‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 27 sur 34 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Cluurloi Février ei amn éc«l« (1).

Depuis que les idées de réforme sociale onl été jetées dans la circulation , nous savons des prosélytes ardents qui s'éveillent chaque matin avec Tespoir d'assister , dans la journée , à leur avènement et à leur triomphe. Il nous en coûte de troubler ces rêves enthousiastes, et de ramener au vrai des es* prits qufse passionnent peut-être avec plus de chaleur que de connaissance de cause ; mais ce serait une direction fatale, à notre sens, que celle qui tendrait à livrer aux hasards de la polémique courante des questions mystérieuses encore, moins mûres

(1) Écrit eo 1837.

iSi CHAHLES FOURIER.

qu'on ne se plail à le croire, et qui atlendenl beaucoup de8 hommes et du temps ; des hommes une valeur d'application, du temps une consécration finale. Évitons donc , avant tout, de faire un objet d'engouement irréfléchi de ce qui doit être le but d'études longues et persévérantes.

On s'abuserait en outre d'une façon bien étrange, si l'on supposait que les révolutions se manifestent, dans Tordre social , sous une forme aussi vive et aussi rapide que dans l'ordre politique. Produit de la force matérielle, un mouvement politique s'illumine de tant d'éclat , pèse avec tant de vigueur , commande avec tant d'autorité , qu'il règne à Tinstant même , se légitime , se fait reconnaître, quoi qu'on en ait. Pourvu qu'il soit accepté ou souffert par le faisceau des volontés collectives, peu lui importe de rencontrer, au sein de quelques consciences^ des antipathies latentes et des désaveux secrets. Un mouvement social ne se produit point ainsi : résultat d^une action plus lente et plus douce , il intéresse moins la masse et davantage l'individu : pendant que le mouvement politique gronde seulement à la porte, il vient s'asseoir au foyer de la famille , s'adresse à la raison et au sentiment, dispute son terrain pied à pied, et lutte longtemps avant de pouvoir s'établir. Le mouvement politique s'impose en bloc ; le mouvement social se laisse marchander; l'un frappe; Taulre discute ; l'un a des baïonnettes pour se faire

CHARLF.S FOURIER. 18S

obéir, Tautrc n*a que sa parole ; Tun penl se contenter d*un succès négatif, l'autre a besoin d'une adhésion complète et sincère.

Cette différence explique pourquoi , dans Thistoire do monde, nous voyons tant de conquérants qui réussissent , et tant de réformateurs qui échouent. Bien des changements ont eu lieu depuis rétablissement du chrisliani8me,dans la destinée des empires, sans que la constitution sociale , telle qu'elle a découlé de la révélation chrétienne, en ait été troublée autrement qu'à la stirface.Des réformes religieuses, des schismes retentissants, comme ceux de Luther et de Calvin, n^ont pu même établir entre les deux familles , orthodoxe et protestante, une différence telle qu'on puisse dire aujourd'hui que les deux soetélés se sont séparées , comme l'ont fait les deux églises. Il y a plus : entre la loi qui gouverne la civilisation actuelle et celle qui régissait les civilisations anciennes, il existe, comme on le sait, une foule de liens et d'analogies qui trahissent une filiation irré* cosable. Nos codes sont latins, nos.arts sont grecs ; nos usages et nos mœurs donnent la main aux mœurs et aux usages antiques. Partout où un code social est parvenu à s'enraciner, les mêmes symptômes de vitalité et d'énergie ont marqué son existence. Vingt siècles et six conquêtes successives n'ont pas entamé la loi indoue , ses sacrifices sanglants et ses inflexibles catégories : le contact journalier de l'Eu-

rope a glissé , sans pénétrer bien avant, sur Tislamisme et ses farouches défiances. Ainsi , de quel* que côté que Ton porte le regard,à quelque race que Ton s^adresse, on rencontre partout, dans Tétat social d'un peuple, une fixité ennemie du changement , an éloignement profond de tout ce qui ressemble à une expérience. Toute civilisation est une masse ; elle résiste par son poids.

Si les choses ont marché de la sorte, il ne faut pa» croire que cela provienne du manque de réformateurs. Non , les réformateurs n'ont jamais failli an monde; c'est le monde qui leur a fait défaut. A diverses époques se sont révélés des esprits inquiets , qui, prenant pour point de départ les vices inhérent» aux sociétés humaines, ont voulu en tirer la conclusion d'une réforme nécessaire et préparer les voies à un ordre meilleur. Sans parler des utopistes du second ordre dont les spéculations ne sont pasarrivées^ jusqu'à nous, combien d'hommes illustres dans la science ou dans les lettres n'ont-ils pas cherché à déplacer notre nailieu social, et à lui créer, dans les sphères d'une moralité plus pure , d'autres conditions de vie et d'équilibre ! Il ne serait pas nécessaire de remonter bien haut dans l'histoire des théories audacieuses, ni même de franchir le seuil du dixneuvième siècle, époque de témérité s*il en fut, pour trouver des hommes qui, malgré la réserve que commandaient les temps, ont rompu une lance contre

CHARLES FODRIBR. 185

la cmlisation moderne , soit .à Taîde de fictions plus cruelles qu'un blâme direct, soit au moyen de pro* jets de réforme étudiés et méthodiques, soit enfin en mêlant la pratique à la théorie , Taction à la spéculation. Que sont Thomas Morus, Daniel de Foê, Zinzendorf, Fénelon , J.-J. Rousseau, Fontenelle, G. Penn, Tabbé de Saint-Pierre, si ce n'est des réformateurs qui se présentaient armés d'un système, ou original, ou^écho d'autres systèmes ? Eux aussi, ils avaient tu par combien de points la société est vulnérable, combien les relations y sont mêlées d'hypocrisie et d'intrigue, de perfidie et de mensonge, de haine et de corruption, de jalousie et de défiance ; combien les bonnes natures y sont livrées sans défense aux mauvaises, et à l'aspect de tant de misères, eux aussi, pris d*une sainte compassion, ils s'étaient demandé si , même en faisant sa part à la dépravation humaine, il n'était pas possible de réaliser quelque chose de plus lumineux que ce chaos, de plus harmonieux que cette discordance, de plus logique que cette anomalie. De là des essais dans lesquels ces esprits supérieurs ou ingénieux ont cherché pour l'humanité des combinaisons plus normales, tantôt dans une autre éducation, tantôt dans d'autres éléments de moralité ; de là des pages éloquentes, que l'univers a lues sans vouloir, sans pouvoir s'amender dans la direction d'idées qu'il accueillait avec faveur , soit que ces idées fussent

LES liroiMànoBS. — t. i. 16

186 CHABLPS rOlJftieR.

inapplicables, soilque la force de la routifie remportât sur les velléités fogiiîves d'nne métamorphose. La Salinle de Fénelon avec sa magistrature àe vieillards , V Utopie de Thomas Moriis avec son roi cou-* ronné d'épis, furent impuissantes. Tune et Tantre, h déterminer un essai de réalisation dans les voies du modèle, l/exemple des établissements moraves^bien plus concluant encore, ne poussa point Tuniveredans les expériences du ménage commun et do travail sociétaire ; VÊmile n'eut guère plus d'influence sur réducalion du premier âge que le Contrat soei&l sur les institutions de Fâge viril; enfin, la fraternité, l'union entre les hommes, si oubliées depuis le Christ, se ressentirent aussi peu des colonisations religieuses de Guillaume Penn que des pacifiques conseils de l'abbé de Saint-Pierre. Et encore étaient* ce là, nous le répétons , ou de grands écrivains qui ne traversèrent point leur siècle obscurs et inaperçus, ou des esprits éminents qui s'étaient, à d'autres titres, emparés du respect et de Tattention des hommes.

À Dieu ne plaise que nous voulions verser un froid découragement sur ces organisations ardentes qui se passionnent pour l'inconnu et s'immolent â sa recherche! Autant que personne nous sentons le prix de ces dévouements opiniâtres et reconnaissons l'ascendant de ces vocations impérieuses. C'est le plus noble emploi que l'homme puisse faire de sea

CHABLBS FOURIEK. «87

faciiliés , et , dans une société où tout procède du olcul, il faut tenir un grand compte de ce qui se ûase sur le «acrifioe. Cette vie de révolte ouverte avec les idées reçues a, il est vrai, ses charmes igibrés de la Ibule, ses émotions, ses joies, ses compensations inespérées ; mais, en revanche, que de combats, que de méoomples , que d'amers et douloureux désappoiniements ! Oui, que les esprits nécessairement et faulemeot liés à des œuvres de pure spéculation , <ra vaillent pour Ta venir , sinon pour noire siècle , cela importe àThumanité, qui, plus tard, classera el contrôlera leurs théories. Même quand ils échouent, même quand ils s égarent dans de fausses routes, ces penseurs méconnus ont droit à la bienveillance, à la sympathie des générations. C'est une rude tàdieque celle de néformateur : leur couronne n^est pas exempte d'épines , et pour un qui réussit , mille iombent ignorés sur les chemins.

y|l ET TBATAVZ Bl pB&UU rOOlIll. SOU ICOLB.

Charles Fourier est Thomme d'une idée exclusive. On peut dire qu'il a traversé ce monde sans s'y mêler. Il a ignoré l'art de se faire deux existences , Tune dans le domaine de sa fiction / Tantre sur le iarraio de la réalité. Ëofont et adulte , deux faits le

frappèrent : Fun, à Tàge de cinq ans, fut une réprimande subie parce qu'il avait , dans le magasin de son père, marchand de draps à Besançon, contrarié un mensdRge de boutique par la révélation naïve de la venté; Tautre, à dix-neuf ans, fut une submersion volontaire de grains, à laquelle il dut assister à Maiv seille , en sa qualité de commis d'une maison de commerce. Ces deux faits, et il se plaisait à le rappeler souvent , lui ouvrirent les yeux sur la nature des relations humaines : d'une part , il vit le mensonge mposé à Penfance et dominant dans les transactions; de Tautre , il vit le monopole fondant ses bénéfices sur l'anéantissement des produits. Double fausseté , double perfidie. Dès lors il pressentit qu'un ordre nouveau pouvait raisonnablement se baser sur la sincérité dans les rapports et l'harmonie dans les intérêts.

Ainsi prévenu dès ses premiers pas dans le monde, son rôle fut celui de l'observation et de l'isolement. Une répugnance instinctive, une défiance calculée ne lui permirent pas de s'engager tellement dans les habitudes sociales, qu elles devinssent pour lui, comme pour les autres, une seconde nature : il ne s y livra pas à ce point de perdre la force de les juger et l'énergie de les combattre. Fourier se fit alors une méthode qui fut celle de sa vie, la loi de sa pensée , la clef de sa découverte; il partit pour examiner ce qui se passait autour de lui et en dehors

de lui, du doute absolu et de l'écart absolu : ce sont «es termes. Redresseur soupçonneux, il put dès lors envisager les choses comme elles sont, et non comme elles paraissent à ceux qui s'abandonnent mollement , sans retour sur eux-mêmes , au courant des idées reçues. Aussi la civilisation actuelle ne se révélat-elle à lui que par ses non-sens et par ses désastres. H vit Tadultère installé à Tombre du mariage , la corruption à Tombre de la politique , la médiocrité k l'ombre de Tintrigue; il vit l'humanité usant ses forces en luttes vaines , s'agilant au milieu de destinées confuses, s'énervant dans des chocs éternels et sans résultats ; il vit tous nos travers , toutes nos dou* leurs , toutes nos misères , nos pauvres ambitions , nos fausses joies et noire rire mouillé de larmes. Convaincu de Ténormité du mal, il saisit alors deux flambeaux, Tun la douleur physique ou morale cumme signe d'erreur ; l'autre la satisfaction , le plaisir , comme signe de vérité; puis, ainsi armé, il chercha l'idéal du bien, et, dans sa pensée du moins, il le trouva.

Les angoisses de l'humanité n'ont qu'une cause sérieuse , selon Fourier , réelle , enracinée , profonde : c'est de ne pas comprendre les voies de Dieu , qui n'a rien fait d'essentiellement mauvais, d'essentiellement inuiile. Si l'humanité ne fonctionne pas avec la même harmonie qui préside à la marche des mondes , c'est qu'on s'obstine à lui

190 CUABLES FOURIfiR.

donner uneimpuUîon contraire à rimpuUion divine. Entre le créateur el la créature, il y a eu cinq mille ans de malentendu. Jusqu'ici en effet tous les code« de philosophie et de morale ont prétendu distinguer deux sortes d'instincts chez Thomme, ceux-ci bons, ceux-là mauvais , et l'éducation a visé dès lors à développer les uns et à comprimer les autres. Or, à quoi a servi ce travail de compression appliqué depuis bien des siècles aux mauvais penchants , si ce n'est à prouver qu'ils étaient , comme les bons , de nature indélébile et d'origine supérieure ? Ceci établi , que reste-t-il à faire maintenant , sinon à essayer si ces penchants , si ces instincts que l'on qualifie de mauvais n'ont pas , dans l'harmonie générale des êtres, un emploi, une destination nécessaire; s'ils ne sont pas, en un mol, un bienfait au lieu d'être un fléau. Rendre les passions utiles et saines, leur assurer un libre et entier développement , de manière à ce que toutes servent et qu'aucune ne nuise ; associer les facultés et les forces , tels furent, comme on le verra bientôt avec plus de détails , le point d'appui de la théorie sociétaire, les bases de la création de Fourier.

Ce fut sous l'empire de cette préoccupation qu'il publia, dès 1808, un livre demeuré longtemps obscur, la Théorie des quatre mouvements , auxquels il devait plus lard ajouter un cinquième mouvement, le mouvement aromal, qui comprend les corps im-

CHARLRS POURIBR. i'Jt

pondérables , rélectriciié , le magnétisme , etc. La Théorie des quatre mouvements est déjà tout ie sys- 4ème : dàm ce que ce volume signale et dans ce qu'il 8ou8-eniend , se trouve la pensée entière de riiiveotear ; les autres livres ne seront plus que des développements et des commentaires. Déjà il s'agît d'abolir le ménage morcelé pour faire prévaloir le 4Déoage sociétaire , d'organiser l'humanité par phaianges et d*y faire régner une harmonie générale , résultai de Vatlraelion passionnée y termes qui expriment le jeu libre des passions dans l'ère nouvelle. Tout ce qui doit plus tard faire la force et la parure de la théorie se trouve pressenti, annoncé, exprimé. L*associalion agricole, le travail alterné, les courtes séances , les phases cosmogoniques du globe , l'or* ganisation par groupes et séries , la rémunération appliquée aux sciences , aux lettres et aux arts , le principe de l'analogie universelle, rien n'est omis, pas même la formule devenue célèbre : associer les hommes en capital, travail et talent. Cependant , malgré ses mérites , l'ouvrage est une composition bizarre et trop peu méthodique ; les formes de l'organisation y sont tellement enveloppées dans la critique , qu'elles ne s'en dégagent pas encore d'une manière suffisamment nette , suffisamment précise. Ce qui frappe le plus un lecteur ordinaire , dans ce livre comme dans tous les livres de Fourier, c^est la puissance des études et l'étendue des lec-

tures qa*ils supposent. Fourier touche à toutes les sciences , exactes ou naturelles , ayec autorité , avec supériorité ; il touche à la littérature par une foule de citations ingénieuses, à l'histoire par les preuves qu'il y puise , à Tindustrie par des observations pleines de portée et de sens , aux maihéma tiques par les déductions sévères qu'il leur emprunte, à la philosophie par un système d'agression constante qui témoigne clairement qu'il Fa interrogée soutf tous ses aspects. Et pourtant celui qui a ainsi parcouru , comme en se jouant , le cercle de nos con* naissances , pour s'en isoler ensuite et les déclarer stériles , ce penseur, cet inventeur, est un simple commis marchand qui n'ose pas signer son nom , et qui ne livre au publie que son prénom Charles , en se déclarant prêt à répondre à toutes les objections qu'on lui adressera. Hélas! peu d objections lui parvinrent. Charles n'eut que de rares lecteurs , et presque tous sans doute le prirent pour un visionnaire.

Fourier ne s'était pas fait illusion sur le sort de son œuvre : il connaissait les hommes , comme sa vie entière l'a prouvé ; mais sachant mieux qu'un autre que sa théorie glisserait sur les iutelligences ordinaires, il espérait que tôt ou lard elle frapperait l'attention d'un homme riche ou puissant, d'un banquier ou d'un grand seigneur, qui le sait? peut-ôtre d'un roi. Ce qu'il fallait à Fourier, c'étaient moins

CHARLES FOUAIER. 195

des hommes sympathiques à ses idées, que les moyens de les réaliser : il ne visait plus à fonder une éeole ; ^ais il aspirait à une expérience. Il espérait que la magnificence des résultats, la beauté des solutions , leor ordonnance scientifique , la pompe des plans , leur grandeur , leur utilité, détermineraient en sa faveur, ou une intervention fastueuse, ou une grande coopération financière. Il patientait ainsi, faisant peu de bruit, parce qu*il se croyait tous les jours à la veille d'une épreuve décisive. Ce fut là une des illusions de Foorier. Ni Taristocratie de naissance, niTaristocraiied^argent, ne prirent garde aux merveilles semées dans son volume. Quel intérêt auraient-elles pu avoir , ces deux puissances , à changer le monde dans lequel on leur a fait une si belle part? Elles y régnent; que leur faut-il de plus?

Après la Théorie des quatre mouvements^ Charles Fourier se tut pendant de longues années, méditant sur sa découverte au milieu des occupations ingrates et mercenaires d'un comptoir, espérant toujours, attendant toujours. Cependant, en 1822, il reparut devant le public avec son Traiié de l'association domestique agricole , qu'il n'osa pas, à ce qu'il dit, intituler : Théorie de Vunité universelle. Cet ouvrage, annoncé en six volumes, n'en a eu que deux; mais ils suffisent aux plus nécessaires comme aux plus vastes développements de la théorie. Là Fourier

19* C0AaLB8 FOURIBE.

marque neliement et naïvement ^ place à côté de Newton. Newiona découvert l'attraction moi^'eile, liii, Fourier, a découvert l'attraction passionnée. A Tun la science de la vie planélaire, à Tautre la science de la vie humaine. L'analogie universelie» Tunité harmonieuse qui préside aux fonctions de Tunivers, étaient, selon Fourier, des faits incompatibles avec la destinée actuelle de l'homme, si incohérente et si misérable. Elles indiquaient suffisamment qu'il fallait rentrer dans les voies des créations normales et bien ordonnées. Ainsi toutes les passions devaient trouver leur place dans le système humain, comme les corps célestes trouvent la leur dans le système sidéral. Pour cela, il fallait les laisser obéir , les unes comme les autres , à leur loi d^impulsion inhérente, et non leur opposer un système de compression qui tend à les jeter violemment hors de leurs sphères. Que si les conditions du milieu social s'opposaient au libre développement des passions, ce n'était pas les passions elles-mêmes qu'il fallait en accuser, car les passions, bonnes ou mauvaises, sont d'inspiration divine et par ceia même légitimes et inaltérables , mais bien le milieu social, création de l'homme, périssable comme lui, et pouvant se modifier à son gré.

Tout le livre de Charles Fourier et ceux qui le suivirent, le Nouveau monde industriel (i8â9) U pamphlet contre SainP-Simim et Owen, la Fausse

CHARLES FOORIBR. 195

induêîriey enfin les articles du Phalaf%»tèrey ne sont plus que les corollaires d'ane théorie dès lors complète et assise. Ayant imaginé un monde dont le pivot était Tagriculture , et le mouvement Tassoeia* lion, Fourier tenait à en régler jusqu'aux plus imperceptibles détails, ce qui fentraine en des développements diffus, où il n'est ps toujours possible de le suivre. Ces développements curieux et, inouis, qui demandaient un grand effort de médiliition et une énergique puissance d'isolement , furent les seuls côtés par lesquels on consentit à envisager ses théories. Les parties sérieuses furent dédaignées, mais on s'arrêta sur des bizarreries de détail qui prétaieiH au sarcasme. On s'occupa de Fourier pour en rire ; mais ce fut là tout. Le rire est mortel en France. Il Ole la faculté et le désir d'aller au cœur des choses. Aussi l'inventeur du mécanisme sociétaire ne rencontra-t-il que des désappointements et des mécomptes , toutes les fois qu'il sollicita de la part des hommes qui dirigeaient alors lemouvemeni des idées, l'assistance de la plus modeste publicité. 1^8 philosophies rivales ne furent ni plus obligeantes , ni plus justes. L'école officielle dédaigna un bommequi avait une doctrine etqui ne s'abandonnait point à toutes; le saint-simonisme ^ né à peine, et qni avait déjà les prétentions d'un parvenu , refusa son concours à un homme dont il s'appropriait indirectement les idées ; enfin Robert Owen , qui fon-

196 CHABLE8 FOUEIER»

dait à la même heure , en Angleterre, ses sociéiés coopératives , répondit à quelques avances de Fourier par des fins de non-recevoir au moins dédaigneuses.

Repoussé de ce monde , il ne restait plus à Foa^ rier qu'à vivre dans celui qu'il s'était créé. Contraint jusqu'à l'âge de soixante ans à copier des lettres pour gagner le pain du jour, son seul bonheur, ses seules jouissances , étaient dans les rêves issus de sa découverte. 11 se promenait, glorieux, au milieu des populations libres et enthousiastes qui le saluaient comme un bienfaiteur et le couronnaient comme un roi ; il parlait à ces êtres, à ces enfants de ses rêves , une langue que seuls ils paraissaient comprendre , il bâtissait son Phalanstère , le peuplait , l'organisait , conduisait lui-même au travail des groupes d'Harmoniens , fondait une ville , une capitale, une métropole, unissait par le lien sociétaire rOrient à l'Occident, le Nord au Midi, voyait proclamer un empereur du globe , et posait de sa main , sur la tête d'un savant du premier ordre, le laurier décerné par deux millions de phalanges. Douces fêtes de l'imagination , vous étiez les seules joies permises à la fière et longue pauvreté de celui qui semait ainsi des perles sur un globe idéal !

Tant de travaux , tant d'efforts , ne pouvaient pas toutefois être per lus. k défaut de monarques qui lui tendissent la main , et de capitalistes qui le

CHARLES FOURIBR. 197

comiM'isseDt , Fourier trouva des disciples qui allèrent yers lui sans qu*il fût allé vers eux. La réalisation lui échappait, mais il allait fonder une école. Déjà, en i8i4, il avait rallié à lui M. Just Muiron (i), qui , dès lors associé à son œuvre , avait vainement poursuivi Tune de ses applications dans la fondation d'un comptoir communal, pour lequel Facadémie de Besançon refusa son concours. Mais la propagande s'était arrêtée depuis longtemps à cette acquisition isolée , lorsqu'un jeune homme , plein d'énergie et de science, M. Victor Considérant, s'at* tacha , se voua aux idées de Charles Fourier , comme au seul avenir des destinées humaines. Élève de l'École Polytechnique » M. Considérant apportait à l'école cette raison calme et réfléchie , cette reciitude mathématique qui marchent toujours vers lecdté rigoureux des choses. Homme d'ardente exécution, il chercha à tirer sur-le-champ la doctrine sociétaire des voies spéculatives où elle se serait énervée et amortie. Charles Fourier , sûr de sa force , attendait que l'on vint à lui , et dans les relations ordinaires il apportait la forme absolue , tranchante , impérieuse de ses théories. M. Victor Considérant chercha à faire naître quelques occasions de contact entre ce génie boudeur retiré dans sa tente et un monde qui

(1) M. Jost Mniron est une intelligence d^on ordre éleTé. Le liTre qu'il a écrit sur la doctrine de Fourier est un beau morceau de morale et de métaphysique.

TOHll. 17

198 CHARLES FOCRIER.

Pavait froissé, faute de le connaître. On essaya quelques moyens de propagation : des conférences furent ouvertes à Paris , dans lesquelles Fourier exposa quelques parlies isolées de son système ; puis on songea à la province , et M. Considérant ouvrit à Melz le premier cours public sur la théorie.

C'était alors le moment où, après avoir jeté quelque éclat, le saint-simonisme se dispersait dans les voies du doute et du découragement. Quelquesuns de ces novateurs , et entre autres deux hommes distingués, MM. Jules Lèche valier et Âbel Transon(i), passèrent sous les drapeaux de Charles Fourier, en proclamant sa supériorité. M. Jules Lechevalier ouvrit un cours à Paris et le publia ensuite par livraisons ; M. Abel Transon donna à la Revue Encyclopédique deux articles qui résumaient la loi sociétaire. D'au ires ouvrages fortifiaient cette propagande. M. Victor Considérant produisait tour à tour la Destinée sociale , les Considérations sur l'architectoni^ que y De Vun des trois discours à V hôtel de ville, et la Débâcle de la politique en France; M. Just Muiron , les Transactions de Virtomnius ; M"** Clarisse Vigoureux , les Paroles de la Providence ; M. Lemoyne , ingénieur , V Association par Pha* langes; M. Morize , les Dangers de la situation oeil) MM. Abel Transon et Jules Lechevalier ont récemineiit déclaré quMU étaient depuis longtemps étrangers à la propagation des idées de Charles Fourier.

CHARLES FODRIER. 109

tu$lle de la France; M. Paget» V Iniroduetion d V élude de la science sociale , Tan des meilleurs résumés émanés de Técole. Peut-être aurait-on à reprocher à quelques-unes de ces publications un défaut commun ; à côté de belles qualités , ce serait celui de se préoccuper beaucoup trop de petits débats quotidiens qui devraient s^effacer toujours devant des questions de lointain avenir. Nous aimerions mieux aussi , dans la forme , plus d'onction et moins de nidesse « plus de ménagements surtout envers les hommes d'intelligence qui se dévouent au périlleux honneur de captiver , chaque matin , un public blasé et moins avancé qu'eux en toutes choses. Grâce à ce concours de publicistes et de penseurs , la propagation prit quelque essor , et Ton dut songer à lui créer un organe. Un journal , le Phalanstère, fut fondé par les soins de M"* Vigoureux et de MM. G.... et Baudet-Dolary , alors député. MM. Victor Considérant , César Daly , Blanc , Chambellant , Pecqueur , Paget , Morize et Pellarin concoururent à sa rédaction. Bientôt on alla plus loin : cette réalisation , si vainement attendue par Fourier, devint l'objet d'une tentative. MM. Baudet-Dulary et Devay frères mirent en commun , à Condé-sur-Vesgres , de vastes propriétés sur lesquelles devait se poursuivre rétablissement d'une Phalange. On commença en effet les travaux ; on mit en culture une partie des friches, quoique par

SOO CHARLES FODRIBR.

le procédé baoal ; on maintint en rapport les terres qui Tétaient; on construisit quelques b&iiments d*exp1oitalion rurale ; mais tout cela fut incomplé* tement fait et avec des fonds insuffisants pour la réussite. Plus tard même , les ressources manquèrent, et on s'arrêta. Il y avait eu avortement, il n*y avait pas eu essai.

Alors une chose demeura bien prouvée aux hommes d'exécution , c'est qu'il ne fallait reprendre l'expérience qu'avec des moyens plus complets. La déconvenue de Condé-sur-Vesgres fut fatale à divers titres : non seulement elle se présenta dans le public sous la forme d'une entreprise malheureuse, mais elle réagit même sur les membres de l'école. 11 y eut hésitation et temps d'arrêt. Plusieurs se retirèrent pour chercher dans la politique un mobile plus immédiat, un aliment plus réel à leur activité. Le Phalanstère disparut; il se fit comme un silence autour de Charles Fourier.

Celui qui releva son drapeau fut encore M. Considérant ; il publia la Phalange et reprit les travaux de propagation. Mais, mûris par l'expérience , les disciples de Fourier ne semblent plus vouloir désor. mais s'isoler du monde : ils acceptent en pratique les conditions de la société actuelle, toutes réserves, d'ailleurs, faites pour l'avenir. Ce sont maintenant de simples ingénieurs qui désirent prouver à tous , et par un essai , la valeur d'un mécanisme sociétaire

renfermant en germe , assorent-ils , les pins beaux et les plus féconds résultats. Il y a plus : calculant avec justesse combien leur action sera lente et difficile sur des hommes rompus à d'autres habitudes , ils entendent opérer d'abord sur des enfants , et fonder un institut sociétaire où ils seront élevés selon la méthode de Fourier , et dans le sens de Véelonon des vocations (i).

Voilà où en était la méthode de Fourier , sur veillée par lui , appliquée sous ses yeux , quand la mort est venue le frapper à Tàge de soixante-six

(1) Dorant ces trois dernières années un mouvement assez remarquable semble s^élre opéré en faveur des idées de Charles Fourier. L'un de nos plus éminenls professeurs d'économie politique n'a pas craint d'en produire quelques-unes, des plus simples et des plus applic^les , devant un auditoire nombreux , en faisant ressortir toutefois sous quelles restrictions et à l'aide de quels tempéraments elles pourraient s'approprier à la société actuelle. Quant à l'école au sein de laquelle s'est perpétuée la tradition de la docirine et que dirige avec une supériorité réelle H. Victor Considérant, elle est, à ce qu'on assure, eu voie de progris quant au nombre et quant au choix. Des esprits distingués s'y sont ralliés franchement et ouvertement. La PAa/an^e, qui est son organe, a reçu des développements et acquis une périodicité plus fréqueute Des tentatives sérieuses d'exécution semblent aussi avoir élé reprises à Condé-sur-Vesgres. Deux hommes, an mérite et an caractère desquels nous aimons à rendre justice, NM. César Daly et Chambellanl, se sont rendus sur les lieux pour y jeter les bases d'un établissement agricole conçu et dirigé dans le sens des idées de Fourier. L'école sociétaire ne peut pas opposer de meilleure réponse aux critiques dont elle a été l'objet. Quand elle aura marché, il ne sera plus permis à pertonne de loi contester la faculté du mouvement.

%Q% CHâRLES FOURIER.

ans. DepuU huit mois, la maladie Tavait enveloppé de manière à ne laisser d'action qu^aux palliatifs. Pas plus à ses derniers moments que dans le courant de sa vie , ses amis n'ont fait défaut à sa glorieuse indigence. Il est mort pauvre, mais entouré de soins, comme aurait pu Tétre un riche.

Fourier était petit et maigre ; mais sa physionomie avait le plus beau caractère. Il portait dans le regard quelque chose de profond et d'amer, d'élevé et de malheuropi ; et sur son front pouvait se lire le problème social dont il poursuivit si longtemps la solution au milieu de l'indifférence et du sarcasme.

COCr D'MII. GSBBBAt SOI LA TKEORIB.

Le grand tort de Charles Fourier a été celui-ci : né , pour ainsi dire , hors de nos sphères , il n'a jamais daigné comprendre qu'il fallait y vivre pour y acquérir quelque ascendant. Quand il se fut posé à lui-même, et dans l'assentiment de sa pensée , tous les termes d'une équation gigantesque , il les crut immédiatement acceptés par tout le monde. Plus il marcha dans sa découverte, plus cette prétention se fortifia en lui. Au début , mieux conseillé par le besoin d'un succès , quand il voulait parler à la foule , il se mettait à peu près à la hauteur de son oreille ;

CBARLE8 FOURIER. SOS

mais quand , plus tard , il ae fut enivré de sa spéculation , ces derniers ménagements cessèrent. Parce qu'il avait marché , il s'imagina qu'on l'avait suivi ; il parla de sa théorie comme d'un fait régnant d'un fait dominateur ; il en parla dans une langue qu'il avait créée pour elle , et que dès lors il regardait comme universellement admise. De la part d'un créateur , cet orgueil s'explique et se justifie. Pour l'artiste , la Galatée était complète ; il l'avait pétrie de sa main , il l'avait animée de soq souffle , et , glorieux de la voir sourire , il ne croyait pas que personne eût le droit de nier sa vie et sa beauté.

Cet état d^extase et d'isolement, d'idée fixe et souveraine , ne permit pas à Fourier de donner à ses révélations une forme qui en rehaussât la valeur, une forme attrayante pour les gens du monde , concluante pour les savants. Exact et méthodique dans ses idées , Fourier ne l'était pas dans leur exposition ; il manquait d'ordre et d'enchaînement. Aussi, pendant que l'on aperçoit toujours le lien qui unit les combinaisons sociétaires , on est quelquefois à se demander pourquoi ces combinaisons ne se déduisent pas mieux , dans les livres de Fourier , les unes des autres , et ne s'engendrent pas , pour ainsi dire. Un monde où l'harmonie doit régner aurait pu être décrit et prouvé avec plus d'harmonie. C'est que Fourier possédait moins sa théorie qu'il n'était possédé par elle. Une fois sur le trépied , il se lais-

S04 CHARLES FOORIER.

sait aller au souffle du dieu , obéissant à sa passion , ne sachant pas se contenir dans les bornes d*une dialectique pirécise et d'une tempérance sévère. Sans avoir voulu ni pu« peut-être , séparer des matières bien distinctes , il mêlait la critique à Torganisation, quittant Tordre harmonien pour Tordre civilisé, censurant d'un côté, louant de Tautre, tout cela au hasard , pêle-mêle , d'une manière verbeuse et diffuse , combattant sans cesse avec des armes non acceptées , celles de sa théorie , an lieu de se tenir, comme il Teût pu souvent, sur le terrain des faits incontestés et généraux. De là une confusion , une bizarrerie , une incohérence , qui ne disparaissent qu'après un long travail du lecteur sur lui-môme et sur la pensée de Tauteur. Quand ce n'est pas la méthode qui rebute , c'est Texpression. S'exagérant peut-être les avantages d'une terminologie nouvelle pour un monde nouveau , Fourier a abusé du néologisme , systématiquement , et , disonsle , puérilement. Là , où la langue consacrée eût amplement suffi à Tévolution et à Texpression de ses idées , il a cru devoir continuer son rôle d'inventeur, et refaire le dictionnaire français en même temps que Téducation humaine. Ainsi quand il eût pu diviser ses matières par chapitres, sections , appendices , corollaires , préfaces , avant-propos , introductions , prologues , ce qui eût été légitime et compris , il nous offre , dans son idiome , des

CHARLES FODRIER. SOS

Cis-légomènes , des Inier'liminaires , dt% Êpi^seelionSf des Ciier-logues y des Citrà-poses , ce qiiî est une prétention au moins oiseuse et qui touche presque au ridicule.

Un autre défaut de Fourier, c'est l'abondance; non pas Tabondanee qui féconde, mais celle qui noie. Infailliblement Tinventeur du monde sociétaire aurait trouvé beaucoup moins de personnes disposées à contester sa valeur scientifique , si , au lieu de jeter sa théorie dans un moule immense , il Teût, au contraire, concentrée dans un petit nombre de démonstrations et soumise à une exposition méthodique. Ce travail de résumé devait précéder le travail du développement : Tordonnance générale avant les détails, la synthèse avant l'analyse, ce sont là des vérités banales. Il est à regretter que Fourier leur ait désobéi. Cependant, si sévère que Ton veuille être vis-à-vis d'un esprit supérieur ,. on ne peut disconvenir que celte profusion de gracic^ix tableaux , que ce cercle confus et passionné de créations naïves , joyeuses , inattendues ; que ce désordre charmant , cette incohérence de surface , qui sont une faute chez le savant, ne deviennent un titre réel pour l'homme d'imagination et pour le poète. Les couleurs de ces paysages sont si fraîches et d'un effet si neuf , il y a tant d'éclat et tant de verve dans ces Géorgiques idéales, qu'on s'abandonne, malgré soi, au

S06 CHARLES FOURIEIU

flot descriptif, sans regretter l'appui moins fragile d'une démonstration sérieuse.

Un dernier reproche. Certes, il serait fôcheiix que la science parlât un langage mielleux ; mais il ne Test pas moins de donner un air rébarbatif aux Vérités que Ton enseigne. Un savant ne doit être ni un paysan du Danube, ni un élégant du grand monde; il ne doit tremper sa plume ni dans le vinaigre , ni dans les essences. Le ton d'un homme qui démontre et qui veut attirer à lui , est un ton doux , grave , persuasif; ne concédant rien quant au fond , mais prêt à se ployer à tous les tempéraments de forme. Peut-être Fourier aurait-il dû en cela résister un peu à ses élans de franchise et de rudesse ; peut-être aurait-il fondé plus sûrement son autorité sur les intelligences, si à l'originalité de sa doctrine il eût joint ce que le saint-simonisme avait de plus que lui, l'onction dans le style et la parfaite convenance dans le langage.

Ces prémisses posées, nous allpns, après avoir fait Thistorique etia critique des travaux de l'inventeur, entrer dans l'exposition de ses idées. Cette exposition aurait demandé de longs volumes , si nous ne lui eussions appliqué une méthode de rigoureuse sobriété. Notre intention n'a pas été, ne pouvait pas être d'initier nos lecteurs à tout le système de Fourier : ce serait impossible et inutile; la route serait trop longue , et ils ne nous y suivraient pas. Qu'ils

CHARLES FOIIRIER. fOI

aient ane idée nette de Tensemble de la théorie et de ses principes génératifs , c'est loat ce que nous avons voulu. Pour leur rendre cette étude plus claire, nous avons évité , autant qu'il était en nous , d'en^ trer dans un vocabulaire dont il eût fallu , à chaque minute , leur donner la clef. La même vue de simplification nous a fait élaguer la partie critique. Que notre univers ne soit point parfait , c'est ce qui est admis pour tout le monde , et ce qui a été victorieusement et surabondamment établi. Toute preuve de ce genre a facilement le tort de dégénérer en déclamation , et nous avons mieux aimé y renoncer que courir ce risque. Enfin , en parcourant la partie organique de la doctrine sociétaire , on verra que Dous Tavons dégagée des détails qui ont attiré sur rinventeur des plaisanteries devenues banales. On a tant abusé de cette méthode de facile appréciation, quM y a aujourd'hui , ce nous semble , quelque bon goût à s'en abstenir (i).

Page 1