CIL., III
(8) Dion., Exc. 34; Josèpue, Arch., XX, 7 1 ss.; dans Roscner, v. Azizus, où l'on note avec raison que la qualification deus bonus puer phosphorus Apollo Pythius (CIL., III, 1135 et 1138) suppose deux divinités distinctes. 11 est possible aussi qu'on ait cherché une divinité masculine lorsque la planète fut définitivement attribuée à Vénus.
(9) S'il faut lire l'ar. 52 13Y NY, nous aurions déjà l’idée exprimée par la racine accolée à la déesse NY à une haute époque; cf. le sceau TY7N9NŸY, Clermont-Ganneau, SCEAUX ; n° 16 (lu par Lin. VTY NY).
même, il est probable que ses rites sanglants datent aussi des origines du culte d’Athtar, et on ne peut se dispenser de rappeler ici que la grande immolation d’anathème dont parle Mésa a précisément été offerte à Astar-Kamos.
Dans le panthéon assyro-babylonien, Ichtar a tout envahi. Son nom est devenu synonyme d’une déesse en général et s'emploie même au pluriel (1); de plus 2chtaritu est une femme et aussi une femelle. C’est donc en quelque sorte l’univers féminin dans toute son étendue.
Notre dessein n’est point ici de donner le détail des attributs d’Ichtar, de ses interventions, du rôle qu’elle joue dans le mythe et dans l’histoire. Nous retenons seulement ce qui peut éclairer les idées religieuses des Sémites en général. Notons tout d’abord, qu'à notre connaissance du moins, Ichtar, si envahissante, n'est guère antérieure, sous ce nom, à la période de Hammourabi. Elle paraît avec ce prince, avec son caractère très précis de dame des rencontres et des batailles (2), caractérisée dès lors comme dame de la splendeur, trait qui correspond parfaitement à son titre reconnu par tout le monde d'étoile du soir, la planète Vénus.
Elle figure aussi dans plusieurs anciens mythes, mais est-il certain ou même probable que leur rédaction remonte à une époque antérieure à Hammourabi? Dans ces mythes elle intervient comme déesse de l'amour: elle est la dame d’'Érek, la ville des courtisanes sacrées dans le mythe d’Ira (3); elle est la déesse de la fécondité puisque sa descente aux enfers est pour ce monde, bêtes et gens, le signal d’une cessation complète des relations de l’amour (4); elle est la grande séductrice, fatale à ses amants, dans l'épopée de Gilgamès (5).
Ce double aspect de déesse de l'amour et de déesse de la guerre, nous l'avons déjà rencontré dans l’Aphrodite orientale. Nulle part il n'est aussi accusé qu'ici, et c’est aussi sur ce terrain qu’on en cherche l'explication.
Les spécialistes avouent leur embarras. Jastrow a proposé plusieurs solutions. La déesse Ichtar, qui se venge des mépris et qui a fait périr ses amants ou les a changés en bêtes, c’est le point de départ du tempérament guerrier de la déesse; l’évolution s'entend assez (6).
(1) 1Istaru et astaru, pl. aslarûte.
(2) ÆB.,IIT, 113. Note de Jensen : « L'idéogramme désigne donc Ichtar, la déesse de la planète Vénus, comme la déesse de la splendeur ».
(3) KB., VI, p. 63 : « d’Erek, l'habitation d’Anou et d'Ichtar, la ville des filles, des prostituées et des courtisanes », etc.
(4) Descente d’Ichtar aux enfers, 1,76 ss.
(5) VI, 42 ss.
(6) JASTROW, p. 84.
Pour nous, nous ne l’entendons point du tout. Lorsque la séductrice est méprisée par Gilgamès, elle n’essaye mème pas de recourir à son arc et à ses flèches, elle s’en va supplier son père Anou comme une Vénus de Virgile. Elle à été fatale à bien des hommes et mème aux bêtes; mais qui ne verrait en cela, non point un trait étranger aux passions de l'amour, mais le résultat de leur excès, exposé sous la forme la plus sensible? L'épisode d'Éa-bani et de la courtisane (Table I) indique assez la pensée du poète. Ichtar est la déesse de l’amour seulement, nullement une Diane batailleuse.
On serait tenté de dire que l'Ichtar du nord est guerrière, celle du sud voluptueuse. En effet, soit que les Assyriens invoquent Ichtar de Ninive, ou Ichtar d’Arbèles ou Ichtar du Kitmuri, c’est toujours la même divinité, protectrice dans les combats (1). Au contraire, dans les incantations, d’origine chaldéenne, Ichtar n'apparait jamais que comme une mère bienveillante, compatissante aux souffrances de l’humanité. 11 y a là un fait à retenir, mais non une explication adéquate, puisque Hammourabi invoque la déesse batailleuse. Jastrow a aussi pensé que ce double caractère pouvait répondre à la double manifestation de la planète Vénus (2). Étoile du soir pendant l'été, elle est la compagne du soleil qui dévore; étoile du matin pendant l'hiver, elle s'associe à l’idée de la fertilité du temps des pluies. Mais on sait que les phases de la planète ne correspondent pas régulièrement à l'été et à l'hiver. D'ailleurs aucune idée funeste ne s'associe à l'étoile du soir : « Étoile du soir, tu enchantes les dieux et les hommes », est-11 dit dans un texte religieux (3).
On admettrait plus volontiers que la déesse étant toujours la protectrice de la cité, il faut bien qu’elle soit armée pour la défendre : ainsi les Atergatis araméennes ont la tète couronnée de tours. Mais le contraste est si accusé, le caractère belliqueux et violent d’une part, les attitudes voluptueuses franchement impudentes de l'autre, cette union de tempéraments si opposés ne provenant pas des tendances de ses adorateurs, la seule explication possible est la fusion de deux divinités en une seule.
Nous sommes obligé de recourir à l'hypothèse, mais il semble que tous les éléments en sont fournis par les textes. L’antique déesse d'Érek, c’est Nanà, et Assourbanipal lui donne encore ce nom (#);
(1) D’après JasrRow, p. 204, qui ne fait aucune différence d’attributs entre les trois Ichtar du nord. Dans MussARNozr (Diction., v. I$tar), Ichtar de Ninive, déesse de l'amour; Ichtar d’Arbèles, déesse de la guerre.
(2) Loc. laud., p. 84.
(3) Martin, Textes religieux (Craig, I, pl. XVI, 12). (4) Dans les premières inscriptions d'Érek, NIN-GUL; peut-on rapprocher de ce nom celui
d'autre part Nanû est Ichtar, et comme elle fille de Sin; Nanû est aussi la planète Vénus. Dès lors nous supposons qu'Ichtar, parce qu’elle était la planète Vénus, a été reconnue pour identique à Nanà et lui a succédé dans le rôle de dame de la cité, présidant au cortège de ses courtisanes sacrées. Mais à l’origine Ichtar devait être la déesse de la guerre, caractère qu'elle avait chez les Arabes, ou plutôt un dieu masculin comme chez eux.
Car enfin il faut choisir entre ces deux hypothèses : ou Ichtar est une déesse dont les Arabes ont fait un dieu, ou c’est un dieu dont les autres Sémites ont fait une déesse. La seconde hypothèse peut seule rendre compte de la forme masculine du nom, quis’estcomplétée chez les Cananéens par une terminaison féminine; et la terminaison n’a pas manqué non plus en assyrien quand le nom a pris le sens général de femme ou de déesse. De cette façon tout s'explique. Ichtar aurait pénétré en Babylonie avant le temps de Hammourabi comme dieu dela guerre, représenté par la planète Vénus. Cette qualité étant occupée en Chaldée par la voluptueuse Nan, Ichtar devint femme en Chaldée, tout en retenant dans le nord un caractère guerrier. C’est un phénomène qu’on ne peut déclarer impossible, puisqu'on le retrouve presque intégralement dans la transformation d'Athtar en al-‘Ouzza chez les Arabes. Comme il était assez naturel, Athtar demeuré masculin en Arabie est aussi demeuré le dieu des batailles, pendant qu'Ichtar ou Astarté ne conservait qu'un souvenir affaibli de ses origines guerrières, sauf en Assyrie dont la population était plus sémitique, si on entend par là plus semblable à celle de l'Arabie. Notre hypothèse se soude sans effort à ce renforcement de l’élément sémitique en Babylonie qui vint toujours du côté de l’Arabie et qui est si remarquable au temps de Hammourabi.
Ce qui parait d’ailleurs la confirmer, c'est qu'on savait encore en Babylonie qu'Ichtar, en tant qu’assimilée à Dilbat, était masculine, comme étoile du matin : or l'étoile du matin est l’Athtar oriental des Arabes. Il y a plus, la Dilbat orientale est l’Ichtar d'Agané, dont la dynastie est si nettement sémitique, et la Dilbat occidentale, donc féminine, est l’'Ichtar d'Erek (1).
Quoi qu'il en soit de ses origines, Ichtar, une fois installée dans son rôle de déesse principale, répond très exactement à Astarté. Elle est
de Goula, identique d'autre part à Baou, la principale divinité chaldéenne primitive, et étoile du soir (dans MARTIN, Textes religieux, XVI, 1, 12)?
(1) Cf. IT R. 53, 1. 30 et 31 : « Dilbat, féminine au coucher du soleil, masculine au lever du soleil », et 1. 36-37 : « Dilbat au lever du soleil est Ichtar des étoiles; Dilbat au coucher est la Dame (Bilit) des dieux (dieux et déesses) ».
mère non seulement des dieux et des hommes, mais spécialement du prince, avec des détails très familiers (1). Elle est la dame, bé, quoique ce terme soit devenu un nom propre, celui de la femme de Bel, suivant ainsi la personnification du terme masculin. A ce titre c’est elle qui règne sur le pays et établit le souverain sur son trône. Elle domine sur la nature, et d'elle dépend la fécondité des animaux et même du sol (2). Elle préside aussi à l'ordre moral, intercédant pour les coupables, préservant des mauvais charmes, secourable aux innocents (3), et malgré tout la déesse des courtisanes sacrées à Érek comme à Afca (4). En un mot on lui donnait tous les attraits de bonté que la pauvre âme humaine souhaite trouver dans le cœur maternel d’une déesse toute-puissante en même temps que toutes les séductions mauvaises que peut rèver un sens moral dépravé.
(1) C’est Nébo qui parle : « O pauvre, à Assurbanipal, je L'ai placé dans le sein de la souveraine de Ninive : des quatre mamelles placées près de ta bouche, tu en as sucé deux, des deux autres tu couvres ta figure... » Bêlit : « Toi dont Bêlit est la mère, ne crains pas ! toi que Bêlit d’Arbèles a enfanté, ne crains pas! [Je suis] comme une mère sur son fruit, tu es dans ma main comme un bijou, je te place entre mes seins ». Choix de textes (Craig, 1) traduits par le P. Scheil, extrait de la Revue de l'histoire des religions, p. 8 et p. 11. D'’ailleurs on ne lui attribue nettement ni époux, ni fils; elle est l'universelle courtisane.
(2) « Sans toi le fleuve ne s'ouvre, ni le fleuve ne se ferme qui apporte abondamment la vie », etc. (Scuei, loc. laud., p. 4).
(3) Hymne à Ichtar assimilée à Zarpanit : « se chargeant de la faute, intercédant, conservant l’homme prospère, rendant prospère l'homme tombé, terrassant l'impie qui ne craint pas sa divinité, bienfaisante au captif, secourable et relevant l’innocent, qui bénit l’esclave » (ScHElr, loc. laud., p. 3.)
(4) 11 semble que les hiérodules masculins mentionnés par Eusèbe (Vie de Constantin, IT, 55) pour Afca se soient trouvés déjà à Érek, peut-être avec des mutilations volontaires, personnages dont « Ichtar, pour effrayer les gens, avait changé la virilité en hermaphrodité (?) [(Mann)] weïib [lichkeit] » (XB., VI, p. 73, traduction de Jensen).