CHAPITRE m
Le culte de la divinité féminine remonte aussi loin que les plus anciens documents. Il est supposé comme la chose la plus normale, et cependant quel mystère! Qu'on ait adoré des forces inconnues, des esprits mystérieux, qu'on leur ait donné le nom de maîtres, rien d'étonnant. Mais quand la déesse parait, le divin est donc absolument assimilé à l'humanité. Le caractère sexuel est plus nettement mis en évidence.
Toutefois si certains systèmes ont pris soin de marier les dieux et les déesses et de ne laisser aucun dieu sans sa déesse parèdre, ces grandes déesses des Sémites ne sont nullement de simples épouses. Wellhausen (1) a fait remarquer qu'elles ont leur rôle à elles, souvent même elles ne conçoivent pas, n'enfantent pas ; Ichtar chez les Babyloniens, Astarté en Syrie, al-Lât ou al -Ouzza parmi les Arabes n'ont pas le rùle effacé d'une femme obéissante. On a prétendu qu'elles avaient même la suprématie sur les dieux et qu'il y avait là un indice de l'ancien état social où le matriarcat était la règle. Mais on ne peut pas dire que chez les déesses le caractère de mère soit beaucoup plus en relief que celui d'épouse. La conception du dieu fils ne parait pas très ancienne.
Si nous nous en tenons aux faits généraux, nous reconnaîtrons que pour tous les Sémites la déesse est surtout la dame ou la maîtresse comme le dieu était le Baal.
En Babylonie le signe qui indique la divinité, AX, se place aussi bien devant la déesse que devant le dieu, mais en revanche c'est le signe féminin de la dame qui devient à l'occasion l'indice du seigneur dieu (2).
(1) Reste arahischen IIciden(u)ns, 2" éd., p. 208.
(2) NIN est essentiellement un signe féminin, [)uis(iu'il est composé de l'indice du sexe féminin et d'un autre idéogramme.
,20 ÉTl'DKS Sri\ LKS 1\E[.IGI0NS SÉMITIQUES.
CVst ainsi que dans un des plus anciens textes connus Manichdouchou a fait un vœu à la '^déesse) dame A-A (1). L'idéogramme NIN se lit donc en assyrien bvltu, la dame, ou même bêlu, le maître, et c'est précisément le terme que les Phéniciens emploient pour désigner les déesses : c'est toujoui-s la dame, Ba'alat, de Byblos ou d'autres lieux, ou seulement la grande dame une telle, ou la maîtresse dame. Qu'elle ait été ensuite qualifiée de mère des dieux et des hommes, la déesse la plus vénérée devra ce titre à sa qualité de déesse céleste, mais elle est essentiellement la dame avant d'être la mère, si bien que la vierge céleste ellemême a pu être dite la mère des dieux (2). Par là nous n'entendons pas encore déterminer si elle est avant tout la dame de la tribu ou du groupe social, ou de la cité, ou si au contraire elle est dès le début regardée comme la dame du ciel. Il nous suffit d'avoir dégagé l'idée générale; comme il y a un maître, il y a une maîtresse. Son nom [)ropre a moins d'importance encore que celui du dieu; en Babylonie <urtnut, il est comme- interchangeable; les mêmes personnes ont les relations les plus variées et les plus contradictoires : Bau est fiJle d'Anou, mais Anounit est tille d'Anou et Ichtar est Anounit et aussi Nana à Ourouk. On serait tenté de dire avec Hommel (3) que toutes ces déesses ne sont que la personnification sous des noms différents de l'Océan céleste ; elles sont plutùt toujours la dame. Cette union des déesses en une seule personne se manifeste surtout en Astarté ou Achéra que nous devons étudier spécialement à cause du rôle qu'elle joue dans la lutte des prophètes contres les cultes païens.
Achéra, dans la Bible, est le nom d'une déesse cananéenne. D'autre part, c'est aussi le nom d'un pieu sacré. Certains critiques ont pensé que ce dernier sens répondait seul à la réalité et que si la Bible fait allusion à une déesse Achéra, c'est par une confusion grossière (^^i^). Rarement les découvertes positives de l'épigrapbie ont donné un dé-
M>Sr.niii., Textes clamitrs-sc'm. Lr le xU; figure déjà K/i. (IJibliollièque cunéiforme de
K. SuiTH. The JU'Iirjion of Ihe Scinilfs, p. 56, note. ^ Alli*r. Veb., p. fij. En reconnaissant la déesse pour une et multiple, nous ne prélen- 4oM p«« Bwr que le« Cbaldéens aient eu en vue des entités distinctes. Chaque ville impor- U«t« oo do rnoin. capitale pensait avoir sa déesse. L'unité n'en est pas moins à la base, •^il-»- d un. rnaitreMo, cl die >e retrouvait dans les prédicats qui étaient naturellement
(I. MCI.». (ie,ch,rhU d,', Ml.. 1. -ii:; STAn.:. Cesch.des V. /., |, p. 184, p. 460 s.
menti plus net cà une théorie arbitraire. Acliéra était une déesse cananéenne dont le culte fut connu à Babylone au moins dès le temps deHammourabi et il demeure vraisemblable qu'elle appartient au fonds commun des Sémites.
C'est précisément au pays de Canaan, dans les lettres d'el-Amarna, que le nom de la déesse a d'abord été relevé. Les noms propres Abd-Achrâtu et Abd-Achirta ne peuvent s'expliquer autrement que « serviteur d'Achrâtu )) et « serviteur d'Achirta ». Or les deux noms sont l'un le singulier, l'autre le pluriel, probablement le pluriel dit de majesté (1), et ce pluriel achrdtu se trouve eten toutes lettres, ach-ra-timi, et équivalant à flcA-^«-[«;'J-^^,, c'est-à-dire qu'Achéra est confondue avec l'Astarté cananéenne. Il s'agit donc bien de la déesse, d'autant que quelquefois le second élément est figuré par l'idéogramme qui désigne Ichtar pour les Babyloniens (2). Le nom delà déesse esttoutsimplementle féminin du nom de dieu Achour, que des tablettes cappadociennes (d'environ 2000 ans av. J.-C.) mentionnent sous le nom d'Achir. F. Delitzscli est ici complètement d'accord (3) avec Hommel. Il n'y a plus là-dessus aucun doute, Achéra est la déesse bonne, protectrice, secourable, qui donne le bonheur et la grâce. Il existe encore d'autres textes où la personnalité de la déesse s'accentue. Elle est femme de Rammàn, et spécialement déesse des pays occidentaux, du pays de Canaan, dès le temps de Ilammourabi (V). M. Pinches publie des listes d'anciens temples babyloniens dont il n'indique pas la date; on y voit figurer un temple à' AcJt-ra-tum (5). Il y a donc un point certain, l'existence de la déesse Achéra à une époque très reculée; mais ses origines ne sont guère éclaircies pour être liées à celles du dieu Achour. Il faut convenir que nous sommes là en plein pays sémite. Achour s'est identifié avec la ville d'Achour et le peuple des Assyriens.
Nous ne le voyons paraître que vers l'an 1850, dans les inscriptions de Samsi-Ramman, quoique les tablettes cappadociennes le supposent déjà connu. Il est le dieu bon, le dieu suprême qu'on n'a pu rattacher à aucun élément naturel, soleil, lune ou firmament. Si les Assyriens sont venus d'Arabie pour renforcer l'élément sémitique, dont ils sont l'ex-
(1) Hommel, Aufsdtze, p. 209.
(2) A'Z?., V, Die Thontafebi von Tell cl-Amarna, cf. les ir' 38,39,^0,53 ou simplement la table des noms propres.
(3) Assyr. Lesesluc/ie, 4* édit., p. 192 : « Asur (in aller Zeit auch Asir, wovon n")w''N* =:
asirtu das Femininum) Gott Asur (« hellbrlngender, heiliger » Golt). (i) IIoMMEL, Aufs., p. 209 ss. Ach-ra-tum et Ila-ma-a-nn-um, donc en toutes lettres
Ramân et non Iladad.
(5) The temples of ancieat Bahylonia, dans Proceed. ofthe Society of biblical Archacolofjy, vol. XXII (1900), p. 159.
I^o KTIOES Sni LKS HELIGIONS SEMITIQUES.
pression la plus tranchée et la plus énergique, le dieu Achour peut avoir été lonirtemps adoré avant d'être mentionné par récriture. Quoi qu'il en soil^on comprend très bien qu'Achéra n'ait jamais fait très grande tiirui*e chez les Assyro-Babyloniens. Achour a eu de hautes destinées corame la divinité suprême et unique en son genre de la puissante monarchie assvriennc; il a d'ailleurs disparu complètement avec elle. Chez les Assyriens eux-mêmes Achéra n'avait que peu de chances de succès; son caractère de doublet était trop accentué. Les grandes divinités féminines n'ont dominé que grâce à une personnalité distincte de celle du dieu, et nullement à titre de compagnes. Dans la Rabyionie, Bau, Nana, Ichtar avaient leur position faite et ne pouvaient le céder à cette divinité probablement presque étrangère.
Si elle venait d'Arabie, l'Arabie a dii en conserver des traces, et c'est précisément ce que llommel a mis en lumière (1). Les inscriptions qatabaniennes ne laissent aucun doute sur l'existence d'une déesse Athirat, dont le nom existait sans doute aussi chez les Minéens (2).
L'existence de la déesse étant si bien constatée, soit en Babylonie, soit en Arabie, il nous paraîtrait exigé de la reconnaître aussi chez les .\raméens dans l'inscription de Teima. On a préféré traiter de quantité inconnue le mot de Achira qui figure parmi les divinités de la stèle. .Nous y reconnaissons sans hésiter notre déesse (3).
Plus tard encore on retrouve Achéra au pays de Canaan. Le sens de ce mot dans l'inscription phénicienne de Ma'soub demeure très douteux. Astarté y est envisagée sous la raison d' Achéra de El Khammân (4). La Bible, avons-nous dit, cite Achéra comme une déesse. Dans son zèle à trouver partout son pnrèdre Acher, M. Hommel a même cru entrevoir le nom de ce dieu dans les textes où Israël exprime sa foi propre (5) . Ce sont autant de changements du texte reçu qui ne s'appuient que sur des conjectures; la monolAtrie des Israéhtes — à défaut de monothéisme — suffirait à les écarter, à moins de supposer qu'Acher ne soit qu'une épithètcdontlescnsde ôoTi aurait encore été connu, ce qui ne cadre pas mieux. Lf \A\\\'\v^\ach(:rva n'implique pas l'existence d'un singulier
.», Anfi., \K 150, nol« 4 ; j». 157, m)t<; 2; p. 159 et \). 200 S.
Kl') Cf. \c nom du mois dhû Athirat, loc. laud., p. 157.
(3, CIS., ar., n' 113, I. 10, N^iCy- \\ g^t étonnant que le iod soit écrit, mais est-ce une
•kjwlUin in»annonUbIe? Achour n«ure dans rinscriplion araméennc n° 30, 2m«;>{S, trou-
»r« à KoyuDdjik. U^ rapprochement avec NI^DNIT (Tarif de Palmyre, I, 10) proposé par Lid. fte•lKo«r^ •- -inl. j » » /ri i
<*' Cf. ; , de Ma'.nub aux Appendices.
'V Dooe. ,».o, parl.r de Num.. xxiv,4, dansDt., xxxiii, 29 et même Dt., xxxii,37; xxxm, 8
acher dans le sens d'un dieu; puisqu'il signifie toujours les pieux sacrés, le singulier postulé par Hommel signifierait seulement le pieu ou l'arbre sacré (1).
Gonteutons-nous donc de trouver dans laBible la déesse Acbéra, combattue par les prophètes. Ce qui prouve d'ailleurs qu'il ne faut pas attribuer aux Juifs d'une basse époque la création de la déesse d'après le symbole du pieu, c'est que les Septante avaient complètement oublié le sens de ce mot qu'ils ont traduit par « bois sacré » à la mode grecque.
A vrai dire, cette Acbéra ne parait pas avoir eu de personnalité bien distincte. A l'époque où nous transportent les livres bibliques, la confusion entre Acbéra et Astarté, commencée au temps d'el-Amarna, devait avoir atteint son terme. Le nom traditionnel d'Achéra était maintenu dans l'usage (2), mais il est probable qu'il n'était guère usité que comme une épithète de la grande déesse cananéenne, épithète qui pouvait être employée seule et la désignait suffisamment comme la déesse du bonheur, la Fortune ou la Tvché des villes.
La déesse Astarté appartient certainement au plus ancien fonds de la langue des Sémites, car elle se retrouve dans toutes leurs branches et avec des différences phonétiques assez caractéristiques pour prouver qu'il de s'agit pas d'un emprunt (3). Il semble même que le nom di-
(Ij II résulte cependant de l'existence démontrée de la déesse que l'Achéra dans le sens de ii}ie\i est plus probablement une sorte de personnification de la déesse et non un nomen unitatis comme le pensait Stade, Grammaire, 311 et 334. De la déesse Acbéra on a lait le pluriel achcrdtâansle même mode que baalim pour les baals(Jud., m, 7), et 'Acbtarôt pour les Astartés. Ce pluriel féminin a été pris deu\ fois dans le sens de pieux à une époque tardive (II Chr., xix, 3 et xwiii. 3).
(2) Nous passons rapidement en revue les textes qu'on peut alléguer, tous ceux où le mot signifie pieu étant réservés pour une autre étude.
I Reg., xviHjlO; d'après KIost. et Kittel les quatre cents prophètes d'Achéra ont été ajoutés par un glossateur, car au v, 22 on ne voit figurer que les quatre cent cinquante propiiètes de Baal. — 1 Reg.. xv, 13 etll Chr., xv, IG: nTuN"^ jy'J^ZrZ et ni*^î:'2 niCNO ; dans les Chr., le grec: 'AatâpTr,, Vg. : in sacris Priapi et simulacrum Priapi pour nV'^îI'^, d'après la tradition juive qui s'est perpétuée jusqu'à Raschi (ySs serait-il en rapport avec x'.vatûo;?). Klost. change en Tnl'Z (cf II Reg., xxin,5), sansVaison sufïlsante; en tout cas, il s'agit bien do la déesse Acbéra. — II Reg., xxi, 7 : une idole d Achéra, pour Astarté. —11 Reg., xxiii, 4 : Baalat Achéra et toute l'armée du ciel; c'est la reine des cieux assyrienne qui était aussi cananéenne.—II Reg., xxin, 7 : ÔICN^ ZTIZ: Klost., d'après la leçon /ettie'.v, conjecture PIDD, des tuniques, c les chemises vendues pour le compte d' Astarté devaient être très recherchées » ; mais il s'agit d'un objet destiné à la déesse. On peut songer soit à des édicules en toile, sortes de dais placés sur la déesse, soit à des vêtements dont l'idole eût été revêtue; cf. par exemple le pieu qu'Isis consacre à Ryblos : elra TaJtr,v [liv oOôvr] 7îcÇi'.y.a),'jI/a(Tav etc., Is. et Os., § 16.
(3) Babylonien : istar; hébreu : TITIT"; aram. : T", i»ar fusion dos doux 71; sabéen :
,2^ KTlDtS SI K LKS HKLIGIONS SKMIÏIQUES.
vinisi' est antérieur i\ la notion du sexe, car non seulement le mot se trouve sans terminaison féminine et avec cette terminaison, mais il est employé aussi au masculin. Ce n'est donc pas la déesse qui a revu un nom spécial, c'est un objet divin ou du moins reconnu tel .pii dans certains milieuv a été pris pour féminin, dans d'autres pour masculin. Cet objet n'est autre que la planète Vénus, qu'on adora comme donnant l'abondance et la richesse. Cette conclusion ressortira d'un coup dœil rapide jeté sur les différents aspects du culte de la
déesse.
La grande déesse des Cananéens figure, d'après la vocalisation du texte massorétique, sous le nom d'Achtoretb. On a reconnu qu'il y avaitlàun exemple de cette baine pour l'idolâtrie qui allait jusqu'à éviter de prononcer le nom des divinités païennes. L'extrême respect et l'exlréme borreur conduisirent ici au même résultat. On ponctua Adonaï le nom de labvé et Bochét (abomination) celui d'Astarté. La vraie prononciation nous a été transmise par l'usage grec, dérivé de celui des Phéniciens, et les Septante eux-mêmes ont rendu Astarté (1 ■. La déesse parait dans la Bible comme la divinité spéciale des Sidonicns JKeg., xi, 5, 33; II Beg., xxfii, 13) : cependant le pluriel est employé en conjonction avec Baal pour signifier les déesses. On suppose même que son culte était dominant chez les Pbilistins (2). Rien dans la Bible n'indique son caractère particulier; l'idée de fécondité est demeurée dans la locution du Deutéronome relative à la multiplication des troupeaux (3i.
L'inscription de Mésa contient l'expression si diversement inter-
Leslois relatives aux silllanlcs dans les difTérents dialectes sont rigoureusement obsertén. Le ton ^ arabe est souvent correspondant au ;ï7 hébreu et au n araniéen, comme d«M l'eiemple classiqu»' de jJ, «taureau», hébreu IIUJ, aram. Klin; l'assyrien aie plus MMTOrt la ïnème »ifllanle «(uc l'hébreu, sûru. Celte loi s'applique au nom de la déesse dans la^ad 1« ri e)»t iiîaniftf^U'iiient ajouté à la racine comme dans la huitième forme arabe ou déOé U forme hilhpaVI eticasdi- silTlante. Dès Icrs il est de toute évidence que c'est dans lo ^iO iolermediain' cl la forme^- que doit se trouver la racine. Nous aurions songé au sens '1* broncher (\m indiqurrail la marche inégulicre de la planète Vénus, mais la question parait Uancb^ par la d.couvrrle en minéen dey^^avecle sensd'wétreabondant, riche» (llom- ■el, Aufê., p. lif,) dans linscriplion de Glaser 282. Mais s'agit-il bien, coinme le veut Ilom-
•rf, duiw forme primilive 'Ullàru, ihèine J'^i? cela |.araît beaucoup moins bien établi.
'I) Urormf hébraïque wrail proprement niri^yV dans le système normal des Massorètes.
j]]^^ *•"*•• «*»'.•"• Les Philistins transportent les armes de Saiil min^î^nn, «dans le
l€iifk4'AaUrt«t;eoKrecTo 'AaTapTcTov, donc Fl^n^T^ au singulier ; l'endroit n'est pas in-
é>^Oeyeui être Avalon, célèbre par le culte de la déesse. La Chron. I, x, 10, DHmSn,
•'ir dieu . oa / de leurs dieux », ne tranche pas la question.
LES DÉESSES : ACHÊRA ET ASTAHTÉ. 125
prêtée Astar-Camos. Les Moabites étant si voisins des Cananéens, il est probable que la divinité est aussi féminine parmi eux, d'autant qu'ils n'ont pas la forme de l'Arabie du sud, Athtar. iMais la désinence féminine manque, comme en Assyrie. Astarté est donc conçue ici comme l'épouse de Gamos, sa déesse parèdre, de même que chez les Phéniciens Astarté par rapport au baal delà ville.
C'est du moins ce qui parait ressortir pour les Phéniciens du titre de « Astarté du nom de Baal » dans l'inscription d'Echmounazar (1) : on bâtit deux temples, l'un pour le Baal de Sidon, l'autre pour Astarté en qualité de dame de la ville, placée sur le pied d'un baal. D'ailleurs il faut convenir que les inscriptions phéniciennes ne nous apprennent guère que cela sur le compte d'Astarté. Nous la voyons surtout honorée à Sidon (2), ce qui concorde très bien avec le renseignement biblique; ensuite à Ma'soub, dans un rapport énigmatique avec El Khammân (3), puis à Larnaca (4), dans l'ile de Golo (5), en Sicile (6), en Sardaigne (7), à Carthage (8j.
On a beaucoup écrit déjà sur son rôle de vivifiante d'après Tinscription d'Eryx qui paraissait aux éditeurs du Co)'pus la nommer « Astarté qui donne longueur de vie ». Mais la déesse est simplement qualifiée Astarté d'Eryx (9, ce qui nous montre de nouveau Astarté jouant le rôle de Baal d'un lieu, le nom était devenu ici presque un nom commun.
Il n'y a guère à noter qu'une épithète assez insignifiante, probablement <( Astarté la magnifique » (10).
Nous avons une autre source d'information : les figurines qui représentent la déesse.
(1) b"2 n^ nin'kL"% l. IS; ce titre a été très bien expliqué par G. Hoffmann (Ueber einige phoenikische Ins(/irif(en, p. 5G).
(2] Inscription de Tabnilb, prêtre d'Astarté, roi des Sidoniens, 1. 1, 2 : c'est une abomination aui jeux d'Astarté que de violer les sépultures. Inscription d'Echmounazar {CIS., n" 3), I. 15 : Aslarté notre dame; 1.16, le temple d'Astarté sur lu cote de Sidon. Inscription de Sidon (r/5., 4), le roi et sa déesse Astarté.
(3) Ma'soub, 1. 4.
(4) Cis'., 11 3, 86 A 4.
(8) 255 4 s., 263 4, MeJ. 1. s. La liste des passages dans Lu».
(9) Dans la monnaie citée p. 173 {CIS.) on ne voit que "j"lN ; donc dans le n» 15.". il faut associer seulement HinC" avec "px; DT; qui suit n'est même pas dune lecture bien sûre. Dans l'inscription 140 trouvée en Sardaigne à Torre di Calamosca on lit seulement mnC'yS ■J")N ; les éditeurs remarquent eux-mêmes qu'il y avait dans la Sardaigne une montagne I ruciinn.
[\0) 255, rr^lNn n'^nCV; les éd. rappellent 'AatapTri f, {Asy-^Tr, de Pbilon de Byblos.
,40 KTIDKS SLK LES UELU.IONS SEMITIQUES.
Tout le momie a vu ces petites statues en terre cuite trouvées surtout en Chypre et qui représentent une femme nue, souvent se tenant les seins. Il est certain que c'est l'image de la déesse orientale et, quoique bien des variations puissent attester des influences étran- -fi-es. l'unité du type sémitique est établie par la comparaison entre ces ueUics idoles et les cylindres chaldéens où figure la déesse dite li«»llis \ . Dans ce type on a évidemment voulu représenter le sexe avec l>eaucoup d'insistance, mais beaucoup moins la notion de la maternité. On cite des déesses avec un enfant sur le bras, et par conséquent des déesses mères, mais il faudrait prouver que l'inspiration est vraiment sémiticiue et ne relève pas de l'influence égyptienne. La plus riche collection de ces déesses mères est celle du umsée de Saint-Louis à Carthage (2) ; on les attribue à Isis. A côté de ces images on a trouvé un certain nombre de statuettes en terre cuite, de style punique, qui représentent aussi des déesses assises, les mains avancées sur les genoux. Cène sont point des déesses mères puisqu'elles ne portent pas leur enfant; nous voyons là la persistance du type purement sémitique.
Les cornes sont encore plus sûrement un élément étranger, car elles sont généralement accompagnées d'autres indices égyptiens; c'est ainsi (jue la dame de Byblos a tout l'aspect d'une Hathor phénicienne dans la célèbre stèle de lekhawmelek. Cet emprunt peut être d'ailleui-s très ancien conmie l'indiquerait le nom géographique Achlerotli Oarnaïm, u Astarté des deux cornes » (Gen., xiv, 5) (3); ona souvent insisté sur ce fait pour montrer dans Astarté une divinité lunaire; mais si l'argument était bon, il prouverait la même chose |KJur le Baal Uarnaïm, Ikdcaranensis, qu'on vient de découvrir en Afrique. Et ne peut-on supposer que le nom de Qarnaïm donné peutêtre à cause de la configuration des terrains est antérieur au sanctuaire soit df Baal, soit d' Astarté?
L Astarté phénicienne nous parait donc au premier abord le pendant exact do l'Aphrodite grecque, la déesse de l'amour. Ce caractère
(I) ?lou> n«- |.«.uvonR giine rqirodiiiio ici ces ligures. On consultera Pkkrot cl Ciiihez, Hut.de l'Art, III, pp. 410-427 pour la Phénicie, pp. 551-580 pour Chypre. Les savants aoleort ne rroicnl pas (\,. r,r,9^ qu on ail retrouvé l'iinage de l'ôtre ambigu dont parle Ma- «Tobe Saturn., III, «; et qui relevait d'une comljinaison savante et dépravée plutôt que du ^leoi fond religieux populaire. Pour la Chaldée, voir la collection de Clercq.
J; Ma*^ Uvi};frrie, II. planche W, p. 45 ss. Cf. Jiull. arch. 1801, p. 157.
'l^U TM. »ver. Ug. cx,ntre certains Mss. des LXX : AataptoO xal Kapvaiv. W. R. Smith • rail reurqaer [Hel. Sem., p. 310, note 3) que Qarnaïm était doté d'un sanctuaire qui pour-
r 2!!!! !1! "* ^'^*'^'' '' ^''^'^•' ^'' '•■')' '<"• J^>^-. ^^','-^7. Le savant anglais s'efforce d'établir leiMaMC duoe A*larl<. brebis en Canaan et en Chvpic doc. land.. p. 470 ss.).
LES DÉESSES : ACHÉRA ET ASTaUTÉ. I07
n'exclut pas, il appelle au contraire, un aspect fatal et funeste :
Diva Astarte homioum deorimique vis, vita, salas : rursus eadem quae est Pernicies, mors, interitus > 1).
Nous retrouverons ces traits dans Flchtar assyrienne. iMais il y a loin de là au tempérament belliqueux de l'Ichtar d'Arhèles ou de Ninive. Et pourtant cette allure distinctive n'avait pas été complètement oubliée. Hérodien fait de la déesse carthaginoise une divinité guerrière (2). Pausanias mentionne dans l'île de Gythère une Aphrodite Uranie, qui est une idole en bois, armée (3). Or ce temple était pour le périégète le plus ancien des temples d'Aphrodite en Grèce, et il savait fort bien quel avait été l'itinéraire de la déesse à partir de l'Assyrie. Il insiste sur le nom d'Uranie, renseignement précieux à défaut des sources directes et qui concorde absolument avec le nom dTranie donné par Hérodote à la déesse des Arabes. On sait que la distinction entre l'Aphrodite Uranie et l'Aphrodite Pandème ou vulgaire est une ingénieuse application au mythe des spéculations sur l'amour. La tradition considérait donc du moins la déesse syrienne comme une déesse du ciel (i), comme une fille du ciel (5), descendant encore du ciel (6).
On ajoute généralement : comme une déesse lunaire, comme la Lune elle-même. Cette opinion, encore en faveur dans les ouvrages généraux (7), tend à disparaître et à bon droit. On la fondait sur deux textes. Mais celui de Fauteur du De deâ St/râ est plutôt contraire, puisqu'il oppose une exégèse particulière à l'opinion courante sur
(1) PL4UTE, Mercatoi\ IV, se. vi, v. 825 s., d'après l'original de Philéinon, iV s. (Periiot et Chipiez, op. laud., III, p. 69).
(2) Y. 103 : <ï>iQ(Ta; 6à àTiapéffxeaOa'. aOTÔv w; TiàvTa èv orcÀct; xai 7io).e[xix9î ôsoi, t-^; Oùpavca; 10 âya/iLa {jl stetté [!.•!/ aTO...
(3) Pals., 111, 23 1 : tô Si Uç-ôv t?;; OOpavta; àyi^TaTov xai Ispwv orroo-a 'AçpoSitrj; itap' "EX/.Ttaii ÈCT'.v àp-/a'.ÔTaTOV ajif, ùï y, Ôeè; ^oavov â)7r).to'(/.£vov. Cf. I, 14 6 : Tipcôtoi; os àv6pto::a)v 'ATC'jpîoi; xaTc'fjTrj (jéoeaOat Tr;v OOpaviav, [Xîxà ôè 'Aaaupto'j; KuTipitov Ila^tot; xai <I>otvîxwv toï; 'AoxàXwva r/o-jTtv èv t^ TlaXaKTTÎvr,. — Autre statue d'Aphrodite armée à i'Acrocorinthe (Paus., 11,5 1} et à Sparte, le seul temple à cénacle ou étage supérieur quait vu Pausanias (III, 15 8^. D'ailleurs la fantaisie, une pointe d'ironie et l'allusion à ses rapports avec An-s peuvent expliquer les épigrammes de l'Anthologie (II, p. 677 ss., éd. Jacobs) sur l'Aphrodilc année du heaume et delà lance et les épithètes 'Apsia vixTjBÔpo;. La Vénus de Carthage était aussi une déesse guerrière : « etiam ne militaris Venus castrensihus flogitiis prœsidel» (Arnobe, IV, 7).
(4) .\phrodite Uranie d'Ascalon (llérod., I, 105).
(5) Fille d'Ouranos dans Philon de Byblos.
(6) Dans le temple d'Afca (Sozomène, II, 5).
(7) Dictionnaire de la Bible de Vigoureux; Roscuer, Lex. myth., art. Aphrodile {Icuxiwëngler).
,ojt KîlDES SLK LES UELR.IONS SEMITIQUES.
l'Xslarlêde Sûlon A\ et celui dllérodien, suspect par là même, témoi- -norait tout au plus pour une basse époque (2). A ce momeut la kine étant consiilérée par tout le monde comme la grande déesse céleste iju'lIé!ioiral)ale voulait marier avec le soleil, la déesse syrienne devait Daturelloiuent passer pour la lune. Les représentations d'Aslarté avec des cornes témoignent peut-être de cette confusion, suite naturelle de celle qui assimilait la dame de Byblos à Hatlior. Ed. Meyerapensé avec esprit que l'image égyptienne, la déesse portant sur sa tète un disque surmonté de deux cornes, a pu contribuer aussi à répandre cette idée ^3). Ce qu'allègue Furtwangler (4) que la déesse orientale était la déesse de la rosée et de l'humidité, donc la lune, n'a pas plus de poids, car la rosée était attribuée à la planète Vénus i5), et comme un indice de son pouvoir fécondateur.
Quoi qu'il en soit d'un temps de syncrétisme, les Sémites anciens n'ont connu que le dieu Lune masculin; les textes assyriens sont clairs et nombreux; de même en Aramée : le dieu Lune de Kharran en était le Baal, non l'Astarté. Son sexe fut reconnu jusqu'aux derniers temps du paganisme et la lutte entre les deux manières de l'envisager donna lieu à des contes bizarres (6) où. l'on aperçoit le dessein de maintenir l'ancienne conception sémitique contre l'envahissement des idées grecques et égyptiennes.
Astarté n'était pas la lune. Il est vrai que nous manquons d'anciens documents cananéens pour prouver qu'elle était la planète Vénus. Mais son assimilation à Aphrodite est déjà un indice, car la planète était incontestablement l'astre d'Aphrodite, et le temple d'Afca, le plus longtemps célèbre des temples de la déesse phénicienne,
Qarlqucviins idenliliairtil la déesse avec Europe.
(2y V, 6t : A:5*j£; nàv oùv aOtriv OOpavîav y.aXoOai, 4>o'!vi>c£; oà 'Aaxpoapxviv ôvopiàSIouai, azlif rry «îvoi ^t)^v:t;. Tout le passade est intéressant comme constatant l'identité de la Cœlestis d«? Carlbage arec l'Aslarlé pliénicionno. C'était une déesse guerrière. 3 Rom:ii., Lex. myl/i., v. Astarté.
k Lor. taud.
i) Fli.ik. H..\., 11, r, : a llujus nalura cuncla generantur in terris. Namque in alterulro orln genilali rore cons(u;rg(;ns, non terrie modo conceptus implet, verum animantium qooqae ornoium ^lilllulat, .> Selon le syncrétisme du temps, Pline consent à la nommer Juoon ou W\% ou la mère des dieux.
*^ *^'' ^ "• '!'»'• Carac.y 7 : « Et quoniain dei Luni fecimus mentionem, sciendum
«loctiMiiji ..... ...juc id rnernoriae Iradiluin atriue ita nunc quoque a Carrenis prœcipue
baberi. ulqul Luoam fcmineo nomine ac sexu putaverit nuncupandum, iis addictus mulienbM lenper InwîrTial; qui vero marem deum esse crediderlt, is dominetur uxori neque l"^,***^***''^ palialur insidias. Unde quamvis Grœci et .Egyptii eo génère quo feminam bMilVlUi, abrn I.unarn d<-um dicant, in>slice lamcn deum dicunt ».
était consacré, non pas à la lune, mais à une divinité qui se manifestait par une ilamme semblable à un astre : on l'assimilait à Uranie- Aphrodite (1).
On a pensé que ce nom d'Astarté s'appliquait à plusieurs divinités différentes à cause des vocables différents de ses temples. Ce que nous avons dit jusqu'ici manifeste assez une unité remarquable. Nulle part on ne trouve trace de personnalités distinctes : les deux attributs qui seuls paraissent inconciliables de la guerre et de Famour se trouvent authentiquement dans la même personne et des vocables différents n'indiquent pas la multiplicité des déesses.
Tel ou tel aspect de la déesse pouvait d'ailleurs être plus accentué ici ou là, par exemple les villes maritimes voyaient en elle une divinité favorable à la navigation (2 i. Ce n'est pas qu'il faille chercher, à la mode gréco-romaine, surtout romaine, une raison de cet attribut dans la nature même de la déesse*, c'est le mode sémitique, bien dessiné par Renan, qui invoque la même divinité pour tous ses besoins, car on jugeait avec raison que le pouvoir du divin sétend à tout.
Quant aux prostitutions sacrées qui accompagnaient le culte de la déesse, c'est un sujet fréquemment traité sur lequel il n'y a pas lieu de revenir ici. Nous citons cependant en note un texte d'Eusèbe propre à jeter du jour sur l'institution des hiérodulcs mâles que la Bible a en exécration (3).
Les Araméens ont connu notre déesse sous la forme Atar (i) ; mais il reste peu de traces de ce nom. Strabon Ta citée et son témoignage est confirmé par un nom théophore au moins où Atar paraît à l'état isolé (5). Le même Strabon connaissait l'identité de cette Atar avec une divinité beaucoup plus célèbre, Atargatis ou Dercéto (6). Il
(1) SozOM., If, 5: 'Ev 'Açixoi; os, xal £7:iy.Àr,(jîv Ttva xat prîTyjv yi[xipav àirô Tr,? àxpwpeia; tùO A'.êàvo'j Tïùp O',ai(7aov, xaOàTisp à(jT7)p, et; TÔv Tcapaxei^ievov TroTaaèv éô'jvev. 'E).eyov 5è toùto ttjv Oùpavtav elvat moï t^jv 'A?poôiTr,v xaXoOvxe;, (Sur ce temple, cf. Le lemple de Vénus ùAfka par M. Jules Rouvier, Bulletin archéol., 1900.) Il faut comparer ici Asteria, d'après Athénée (392 d), mère, avec Zeus, de l'Hercule tyrien, précipitée dans la mer. La déesse est plutôt un météore que la lune, et de là vient aussi le culte des vrais bétyles dans le Liban.
(2) D'où les é|)ithètes d'Aphrodite elle-même, EOuXota, ra)T,vaia, fTsXayia (= la Venus marina qui conduit Énée dans ses pérégrinations), llovxîa, Aiavr.dia, <l>tXopaicT£ipa, 'Ava- 2uo(iévr(, àçpoycVTQ;, 0a).à<TTtx (Rosch., Lcx. myth., I, col. 402).
(3) Eus., Vie de Constantin (III, 55), il s'agit du temple d'Apliaca, consacré au démon Aphrodite : rOvtSî; yo'J'' ''.yti àvSpe; où/, âvôpe;, tô <7îîxv6v t^; çv^rew; àTîapvrjdiaevo'., ôr.Xsîa '^6<Ju^ TTjv ôaijxova IXeoOvto* yuvaixàjv t' au TiapàvojJLO'. ôtxiXîai.
(4) inV pour "inn" qui répond à in^".
(5) CLEwmsT-G^smwJ-tudes..., I, p. 117, -"."C-^ny. Lar. 52 rM>^nV est d'une lecture difficile, cependant les éditeurs ne paraissent pas avoir hésité. Ilalévy lit HTyi*" (Liu.).
(G) XVI, 4 27 : al es tcôv ôvoaàtiov {xsxaTCTCiXTct;, xat [làXtoTa xtov Pap^aoï/ôjv 7ro>.).a;' x«- Oinep. .. 'ATapyàTtv oï Triv 'AOàpav AepxîTÙJ o' ajir;/ Kxr.dia; xa)îT.
RELIGIONS SÉMITIOLI-S. 9
inroKs SI K Li:s i\i':LiGiOiNS sémitiques.
1 f nn.^ nn-mce Vtarsatis est nii nom composé comme V a cependant um^ iiuanLt. -viai-, r ^
\ tar Kimos II semble qu'ici la déesse soit associée a un autre dieu en iiualitô dé parèdre, TAtar de Gathé ou 'Athé (1). C'était du moins l'opinion commune, contredite par le stoïcien Antipatros de Tarse nui prenait t^.atis pour une divinité féminine (2). Les fils du syncrétisme <oDt ici assez embrouillés. La déesse elle-même, Dercéto cUûi certainement une déesse-poisson; tantôt elle était adorée soiis la forme d'un buste liumain terminé en queue de poisson (3), tantôt du moins son culte comprenait l'abstention du poisson, observance qui parait s'être étendue à toute la Syrie (4), quoique des
poissons cuits fussent offerts à la déesse et,
disait-on, mangés par ses prêlres. L'esprit
-•^^^^^\ grec, sous l'influence de l'évbémérisme, s'é-
y-, , ^\\ tait ingénié à trouver des origines historiques
^P»* ' \ à ce culte qu'il jugeait bizarre. Les uns
1^ \ disaient qu'elle s'était précipitée dans le
'^' / lac et avait été changée en poisson (5),
d'autres qu'elle y avait été jetée par Moxos de Lydie avec son fils ïchtus et dévorée par les poissons (6).
Tous ces textes nous ramènent à Ascalon, mais Dercéto n'élait pas honorée que là. M. Dussaud a découvert une dédicace à la déesse d'Ascalon à Bétocécé, temple qui était le sanctuaire d'Arvad dans la montagne comme celui d'Afea pour Byblos (7). Or le Baal d'Arvad comme celui d'Ascalon sont authentiquement connus par des monnaies pour des divinités ichtyomorphes; le buste huniain se termine en queue de poisson (8). Jusqu'ici tout est suffisamment clair : le baal des villes maritimes d'Ascalon et d'Arvad (9) était un dif-u marin, et la déesse qui lui était associée était, elle
(11 On trouvf» 1rs formes NT>, "r" el Tl".
' ' A|». ATri»:?(., 3i6 : tv TETap-rq) 7icf«l iîicioatiJLovta; léyzGf^ai cp-/]fn 7:96; xivwv ôxi Fàriç v] twv !,;,'*>/ jiï'ji/'.'saa v>:ti>; r,v ô-J/O^âio; wttô 7.r,pûçai à'zzçt ràxiôo; {XTjOéva l-/6ùv £ctO:£'.v -jt:' àYVOt'aç It Tw>; ro»/J; avn^v (ikv 'ATepYaTiv ôvo!J.cx!;£iv, i)r6uwv oà à7i£-/£a8ai.
' Dioîj. . II. IV, 7, à Ascalon : aurr, oà 10 \j.vj TrpdawTrov è'yei ^uvaixoç, tô ô' cDXo <jw(ia -y ;/>yo;... Ce détail esl confirrnii par l'auteur du De deâ Syrû pour un temple de Phénicie (1 14); à Hi^ra(>olis, la déesse était figurée par une leinine.
• ■ •n., loc. lauil.; pour le poisson oll'crl à la déesse, l'autorité est Mnésias cité par
(5) DiOD , /or. lawL
(6) X4?rTiiL» df» L>die, Fr. ftist. fjrœc, III, 155 3'^.
(7) Het. arrhéol., 1897, t. XXX, p. '.i'i't.
{!) U monnaie dAscalon, IUuklon, Us Perses Achéménides , pi. VIII, fig. 3; le dieu kbtjoaiorpbe d'Arvad dans Mxsi-kiu», il, j.. lOî). (9) On pftil aioulf-r d apris M. Kouvicr le IJaal Berit.
LES DÉESSES : ACHÉ[\.\ ET ASTAUTÉ. 131
aussi, une divinité ichtyoniorphe. On peut joindre à ces faits celui du téménos de Protée, le dieu-poisson, où était le temple de TAphrodite étrangère à Memphis(l).
Si nous cherchons le nom da dieu-poisson, il semble bien plutôt que ce soit Dagon qu'Athé. Un extrême scepticisme règne en ce moment sur la question du Dagon-poisson. Ce doute n'est pas motivé; puisque les monnaies représentent le dieu d'Ascalon sous cette forme, nous avons ici une coïncidence décisive avec ce qu'on avait déjà conclu touchant la forme du Dagon ascalonite du récit de la Bible (I Sam., v, 3-i). La légende de Bérose sur l'homme-poisson qu'il nomme Odacon (2) est d'accord avec ces faits, au moins comme indice des opinions du temps, sinon comme éclaircissement sur le caractère du dieu Baganu babylonien (3).
On objectera que pour Philon de Byblos, Dagon est un dieu agraire, mais ne serait-ce pas un pur caprice étymologique [k)'l D'après ce dernier auteur, Kronos avait donné en mariage à Dagon la concubine d'Ouranos, et déjà pour Hérodote la déesse d'Ascalon n'était pas autre chose qu'une Aphrodite-Uranie (5).
Il serait très plausible que le dieu Dagon, qui parait être à Babylone un dieu du ciel (6), ait été en Phénicie figuré et compris de deux manières selon l'étymologie qui prévalait. L'Astarté-Uranie serait devenue sur la cote une déesse-poisson pour s'accoupler au Dagon d'Ascalon.
iMais d'où vient l'alliance de mots Atargatis?
Si tout ne nous trompe pas, la fusion s'est faite en terre araméenne et nullement à Ascalon ou sur la côte de Phénicie. La forme du nom de la déesse est araméenne, le dieu Athé ne se trouve jusqu'à présent qu'à Palmyre et les monnaies d'Atargatis sont des monnaies d'Hiérapolis, la capitale sacrée de la Syrie, Bambyce. Aussi est-on d'accord (7) pour reconnaître Atargatis dans la déesse syrienne que le traité de Lucien — s'il est de lui — a rendue célèbre.
(1) IIÉROD., II, 112.
(2) Fracj. Jlist. Grxc, 11, p. 500.
(3) On ne peut objecter que le dieu-poisson babylonien est Éa(Ae); le fait est incontestable, mais Bérose parle d'un second monstre semblable au premier (Oannès). Quant au mélange d'homme et de poisson, l'auteur grec n'a donc pas confondu.
(i) Aaytôv o; âîTi ÏJTtuv. 'O oà Asytov, è~î'.Syi î-jpî aÎTOv xal àpotpov, £x/.r,6ri Zîù; 'Apdrpto; (Phil., 2 16).
(5) IlÉHOD., I, 105.
(6) D'ailleurs très ancien, puisqu'il figure sur l'obélisque de Manichdouchou et dans les textes d'el-Amarna.
(7) L'affirmation de Strabon, quoi qu'il en soit du nom d'Édesse, a ici plus de poids que les doutes de Lucien : r] Bajxoû/tri. r.v -/.al "Eoî^iaav /.al 'lepàv :id).iv xa/oùa.v, v^ tq •r'.[xcôat xr^^ lupîav Oeôv T^iv 'AxapYâx'.v (XVI, 127).
,32 KTl'OES SUB LES RELIGIONS SÉMIÏIQLES.
M lis \lhé c^t étrani^er aux autres peuples sémitiques (1), et son culte tel" qu'i'l se pratiquait à Iliérapolis est notoirement un culte d'Attis. On est très tenté d'identifier le dieu phrygien avec Adonis : tout parait semblable dans le nom même et dans la légende d'Attis, sauf la mutilation ii). Comme le culte d'Adonis est trop étroitement hé à Byblos pour qu'on puisse lui assigner un autre lieu d'origine (3), la mutilation (lui est un trait essentiel de celui d'Attis a pu être ajoutée en Phry- VMC. Nous pourrions avoir à Hiérapolis une fusion de la déesse syrienne avec le dieu sous sa forme phrygienne. C'est ce qui explique l'embarras de l'auteur du De deâ Syrâ,
Le culte d'Attis a dii lui être suggéré par la mutilation volontaire des adeptes; d'autre part, il ne retrouve pas dans l'image de la déesse ridole-poisson connue dès lors sous le nom de Dercéto et refuse d'admettre l'identité. Il n'a pas complètement tort. Voici comment on pourrait reconstituer les faits. L'union de la déesse Atar et du jeune dieu phrytrien s'opéra à Iliérapolis sous le nom d'Atargatis, devenu en grec Dercéto; or il n'y avait en somme qu'une déesse, cananéenne ou syrienne, sauf des modifications locales. On a donc pu appliquer à plus d'une déesse cananéenne, lorsque l'araméen eut prévalu, le nom d'Atargatis, prononcé par les Grecs Dercéto. De plus, les origines premières du culte d'Hiérapohs semblent avoir été marines comme l'a fait observer M. Dussaud (4). Le rite qui consistait à porter deux fois par an dans le temple de l'eau de la mer n'est pas cependant une preuve suffisante, car la mer désigne ici probablement l'Euphrate (5). Si la déesse syrienne était comme celle d'Arvad et peut-être par Arvad une déesse maritime, on pouvait donner aussi à celle d'Ascalon b' nom de Dercéto (6). La ressemblance n'était pas complète, puisque la statue d'Hiérapohs était une femme. Sur les monnaies
l llower. l'roc. Soc. hibl. arcli., 1897, p. 81) considère comme un nom divin l'élément Khallu dans le nom hétéen Khnttu-Sar^ci l'assimile à Î^TTJ; le dieu phrygien serait à l'oriiàne un diou hét<';en qui fut ensuite connu jusqu'en Arménie. La position d'Hiérapolis rend -. '-■; r-rnhlaMf que limportalion d'Attis eut lieu de très bonne heure, et peut-être par les
ii • 'US.
(2, RoKii., Lex. mijth., v. Attis (Rapp.). Le nom primitif serait Atins d'où lesformes Atis rt Atlo: ridenlifiration élait admise dans l'antiquité; cf. l'hymne, dans Hippolyte : "Atti aï ■Ki'tt/ys'. jùv 'A-TC-jp-ioi Tf-'-oOriTov "Aôtovtv.
(I> On (Kjurrait donc supposer que le culte du dieu innomé qui se cache sous la forme Adoo, • wii^ofMjf ., a élé emprunté aux Sémites par les Hétéens, transmis par eux aux Phryl^ieot qui raiiraienl uni à celui du jeune mutilé, pour redescendre ainsi en Syrie sous le nom d'Atbé; U fu%ion récente eftt été d'autant plus facile qu'elle répondait à une réalité.
(4; Ijk. laud.
il) I 1).
■ 6; A*calon a dû parler l'araméen plus tôt que les villes phéniciennes du nord ; cf. pour Asdod, 5eli.. xiii, 21.
d'HiérapoIis elle ressemble à la Tyché des villes de la côte, tète à couronne crénelée (1). On la nommait la dame, comme les autres Artastés (2). Le nom d'Atargatis gagnait avec la langue araméenne, car le temple d'Atargatis dont parle le second livre des Maccabées doit être identique avec le célèbre téménos d'Astarté de Qarnaïm (3).
Depuis le déchiffrement des inscriptions du sud de l'Arabie, il n'y a aucun doute sur l'importance prépondérante du culte d'Athtar dans ces régions. De dire qu'il s'agit d'une importation babylonienne, il n'y a aucune apparence, puisque la prononciation, avec une sifflante douce (M anglais), est précisément l'intermédiaire primitif entre les sons t et ch. Athtar est une divinité masculine et la première de toutes (4).
Hommel (5) a fait un tableau des formules finales qui se trouvent dans un bon nombre d'inscriptions de Ma an, de Hadramaut, de Qatabàn et de Saba. Elles débutent toujours par Athtar et finissent par Sams, (( le soleil », divinité féminine. Les autres noms varient : il n'est donc pas douteux qu'Athtar ne soit la principale et la plus répandue divinité des Arabes du sud. Il n'y a pas de doute non plus sur son identité.
Athtar est l'étoile du matin, ou la planète Vénus, car il est souvent qualifié d'oriental (6) et il ne peut être ici question du soleil puisqu'ils se rencontrent côte à côte dans les mêmes textes. Tandis que les Babyloniens disaient Ichtar fille de Sin, les Arabes disaient : père de Sin (7). Quoique ce ne soit pas un nom commun comme Baal, il s'était cependant fractionné selon les tribus ou les lieux; c'est la pente normale. On disait : les gens d'Athtar ou Athtar de tel endroit (8), mais dans ce flernier cas au moyen d'un intermédiaire qui préservait la notion du nom propre : Athtar haal de tel endroit ou celui à^ tel endroit. Il est difficile de juger d'après les inscriptions des attributs du dieu. On lui confie la garde des sépultures (9), on lui consacre des châteaux, en gé-
(1) Babelon, Lea Perses Achéménides, elc.
(2) Trj: xupîa; 'ATapyixyjç^ dans Lebas-Wadd., cité par Meyer (Roscn., Lex. myth., v. Astarlé). f3) II Macc, XI, 26: in\ tô Kâpv.ov /.ai tô 'AtepraTiov. Cf. I Macc, v, 43 s., où la déesse n'est
pas nommée. Dans I Macc, \, 8i, les Juifs brûlent xo Upov Aaywv xal xo lepov aÙTr,;..,, cet ajtr,; inintelligible serait-il 'ATepyàxr]??
(4) Hommel compare Âsiar, Dieu, dans les langues de l'est de l'Afrique {Aufs., p. 156).
(5) Loc. laud.
(6) Même sans barre de séparation, 675., p. 4, n" 153 , ]p"lU"inri". [1) Hommel, Siid-arabische Chresl., lex.
(8) Nombreux exemples dans le CIS. La gent d'Atblar, yuii JJ^', dans Hommel {Aufs., p. 203), et ce qui est assez curieux, des noms qu'on retrouve sur la frontii're est de Palestine, wO > ^jii dont Hommel rapprotlie Dibôn, cf. Attisr. Ueher., p. 274, et CIS., p. 285.
Athtar ba'al de Màdliaba, NZ"*2.
,34 ÉTIPES SL'U LES UELIGIONS SÉMITIQUES.
nëi*al les constructions (1\ ce qui est naturel d'après le caractère ordinaire des inscriptions. On le considérait comme un protecteur et un sauveur dans les combafs (2), et il serait étonnant que le dieu des Arabes ne fut pas un dieu de la guerre.
Le culte de Tétoile du matin persista chez les Arabes jusqu'au dernier jour. Nos renseignements nous transportent maintenant chez les Arabes du nord, voisins de la Syrie et de la Palestine. Les Pères sont unarnmesA les représenter comme adorant surtout l'étoile du matin, à hupiolle ils ollrent des sacrifices humains. Wellhausen (3) a cité saint Kphrem V, S-i"», Théocloret dans la Vie de saint Siméon Stylite, Evagrius « //. £., VI, 2^} et la Vie de saint Hilarion attribuée à saint Jérôme : saint Hilarion trouve à Éluse les Arabes fêtant Vénus : Colunt aiitem illam oh Luciferum citius cultui Saracenorum natio dedita est. La phrase est très suggestive : le culte des Arabes s'adresse à l'astre du matin, au masculin; celui de Vénus dérive du premier. Nous retrouverons riiistoire de saint Nil et de son tîls Théodule en parlant des sacrifices : le sacrilice humain ne put avoir lieu parce que la planète avait disparu tjunnd les Sarrasins se réveillèrent. Et il en fut ainsi jusqu'à Mahomet. Barthélémy d'Édesse (4) n'ignorait pas que les Arabes nommaient avant Mahomet" le dieu clément et miséricordieux », mais d'après lui c'était l'astre du matin. La synthèse du dieu masculin avec Aphrodite se trouve dans la profession de foi que l'auteur met dans la bouche d'une vieille païenne : « Je ne connais de Dieu qu'Aphrodite, l'astre du matin ► (5 .
Ainsi l'objet du culte n'a pas changé; mais, sans doute sous Fintluence de leurs voisins qui considéraient la planète comme une divinité féminine, les Arabes ont changé le sexe de leur principale divinité. Désormais ils ne disent plus 'Athtar mais al-'Ouzza, épithète qui signifie à peu près la puissante. Wellhausen a très bien remarqué que le nom est relativement récent parmi les Arabes; il a cité comme les premiers témoins de l'extérieur un historien syrien (dans Land, Anecd.,
(1) N- 22 i, 270. etc.
(2) N- 182, 289, elc.
(«) MeiU..., p. 42.
(4) P. G., t. toi. C/.I. i:jm:, .- „ AiÔt-. Oeôv èÀeoOvra yal £),£r,(xova ôvoix.àJ:£tç. Kai ouxoç iau «^*f~; v.j>l 'A{,{,ifx,: ^OTixaiCETiTÔ 'Eaxj^^pov ârri^ov, ZÉêu, (pour Neêw), 'AçpoSttv], Kpt^vo; xal
>^.?. i.enum»rralion du conlrov.;i.siste grec répond assez bien au vocabulaire des inscripi«HW. Ut^ ou plulAl Nélm - Anhaj; Aphro.Jile esL cl-'Ouzza; Kronos est Allah; Xa[xàp un
■ ^ 'nnn par Ifomrnd dans Wadd, Sin, 'Arnin, Ilaubas. frj-TUin M " li*^ 'T' "•'•■"^''■''•*^' ''''' 'ArP''^^>-Tr,v tô ioyu-^ôr^oy dlrrTpov. Cf. col. 1448 d'un auteur »ui««l à»n%kur\[Zt^*l7^'^^'''' adoraient « rétoilc du matin et Aphrodite, qu'ils nom-
LES DÉESSES : ACHÉR\ ET ASTARÏÉ. 135
III, 247) quinorame 'Ouzzacelle que Procope nommait Apb rodite [Perses^ II, 18), et ïsaac d'Antioche (I, 210), au v^ siècle, qui étai)lit l'égalité : al- 'Ouzza est Beltis et en même temps Kaukabta, l'étoile par excellence, qu'adoraient les femmes arabes [ïj. Le savant allemand pense même, sans s'expliquer autrement, que dans les régions occupées par l'ancien royaume nabatéen nous pouvons suivre comment al-'Ouzza a succédé à al-Lât. Il y a cette dilficulté que al-Làt est assimilée à Athéné à Palmyre (2) et que nos renseignements épigraphiques sont plus que médiocres. C'est tout au plus si le nom d'al-'Ouzza parait une fois dans les noms propres Ihéophores du Sinaï (3).
Il est plus probable que l'épithète féminine pour désigner l'astre du matin a remplacé une é^^ithète masculine scm])lable, Aziz, le fort, le puissant. Il nous semble en effet qu'Azizos dont le cuUe a été constaté à Édesse par l'empereur Julien est une divinité arabe plutôt que syriaque (i). Les gens d'Édesse ont associé au culte traditionnel du soleil celui de Monimos et d'Azizos que Julien après Jamblique comparait à Hermès et à Ares, parèdœs du soleil. Quoi qu'il en soit de Monimos qui est peut-être une traduction maladroite de Hadad (5), Azizos est certainement l'étoile du matin à laquelle il est formellement assimilé dans une inscription de Dacie (^6) : Deo Azizo bono p[iiero]\ le bonus puer étant sans difficulté le bonus puer phosphorus. Waddington a trouvé à Soada une dédicace à Azizos (7) ; on est là parmi des populations d'origine arabe ; le nom est arabe et porté par des chefs arabes (8).
Il n'est pas étonnant qu'Athiar comme beaucoup d'autres ait été d'abord voilé par une épithète. Cette épitbète n'a eu qu'à changer de genre pour que le culte des Arabes pût s'assimiler à celui de leurs voisins plus civilisés (9). L'objet du culte étant toujours demeuré le
(1) Reste... !>. 10.
(2) Wahballàt est 'AGrivoûtopo;.
(3) N^-y^N— i2" (LiD.).
(4) Oi TTjV 'EûîTffav oixoùvtô;, Xi^q^j â; alojvo; r.Xîou /oâpiov, Movtjxov aOTôi -/.ai "AJ^i^ov c'jYxaOïôp-JO'jatv. Alv{xx£<76ai çr^dlv 'Ià[x6).txo; w; ô Mdvifxo; [xàv 'Epfx^; th\, "A^tJ^o; ôà "Apr^ç, r,Àiou Tiàpeopoi (Jul., Oratio 4, p. 150, éd. Spanheim).
(5) Une nouvelle hypothèse dans Clerinont-Ganneau, Ueciieil, IV, p. 165.