‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 23 sur 34 · I.VBGiIIISATBUK. FIHIILB DR Là KDB aOHSIOHT. -^ LB GLOBB · texte numérisé non relu

I.VBGiIIISATBUK. FIHIILB DR Là KDB aOHSIOHT. -^ LB GLOBB

PBBDIC&TIORS POBLIQUBS.

Le premier retour à une propagande ouverte fut la fondation d'un organe spécial du saint-simonisme. L Organisateur parut avec une périodicité hebdomadaire, et cette fois rien d'étranger à Técole n'eut accès dans la feuille qui luiservaitd'inlerprète. LOrganisaleur fut une chaire purement saint-simonienne.

La fondation de la hiérarchie remonte aussi à la même époque. Dans Tordre des dates , M. Olinde Rodrigues , le disciple direct de Saint-Simon , aurait dû être le premier pontife de la religion. Mais la loi hiérarchique n'admettait ni droit d'héritage , ni priorité d'avénemênt ; elle ne saluait, ne reconnaissait, n'acclamait (ce fut le mot consacré) que la capacité. MM. Enfantin et Bazard se posèrent donc , en leur qualité de membres les plus sympathiques et les plus capables , comme les chefs de la doctrine. On les accepta comme tels. En effet , nul n'avait qualité pour leur disputer la tiare : la date de leur initiation , leurs travaux longs et gratuits, leurs belles et savantes facultés, tout les

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portait à ce poste, à l'exclusion d'autres prétendants.

On a beaucoup disserté , dans le temps , sur le mérite comparatif de MM. Bazard et Enfantin, on a cherché quelles étaient , en eux , les facultés analogues, quelles étaient les facultés dissemblables. Pour notre part , il nous a semblé que la nature d^ leur esprit excluait , chez ces deux hommes , la pensée d'une longue association , d'une solidarité durable. M. Bazard, élevé à l'école de nos luttes politiques , ayant souffert par elles et pour elles , aimait encore , malgré lui et à son insu , la cause révolutionnaire qu'il avait défendue longtemps. Plus d'une fois , pour juger la théorie saint-simonienne , il se mit au point de vue du monde profane dont il eût aimé la louange et dont il redoutait le sarcasme. Bon logicien d'ailleurs , penseur infatigable , vulgarisateur habile comme peu le sont, M. Bazard trouvait , sur un ihème donné, tout ce qu'il renfermait de déductions et de développements. Il aimait , il caressait , il épuisait ces besognes partielles et de détail ; il se reposait volontiers quand elles étaient accomplies , demandait du loisir pour en embrasser d'autres , par fatigue peut-être , peut-être aussi par sage calcul.

M. Enfantin était d'une nature tout à fait opposée à celle-là. S'étant tenu constamment à l'écart de la politique courante , il n'y rattachait aucun souvenir

de sympathie ou de haine , il assistait , neutre ou

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indifférent , à ses péripéiies les plus éclatantes ; il ne songeait au inonde que pour l*atlirer à ses propres convictions, et non pour s'occuper des siennes; il ne tenait à lui que par les points de contact avec Favenir saint -simonien. Sa tète était en travail constant de transformations expérimentales. On eût dit un laboratoire d'idées d'où elles sortaient brutes pour passer au laminoir de M. Bazard. L'un était plus manipulateur, l'autre plus invenieur. (iClui-ci écrivait mieux qu'il ne parlait; celui-là parlait mieux qu'il n'écrivait. M. Enfantin créait la pensée, M. Bazard trouvait la formule.

Si l'on voulait approfondir ce parallèle , il serait facile d'en faire résulter ce regret , que ces deux espritsoriginaux ne soient pas demeurés dans un poste où ils s'aidaient , où il se tempéraient l'un l'autre. M. Enfantin harcelant M. Bazard chaque jour, à toute heure , pour qu'à un théorème démontré succédât un théorème nouveau; leprovoquantà des hardiesses successives et infinies ; lui disant sans cesse < en avant , i quand celui-ci voulait attendre et voir ; M. Enfantin, frappant coup sur coup, sans réserve et sans mesure, était la personnification d'un monde nouveau, pressé d'arriver, pressé de jouir, pressé de régner et de sinsialler dans une place prise. M. Bazard, cherchant des biais, critiquant beaucoup et doctrinant peu, était l'organe d'un procédé transitoire, une voix de conciliation entre l'ordre rêvé et

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Tordre ancien. M. Ënfaniin se tenaii sur la voîe de rimagination et de la théorie, M. Bazard dans celle delà logique et de la pratique; Tun devait s'adresser au sentiment, I autre à la raison. Que M. Bazard se retirât , et M. Enfantin, livré à lui-même, devenait trop téméraire; que M. Enfantin fil le premier .sa retraite, et M. Bazard restait sans force devant ses doutes et ses hésitations : ce n'était plus un chef d'Église, maisseuleînentun philosophe dans Tacceplion la plus étendue de ce mot.

Quelques germes de division que continssent ces deux esprits opposés, au jour de l'organisation de la hiérarchie , ils semblaient n'avoir qu'une tête et un cœur. On fonda le collège dans lequel entrèrent les initiés de la première et de la seconde époque , les hommes du Producteur et ceux de VOrganisaleur Plus lard , te siège de la doctrine fut transféré dans la rue Monsigny , où , à quelques mois de là , devait se grouper et s'installer la famille.

Ceci se passait à la veille de la révolution de juillet. Quand la victoire eut émancipé les idées et les affiches, les saint-simoniens en profitèrent pour se donner une publicité de rues. Un étrange manifeste, signé Bazard-Enfantin , vint se déployer hardiment sur les murs de Paris , ù côté d'une proclamation de Lafayette et d'un appel à la branche d'Orléans. Le ,peuple en rit , mais la chambre des députés , qui était alors disposée à s'effrayer de tout , porta gra-

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vement TafTaire à sa barre. MM. Dupin et Mauguia signalèrent , du haut de la tribune , une secte qui prêchait la communauié des biens et la communauté des femmes ; imputations auxquelles MM. Bazard ec Enfantin crurent devoir répondre le 1'' octobre i 830, ' Voici comment ils le faisaient dans une brochure adressée à ta chambre des députés. Aux formes, aux prétentions assez modérées de cet écrit, il est facile de voir qu'il provenait plutôt de Timpulsion de M. Bazard que de celle de son collègue.

< Oui, sans doute, les saint-simoniens professent, sur Tavenir de la propriété et sur l'avenir des femmes, des idées qui leur sont particulières et qui se ratta. cheni à des vues, toutes paniculières aussi et toutes nouvelles , sur la religion , sur le pouvoir , sur U liberté , et enfin sur tous les grands problèmes qui s'agitent aujourd'hui dans toute l'Europe d^uoe manière si désordonnée et si violente ; mais il s'en faut de beaucoup que ces idées soient celles qu'on leur attribue.

c Le système de communauté des biens s'entend universellement du partage égal entre tous les membres de la société, soit du fonds lui-même de ta production , soit du fruit du travail de tous.

c Les saint-simoniens repoussent ce partage égal de la propriété , qui constituerait à leurs yeux une violence plus grande , une injustice plus révoltante

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que le partage inégal qui s'est effectué primitivement par la force des armes, par la conquête.

< Car ils croient à rinégalité naturelle des hommes, et regardent cette inégalité comme la base même de ^association , comme la condition indispensable de Tordre social.

< Ils repoussent le système de la communauté des biens , car celte communauté serait une violation manifeste de la première de toutes les lois morales qu'ils ont reçu mission d'enseigner, et qui veut qu'à l'avenir chacun soit placé selon sa capacité et rétribué selon ses œuvres.

c Mais en vertu de cette loi , ils demandent l'abolition de tous les privilèges de naissance , sans exception , et par conséquent la deslruction de Ihéritage , le plus grand de ces privilèges, celui qui les comprend tous aujourd'hui, et dont l'effet est de laisser au hasard la répartition des privilèges sociaux, parmi le petit nombre de ceux qui veulent y prétendre, et de condamner la classe la plus nombreuse à la dépravation, à l'ignorance, à la misère.

c Us demandent que tous les instruments de travail, les terres et les capitaux qui forment aujourd'hui le fonds morcelé des propriétés particulières , soient exploités par association et hiérarchiquement de manière à ce que la tâche de chacun soit l'expr«8sion de sa capacité , et sa richesse la mesure de ses oeuvres.

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I Les saint-simoniens ne viennent porter atteinte à la constitution de la propriété , qu'en tant qu'elle consacre pour quelques-uns le privilège impie de l'oisiveté , c'est-à-dire de vivre du travail d'autrui ; qu'en tant qu'elle abandonne au hasard de la naissance le classement social des individus.

< Le christianisme a tiré les femmes de la servitude ; mais il les a condamnées pourtant à la subalternité , et partout, dans l'Europe chrétienne , nous les voyons encore frappées d'interdiction religieuse, politique et civile.

c Les saint - simoniens viennent annoncer leur affranchissement déGnitif, leur complète émancipation, mais sans prétendre pour cela abolir la sainte loi du mariage, proclamée par le christianisme; ils viennent, au contraire, pour accomplir cette loi, pour lui donner une nouvelle sanction, pour ajouter à la puissance et h l'inviolabilité de l'union qu'elle consacre. '

c Ils demandent, comme les chrétiens, qu'an seul homme soit uni à une seule femme ; mais ils enseignent que l'épouse doit devenir l'égale de l'époux, et que, selon la grâce particulière que Dieu a dévolue à son sexe, elle doit lui être associée dans Texercice de la triple fonction du temple, de l'État et de la famille ; de manière à ce que l'individu social, qui jusqu'à ce jour, a été l'homme seulement, soit désormais l'homme et la femme.

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« La religion de Saint-Simon ne vient que pour mettre fin à ce trafic honteux, à cette prostitution légale, qui, sous le nom de mariage, consacre sî fréquemment aujourd'hui Funion monstrueuse du dévouement et de Fégolsme, des lumières et de rignorance, de la jeunesse et de la décrépitude.

c Telles sont les idées les plus générales des saint-simoniens sur les changements qu'ils appellent dans la constitution de la propriété et dans la condition sociale des femmes. »

(]ette profession do foi, assez explicite, estTacte le plus net et le plus précis que nous^ ait légué le saintrsimonîsme. Cet acte est d'autant plus précieux qu'il établit, à cette date, sur quel terrain et dans quelles limites les deux chefs de Técole entendaient circonscrire leurs débats avec le monde extérieur.

Cependant TÉglise était constituée, et, qui plus est, elle prospérait. Des apports d'argent avaient eu lieu, les membres du collège ayant donné l'exemple; on commençait à pratiquer la mise en commun des biens après l'avoir professée. C'est dans cette période ascendante que le saint-simonisme crut utile d'avoir de nouveau une feuille à sa dévotion ; feuille dans laquelle l'enseignement oral serait résumé à côté de lu prédication écrite et quotidienne. Le Globe s'offrit par l'intermédiaire d'un de ses pro-

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priéuires, M. Pierre Leroux («), écrivain d'un talent élevé. Un acie de cession eut lieu le 18 janvier 1851 , et les jours suivants le Globe parut avec le sous-titre de Journal de la doctrine de Sainl-Simon, laquelle était résumée ainsi sur la première page :

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