E} CIS, L
(2) Baal Arvad, extrait du Journ. as. 1900,
(3) Inscription quatrième de Sindjirli (araméenne) : « Monseigneur Baal Kharran » avec l'image du croissant et la lumière cendrée.
(4) Homer, Aufs., p. 173.
(5) CIS., pars IV, p. 7.
(6) Recueil, 1, p. 676 ss.
(7) Recueil, 1, p. 189 s.
(8) Roscuer, Lex. myth.,1, col. 2873.
Pour les étrangers, le point de vue était un peu différent. En entendant parler du Baal d’un peuple, on avait en vue un dieu spécial et dès lors le nom commun pouvait aisément devenir un nom propre. C’est ainsi que les Égyptiens du nouvel empire et les Israélites ont pu nommer Baal sans le désigner autrement. Et les Égyptiens (1) et les Hébreux avaient si peu perdu de vue le sens appellatif qu’on retrouve chez eux l’article devant le mot baal.
Mais cette réponse n’épuise pas la difficulté. Les Égyptiens ont assimilé le Baal par excellence à un de leurs dieux, Soutkou. Et les Israélites ont si bien eu en vue une personne particulière, qu'on a cru reconnaître dans le Baal, le Baal de Tyr. La solution est précaire et ne peut s'appliquer à tous les cas. Enfin le fait capital est celui qu’a signalé Knudtzon, la prononciation Baal attribuée à un dieu parfaitement distinct, le dieu de l'orage et des grandes pluies.
Ce qui est absolument significatif ici, c’est que nous le rencontrions dès les premiers documents comme le Baal par excellence et que vers la fin des religions sémitiques il semble encore absorber tous les autres sous le nom de Baal des cieux : nous voulons parler de Hadad.
Les faits les plus récents ne sont pas ici les plus faciles à analyser. Nous ne pouvons entrer dans une discussion très complexe sur le Jupiter héliopolitain et les divinités d'Hiérapolis. Le syncrétisme gréco-romain auquel il faut ajouter pour Héliopolis un mélange d'idées égyptiennes ne nous permettrait pas de dégager une conception assez nette de l’ancien Baal. En remontant plus haut nous trouvons sur les Koudourrous babyloniens des princes Cassites le dieu Adad figuré par un jeune veau surmonté du symbole de l'éclair (2). Plus tard ce même dieu tient en main la hache et la foudre. C’est incontestablement le dieu que les Hétéens nommaient Techoub et dont l'image a été retrouvée à Babylone par l'expédition allemande en 1899. Il tient la hache de la main droite et la foudre de la main gauche (3).
C’est encore le Zeus dolichenus, de Doliché, entre l’Amanus et l’'Euphrate, représenté avec les mêmes insignes, debout sur un taureau.
Hadad, que les Assyriens prononcaient Adad parce qu'ils avaient perdu l'aspiration, est, de l’aveu de tous, le dieu principal de la Syrie. Mais on ne peut le traiter de dièu des Araméens puisqu'il paraît dans
(1) M. MüLrer, Asien, p. 309 : « Sa Majesté est comme le Baal sur les montagnes ».
(2) Scnei, Textes élamites-sémiliques.
(3) Die Hettiter par Messerschmidt, Leipzig, 1902, p. 22.
des documents bien antérieurs à l'invasion araméenne et à l'influence qu'elle exerça. Winckler l’a bien nommé un dieu cananéen (1): ilse trouve dans le plus grand nombre des noms propres au temps d’el- Amarna. Nous avons cependant noté déjà que son nom propre était remplacé par celui de Baal. Il est donc le Baal par excellence, le Baal du ciel, et spécialement le dieu de l'orage (2), d’où son surnom de Rammän ou Tonitruant. Si l’on envisage à ce point de vue l’histoire israélite, les faits deviennent clairs. Nous ne pouvons traiter ici la question. Qu'il nous suffise de rappeler que la Bible parle souvent d’un Baal par excellence que rien n'oblige à regarder comme le propre baal de Tyr et dont les attributs ressemblaient assez à ceux de lahvé, dieu du ciel, pour qu’on ait mêlé au culte de Iahvé le culte de Baal et même représenté Iahvé sous l’image d’un taureau —- le taureau de Hadad. Ce dieu, simplement qualifié de Baal à l’occasion, était aussi nommé Baal Chamen (3) : en effet ce nom est traduit par Zeus Keraunios, et le Zeus Tonitruant est l'équivalent de notre Hadad Rammäân. Les détails appartiennent à une monographie de Hadad : nous nous bornons à ces indications qui montrent la parfaite unité, chez les Sémites occidentaux, de la conception du Baal, seigneur de l'orage et en même temps seigneur du ciel : c'était, pour les Égyptiens, les seuls observateurs du dehors dont nous connaissions le témoignage, le dieu par excellence des Asiatiques ou des Sémites de l’ouest.
Il serait donc possible que Le nom de Baal, donné d’abord à un dieu du ciel, ait été ensuite étendu à d’autres, que le Baal avec un pouvoir général soit devenu Baal local. Nous avons de ce fait des exemples certains. Le baal des cieux est devenu dans certaines inscriptions le propre baal d’une cité particulière (4). Cela n'est point un fait de syncrétisme, c'est l’application d’une tendance permanente dans l’histoire des religions, le Dieu universel devient notre dieu et le dieu de chez nous. Ce qui se passa peu avant l'ère chrétienne a pu se passer bien des siècles auparavant. Puisque Meyer reconnait qu’en théorie les baals sont identiques, il s’agit d'expliquer cette théorie. Est-ce simplement le résultat du syncrétisme? Mais alors le Baal unique n'aurait pas
(1) Ce savant exagère toutefois beaucoup en disant que Iahou était son nom dans la branche des Khabiri, Gesch. Isr., II, p. 78.
(2) Les Égyptiens nomment le dieu des Hétéens Soutkou, « seigneur du ciel »; or ce Soutkou est bien le Baal des montagnes, dieu de l’orage (M. MücLer, Asien, p. 339).
(3) Hadad est très spécialement un dieu céleste : « le roi qui crie comme Addu dans le ciel », « qui est comme Addu dans le ciel » (Amarna 149 13, 4507).
(4) Altibouros, Cossoura.
eu d’épithètes, tandis que le Baal qui prévaut en Syrie au moment de l'ère chrétienne est très spécialement le Baal des cieux, c'est-à-dire celui-là même qui était le baal à l’origine. La réflexion philosophique a eu certainement sa part dans ce mouvement vers l'unité, mais elle s’appuyait sur d'anciennes bases et d’ailleurs elle est demeurée sans efficacité. Loin que l'intelligence de cette unité primitive portât les esprits à l’adoration d’un Dieu unique, on s’appliquait plutôt à mettre en relief les attributs particuliers de chaque maïtre des cités, sauf à les assimiler aux divinités grecques. Ceux qui s’obstinaient dans l'unité ne trouvaient à la réaliser que dans le dieu-soleil, et en venaient, comme Philon, à dire que le Seigneur du ciel n’était autre que le soleil, ou, comme Macrobe (1), à faire de Hadad lui-même un dieu-soleil.
En admettant pour les Sémites de l’ouest un grand Baal, nous les rapprochons de leurs frères de l’est, les Babyloniens.
C'est peut-être en Chaldée que la racine ba'al a eu les plus riches applications. Nous rencontrons du moins les mêmes développements du thème que chez les Cananéens. Comme il fallait s’y attendre au sein d’une civilisation puissamment organisée et où les villes étaient si considérables, la notion territoriale est presque primée par celle de domination personnelle, de gouvernement et d'administration. Selon une loi phonétique courante, la gutturale a disparu, et sous son influence le son a s’est adouci en é. Le verbe bélu signifie « posséder », le substantif bélu dit «le maître, le seigneur », soit en parlant d’un dieu, soit en parlant du roi. Bélu marque aussi qu’on possède telle ou telle propriété, qu’on fait telle ou telle chose. Le sens appellatif est donc très accentué. Cependant chez les Babyloniens Bel est le nom d'une divinité distiucte confondue avec le Mardouk de Babylone et connue ensuite des Grecs qui l’ont identifiée avec Zeus (2). ÿ
Il ne peut être douteux que ce dieu Belne soit la personnification du Seigneur ou du Maitre ; et il est impossible 4’y voir le terme d’une évolution puisque le dieu Bel figure déjà sur les textes les plus anciens que nous possédions. L'idéogramme qui le désigne, lu ordinairement en, est très certainement l’abrégé d’un siège (3). C’est donc le siège du roi ou du maître de la maison, un trône, symbole parfaitement conforme à la nuance spéciale du Bel babylonien qui est un seigneur personnel (4).
(1) Saturnales, I, 2317.