DE M. JAY
f Ce système de communauté libre et absolue, dît-il, sans mobile religieux pour contre poids, avait démasqué ses ccueils.Une société, pour jouir de toutes ses facultés d'influence et d'action , ne doit pas se former seulement de bras laborieux , mais d'intelligences fécondes et de capitaux créateurs. Or la communauté pure exclut ces deux derniers éléments ; elle lie tient compte que de l'individu intrinsèque ; le millionnaire et l'homme de génie n'y figuren t que pour des unités, comme le plus abruti et le plus paresseux des ouvriers. Quelque disposé que l'on soit, quand on est riche ou intelligent, à signer une abdication volontaire , il est impossible de se sentir porté vers un ordre social qui ne laisse pas même au talent et à la fortune le mérite du désintéressement, puisqu'il les détrône sans les consulter. • c Aussi qu'arriva-t-il ? C'est que la richesse et la capacité restèrent sourdes à la voix du fondateur de New-Harmony^ et que le personnel de la colonie se composa principalement d'hommes incultes, grossiers, vicieux, placés ag dernier degré de l'échelle sociale. Ensuite, même parmi ces hommes, se révélèrent bientôt des inégalités d'aptitude, de force, de bon vouloir, d'ardeur, d'émulation, qui 6rent,du système de répartition égale, une injustice permanente; et la réaction qui en fut la suite attaqua dans ses sources le mouvement de la production. Rassurés sur les premiers
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« besoins de la vie, les ouvriers se reposaient « volontiers les uns sur les autres du soin
< d*accomplir le travail, et un déficit flamant « dans les produits donna aux rêveuses espé-
< rances de M. Owen le cruel déroenli des faits, c 11 n'attribue ces résultats qu'à un défaut de
< préparation dans les caractères; mais c'est « là toujours résoudre la question par la ques- ^ tion, et demander une population d'anges
< pour constituer une bonne société humaine.
< Le véritable dissolvant de New-Harmony fut
< le principe même de la communauté , prin-
< cipe à la fois insensé et stérile, soit qu'il proc cède du stoïcisme et de la privation , soit
< qu'il invoque des satisfactions impossibles. »
11 serait bon que de pareilles idées pussent arriver aux plus humbles intelligences. Elles détruiraient ie funestes illusions, et calmeraient de violents désirs qui ne peuvent jamais être accomplis.
Le livre de M. L. Reybaud a déjà exercé dans le monde qui réfléchit une salutaire influence. La première édition s'est écoulée en six mois ; la seconde s'épuise rapidement, et il en prépare une troisième avec de notables améliorations.
C'est assurément des productions littéraires de ce genre que le vertueux Mon thyon avait en vue, lorsque, dans l'intérêt de la morale et de
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rhumanilé, il ÎDSliiuait d^éclalanles et solennelles récompenses. Il vous en a légué Thonorable distribution, certain qu*il était que sa pensée serait la vôtre. Aussi, une intelligence éclairée, une raison supérieure, un rare talent d'écrire employés au service de la cause sociale ; l'inexorable réfutation des idées dissolvantes, des systèmes subversifs de Tordre établi, appellent la sérieuse attention de TAcadémie.
C'est principalement sous ces rapports que nous vous proposons le renvoi du livre de M. L. Reybaud à la commission chargée de comparer entre eux les ouvrages admis au concours, et de vous indiquer leurs degrés respectifs de mérite et d*utilité.