DE H. JAY
c régler la vie, à la dominer, sera toujours su-
c périeure à celles qui proclamenl Tobéissance
c absolue aux instincts et le respect aveugle
f des impulsions naturelles. >
C'est avec cette hauteur dans la pensée et celte fermeté de style que Tauteur explique ses principes , ses vues et la dernière pensée de son livre. Ce n'est encore qu'une introduction à ses études , mais cette introduction prépare l'esprit du lecteur aux conclusions étendues et définitives qui terminent Touvrage.
En considérant ces trois sectaires dont M. Louis Reybaud a exposé les systèmes, on est frappé d'un trait caractéristique qjii leur est commun : c'est une obstination invincible, une opiniâtreté d'apostolat , un dévouement à leurs principes qui résiste à toutes les épreuves , même à celles du dénûment et de la pauvreté , qui accepte tous les sacrifices et ne s'éteint qu'avec la dernière étincelle de la vie. Cette existence de lutte perpétuelle, cette abnégation de soi-même au profit de convictions qui paraissent sincères , éveilleront toujours dans les âmes généreuses de réelles sympathies. C'est là le secret de l'influence qu'ils exercent pendant leur vie et après leur mort. Et cependant en y regardant de près, on aperçoit le mo-
bile de leur conduite ; et ce mobile louUpuis-^ saul, c^est le désir de la domination : en d*antres termes, c'est l'orgueil, passion impérieuse dont l'exaltation peut amener la folie. Saint-Simon , Fourier, Robert Owen, ont pensé qu'ils avaient reçu de la supériorité de leur intelligence la mission spéciale d^organiser les sociétés sur des bases nouvelles, de prendre en main la direction des destinées huma^ines , et d'occuper le premier rang parmi leurs contemporains. En lisant le livre de M. Reybaud , on voit que c'était là pour eux une de ces idées fixes dont le pouvoir est irrésistible et qui approchent de la démence. Cette idée tyrannique se fait surtout apercevoir dans Saint-Simon qui, dès l'âge de dix-sept ans , se faisait éveiller chaque matin avec ces mots : c Levez-vous, < monsieur le comte , vous avez de grandes c choses à faire. >
Fourier, d'une vertu austère, d'un caractère moral plus élevé que celui de Saint-Simon , dont le cynisme n'était pas seulement une théorie , Fourier a lutté sans dégradation per* sonnelle contre la mauvaise fortune ; mais il y avait pour lui une source intarissable de bonheur, et les illusions de l'orgueil satisfait charmaient cette existence livrée à elle-même, c IL