‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 11 sur 34 · DE LA SECONDE ÉDITION. S · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE ÉDITION. S

l'avenir. C'est d'ailleurs une de ses convictions qu'on ne saurait avoir trop d'égards pour les personnes , quand elles en sont dignes, et trop d'inflexibilité pour les idées, quand leur pente est mauvaise. Ce principe de conduite explique à la fois sa modération sur certains points, sa rigueur sur d'autres, son entière impartialité sur tous.

Une objection plus solide a été faite à la première partie de ce livre, à celle qui résume le mouvement de l'utopie dans le passé. On a dit avec raison qu'une matière aussi étendue appelait plus de développement. L'auteur va plus loin : il ajoute que c'est un livre h faire. Platon, Morus, Gampandla, Cardan, Giordano Bruno, lesËsséniens,IesMoraves,les}ésuites du Paraguay, tant de révolutionnaires célèbres, tant d'essais qui s'échelonnent dans les âges, pourraient être traités à part et former seuls l'objet d'une publication importante. Mais (le titre de ce volume l'atteste), cette tâche n'était pas, actuellement du moins, celle de l'auteur. Dès le moment que les réformateurs contemporains formaient l'objet essentiel de son livre, les utq[iistes anciens n'en pouvaient être qu'un point accessoire, la préparation, le prodrome. H fallait éviter que l'incident emportât le fond et faire du coup d'œil rétrospectif une simple question d'origine. Peur favoriser les excursions sur ce riche terrain, l'auteur a toutefois essayé d'en tracer la carte dans une bibUo'

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graphie détaillée, qui termine cet ouvrage, et plus tard, $i le champ reste vierge, il ne renonce pas à l'entamer lui-même plos profondément, d'une manière plus directe et plus spéciale.

Vis-à-vis des novateurs contemporains, ce livre n'a voulu être ni un pamphlet ni une apologie. Deux choses sont surtout répréhensibles en eux : le dédain de la tradition et la légitimité indistincte qu'ils accordent aux passions humaines. 11 y a quelque orgueil à er le passé d'un trait de plume et à le taxer d'idii>tisme; il y a un grand danger à déchaîner tous les instincts de l'homme sur la foi de combinaisons qui font concourir le mal même au jeu du mécanisme social. Les sociétés comprennent qu'elles sont les filles du passé; elles se gardent d'imiter les enfants de Noé dans leurs insultes à la nudité paternelle. Respecter ses aïeux et tenir compte de l'expérience des siècles, voilà une partie des devoirs humains, et ce n'est pas la moins respectable. Aussi pour répondre au cri de la conscience universelle, toute innovation a-t-elle besoin d'avoir ses racines dans les âges et de leur emprunter le plus pur de sa substance. Quant à l'essor indéfini des passions, il est facile de prévoir que ce serait là pour l'humanité plutôt une déchéance qu'un ennoblissement. L'empire de l'homme sur luimême constitue une portion de sa liberté; il en est le signe, la sanction, le témoignage. L'obéissance

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