‹ Études sur les réformateurs ou socialistes modernes (volume 3)Chapitre 6 sur 13 · ET JÉRÉM1E BENTHAM · texte numérisé non relu

ET JÉRÉM1E BENTHAM

M fit pas plus creflbris pour triompher des obstacles qui s'opposaient à une alliance. Était-ce la crainte de ne pas réussir, ou simplement une de ces inexplicables timidités qui sont souvent le partage des grands esprits? On ne saurait le dire. Toujours est-il qu'après s'être tenu vingt ans sous celte réserve, noire philosophe crut devoir enfin adresser sa demande : il avait alors cinquante ans. Il esta regretter qu'avec son ordre habituel, Beniham n'ait pas conservé une copie de celle pièce. Sans doute il et avait fait un plaidoyer en forme, un chef-d'œuvre d argumentation comme les soixante et une pages adressées à lord Lansdowne. 11 devait, au point de vue de sa méthode, y prouver Futilité de ce mariage, en analyser les avantages sans en déguiser les inconvénients. Mais si la demande est perdue, la réponse a été conservée. Elle honore la personne qui Ta écrite, et témoigne à quel point c'était un noble cœur et une tête sensée. Dans ces quelques lignes on peut s'assurer qu'un pareil choix était digne de Beniliam. Après avoir expliqué pour quels motifs, à son âge , elle ne pouvait accepter l'honneur que son vieil ami voulait lui faire, elle ajoute :

« Pour me rassurer maintenant, il faut que, sans délai , vous repreniez les occupations qui illustrent votre nom et dont l'humanité doit tirer tant de profit. J'ai trop longtemps, et Dieu sait que je n'y ai

point mis d'intention , troublé votre tranquillité ; il ne faut pas que j'y ajoute le tort de priver le pays de vos travaux et d'affaiblir la trempe d'un esprit comme le vôtre. Oui , j'ai souvent entendu dire que les célibataires seuls sont capables d'accomplir de grandes choses. Je vous en prie, chassez le souvenir de cette passion qui ne peut qu'énerver et faire dévier voire génie. Le temps que vos éludes n'absorberont pas, consacrez-le à vos amis de Russell- Square. Il n'y a pas un homme au monde qui vous soit plus sincèrement attaché que M. Romilly ; la société de sa femme est aussi des plus agréables et des plus sûres. Faites cela pour moi , et laissez-moi espérer que je pourrai encore vous serrer la main. Dans tous les cas , croyez que les souhails de deux vieilles filles ne vous abandonneront pas. Le passé ne saurait être supprimé ; seulement oubliez-le , et n'allez pas croire que lorsque vous pleurez je souris. Non ; je pleure aussi ; et quand vous lirez cette lettre, vous ne serez pas plus navré que je le suis en vous l'écrivant. La fortune et la gloire attendent vos iravaux, et si j'ai encore une place dans vos souvenirs, que ce soit celle d'un cœur qui s'intéresse a tous les biens qui vous échoient. Que Dieu vous inspire, et adieu! >

Cet épisode se termine là; mais l'impression produite sur le cœur de Bentham survécut longtemps à

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