‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 12 sur 34 · DB LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

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aux passions tend au contraire à le ramener au dogme inerte de la fatalité et à Timprévoyance de la loi natareUe. Évidemment un progrès pareil ressemblerait à un retour vers la barbarie. Il est si délicat d'ailleurs de toucher à la loi morale d'un peuple qu'il importe d'y regarder à deux fois avant d'attaquer un aussi fragile édifice. Les intentions les plus saines ne répareraient pas le mal que les systèmes aventureux pourraient causer; et dans un monde où les mauvaises passions rongent impatiemment leur frein, où l'égoïsme, la personnalité, la soif des jouissances cherchent partout des issues, c'est un calcul au moins singulier que de leur donner le champ libre au risque de voir la société désormais dominée par les mobiles qu'elle a pour mission de réduire.

Ce qui abuse surtout les novateurs et les maintient dans une illusion funeste, c'est leur point de départ. En esprits mathématiques, ils veulent atteindre l'absolu: ils imaginent, pour l'homme, un bonheur absolu, une morale absolue. Or l'absolu échappe h notre nature contingente et bornée, l'absolu est le secret de Dieu. Un homme absolument vertueux, absolument heureux no serait plus un homme. La morale est un fait relatif, Pascal l'a dit, et qui ne le sent ! Â part quelques grands principes évidemment innés, la mesure des actes humains varie de peuple h peuple, de zone à zone, et la civilisation seule, l'édu-

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cation progressive des races pourront conduire à une morale universelle. Quant au bonheur, quoi de plus relatif I On parle de le fonder par une satisfaction illimitée. Mais chaque jour cette expérience se fait en détail» et tout homme peut dire si la passion, pleinement assouvie, est le bonheur; si la privation même, la privation réfléchie et volontaire, ne ren* ferme pas souvent plus de joies réelles qu'une satisfaétion sans bornes. Le bonheur absolu sur la terre aurait un autre écueil, celui de supprimer toute aspiration vers un état meilleur et d'entourer notre départ de cette vie des conditions les plus douloureuses. Le bonheur absolu exigerait encore la suppression de la souffrance physique ; car ce serait peu que d'avoir guéri l'âme, si le corps demeurait en butte aux infir mités qui l'assiègent.

Cherchons le mieux, soit; cherchons-learderament; c'est le plus noble emploi que l'homme puisse faire de son intelligence. Mais cherchons-le dans la sphère du possible et sans rêver dans les destinées humaines une solution de continuité, une métamorphose soudaine, un changement à vue. Sur les idées qui s'en vont entons les idées qui arrivent^ de manière à ce que la sève ancienne profite elle-même aux fruits nouveaux.

« Toute créature gémit » a dit saint Paul, et le problème du bonheur semble encore en être là. Cependant, depuis l'apôtre, le genre humain a marché vers

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un état, rektiTement meîllear; il a mesuré le glolie eo entier et lai a imposé son empreinte ; il a dompté les éléments et les a enchaînés à sonserTice;ila remporté sur la natnre des Tietoires éclatantes et fécondes. Son l>onbeur s'en est>il accru, et tonte âme n'en est-elle pas encore à gémir? Ne reste-(-il pins de désirs inassouvis, de besoins inquiets, d'aspirations en souffrance? La conscience humaine peut répondre k ces questions. Qu'en conclure, sinon que le bonheur absolu n'est qu'une ombre vaine, mobile, trompant le regard, comme cette Ithaque fantastique, qui fuyait toujours dans les profondeurs mouvantes de i'horiion ? Le propre des esprits sérieux c'est de voir cela sans faiblir et sans chercher dans des illusions un abri contre des réalités douloureuses. A ce compte une doctrine qui apprend à raisonner la rie, à la régler, k la dominer, sera toujours supérieure à celles qui reconnaissent comme point de départ l'obéissance absolue aux instincts et le respect aveugle des impulsions naturelles.

iantier 1841.

LM RéP0l«4TBUIS. — T. I.

AVANT.PROPOS

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