‹ Études sur les réformateurs, socialistes modernesChapitre 28 sur 34 · IV · texte numérisé non relu

IV

COSHOOO9IB BT P8TCH060HIS.

On a fait de Charles Fourier un matérialiste , à cause de quelques mots hasardés sur la reproduction

(1) Poar compléter cette élude de Charles Fourier, et donner one idée du lonr bizarre et original de son esprit, on trouvera à la fin

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infinie de la matière. Nous croyons qu^il y a ici un malentendu résultant du système toujours vicieux des analogies. Si Ton voulait trouver un nom dans récole philosophique qui répondit davantage à la loi sociétaire , Fourier serait un panthéiste à la façon des saint-simoniens , ou un sensualiste de fécole de Locke et de Condillac.

Charles Fourier n'a pas , il est vrai , abondé dans les idées métaphysiques à Texclusion des tendances sensuelles; mais c'est, comme il Tavoue lui-même, parce qu'il voulait réorganiser le corps avant de réorganiser l'esprit, les instincts devant, dans l'ordre nouveau, être satisfaits comme tes passions , les besoins comme les sentiments. La lutte entre les deux principes, le bien et le mal, d'origine philosophique, n'avait , d'ailleurs . plus rien à faire dans un système qui prenait pour point de départ la légitimité , la nécessité de tous les élans de Tàme et de la chair.

Le sommet de la doctrine de Fourier, c'est Dieu; mais en appelant Dieu esprit , il ne se déclare pas pourtant exclusivement spiritualisie. Il semble admettre, au contraire, que Dieu, l'homme et l'univers, comme êtres absolus et infinis , peuvent , par de certains côtés, s'absorber et se confondre. Ce serait à peu près la formule saint-simonienne : c Dieu est

de ToiiTrage quelques citations extraites de la partie fantastique de ses livres.

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tout ce qui est , • et un transport du fini dans Vinfini. Cependant , en d'autres passages, Fourier distingue le créateur de la créature, parle de Dieu comme d'un être existant de son fait , et du chris^ tianisme comme d'une croyance qui nous a ramenés à de saines notions religieuses. Dieu , d'après lui, doit être notre première étude ; c'est en cherchant en nous la révélation des instincts qu'il y a mis, leur application , leur utilité , leur sainteté , que nous devons trouver la clef des destinées futures de riiomme.

Insistant peu , d'ailleurs , sur ces données métaphysiques, Fourier fait de la nature trois principes éternels et indestructibles : Dieu , la matière , la justice ou les mathématiques. Ici, entre Fourier et les autres philosophies plus de rapprochement possible : il marche vers ses idées. Dans la toute-puissance de Dieu, il trouve la cause, et dans sa justice, la raison des destinées générales. Or la volonté universelle se manifeste et se témoigne par Vatlraetion universelle; attraction dans l'humanité, attraction dans l'animalité, attraction dans les corps inorganiques. C'est cette attraction qui, pivotant sur ellemême, incessamment produit, incessamment détniit, incessamment conserve. De là cinq mouvements : mouvement matériel, attraction du monde, devinée par Newton ; mouvement organiquey attraction emblématique dans les propriétés des substances ;

TOKB I. 18

SfO CHARLES FOURIER.

mouvement inlellecttiel y altraciion des passions et des instincts ; mouvement aromal , attraction des corps impondérables ; mouvement social, altraciion deThommevers ses destinées futures. De l'attraction universelle est née Tanalogie universelle, résultant, selon Fourier, d'une loi mathématique qu'il a accusée sans la justifier toutefois. Toutes les passions ont leur analogue dans la nature, depuis les atomes jusqu'aui astres. Ainsi , les propriétés de Tamitié seraient calquées sur celles du cercle , celles de Tamour sur celles de Tellipse, etc. N'insistons pas : ceci est plus ingénieux que vrai ; il y a là un pressentiment bizarre, mais point une conception sérieuse.

La cosmogonie de Fourier a aussi un caractère divinatoire et cette prétention à une seconde vue. Le monde , d'après lui , aura une durée de quatrevingt mille ans ; quarante mille de progrès, quarante mille de déclin. Dans ce nombre sont enveloppés huit mille ans d'apogée. Le monde est à peine adulte; il a sept mille ans ; il n'a connu jusqu'ici que l'existence irrégulière, chétive, irraisonnable de l'enfance; il va passer dans sa période de jeunesse, puis 'dans la maturité, point culminant du bonheur, pour descendre ensuite vers la décrépitude. Ainsi le veut la loi d'analogie. Le monde, comme l'homme, comme l'animal , comme la plante, doit naître, grandir, se développer et périr : la seule différence est dans la

durée. Quant à ce qui est de la création , Dieu fit seize espèces d'hommes, neuf sur l'ancien continent, sept en Amérique , mais toutes soumises à la loi d*unité et d'analogie universelles. Néanmoins, en produisant le monde actuel, Dieu se réserva d'autres créations successives pour en changer la face. Ces créations iront à dix-huit. Toute création s'opère par la conjonction du fluide austral et du fluide boréal. Jusqu*ici, il n'y a eu qu'une seule de ces émissions; les autres attendent qu'on ait trouvé pour elles un autre milieu, un milieu viable, un milieu d'harmonie. Alors les hommes cultiveront le globe jusqu'au soixantième parallèle, et des orangers fleuriront dans la Sibérie : une couronne boréale, espèce d'anneau, semblable à celui de Saturne, se fixera sur le pôlenord , dissoudra les glaces et rendra ses mers navigables. En même temps, une décomposition subite dans les eaux de l'Océan en dégagera la partie saline, et en fera une boisson agréable et utile aux navigateurs. C'est à la suite de ces phénomènes que devront se produire les créations nouvelles, toutes plus parfaites que la nôtre. Comme on le voit, ceci n'implique encore aucune preuve , et ne vaut pas qu'on s'y arrête, si ce n'est par curiosité.

En psychologie , non -seulement Charles Fourier croit et professe l'immortalité de l'Âme, mais il laisse supposer qu'il admet l'immortalité, ou tout au moins la reproduction infinie de la matière. Les âmes

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élaient avant la vie, elles sont après la vie; mais, pour n'être point isolées des jouissances matérielles, elles rejoignent toujours la matière. Il y a emprunt ici. Nous sommes sur les traces de la transmigration indoue et de la métempsycose pythagoricienne. Seulement avec Fourier les âmes ne descendent point dans Téchelle des êtres ; les âmes humaines se transfusent toujours dans des corps humains , soit sur notre globe, soit dans d'autres. Avant la un de la carrière planétaire, elles auront alterné huit cent dix fois d'un monde à un autre c'e6t*à-dire qu'elles auront fourni mille six cent vingt-six existences , dont cinquante - quaire mille ans dans une autre planète et vingt-sept mille dans celleci. Quant aux planètes elle-mêmes, leur grande àme ne meurt pas , mais passe en d'autres planètes avec les âmes qu'elles portent , de manière â ce que ces dernières croissent en bonheur et en développement pendant plusieurs milliards d'années.

Si la théorie de Fourier n'eût rien produit de plus sérieux que celte Genèse , il serait demeuré , dans des données analogues , un peu au-dessous de Pythagore et de Fontenelle, et nous n'aurions point ici à nous occuper de lui. Ha, d'ailleurs, senti lui-même que celte portion de son travail paraîtrait, aux yeux du public, résulter moins d'une inspiration ealme que d'une hallucination , et averti par Taltitade de

CBARLBS FOURIER. 113

son école , qui répugnait à le suivre sur ce terrain , il a écrit ces lignes :

< Mais qu'importent ces accessoires à l'affaire principale , qui est Part d'organiser Tindustrie combinée, d'où naîtront le quadruple produit, les bonnes DMEurs ; l'accord des trois classes , riche, moyenne et pauvre ; l'oubli des querelles de partis , la cessation des pestes, des révolutions, la pénurie 6scale, et l'unité universelle.

c Les détracteurs se dénoncent eux-mêmes en m'atiaquant sur des sciences nouvelles, cosmogonie, psycbogonie, analogie, qui sont en dehors de la théorie de l'indusirie combinée. Quand il serait vrai que ces nouvelles sciences fussent erronées , roma* nesqiies , il ne resterait pas moins certain que je suis le premier et le seul qui ait donné un procédé pour associer les inégalités et quadrupler le produit en employant les passions , caractères et instincts tels que la nature les donne. C'est le seul point sur lequel doit se fixer l'aitention , et non pas sur des sciences qui ne sont qu'annoncées.

< Étrange despotisme que de condamner toutes les productions d'un auteur, parce que quelques-unes sont défectueuses ! Newton a écrit des rêveries sur l'Apocalypse ; il a tenté de prouver que le pape était Tantechrist. Sans douie ce sont des folies scientifiques; mais ses théories sur l'attraction et les.

ai4 CHARLES FOOIIIBR.

rayons lumineux n'en sont pas moins bonnes et admises. En jugeant tout savant ou artiste, on sépare le bon or du faux. Pourquoi suis-je le seul avec qui la critique ne veuille pas suivre cette règle? i

Quand un homme s'exécute ainsi , il ne reste plus rien à dire. On ne frappe pas sur une poitrine qui se découvre.

ATTBACTIOll Pik9SI051in. — ARALTSB DIS DODU PASSIOITS B4DiCA,lB8.

Nous voici à la clef, au pivot de la découverte.

Charles Fourier dit : c Le devoir vient des hommes , Tatiraclion vient de Dieu, i Le devoir vient tellement des hommes qu'il varie de peuple à peuple, et d'une époque à une autre. L'attraction , c'est-àdire la tendance des passions , est tellement un fait divin, que les passions sont les mômes chez tous les peuples , civilisés ou sauvages, dans tous les siècles, primitifs ou modernes. Dieu maintient dans ce sens la tendance des passions, malgré l'abus actuel qu'en fait l'homme, parce que les passions ainsi combinées doivent servir à l'avènement et au triomphe des destinées futures ; d'où il résulte que les passions s'agitent aujourd'hui, malheureuses et comprimées, dans un milieu provisoire, pour s'établir plus tard, heureuses et satisfaites, dans le milieu que Dieu leur

tts

î, UMte aiineikMi eu we ckose MUi« relie , légône. à bqaelle il esi ui|He de résister. L'aunctioa est h loi hamsine conae elle est la loi des mondes. Âmam de passions fondamenuks, aniaoi d'aiinctîoiis. t Les aitraclioiis sonl propor* tionnelles aax destinées , » ajonte Fonrîer. Céder à ces altraclioDS, Toilà oà est la Yraie sagesse, car les passions sont une boussole pennaDenle que Dieu a mise en nous* Anssi Foorier ne balanee-t-il pas entre b liberté et U compression, Fattraction et la morale. Et si le milieu dans lequel se meuvent les passions, ces impulsions divines , forme un obstacle à leur essor et à leur harmonie , c'est ce milieu , ce milieu humain qu'il faut modifier. D'où le réformateur con« clol à la création d'un milieu nouveau , d'un monde sur d'autres bases. Dans ce monde, où toute latitude sera donnée au jeu des passions , cet équilibre harmonieux que leur compression n'a pu produire, naîtra de lui-même et spontanément; rstlractioD poussera vers le devoir par la satisfaction de toutes les volontés. L'homme alors cessera d'être anéanti* noniie vivante , placé qu'il est entre les impulsions de sa nature et les prescriptions de la sagesse actuelle; plus d'action comminatoire sur les élans de l'âme, sur les instincts du corps;' plus de justice répressive , plus de délits » plus de peines. La con-

s 16 CHARLES FOORIER.

traînle el rincohérence feront place à rbarmonie et à Tonilé ; le nouveau mécanisme social réalisera la loi mathématique qui doit employer toutes les forces, utiliser tous les penchants , accorder toutes les impulsions , unir toutes les volontés, agir en un mot , de manière à ce que Tintérêt personnel indépendant dans ses allures, se fonde, s'absorbe dans l'intérêt général , et concoure à son agrandissement.

Avant de déchaîner ainsi les passions sur le monde, il était utile peut-être de les récapituler toutes , de les saisir, de les distribuer, de les peser attentivement , de les combiner. C'est un travail que Fourier n'a voulu déléguer à personne : il a reconnu luimême ou cru reconnaître en nous trois buts d'attraction : le besoin du luxe, la propension à se grouper, et la tendance à Yunité. Le luxe , divisé en luxe interne et externe , comprend au premier titre la santé, au second la richesse. Gomme les cinq sens sont du ressort de cette nature d'attraction , elle est, à cause de cela , subordonnée aux passions qui naissent de Pâme. La propension à se grouper embrasse les passions affectives, l'amour, l'amitié, l'ambition , et une quatrième passion que l'inventeur nomme le familisme (lien de parenté.) Ces attractions de diverse nature et de puissance variable servent à lier entre eux et à grouper les individus. Mais au-dessus de ces passions , il en existe trois autres qui leur sont supérieures, passions r«c(rtc6«, comme

CHARLES FOURUR. 917

les nomme Fourier, mobiles des plus grandes actions humaines (i). Ces passions, llnventeur les désigne ainsi : la cabalisUy Valtemante el la compo^ site, La eabalisle est la fougue à la fois réfléchie et spéculative qui tend à diviser les impulsions afin de leur donner plus d'essor, à fixer les volontés pour une influence complexe. Dans notre monde on appellerait cette passion Tesprit d'intrigue. Ualternante, ou papillonne, est le besoin de variété irrésistible chez rhomme , la soif de situations contraires , de contrastes et de changements de scène. L'alternante se mêle à tout , elle va d'un groupe à l'autre, de série en série, engendre l'attrait par la mobilité , et éloigne la satiété par de rapides voltefaces. C'est elle qui répand le plus de bonheur sur le mécanisme sociétaire. Dans notre civilisation , celte passion se nommerait inconstance, goût du changement. Enfin la composite, ou fougue aveugle, est la passion qui produit les dévouements sublimes, l'inspiration dans les arts , l'éloquence de la chaire et de la tribune; c'est celle qui s'appuie sur le besoin de grandes émotions, sur le désir de mener à bien des tâches glorieuses ou pénibles. Cela équivaut à peu près à ce que nous nommons l'enthou-

(1) Il n^est pas sans intérêt de faire remarquer ici qae ce rôle snpérieur affecté aux passions de Tâine, indique que^ tout en légitimant les passions sensuelles, Fourier a entendu les maintenir dans nu état de subalfernité. •

St8 GHAaLES POORlfiR.

siasme. Ces trois passions sont sapérieares aux quatre passions affectives , qui priment à leur tour les cinq passions sensuelles.

Ainsi rhumanité compte douze passions radicales , sept de Tâme , cinq de la chair, ressorts et pivots de fattraction; cinq passions sensitives tendant au luœe, quatre passions affectives tendant aux groupes f trois passions distributives ou rectrices tendant aux séries. Les premières ne touchent que rindividu , les secondes rayonnent dans un cercle d'intimité , les troisièmes intéressent la société entière. C'est le jeu libre et complet de ces douze passions , se tempérant Tune par Pautre, qui inspire à rhomme le sentiment religieux ou la passion de Tunité , laquelle résulte de la combinaison de toutes les passions , comme le blanc de la combinaison de toutes les couleurs. Et comme il y a des nuances de couleurs à Tinfini , il y a aussi une foule de passiona mixtes. Mais le nombre des passions proprement dites est rigoureusement de douze, et Fourier en trouve la preuve analogique , soit dans le système sidéral , soit dans la décomposition du prisme solaire , soit enfin dans la gamme musicale. Nous ne le suivrons pas sur ce terrain : il a déclaré luimême avec trop de bonne grâce qu'il s'y sentait mal assis.

CHARLES FOORIER. 219

UBCAHiaiB SOaÎTilRI. — TU n^DV PBALillSTBRB.

La loi d'attraction une fois trouvée , il n'y avait plug qu'un pas à faire pour arriver au procédé sociétaire. Toutefois , avant d'opérer sur ce thème de réalisation , Fourier a voulu se justifier à luimême , par le tableau des relations actuelles, l'utilité et rur(>ence d'une réforme. Habitué à ne rien voir en beau , il a un peu chargé les traits du modèle, et peint le monde sous des couleurs qui ne le flattent pas. Dans l'état agricole , morcellement fatal , exploitation égoïste et inexperte ; dans l'état industriel , déperdition effrayante de forces, travail répugnant, ingrat, mal rétribué , mensonge , guerre jQagrante , choc d'industries ou rivales ou parallèles; dans l'état social, lutte des diverses classes ; ici , richesse insolente , là , misère farouche , fourberie dans les relations , méfiance érigée en esprit de conduite , oppression de la masse au profit du petit nombre; enfin, impuissance à se défendre contre l'univers extérieur, contre les intempéries qui usent avant le temps la santé de l'homme , et contre les épidémies qui le foudroient ; voilà ce qu'il a vu , ce qu'il constate , et ce qui légitime com< plétement à ses yeux une aspiration vers des desti-

S90 CHARLES FODRIER.

nées meilleures. De ces fléaux , il en est plusieurs que rassociation dans Tordre matériel peut faire disparaître ; mais il en est d'autres qui ne se retireront que lorsque Tassocialion aura été introduite dans Tordre moral. Pour arriver à Tharroonie de« forces humaines , il faut auparavant Télablir dans les facultés et dans les passions.

Maintenant, par quelles voies pourra-t-on h Tindigence faire succéder la richesse graduée, la vérité à la fourberie , les garanties mutuelles à Toppression, une climaiure régulière aux désordres atmosphériques , enfin à Tincohérence présente une marche de progrès pour la race humaine ; telle est a deuxième face de la question. Fourier en parcourt les dépendances ; il accorde un mot aux modes d*association imparfaite qui peuvent précéder le sien, examine ce qu'il nomme le garanlisme , le sociantisme, la communauté , pour conclure de leurs vices à la supéHorité de Tassoci.ation composée ou harmonienne , qui est sa découverte.

Cette association , il veut la naturaliser d'abord dans Tagriculture. qu'il appelle uneinduslrie; grande et précieuse industrie en effet, autour de laquelle pivotent toutes les autres. Au lieu dévastes centres qui engloutissent les populations, au lieu de bourgs, de villages , de hameaux , fondés au hasard , mal construits , aussi incohérents dans leur distribution générale que dans leur organisation particulière ,

CHARLES FOURIiSR. »«fl

Fourier entend grouper Phumanité par communes ou phalanges , régulières pour le nombre des habi« tants, pour l'ordonnance intérieure et pour les conditions d'équilibre vis-à-vis d'autres phalanges ou communes , obéissant à des lois analogues. Il en serait de ces phalanges comme des corps célestes qui ont un mouvement sur eux-mêmes et un mouvement autour des corps roulant dans leur tour-billon. Le même phénomène se reproduirait au sein de la phalange f composée d'une infinité de petits centres ayant leur jeu propre, et leur jeu relatif à d'autres centres identiques. On va voir tout à l'heure le système à l'œuvre.

Le moteur de celte association est , nous l'avons dit , raltraclion passionnée, ce principe à mille iins. L'attraction vers le travail , c^est à cela que l'humanité pourra rçconnaltre qu elle entre dans ses destinées futures. Que voyons-nous aujourd'hui ? D'un côté le riche qui ne travaille pas, d'un autre côté le pauvre qui travaille avec dégoût , des deux parts répugnance. N'est-ce pas là , dit Fourier, un état anormal ? Quoi ! Dieu aurait imposé le travail à l'homme comme une nécessité impérieuse, et en même temps il lui aurait mis dans le coeur une horreur instinctive pour le travail I Évidemment il y a confusion. La répugnance n'indique qu'une chose, c'est que Dieu ne veut pas que le monde emploie éternellement son énergie à des besognes in«;i'ales.

LBS SSrOBMATRVn»,— T. I. lU

l«t CHARLES rOURIBR.

ije jotir où Une meilleure entente présidera à la distribiiiion da travail , les riclies oisifs disparaîtront ; ils envieront ce qui était Tattribut du peuple. Pour eela il faut que le travail soit une affaire d*option, un choix , un goût , une préférence , une passion en5n. Chacun s'adonnera à Toccupation qu'il aime, à vingt s'il en aime vingt. Une rivalité chariuante, un enthousiasme toujours nouveau , présideront aux travaux humains, quand, sous la loi de Faliraction , les mortels se seront associés ^ar groupes, dernière fraction sociétaire, par séries, qui sont l'association des groupes , et par phalanges , qui sont l'association des séries.

Le groupe est la sphère primitive de toute fonction; l'alvéole de la ruche sociale, le noyau de l'association. Un groupe , pour être normal , doit se composer de sept ou neuf personnes : au-dessous il serait insuffisant , au-dessus il courrait le risque de manquer d'harmonie. L'harmonie particulière d'un groupe résulte de l'amalgame des attractions tantôt divergentes, tantôt parallèles; l'harmonie générale entre les divers groupes résulte de leur caractère, soit identique, soit opposé. Dans la composition des groupes , toute passion est considérée comme ressort : ainsi tantôt c'est l'amitié , tantôt c'est l'intérêt, tantôt c'est l'amour, tantôt c'est la gloire qui domine un groupe , et , dans son sein , l'essor de toute passion doit avoir lieu en identité et

CHARLES FOURIBR. tSS

eo contraste, Cbaqne groupe a des modes de ralliement distincts : dans les groupes d'amitié touss'en- Irainenl en confusion , c'est-à-dire se confondent , Tamitié supposant une égalité parfaite ; dans les groupes d'ambition, le supérieur entraîne Tinférienr, la loi de hiérarchie le voulant ainsi ; dans les groupes d'amour, les femmes entraînent les hommes, émancipation qui en vaut une autre; enfin, dans les groupes de famille , les inférieurs entraînent les su»périeurs , concession touchante faite à la faiblesse. Ces groupes se forment d'eux-mêmes au moyen de ces divers ressorts. Chaque foi^ que dans un groupe il y a lieu à conférer ou un titre ou un grade , on y procède par Télection. Tous les membres d'uu groupe ont voix délibérative : la majorité fait loi. Le même mode électif, les mêmes rouages d'organisation passionnée , sont appliqués aux séries , qui «ont l'association des groupes, aux pbahinges qui sont l'association des séries.

Après les groupes qui se composent de sept ou neuf personnes , viennent les séries (t), qui doivent

(1) Noos empruntons A Fourier odc défini lion de la série et du mécanisme sériaire , qui jouent un très-grand rôle dans son organisation sociale, industrielle et agricole. La citai ion qui suit emhrasM toot, pratique et théorie : cVst le système en action. Elle estcztraile de la Théorie des quatre mouvements et reproduilc dans la Destinée sociale de H. Considérant. On y verra au juste ce qu^est une série»

« One série m compose de personnes inégales en tout sens , âges, « fortaoM , caractères , lumières , etc. , etc . , formant contraste el

«14 CHARLES POUIIIER.

nvoir de vingt-quatre à trente-deux groupes, et qui, à leur tour, forment les phalanges. La phalange comprend environ dix huit cents personnes. La demeure d'une phalangese nommera un phalanstère. Un phalanstère devra être un édifice à la fois commode et

« gradation d^inégalilë. Plus les inégalités sont gradaées et contras- « lées, plus la série M^cnchatne an travail, produit de bénéfice et offre « d^harnionie sociale. <— On la divise en divers groupes dont l*or- « donnance est la même que celle d^une armée. Pour en donner le « tableau, je vais su|)pofler une niasse d^cnviron six cents personnes, c moitié hommes et moitié femmes, tous passionnes pour une même c branche d^ndustrie , comme une cullare de fleurs on de fruits. « Soit la série de la culture des poiriers : on subdivisera ces six « cents personnes en groupes qui se voueront i cultiver une on deux « espèces de poiriers. Ainsi on verra un groupe des sectaires du c beurré, un des sectaires du rousselet, etc. Et lorsque chacun se sera N enrôlé dans les groupes de ses poiriers favoris (on peut être niemc bre de plusieurs) , il pourra se trouver une trentaine de groupe» c qui se distingueront par leurs bannières et ornements et ae formec ront en trois, on cinq , on sept divisions, par exemple :

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