VELIS ID QUOD POSS1S
Non facere ipse queo tetrasthiea; disticha possum : Aceipe quod possuni; quod netpueo sileas.
Avec des habitudes moins régulières, Bentham aurait sans doute sacrifié ses compositions juvéniles, qui ne dépassent pas la mesure d'une intelligence ordinaire : il eût surtout supprimé des vers notoirement faux, comme le suivant :
Terribilis visu, liquidumque per aéra volans.
Mais Bentham semble avoir religieusement conservé jusqu'à ses derniers jours tout ce qu'il avait pu écrire dans sa longue vie, c'est-à-dire pendant près de quatre-vingts ans. Les souvenirs de collège figurent dans celte collection pour cenl ou cent vingt fragments latins et grecs. La pièce ia plus importante est une
ode latine sur la mort de George II et l'avènement de George III. Voici comment elle se termine :
Nil Georgii non perficient nianus Redditque fessis Marte diutino Pacem Britannis atqueclemens Jure reget nopulum volentem.
JtR. Bentham, mi collège royal d'Oxford, 'JS novembre ("(Kl.
Cet essai, passablement informe, eut l'approbation du docteur Johnson, qui indiqua même quelques corrections à faire. Au milieu de ces éloges et de cet enivrement, peu s'en fallut que Bentham ne se méprit sur sa vocation véritable, et n'échangeât la couronne du philosophe contre celle du méchant versificateur. Toutefois, même dans ces lieux communs d'une latinité suspecte, on peut connaître çà et là des éclairs pleins de vigueur, des pensées originales et inattendues qui ne germent pas habituellement dans la tête d'un écolier. En réalité, quoique Bentham eût des notions suffisantes sur les littératures anciennes, il ne fut jamais ce que l'on peut appeler un classique. Le tour de son esprit se refusait à l'imitation, qualité dominante dans les succès scolaires, et qui préside à toutes les études sur l'hellénisme et la latinité. L'inventeur de la philosophie utilitaire n'était pas, ne pouvait pas être un plagiaire et un rhéteur ; il avait déjà la conscience d'un autre rôle. Personne, moins que lui, ne recevait les empreintes extérieures et ne se soumettait à l'autorité des écrivains qui l'avaient précédé. Quand il prenait la plume, c'était sa pensée qu'il interrogeait, et non ses lectures. Aucune éruditiou profonde