‹ Études sur les religions sémitiques (volume 2)Chapitre 27 sur 81 · PR T · texte numérisé non relu

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lahvé (Gen., xxvin, 18) ». Sans doute il faudra aussi considérer le caractère commémoratif des stèles chaldéennes et phéniciennes comme une pieuse fraude? En attendant qu’on y soit arrivé, nous chercherons une explication plus simple (1).

1) La Bible connait d’abord la masseba funéraire; ce point ne souffre ni doute ni difficulté et le caractère commémoratif de cesstèles n'a pas besoin d’être mis en lumière, surtout après ce que nous avons dit des cippes phéniciens ; on connaît le cinpe de Rachel(Gen., xxxv, 20)et celui d’Absalom (I Sam., xvut, 18). Quoique le mot de 24d, « main », ait été employé aussi dans ce sens, peut-être à cause de la forme du monument, cependant massebeth a persisté jusque dans la basse épigraphie juive.

2) On a connu aussi les masseboth représentant les personnes. De même qu’à l’Henchir-R’çass les stèles correspondaient au nombre des familles, les douze masseboth élevées près l’autel de l'Alliance représentaient les douze tribus d'Israël (Ex., xx1v, 4). IL y à là à la fois représentation et mémoire de l'événement le plus solennel. Personne n'oserait prétendre que dans ce second cas le caractère commémoratif est adventice ni que la pierre ait été dépouillée après coup de son caractère divin.

3) 11 y a l’histoire de Jacob (Gen., xxvur, 18-22; xxx1, 13; XXXV, 14). Nous ne pouvons nous étendre très longuement; il faudrait un commentaire détaillé.

M. Weinel écrit dans la plus savante Revue relative à l'A. T. (2) : « Que l’on vit en effet dans la pierre la maison, l'enveloppe, le corps du dieu — comme le corps humain est la demeure de l’âme, — c’est ce que prouve encore évidemment la manière dont Jacob traite la pierre ». Que fait donc Jacob? il fait sur La pierre une libation et une onction d'huile... et le scandale n’est pas grand, car c'était précisément ce que faisaient les princes assyriens en retrouvant les stèles de fondation de leurs prédécesseurs... Il n’y a pas ressemblance, il y a identité d'action (3)... Expliquerons-nous les Sémites par euxmêmes ou par nos idées préconçues? La tradition a donc parfaitement bien compris le texte, il s’agit de la fondation d’un sanctuaire. Tout ce que la critique peut ajouter — et cela a son importance, — c’est

(1) Marti est beaucoup plus correct : « Die Meinung war nicht dass sie selber die Goltheit seien ; .… die Masseba galt so sehr als das Kennzeichen einer Stätte, da die Gottheit sich kundthat... » (Gesch. der Israelit. Rel., p. 27 s.).

La pensée de M. Firmin n’est qu'esquissée : « puisque le Dieu des patriarches a des pierres sacrées pour symbole et pour sanctuaire » (Rev. du clergé français, 15 oct. 1900, p. 344).

(2) ZATW., 1898, p. 49.

(3) Les termes sont en tout cas aussi semblables que possible. Gen., xxxv, 14 : n19y 70" ter n15y PSN D et d'autre part : samni apsus niqu aqqi.

nn.

que probablement le sanctuaire existait déjà (1). C'était du moins un lieu sacré, où le voyageur était plus sùr de trouver un asile. Jacob reconnait avec étonnement que son Dieu était là, il l’invoque et la stèle est déjà le signe du vœu qu’il accomplira plus tard (2); c'est ce qu'on lit à satiété sur les stèles phéniciennes : « car il a entendu sa voix et l’a béni ».

k) Une autre masseba encore plus nettement commémorative est celle que Jacobélève lorsde son traitéavecLaban(Gen.,xxx1, #5, 51 s.). Les analogies avec les Kudurru assyriens sont indiscutables, et ces derniers n’ont pas sans doute été retouchés par scrupules théologiques. La stèle est un témoin; elle représente, si l’on veut, la vigilance du souverain Juge, à l'instar du Kudurru dont le nom était : « ne franchis pas la limite, n’enlève pas la borne, hais le mal, aime la justice ». La masseba n'est pas plus l’incarnation de la divinité que le tas de pierres qui lui est associé dans cet office (3); de plus, il n’est nullement insinué qu’elle ait servi d’autel comme le prétend W. R. Smith (4). La stèle signe ou frontière se retrouve dans Isaïe {x1x, 19) avec le double caractère d’une indication et d’un témoignage.

5) Une masseba pouvait donc avoir sa place dans le culte de lahvé, mais 1l y avait à redouter un double obstacle. Toutes les stèles existant en Canaan au moment de l'entrée des Israélites étaient en fait consacrées aux baals, et, sans incorporer la divinité, elles devaient donc naturellement être un objet défendu aux Israélites. En soi, rien n’eût empêché d'élever des stèles à lahvé, et cela se fit selon toute apparence pendant un certain temps; il est difficile de dire siles stèles dont parle Osée avaient en elles-mêmes ou seulement d'après les circonstances un caractère dangereux (Os., 11, 4; x, 1). Ces stèles, œuvre de la piété populaire, étaient l’ornement obligatoire des hauts lieux et portaient par conséquent ombrage au sanctuaire de Jérusalem . Celui-ci, avecses objets sacrés déterminés, luxueux, et en petit nombre, ne comportait pas les stèles, d'autant que par leur nature elles tournaient facilement à l'image et pouvaient induire à l’idolâtrie (5). Il y

(1) Il semble que lorsqu'on oint une stèle de fondation, c’est toujours celle d’un autre ; voir les exemples cités par F. Delilzsch, 4/1 W., p. 550.

(2) Lorsque Jacob dit : « cette pierre me sera maison de Dieu », il est impossible de ne pas voir que l’idée est renforcée pour arriver au jeu de mot Beth-el.

(3) Selon nous, la 2% est de E., le 5; de J.; la fusion des deux récits complique un peu l'intelligence des faits. Toutes ces masseboth sont attribuables à l’Élohiste, gage sérieux de sa valeur historique.

(4) Op. laud., p. 202.

(5) Dans Michée (v, 12) on voit que les masseboth étaient façonnées et l'objet d'un culte en même temps que les statues.

eut là un changement par rapport aux usages des patriarches, qui pourrait le nier? mais nullement une dissimulation voulue des pratiques antérieures. Le Deutéronome devait forcément condamner les stèles cananéennes avec le reste du matériel religieux des gens du pays (1); il était très prudent qu'il comprit dans sa prohibition toutes les stèles quelconques des hauts lieux et la mesure fut complétée par l'interdiction générale des stèles, même auprès de l'autel officiel de Jahvé (2).

Les réformes religieuses mentionnent presque toujours les stèles à propos de hauts lieux, elles sont brisées (3).

6) De même que la stèle tournait au pilier chez les Phéniciens, un texte de Jérémie (xzur, 13) applique le mot de masseba aux obélisques d'Héliopolis. Il y a [à un indice précieux; les masseboth pouvaient donc recevoir d’assez grandes dimensions.

7) Il ne reste que le texte d'Ézéchiel (xxvi, 11) qui parait métaphorique ainsi que celui d’Isaïe (vi, 13).

Nous pensons que ce simple exposé suffit à montrer que les masseboth ont dans la Bible le même sens que dans l’épigraphie et que leur vrai caractère n’a jamais été altéré de parti pris. Il faut seulement reconnaitre, à la lumière des textes épigraphiques, que ce caractère était très complexe, neutre en principe, mais susceptible d’une spécialisation dangereuse à laquelle la religion d'Israël a obvié.

Les mêmes distinctions doivent être faites si l’on veut avoir une idée exacte des stèles arabes (nusb, pl. anséb, ou mensab), dont le nom est l'équivalent exact des masseboth, et nommées aussi ghart (pl. ghariyän), parce qu'on les frottait avec Le sang du sacrifice. Wellhausen, ne tenant guère compte que de cette particularité, Les définit (4) : « la

(1) Ex., xx, 24; xxxIV, 18 (passages deutéronomistes); Dt., vit, »; x, 3.

(2) Dt., xvi, 223 Lev., xxvi, 1.

(3) IReg., x1v, 23; ILReg., xvI, 10 ; XVI, 4; XXII, 143 II Chr., x1v, 2; xxx, 1. Dans II Reg. x, 25 s., nous croyons que let exte est altéré. Il faut d'abord lire avec Klostermann d’aprèsle grec de Lagarde 7727 TY au lieu de l'impossible 9Ÿ TŸ; on est toujours dans le temple, une élite pénètre jusqu'à la cella. On fait sortir les masseboth du temple pour les brüler! C'est évidemment impossible. Sieg.-Stade lisent NÈX qui est possible; mais nous préférons NID qui est moindre comme changement textuel; on brûle la statue fondue comme le veau d’or (Ex., xxx, 20), en supprimant ensuite N°2 avec LXX [B]. La seconde fois encore, N2XY ne convient guère avec 181; il vaudrait mieux lire "1279 avec Sieg.-Stade ou effacer l'incise avec Klostermann comme une glose marginale destinée à corriger le pluriel du v. 26. De toute facon il est impossible de conclure que "AY signifie ici la statue de Baal. Le texte entier serait à restituer ainsi : « et ils allèrent jusqu'au sanctuaire (£ws toù vxoù, Luc.) du temple de Baal, et ils enlevèrent la statue de Baal et la brülèrent (et ils détruisirent l'autel de Baal) et ils détruisirent le temple de Baal et en firent un cloaque... »:

(4) Reste, p. 141.

pierre sacrée qui proprement représente l'autel ». Mais ce n’est pas ainsi qu’elles nous apparaissent dans le témoignage de beaucoup le plus ancien, celui d'Hérodote (1). Là elles sont bien en fait ghartyän sans être ni des divinités ni des autels. L'homme qui veut en unir deux autres par une alliance indissoluble leur incise la paume de la main près du grand doigt et prenant au vêtement de chacun un petit tampon il oint avec le sang sept pierres placées au milieu et il invoque en même temps Dionysos et Uranie. Les pierres ne répondent par leur nombre ni aux dieux, ni aux personnes, car les témoins ne viennent qu'après et leur nombre n’est pas indiqué. Le chiffre de sept est le nombre sacré des Sémites, spécialement en matière de serment; il exclut l’idée d’autel. Les pierres sont évidemment des pierres commémoratives. Ce caractères’est perpétué, et, comme le reconnaît Wellhausen (2), la coutume s’est conservée de jurer par les ansab quientourent tel et tel dieu. Chez les Arabes les ansab indiquent la limite de l'enceinte sacrée ; elles jouent donc aussi le rôle de bornes, de limites inviolables.

Et il n’est pas prouvé du tout que les deux Ghariyân des environs de Hira ne sont pas, comme ledit la légende arabe, des cippes mortuaires. Wellhausen (3) le nie parce qu'on les frottait du sang d’une victime humaine. Mais quand cela serait certain, il ne faudrait pas se hâter d'affirmer que jamais victime humaine n’a été immolée en Arabie à des mânes illustres.

Lorsque W. R. Smith refuse de considérer comme originelle la distinction entre la pierre adorée et les autres ansab (4), il ne tient pas compte de tous ces faits. Que la confusion se soit parfois produite, nous ne songeons pas à le nier (5). Mais est-il vraisemblable que la pierre divine ait été employée à tant d’usages différents? N’est-1l pas plus vraisemblable que la pierre usitée dans un but commémoratif par les exigences mêmes de la nature ait pris quelquefois un caractère sacré par suite du voisinage de la pierre sacrée par excellence? La confusion n’est pas au point de départ, elle est au terme.

Chez les Himyarites nous trouvons aussi la stèle, sous les mêmes

(1) HÉR., III, 8 : … xai Éneuta AaGdbv Èx Tod ipatiou Éxatépou xpoxU0O GÂeiqet TG GILATt ÊV LÉO xeusévous fous ÉnTà, ToÙTo À motéwy ÉmiAxahEeL TOV Te Atévuoov rai Thv OÙpaviny.

(2) Reste, p. 102.

(3) Reste, p. 43; il cite Iaqüt, 790 ss., Agh. 49 86 ss., Ham. 700.

(4) « It is impossible to believe that this distinction between one stone and the rest is primitive » (op. cit., p. 211, note).

(5) Par exemple lorsque le dieu auquel appartient la pierre sacrée est dit mansub, « dressé » (W.R, Smith, op. cit., p. 205, note); cf. le mot DE signifiant «borne, idole», déjà en minéen.

noms (1). Nous citerons seulement le cippe n° 23 du Corpus. Une pierre presque carrée, dont les dimensions ne sont pas données, représente, placé dans une sorte de cadre ou de niche, un homme dans l'attitude de la prière. Une petite souris se dirige vers lui; au-dessous est l'inscription : Cippe de Ilati (2). (

Entre le Cananéen proprement dit et l'Araméen se trouve le royaume de Ladi. Il n’est pas douteux que là nsb signifie « statue », dans les deux inscriptions du dialecte cananéen qu’on a d’abord qualifié simplement d’araméen. Ce mot s'explique assez bien, car il s’agit de statues en pied, elles sont dressées. 11 ne faudrait donc pas se presser de voir ici une évolution de la stèle en statue, d'autant que les influences assyriennes, dominantes sur le royaume vassal, ont pu contribuer à répandre la mode des statues. Il s’agit d'autant moins d’une pierre sacrée divine devenue statue que si l’une des statues est érigée à Hadad par Panammou, l’autre est élevée à Panammou lui-même par son fils.

Chez les Araméens le mot de masseba (quelle que soit sa prononciation précise) ne s’est rencontré qu'une fois dans une inscription dePalmyre, dans le sens de « stèle ». Ordinairement les Araméens ont distingué par des noms spéciaux la stèle funéraire et la stèle votive.

La stèle funéraire a généralement l'aspect d’une pyramide, et le caractère représentatif du monument est encore plus frappant; la pyramide se nomme naphchä, « l'âme » ou « la personne », comme pour accentuer son rôle de mémoire ou de représentation du défunt (3). Le nombre des pyramides devait correspondre au nombre des personnes placées dans les sarcophages ou Les fours à cercueil, au moins pour les personnes principales.

Le cippe votif a pris le nom de mesdyida ; c’est lemot dontnous avons fait mosquée, mais qui signifie plutôt l’objet devant lequel on adore que le lieu où l’on adore. Une forme très authentique a été copiée par Euting à Hégra (4). C’est une stèle taillée en relief dans le rocher et placée dans une sorte de niche. La largeur est sensiblement plus grande au sommet. Le but n’était pas de placer là une statue; c’est la stèle

(1) 239 pour 2319 et 2X1.

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