‹ Études sur les réformateurs ou socialistes modernes (volume 3)Chapitre 4 sur 13 · FIT JE RENIE BENTH.VM · texte numérisé non relu

FIT JE RENIE BENTH.VM

ne les laissait-il pas s'envoler en distractions frivoles. Ni les plaisirs du monde, ni les jouissanees du luxe, ni les raffinements de la civilisation , ne parent 1g captiver un moment : il n'en usa que de loin en loin et dans l'intérêt de ses poursuites morales ou philosophiques. Avec Tordre qui présidait à tous ses actes el à toutes ses conceptions , il avait réglé ses journées de manière à exécuter la plus grande somme possible de travail avec la moindre dépense de santé. Tout était ainsi chez lui arrêté systématiquement et invariablement. Jamais il n'acceptait un dîner hors de sa maison, si ce n'est une ibis par an, chez sir Samuel Rotnilly. « Plus j'avance dans la vie , écrivait-il en 1824 à Burdelt, plus je sens la nécessité de n'aller rendre des visites que pour un besoin réel et dans un but déterminé. Les enquêtes du parlement nous donneront l'occasion de nous rencontrer, et je saisirai cette occasion pour vous serrer la main sans violer les règles de la vie sédentaire que je me suis imposée. »

Ces ligues peignent Beniham tout entier. Il était parvenu à l'aire de son esprit et de son corps quelque chose de semblable à une machine accomplissant chaque jour une certaine quantité de travail intellectuel et soutenant cette tache jusqu'à l'heure de l'épuisement. Le résultat de ce système se trouve non-seulement dans les neuf volumes compactes dont se compose la nouvelle édition de ses œuvres

Ai LES UTILITAIRES

cl dans la volumineuse correspondance qui remplit ses mémoires , mais encore dans une masse inédite de manuscrits qui vont être, à ce qu'il semble , déposés au Musée britannique , où ils seront consultés avec fruit par les penseurs et les hommes politiques.

La vie d'un reclus, qui cherche ainsi des prétextes pour éloigner le contact du monde, ne semble pas, au premier abord, devoir offrir un grand intérêt; mais la solitude de Bentham ne ressemblait pas aux autres solitudes : elle se peuplait, elle s'animait. Au point de vue de l'action , il comptait pour peu de chose dans une société dont il s'isolait volontairement ; mais comme impulsion , comme initiative, il ne demeurait étranger à rien de ce qui se faisait au dehors. Son influence fut décisive en plus d'une mesure et sur plus d'un événement : du cabinet du philosophe sortirent bien des idées qui eurent une grande fortune et remuèrent des empires. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'œil sur la correspondance de Bentham et de s'assurer quels furent les hommes avec lesquels il entretint un échange suivi de lettres, Dans les premières années du publiciste, on voit figurer Mansfield, Camden et Wilkes; dans la dernière période de sa vie, on rencontre Wellington, O'Connell et Burdett; le bill de réforme et Brougham sur le sac de laine. L'espace intermédiaire est rempli, à des titres divers ,

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j>.ir les noms île Shelburnc, do Pitt, de Dunning, de l)undas,de Mirabeau, de Talleyrand, deBrissot, de Morellet, de Du mont, d'Eden, de Parr, de Wilberforce, de Roniilly, de Jovcllanos, de J.-B. Say, de Horner et de Carlwright. La carrière de ces personnages s'associe, pour ainsi dire, à celle de Bentham, et se reflète dans des épanchcments confidentiels, révélations précieuses tant pour la biographie que pour l'histoire.

On sait à combien de déceptions exposent les promesses des talents précoces. Benlham fut pourtant dès l'enfance une petite merveille ; mais les espérances qu'il donnait ne reçurent pas de démenti. Seulement, dès cette époque , on peut remarquer dans la direction de son esprit plus de fixité que de ressources , plus de ténacité que de variété. On y voit de la puissance, on n'y trouve pas de souplesse. Un certain dogmatisme s'y révèle même dans les plus petites circonstances. Dans l'enfant on reconnaît l'homme positif et ponctuel, grave jusque dans la plaisanterie, sachant se contenir et se dominer, imprimant à ses moindres répliques un cachet de maturité et de bon sens, poli avec dignité , pénétré du sentiment des convenances. Ainsi, un jour que la duchesse de Leeds traversait la cour de l'école de "Westminster où noire philosophe fit ses premières armes, elle l'aperçut jouant au milieu d'élèves beaucoup plus âgés que lui. La réputation de l'enfant

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