moral et donner à l’homme un caractère rationnel, sont prêts à subir l'examen des hommes les plus savants, les plus pratiques, les plus expérimentés dans les quatre branches essentielles de la vie humaine qui sont : — La première, la production; la seconde, la distribution des richesses; la troisième, la formation du caractère humain depuis l’enfance ; la quatrième, l'établissement d’un gouvernement local et général. . XVII. — Le nouveau système moral ne peut intervenir dans l’ancien et immoral système, que pour amener son entière et pacifique destruction. Déjà il est évident, d’après la consternation des hommes qui croient avoir un intérêt matériel à maintenir l’ancien état de choses, que l’heure d’une transformation complète a sonné.
XVIII. — L’attention des peuples est appelée, dans la vue de leur bonheur, sur cet important sujet qui intéresse ceux qui vivent et ceux qui vivront.
XIX. — Le fondateur de ce système, qui travaille depuis un demi-siècle à le perfectionner, demande à être entendu à la barre des deux chambres du parlement, afin de pouvoir nonseulement combattre des adversaires qui ne le comprennent pas, mais encore dérouler aux yeux de l'Univers les immenses avantages de sa doctrine.
XX. — Le Conseil central, qui est le pouvoir exécutif de la Société communiste et universelle des Religionnaires rationnels, demande aussi à être entendu à la barre des deux Chambres pour y réfuter les calomnies monstrueuses que di-
vers critiques, se croyant intéressés à combattre notre réforme, ont cherché à accréditer dans le pays, tant par la parole que par la plume; calomnies ayant surtout pour objet d’infirmer les tendances d’une société qui éclaire et prépare
un changement glorieux et fécond dans les destinées humaines.
Déjà pourtant le fondateur du Système rationnel et de la Religion rationnelle a réalisé quelques parties de sa conception et donné au monde comme un avant-goût de ce qu’il est capable d'accomplir dans l'intérêt des sociétés terrestres.
A. Par son exemple, ses écrits, ses discours et ses démarches auprès de divers législateurs, il obtint une amélioration dans le sort des enfants, à l’aide desquels on bat monnaie dans les manufactures anglaises ; système odieux de production qui énerve les races et qui, en dehors du parti légitime qu’en pourra tirer une société rationnelle, aurait dû ne jamais recevoir une application aussi barbare dans un monde qui se prétend civilisé. (Voir les Enquêtes du Parlement dans les sessions de 1816, 1817 et 1818.)
2. Il imagina, introduisit et fonda, en harmonie avec les principes d’un système rationnel de société, « des écoles d’enfants » où un système de circonstances extérieures, supérieur et nouveau agissait sur Ces jeunes caractères de manière à leur inspirer des habitudes, des manières uniformément bienveillantes, un esprit de charité universelle; de manière aussi à ne leur inculquer que des connaissances justes et droites, grâce à des conversations amicales avec des instituteurs initiés à la science de la nature humaine. (Voir l'ouvrage du Fondateur : NOUVELLES VUES DE SOCIÉTÉ, ef SON ADRESSE COncernant l'ouverture d’une nouvelle institution destinée à former le caractère humain, 1er janvier 1816.)
3. En 1816, il donna à M. Falck, ambassadeur de Hollande, un plan pour lextinction de la mendicité à l’aide de maisons d’asile et de travail ouvertes aux pauvres. M. Falck approuva le projet, le transmit à son gouvernement, qui l’exécuta l’an-
née suivante sous le nom de Colonies des pauvres de Hollande et par l'entremise de la Société de Bienveillance. Francis, duc de Bedford, et le fondateur du Système rationnel de Société, sont, à ce qu’il paraît, les deux seuls membres honoraires anglais de cette méritante société. L'auteur avait préalablement offert son plan de soulagement pour les pauvres au cabinet de lord Liverpool; et sans doute ce dernier eût consenti à un essai, si l’influence ecclésiastique n'avait pas dominé, dans les conseils de la couronne, celle de l’administration purement séculière. Si le plan avait élé adopté avec les développements que l’auteur indiquait à notre bouvernement, les classes pauvres et laborieuses auraient été depuis lors bien élevées et utilement employées. Plus d’un million sterling de dépenses inutiles aurait été ainsi épargné, et, en revanche, plus de cent millions de produits eussent été créés à l’aide d’une industrie régulière et nouvelle, Le bill d’amendement à la loi des pauvres n’eût pas été demandé; on n’aurait pas eu à compter, en Angleterre et en Irlande, avec des populations mourant de faim ; les plaintes de tant de malheureux ne se seraient pas fait entendre et le chartisme n’existerait pas. (A l'appui de ces assertions, voir le rapport de M. Owen sur la loi des pauvres, devant la commission des communes, présidée par M. Sturges Bourne. Ce rapport est la reproduction identique d'un travail demandé à M. Owen, dans un meeting public de Londres, sur les causes du manque d'emploi des ouvriers des villes et des campagnes et sur les remèdes à apporter à cet état anormal. L'archevêéque de Cantorbéry présidait la commission à laquelle ces idées furent soumises.)
&. Dans la même année, 1816, le fondateur du Système rationnel de Société remit à l’ambassadeur prussien, M. le baron Jacobi, un plan pour un système national d'éducation et une exposition détaillée des saines doctrines de gouvernement général. En retour de cette ouverture, le fondateur du système reçut, par l'entremise du même ambassadeur, une lettre autographe de S. M. le roi de Prusse, lettre dans laquelle ce monarque remerciait l'inventeur de sa communication, et s’en déclarait tellement satisfait, qu’il allait charger
son ministre de l’intérieur d'en faire l'application à toutes les localités de son royaume qui en étaient susceptibles. Et en effet l’année suivante le nouveau système d'éducation nationale était en vigueur dans la Prusse. (Voir les règlements pour une éducation nationale dans LES NOUVELLES VUES DE SOCIÉTÉ OU FORMATION DU CARACTÈRE HUMAIN ; {re édition, Longman, éditeur, 1812-1813, et éditions postérieures.
5. Le fondateur du Système rationnel aida activement Joseph Lancaster et le docteur Bell à établir leurs divers plans d'éducation, Il donna au premier, en plusieurs fois, plus de mille livres sterling; et au comité national du docteur Bell, cinq cents livres sterling, avec offre de porter sa souscription à mille livres si ces écoles nationales étaient ouvertes à tous les enfants sans exception ni de religion ni de classe. Cette proposition fut débattue devant le Comité durant deux jours et ne fut repoussée que par ‘une majorité très-réduite. (Voir les procès-verbaux du Comité).
6. Dans les années de 4816 et 1817, le Fondateur visita les personnages les plus éminents et les plus libéraux, tant en France qu’en Suisse et dans une partie de l’Allemagne. Dans ce dernier voyage, il eut pour compagnons de route l'illustre Cuvier, de Paris, et le célèbre Pictet, de Genève. Au retour il fut présenté par le dernier duc de Kent à S. A. R. le duc d'Orléans, aujourd'hui roi des Français. 11 visita également les principaux établissements d'éducation sur le continent, notamment ceux de Pestalozzi et de Fallenberg, recueillant de la bouche des hommes d’État, des législateurs et des instituteurs, des renseignements tels que pouvaient les donner les plus savantes intelligences de ce temps.
7. En 1892 et 1823, le fondateur du Système rationnel agita l'Irlande au sujet de l’éducation nationale et de l'emploi des pauvres dans les manufactures. Il y fut reçu par les évêques protestants et catholiques, par les autorités aristocratiques et par les hommes les plus éclairés de la contrée. Il provoqua plusieurs meetings nombreux et intéressants dans la Rotonde de Dublin, et se chargea de porter aux deux champres du parlement de pétitions en faveur du Système ration-
nel. Des sommes considérables quoique pourtant insuffisantes, furent aussi offertes et souscrites dans un but de réalisation. (Voir ie compte rendu de ces meetings, publié peu de temps aprés le départ de M. Owen de Dublin.)
8. En 1824, le fondateur du Système rationnel se rendit aux États-Unis, y visita tous les présidents alors vivants, recueillit sur les plus importantes questions politiques, administratives et sociales, l’avis d'hommes aussi éminents, aussi expérimentés que John Adams, Thomas Jefferson, Monroë, le président en exercice, el son successeur immédiat, John Quincy-Adams. Il s’aboucha avec les juges de la cour suprême ; il fut entendu deux fois dans le congrès et reçut de tous les côtés des remerciments de ses communications, qui réunirent l'approbation générale. Ensuite il développa publiquement ses vues dans les principales villes de l’Union, et dans deux voyages qu’il y fit, il se mit en rapport avec les personnages les plus considérables de cet État.
9. En 1898, le Fondateur poussa jusqu’à Mexico avec l'intention de se faire investir d’une manière officielle du gouvernement du Texas, jaloux en cela de prévenir les désastres dont ce district a été depuis lors le théâtre. Il adressa à ce sujet, au cabinet mexicain, un mémoire qu’il avait rédigé en Europe et préalablement soumis aux ambassadeurs des principales puissances américaines. Fort de leur appui et d’une recommandation de lord Wellington auprès du ministre anglais à Mexico, M. Pakenham, il entra en pourparlers avec le président Victoria. Ce fut M. Pakenham lui-même qui se chargea d’exposer les plans du Fondateur de la Société rationnelle dans une conférence officielle; il fit l’éloge le plus complet, tant de la méthode de M. Owen que de sa personne et des qualités qui le rendaient propre à la mission projetée. Le président répliqua que le gouvernement mexicain allait prendre la chose en sérieuse considération, qu’il était à regretter seulement que l’administration du Texas ne ressortit pas directement de Mexico, puis il ajouta : « Si M. Owen veut accepter la gestion d’un territoire beaucoup plus important, nous avons à lui offrir un district qui s'étend entre l'Océan
Pacifique et le golfe du Mexique, et qui forme en grande partie la limite de la Confédération mexicaine du côté des États de l'Union. » A cette ouverture si généreuse, M. Pakenham et M. Owen ne purent retenir leur surprise. Cependant des explications survinrent, et M. Owen demanda préalablement que toute liberté fût accordée à son district en matière religieuse. À quoi le président Victoria répondit qu’en effet cette condition pourrait être un obstacle, le culte catholique dominant dans le Mexique, mais que cependant il soumettrait au Congrès une proposition pour établir dans le pays une tolérance semblable à celle des États-Unis. « Sur ces bases, dit alors M. Owen, j'accepte : quand la loi aura été votée, je me chargerai de réaliser mes procédés de gouvernement. » Durant le reste de son séjour au Mexique, M. Owen fut présenté aux sommités législatives et administratives de la contrée; et, à la Vera-Cruz, il eut plusieurs entrevues avec le général Santa-Anna, qui se montra un vif partisan de ses projets d’amélioration sociale. M. Owen quitta la Vera-Cruz sur un brick de guerre de dix canons, envoyé de la Jamaïque pour le conduire à la Nouvelle-Orléans.
10, Dans ses voyages, M. Owen avait pu reconnaître combien il existait, entre les États-Unis et l'Angleterre, de dissentiments et d’antipathies funestes. Il comprit que la chose pouvait en venir au point de jeter les États américains dans une alliance avec les puissances du Nord, hostiles au Royaume- Uni. M. Owen voulut essayer de ramener les rapports sur un pied plus bienveillant et plus sincère. Il se rendit à Washington, exposa à M. Van Buren, alors secrétaire d'État, combien le système des deux gouvernements était impolitique ; et, dans des conférences qui durèrent dix jours, la question fut parfaitement éclaircie entre les deux interlocuteurs. On en référa au président Jackson qui approuva l'objet et l’issue des pourparlers, et donna son adhésion à des ouvertures amicales entre les deux puissances. Il désira voir M. Owen, l’invita à diner, et on tomba d'accord que, désormais, l’Union : américaine adopterait une politique nouvelle et bienveillante vis-à-vis de la Grande-Bretagne, Si cette dernière voulait .en-
trer dans la même voie et obéir au même esprit de conciliation. M. Owen partit sur cette assurance. À peine arrivé à Londres, ilse présenta chez lord Aberdeen, lui rendit compte de ce qui s'était passé, et obtint de lui que désormais les meilleures relations s’établiraient entre le Royaume-Uni et l’Amérique du Nord. Des lettres et des dépêches confidentielles enjoiguirent aux ambassadeurs américains de se conformer, en ce qui pourrait concerner celte négociation, aux conseils de M. Owen. La chose marcha donc au mieux et fut terminée à la satisfaction mutuelle. M. Owen avait insisté formellement sur la nécessité de vider tous les petits différents de détails ; et il est à regretter aujourd’hui que l’on n’ait pas profité de cette circonstance pour statuer définitivement sur la question des limites du côté du Canada. A propos de cette négociation, il a été dit par l’un des princes Murat, dans un livre publié aux États-Unis, que M. Owen avait abusé le gouvernement américain. M. Owen eût répondu plus tôt à cette imputation s'il l’eût connue. Le jeune Murat à été induit en erreur. M. Owen n’a abusé personne : il se plait à déclarer qu'aucun gouvernement au monde n'aurait pu se conduire plus dignement et plus honorablement que ne l’a fait celui des États- Unis en cette circonstance, et que, d’un autre côté, il a grandement à se louer de l'accueil et des égards de l'administration anglaise et principalement de celle de lord Liverpool et de lord Wellington. Cependant, il doit ajouter que ce vénérable général vient récemment de se refuser à présenter aux lords une pétition de M. Owen, et qu’il n’a pas même voulu écouter ses explications : ce qui ne doit être attribué qu’à l’influence de quelques personnes qui ne peuvent pas comprendre, et apprécier les vues de la Société rationnelle t. (Consulter, pour la vérité de ces divers faits, le général Jackson, le pré-
1. On pourra remarquer dans ce document que M. Owen ne dit jamais de mal, mème des personnes qui lui sont hostiles, et qu’il ne regarde la malveillance que comme une erreur. Les personnes dont il veut parler ici sont le haut clergé qui siége à la chambre des lords.
sident Van Buren, le comte Aberdeen, M. Pakenham, le yènéral Santa-Anna et une foule d’autres.)
11. Voyant que le gouvernement mexicain ne pouvait pas conduire à bien la question religieuse, dans les termes où il l'avait posée, et comprenant que la situation du Mexique ne lui offrait pas des garanties suffisantes pour une réalisation tranquille et suivie, M. Owen renonça à sa grande expérience à l'étranger et tourna ses soins vers son pays natal, qui en avait besoin autant et plus qu'aucun autre. Il a, en conséquence, employé ses dix dernières années à propager parmi les populations anglaises de saines connaissances, et à préparer cette paisible transformation qu'il est aujourd’hui en mesure d'annoncer au globe. Aussi, une grande partie des classes laborieuses commencent-elles à avoir en Angleterre, plus qu’en d’autres contrées, des notions saines sur toutes les questions qui intéressent son bien -êtré et sa sécurité. Ces résultats seront plus évidents dans quelques années, parce qu’on reconnaitra mieux encore, à l'application, la vérité, la pureté etlimportance de cet enseignement. Robert Owen a aussi visité récemment quelques-uns des vieux gouvernements de l'Europe, pour les préparer aux changements que rendent inévitables les progrès des connaissances parmi les classes ouvrières. Déjà, il y a vingt-deux ans, M. Owen avait prévu ce résultat, Aujourd’hui, il est imminent et personne n’en peut conjurer les effets.
Pendant cette même période, Robert Owen a également écrit et publié la première des sept parties du Livre du Nouveau Monde Moral, destiné à expliquer la science de la nature humaine, livre qui manquait au genre huinain, et que l’auteur défendra contre tous ceux qui croiront de leur devoir ou de leur intérêt de l’attaquer.
Cette publication a été accompagnée d’une foule d’autres sur divers sujets, sur la religion, sur le mariage, sur la propriété individuelle, sur l'éducation nationale, sur l'emploi des travailleurs ; lesquels écrits, une fois bien compris, seront reconnus pour être d’une valeur inestimable autant vis-à-vis de l’Angleterre que vis-à-vis du reste du monde.
Mais au-dessus de tous ces services, Robert Owen en a rendu un bien autrement précieux par la découverte et la révélation d’un Système rationnel de société et de religion dont il devient désormais impossible d'arrêter l'essor; système qui aura plus d’effet sur le bonheur à venir de l’homme, que n’en ont eu les systèmes impraticables et erronés suivis jusqu’à ce jour; un système vrai, charitable envers tous, avantageux pour tous, et qui doit assurer la prospérité et la paix de l’univers. Le monde était encore dans l’ignorance au sujet de ce mystérieux système, mais le révérend prélat d'Exeer s’est chargé de. lui donner une publicité retentissante en le traduisant à la barre des lords t.
Voilà, en abrégé, une partie de ce que Robert Owen a fait pour un monde vieilli, caduc, immoral. Mais ce n’est rien encore auprès de ce qu’il a médité pour arracher les humains à leur pauvreté, à leurs divisions, à leur dégradation, à leurs vices et à leurs misères. |
Un mot maintenant sur ma présentation à Sa Majesté la reine. Je le demande : qui d’entre nous trois a été le plus honoré de cette visite? Ou d’un homme de près de soixante-dix ans, qui a employé plus d’un demi-siècle à acquérir une rare sagesse avec Ja seule pensée de l'appliquer aux créatures souffrantes, et qui, pour arriver à la réalisation de ses desseins, s’est assujetti à s'habiller comme un singe et à fléchir le genou devant une jeune fille, charmante, sans doute, mais sans expérience; — ou bien du ministre qui engagea ce vieillard à subir ces formes de l'étiquette, et qui ensuite, dans un discours plein d’absurdités, désavoua presque un acte dont il était le promoteur; un acte qui, quelque jour peutêtre, comptera comme le fait le meilleur et le plus important de son administration ; —ou bien enfin de la jeune fille devant laquelle un septuagénaire a plié le genou. Quant à moi je
À. Allusion ironique à un‘débat, survenu à l’occasion de la présentation de M. Owen à la reine Victoria, débat dans lequel l’évêque d’Exeter, Philpot, se fit remarquer par une sortie fougueuse contre le chef des socialistés en le dénonçant à la justice du pays.
ne tiens point à honneur d’avoir été présenté à aucun être humain, quel qu'il soit,
Il y a vingt-deux ans, dans un mémoire adressé aux souverains européens assemblés en congrès à Aïix-la-Chapelle et qui leur fut présenté par lord Castelreagh, je déclarai que je n'étais influencé dans mes vues par aucune sorte de désir d’honneurs ou de priviléges, que j'ai toujours regardés comme des hochets d’enfant ou des vanités de petites âmes.
Cependant le chef de l'opposition, dans la Chambre des
Communes, a qualifié d’offense grave ma présentation à Sa
Majesté, et il s’en est fait une arme contre le ministre qui y a consenti. |
Le sir Robert Peel actuel a-t-il pu produire cette motion sérieusement et sans rougir ?
Ne se souvient-il plus que l’ancien Robert Peel, le père de l’orateur, demeura, pendant de longues années, en excellents rapport avec moi; qu'il eut l'avantage de poursuivre devant la Chambre des Communes la réalisation de mes idées, et d’y faire accepter, quoiqu'au prix de nombreuses mutilations, mon bill pour l'emploi des enfants dans les manufactures ?
L'ancien sir Robert Peel était un homme d’affaires, cherchant à s'appuyer, non sur des mots sans valeur, mais sur des objets d’une utilité réclle, d’une application fructueuse ; un homme d'expérience, qui pesait et jugeait avec gravité et avec conscience les idées qui lui étaient soumises. Je demande maintenant à l’honorable chef de l’opposition désespérée qui s’agite dans les Communes, s’il se rappelle ma visite à son respectable père à la veille de l’un de mes voyages aux États-Unis, dans un moment où lui, le sir Robert Peel actuel, membre de l’administration de Liverpool, se trouvait dans leur résidence de famille à Drayton-Hall? Si ce fait n’est pas sorti de sa mémoire, il doit également se souvenir que je portais alors avec moi environ deux cents plans ou dessins pour une organisalion générale de la société ; lesquels dessins, ainsi qu’un coûteux modèle en relief, je destinais au
président des États-Uuis, dans les appartements duquel ils furent exposés, et où ils sont peut-être eneore. Sir Robert Peel, le père, employa plusieurs heures à examiner cette combinaison, unique au monde, dans laquelle je déroulais les moyens de transformer les circonstances extérieures qui déterminent le caractère de l’homme, et d'obtenir pour les générations futures un bien plus noble emploi de leurs forces et une source bien plus féconde de plaisirs. Après avoir longuement examiné et étudié l’objet en lui-même, les moyens de réalisation, les procédés scientifiques qui en réglaient harmonie et lui donnaient une belle valeur d’ensemble, sir Robert Peel le père demeura quelques minutes muet d’étonnement, et les paroles qui suivirent ce silence sont remarquables par leur vérité et leur profondeur. — « Monsieur Owen, me dit-il, il n’y a pas quatre personnes dans tout le royaume dont l'instruction soit assez étendue et assez variée pour sentir la valeur de combinaisons d’une si grande magnificence ; mais s’il existait beaucoup d'hommes qui comprissent comme moi, ils prouveraient sur-le-champ que le changement, par vous proposé, tiendrait beaucoup plus encore que vous ne pouvez le promettre. » — Puis. il ajouta : « Mon fils Robert est maintenant ici. Probablement il ne comprendra pas vos combinaisons, n'ayant point eu encore l’occasion de poursuivre de semblables études ; mais demeurez avec nous cette nuit ; vous le verrez à diner, et nous essayerons de faire quelque impression sur son esprit en lui développant vos projets. » Je demeurai, comme m'en priait le digne baronnet, mais il me fut facile de me convaincre que le sir Robert Peel actuel n'avait, à aucun degré, ni les connaissances, ni l'expérience nécessaires pour embrasser un sujet placé en dehors de sa portée. Je professe un grand respect pour cette famille ; mais il est douloureux de voir à quel point les préoccupations politiques dénaturent les plus brillante qualités.
Quant au révérend prélat d’Exeter, de son discours prononcé la semaine dernière dans la Chambre des Lords, je suis autorisé à conclure qu’il lui reste encore à connaître les
erreurs, les immoralités, les blasphèmes contre lesquels il a si longuement tonné, et je serais bien trompé si le plus arriéré des milliers d’enfants qui fréquentent les écoles placées sous ma direction, n’expliquait ces matières d’une manière plus satisfaisante et plus rationnelle que ne l’a fait le noble lord en plein parlement.
Mais en réfléchissant bien à toutes ces choses, je suis conduit à me dire que l’honorable vicomte, ministre d’État, que l’honorable chef de l'opposition des Communes, et le révérend prêtre d’Exeter ont chacun leur caractère particulier formé pour eux, et auxquels ils sont impérieusement soumis, ce qui rend leurs erreurs forcées, nécessaires et par conséquent dignes de compassion et non de blâäme. La charité de la religion rationnelle qui, d’une façon ou d’une autre, sommeillait en moi à la lecture des discours de ces nobles sénateurs, me parle de nouveau dans toute sa force et dans toute sa pureté; et j'oublie en conséquence, et j'absous tout ce qu’ils ont pu dire. Il me semble que le vieux système social ne doit pasleur inspirer à mon égard une charité aussi franche et aussi sincère ; et, dans ce Cas, ma compassion pour eux s’en accroit encore.
Ayant soulagé mon cœur au sujet de ces bagatelles, j'arrive à de plus graves, à de plus importantes considérations.
Certaines personnes dans le parlement anglais ont conseillé de poursuivre et de punir quelques ‘disciples du système rationnel de Société. Ceci, en vérité, serait bien peu rationnel,
Je suis le découvreur, le fondateur, le promulgateur avéré de ce système, de toutes les erreurs, immoralités et blasphèmes qu’il renferme (si tant est qu’on y en trouve l’ombre), moi seul en suis l’auteur, et seul, par conséquent, dois être poursuivi et puni, s’il y a lieu, pour les scélératesses qu’il peut recéler. Je suis prêt à prouver au premier ministre de la couronne que le système rationnel et la religion rationnelle, comme je les ai enseignés, sont autre chose que des absurdités ;
au chef de l'opposition dans les Communes, que ce système proclame les plus importantes et les plus utiles vérités; enfin, au révérend évêque d’'Exeter que la religion rationnelle que j'ai donnée au monde renferme infiniment moins d’immoralités et de blasphèmes qu'aucune autre des innombrables religions qui abrutissent et enchainent depuis si longtemps les âmes humaines.
Si ceux qui gouvernent notre pays ou d’autres pays du globe avaient quelque sagesse, voyant que l'esprit humain s’est emparé de ce sujet dans toutes les portions civilisées du globe, ils chargeraient des hommes de science, .d’expérience et de pratique, des hommes possédant la connaissance des choses et non pas seulement un talent de mots, d’entrer dans une profonde et laborieuse investigation de tout le système, afin qu’eux d’abord, et l’univers ensuite, pussent avoir une idée exacte et sûre d’une découverte qui doit réaliser le bonheur ici-bas, pour nos générations et pour les généralions futures.
Par cette marche rationnelle, ce qu’il y a d’erroné dans mon système, si tant est qu’on y trouve rien d’erroné, sera, comme de droit, dénoncé publiquement et révélé au monde; tandis que ce qu’il renferme de bon et de vrai, s’il a du vrai et du bon, sera dégagé et signalé au grand avantage de la société.
Dans cette mesure, ce n’est pas un avantage personnel que je poursuis. Depuis le commencement de ma carrière, quand je n'avais aucune sorte d'appui, je n’ai pas craint, dans le seul intérêt de la vérité, de me mettre en opposition directe et ouverte avec les préjugés les plus enracinés des siècles antérieurs. Je me préparai dès lors à encourir des amendes pécuniaires, l’emprisonnement, la mort même et jusqu'à la potence. Et que peuvent être ces douleurs pour celui qui est profondément imbu du désir d’être utile à la race humaine ? Mais, au lieu d’essuyer des amendes, l’emprisonnement et une fin ignominieuse, j'ai été, au contraire, le favori de l’univers; j'ai parcouru une vie paisible et non sans éclat, heureux par moi-même, heureux par ma famille ; car la famille Owen, tant à, New-Lanark, en Écosse, qu’à New-Harmony, en Amé-
rique, a été l’une des plus fortunées qui aient vécu sur l’un ou sur | autre bord de l'Atlantique. J’ai, il est vrai, consacré jusqu’au dernier shelling de mon superflu pour la propagation de cette grande et belle cause, car l’argent n’a pas été inutile à ses progrès; mais le révérend prélat est dans une complète erreur quand il assure que j'ai dissipé ma fortune dans le luxe et la prodigalité. Je n’ai jamais employé à un usage frivole une seule livre sterling ; je me fais fort de le prouver au noble prélat, et je le mets au défi, lui et ses instigateurs, d'apporter le moindre témoignage du contraire.
A la suite de cette déclaration solennelle, je n’ai plus à m'inquiéter de ce qu’on pourra désormais dire de moi, soit dans le parlement#soit hors du parlement. Ma vie est la véritable réponse à tous les mensonges que l’on articulerait encore. Une popularité d'un moment m'est peu précieuse, et toute réputation après la mort me parait une absurdité, si ce n’est pourtant au point de vue du plaisir personnel qu’en recueillent les descendants de l’homme celèbre. Je suis heureux dans la vie; je serai heureux dans la mort, et, de plus, indépendant de ce monde caduc, immoral et irrationuel.
Londres, 2 février 1840.