‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 25 sur 34 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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simultanément ouvertes à l'apostolat. Prédications, missions , brochures , polémique quotidienne , tout s'organisait pour la propagande. Sous la direction de MM. Hippolyté Carnot et Dugied, renseignement avait été ouvert dans quatre locaux différents : à la salle Taiibout , à TÂthénée , dans la rue Taranne et dans la rue Monsigny. D'hebdomadaires, les prédications étaient devenues quotidiennes ; on les appropriait à rinlelligence de l'auditoire ; on visait à les rendre vulgaires et simples pour les ouvriers, poétiques et animées pour les artistes , sévères et précises pour les savants. Des centres d'action avaient été fondés par les soins de M. Henri Fournel dans les douze arrondissements de Paris ; enfin, cinq églises départementales, à Toulouse, à Montpellier, à Lyon , à Metz, à Dijon, s'étaient déjà mises en rapport avec l'établissement métropolitain.

De son côté , le Globe agissait comme un levier infatigable sur une masse de lecteurs que la curiosité conduisait parfois à l'examen , le sarcasme k la réflexion. Au nombre des travaux remarquables qui parurent dans cette feuille, il faut citer une Économie politique de M. Enfantin , qui entrait dans les questions courantes, et, sans les prendre au point de vue exclusif et absolu de la doctrine, les ramenait à un petit nombre de combinaisons pratiques. Le chefsaint-simonien descendit même alors jusqu'à

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proposer, dans ForganisalioD économique, quelques réformes transitoires.

Il commençait par poser ce principe :

€ La société ne se compose que d'oisifs et de trayailleurs ; la politique doit avoir pour but Tamélioration morale, physique et intellectuelle du sort des travailleurs, et la déchéance progressive des oisifs. Les moyens sont, quant aux oisifs , la destruction de tous les privilèges de la naissance, et, quant aux travailleurs, le classement selon les capacités et la rétribution selon les œuvres, i

Ceci établi , M. Enfantin consentait à ne pas exiger tout d'un coup la réalisation rigoureuse et complète de cette théorie. 11 admettait des procédés de transition ; il les indiquait, il les développait.

Parmi les réformes proposées par le chef saintsimonien , la plus décisive était Fabolition des successions collatérales, prolégomène évident de Tabotition de Théritage. La succession collatérale , avec ses fractionnements multiples, avec son cortège de procès, plus ruineux encore pour la société que poui les individus, la société collatérale à douze degrés surtout, était, selon M. Enfantin, une loi civile d'un mérite fort contestable, qu'on pouvait modifier sans que la succession en fût ébranlée autrement qu'à la surface. Il y avait utilité et convenance à discuter

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si cette saccesùon , appliquée en tout ou en partie nu dégrèvement de rimpôt, ne serait pas d'un emploi social beaucoup plus fécond qu'elle ne Test aujourd'hui dans sa répartition chanceuse ; à discuter encore si le respect pour les privilèges pécuniaires de la famille doit s'élendre si loin que Ton préfère à rintérét de tous, le droit de quelques parents éloignés y inconnus au défunt , souvent ses ennemis « n'ayant pas , pour combattre des désirs impies et avides^ l'affection qui fait patienter un héritier direct, l'amour filial plus fort qu'une pensée de survivance. Ce retour au trésor public de successions fractionnées les aurait empêchées d'ajouter, comme elles le font souvent, quelques cent mille francs de plus à l'épargne d'un oisif, et les aurait rendues profitables à la masse des citoyens comme réduction des taxes.

C'était donc là^ d'après M. Enfantin, une perception toute faite, une rentrée facile et variable seulement, comme le chiffre de la mortalité annuelle. Que si l'on trouvait un inconvénient et une occasion d'abus à ce que le gouvernement recueillit , gérât, administrât , vendit des propriétés particulières , il était facile d'imposer tel droit progressif et presque équivalent sur les successions, en les frappant d'une manière d'autant plus lourde qu'elles résulteraient d'une prétention plus lointaine. La conséquence de la même réforme , son complément obligé devait

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ôtrc une forle augmentation de droits sur rhérilage au premier degré. Cet impôt sur les successions , si considérable qu'il fût, avait, aux yeux de M. Enfantin , des avantages précieux* Il devait prendre la fortune là où elle se trouve, au moment où elle change de mains , où elle se déplace, souvent pour arracher à une occupation productive des hommes qu'elle voue désormais à une oisiveté ou partielle ou complète.

Après avoir indiqué ce nouveau mode de percep* Uon, M. Enfantin aime à en suivre les résultats et à en indiquer les emplois les plus fructueux. Grâce à Tabolition des successions collatérales et à Taug* meniatioQ des droits de succession en ligne directe, on pouvait supprimer , toujours d'après lui, Timpôt sur le sel, la loterie et les contributions indirectes, ou bien encore employer le fonds commun qui proviendrait de cette source à des destinations productives, comme rétablissement d'écoles publiques, Tamélioration des voies de transport , Tembellissemeut des villes » la propagation des bons procédés agricoles, etc.

Sur un autre terrain , l'économie politique du Globe rendit, en diverses circonstances, des services essentiels à la cause de Témancipation industrielle , que plusieurs écoles avaient déjà chaudement et utilement poursuivie. Les questions de ramortissement, de l'emprunt, de la dette publique,

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de rimpôt, dont la presse et les chambres étaient alors saisies, trouvèrent d'intelligents appréciateurs dans la feuille sainl-simonienne. Si toutes les solalions qu'elle présentait n^étaiei\t pas acceptables, toutes ses critiques étaient justes, armées de chiffres et de preuves. Nulle part la mobilisation de la propriété et rinsiitution des banques ne trouvèrent des promoteurs plus zélés. Une banque, pour M. Enfantin, n'était pas une caisse d'escompte choisissant et classant son papier ; c'était une société commanditaire de l'industrie, chargée de distribuer les instruments du travail , de la manière la plus favorable aux producteurs et à la production.

 côté du chef de la doctrine , d'autres publicistes, d'autres savants suivaient diverses thèses politiques et industrielles. Déjà M. Stéphane Mony poussait l'industrie vers des voies nouvelles et progressives. Doué d'une patience admirable, il éclairait tout à la manière de Franklin , en s'élevant de la recherche des faits aux combinaisons théoriques. M. Emile Péreire préludait aussi à cette réputation d'économiste qu'il échangea depuis contre les fonctions d'industriel ; l'un des premiers il vengeait la statistique, souvent profanée ; il en refaisait la langue , il en réhabilitait l'emploi ; il lui rendait sa conscience de chiffres et sa loyauté de déductions (i).

(1) Le n^ni d« M. Stéphane Mony et celai de M. Emile Péreire le

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D^autres espriu dislingnés fondaient ausai la poésie, Péloquence de la philosophie saint-sinioniennes. M. fiairrauU évoquait l'orientalisme avec ses formes pompeuses et allégoriques. M. Michel Chevalier tonnait sur le monde en périodes si sonores , il lui pré« disait une ère si pleine de gloires et de magnificences ; il lui donnait un soleil si beau , des moissons si dorées, des fruits si savoureux, des populations si épanouies, tant de canaux et tant de chemins de fer , tant de richesses et tant d'échanges, de telles grandeurs , de telles voluptés, de telles harmonies, que les plus indifférents s'enivraient de ces rêves prestigieux, se laissaient bercer par ces contes fantastiques , qu'on eût dit détachés des mille contes de Shéhérazade. Les philosophes et les moralistes ne demeuraient point en arrière. MM. Leroux, Jean Reynaud , Charles Duveyrier, attaquaient avec autorité le cercle éternel dans lequel roulent les métaphysiques ancienne et moderne. Dieu et l'homme; ils expliquaient l'un et l'autre par la théorie saintsimonienne; ils discutaient la loi de la croyance, la loi de la hiérarchie ; ils expliquaient l'humanité et

rattachent A l*exécntion du premier chemin de fer qai ait réont en Fraooe les conditions d^art et de traction nécessaire poory popolariser cette merveilleose découverte. Nous voulons parler du chemin de fer de Saiot-Germain à Paris. Ce nVst li en réalité qn^un embryon, mais que de patience, que d^études u^a-t-il pas fallu pour le réaliter, dans oo pays où la routine a tant de force d^inertie I

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son histoire, 8a perfectibilité iofiiiiet ^Si progression lente, mais sûre , vers un avenir toujonrs meilleur. Nobles et consolants travaax, qui ont en eox de quoi payer ceux qui les abordent, même quand ils demeurent infructueux et méconnus !

Cette période d'harmonie et d'union marqua , quoi qu'on ait pu dire, Tapogée du saint^simonisme. Quand, au premier déchirement intérieur, l'anarchie éclata entre ceux qui s'en étaient fait un argument contre le monde, quand on les vit mal gardés par leur doctrine contre les faiblesses vulgaires ; lorsqu'on un mot, la fraternité universelle eut brusquement déchiré son programme, il y eut, parmi les profanes, un indéfinissable sentiment de défiance et un temps d'arrêt dans le prosélytisme d'ordre supérieur. Ce qui survint ensuite , en fait de progressions et de conquêtes, résultait de l'élan primitif: c'était presque l'accomplissement d'une loi dynamique.

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