‹ Etudes sur les Religions Sèmitiques (volume 3)Chapitre 14 sur 45 · SI P. ICI · texte numérisé non relu

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usage profane de ces eaux est considéré comme un délit grave encourant la colère des dieux (1) ».

Ainsi les traits principaux se retrouvent partout les mêmes, dans le monde entier. L'eau est partout considérée, et c'est un caractère assez naturel, comme un élément purificateur. Elle représente surtout la pureté. Gomme élément pur, l'eau exerce une sorte de jugement : elle rejette ce qui ne lui convient pas, mais accepte en signe de présage favorable. On jette donc des objets de diverses densités pour éprouver la source. D'où aussi le serment par les eaux qui peuvent, par une épreuve, déceler le coupable. Mais de plus on fait à la source de véritables offrandes, même alimentaires ; on allume des flambeaux, on consume de Fencens. Enfin on demande à la source la guérison de certaines maladies, et cela n'excède pas le pouvoir des eaux puisque leur vertu curative a dû être connue de très bonne beure.

Ces faits ont été très diversement appréciés quand on a voulu tirer une conclusion générale.

Baudissin (2) a essayé de ramener ce culte au caractère astral de la religion des Sémites. Les dieux des sources, des fleuves et de la mer sont bien des dieux de la nature, mais ils coïncident avec les astres. On ne peut démontrer que les Sémites comme les Aryens se représentaient l'eau comme divine, ou même comme babitée par la divinité. Si les eaux sont saintes, c'est parce qu'elles sont un don des dieux qui habitent les astres. Et en effet les fleuves portent les noms de dieux du ciel, Belus, Adonis; c'est donc qu'ils ne constituent pas des divinités spéciales. Derkéto est une déesse lune, et le globe de feu qui descendait à Afca montre bien que le culte de l'eau ne venait que de son rapport avec une divinité astrale. De même pour la mer : elle n'était ni la divinité, ni le séjour de la divinité; mais les Phéniciens étant marins, leurs dieux astraux sont devenus dieux de la mer.

Ce système est trop absolu et a quelque chose d'artificiel. De même que chez nous le culte des fontaines a pu devenir symbolique sans qu'on puisse expliquer par le symbole son ancien caractère, ainsi les cultes des eaux ont pu se souder à celui des astres ; et, précisément pour Afca, Wellhausen et W. R. Smith ont montré combien la soudure est précaire. La dame d'Afca étant une divinité astrale, on veut que la sainteté de l'eau vienne d'elle ; mais primitivement ce n'est pas à un astre qu'on s'adressait en offrant à l'eau des dons et en lui

(t) Nouvelles archives des missions, IX (1899), p. 615 ss. La sierra du Nnyarit et ses indigènes, par Léon Dij^ucl.

(2) Sludicn, passlm, p. 1 V/-153.

j^j4 ÉTIDKS SI U LES RELIGIONS SÉMITIQUES.

atMiiaiulant des -uérisons. Il semble aussi que Baudissin exagère en ni-étendant que les Phéniciens n'ont point eu de véritables dieux marins. iVaprésce savant, le Melqart tyrien, dieu du soleil s'il en fût, s'est changé en dieu de la mer sans perdre sa nature solaire. Ce n'est pas tout ii fait exact. Melqart n'est pas devenu Poséidon sur les monnaies deTvr, mais seulement Héraclès. Poséidon a remplacé la divinité ichtyomorphc qu on peut nommer Dagon et qui avait nettement le cachet

maritime [i).

Aussi W. R. Smith explique-t-il tout autrement le culte des sources. Si la supei-stition a pensé que la source est la demeure d'êtres divins qui en émergent sous une forme humaine ou animale, l'idée fondamentale est que l'eau elle-même est un organisme, vivant d'une vie démoniaque, non un simple organe mort. M. Marillier a mis sur le même rang tous les dieux de la nature, également issus des conceptions primitives de l'animisme : « Les astres, la lune et le soleil, le vent, le feu, la mer, sont considérés comme des vivants et des vivants doués d'un pouvoir surnaturel pareil à celui des esprits; des animaux, des arbres, des rochers, des lacs, des fleuves et des fontaines sont adorés parce qu'une certaine force est en eux, une certaine énergie divine, semblable à celle qui est à la disposition des sorciers, des magiciens et des prêtres (*2) ». Quoi qu'il en soit des autres races, cette pro|)osition ne serait pas exacte chez les Sémites. Les eaux n'ont jamais occupé chez eux le même rang que les astres, et n'ont jamais été adorées comme des dieux, du moins à nous en tenir aux faits que nous connaissons.

\\ . W. Smith a soigneusement colligé les traces de culte; mais la question a son côté négatif qu'il a négligé d'aborder. On ne voit pas que les sources aient eu des prêtres. La source de Palmyre n'avait que des épimélètes ou curateurs. On ne voit pas qu'elles aient eu des temples. Les bassins sacrés d'Ascalon et d'IIiérapolis étaient plutôt l'acceshoire obligé des temples que leur raison d'être (3). Entln les sources ne recevaient pas de sacrifices sanglants, l'acte propre et spécifique

(1; Il est donc faux de dire : « Einen dem Poséidon entsprechenden phœnicischen Goti Ub e* alM HohI ùlw;rbaupt nicht » (j). 177). Hésychius nomme à Sidon un Zeus Thalassios; re néUil donc pas un Poséidon... Ici lohjection est très juste..., c'était un l)aal dieu de la mer. cotnine Kaal iW-rilli.

(î) L'Origine des ilieux {Revue pli ilosophifjne, Paris, 1899, p. 234), cité parZAPLETAL, op. lniid.,p. 58.

^Ji W. K. Sfnilh cite, il e.st vrai, pour le choix d'un endroit voisin d'un étang comme site d UMc.\u[ff\\f. Waiid. n" 2015 : vjazfjirA totïo; oOtoçôv êxTtffcvâyYÛGt Xi|xvri;; mais ce lac est un de ce» féâ^Toir» ârlificieis du Hauran qui se dess.chent chaque année et qui ne pouvait guère êlre l obj^l d'un cuile.

LES CHOSES SACRÉES. 16:j

du culte rendu à la nature divine. Tout cela existait dans la religion grecque : l'Alphée avait ses sacrifices, le Scamandre ses prêtres, le Sperchiosun temenos et un autel, etc. (1). Qu'on ne dise pas que ces cultes ont pu exister chez les Sémites aune époque préhistorique : pourquoi n'en serait-il pas demeuré des survivancespareillesàcellesde la Grèce? Surtout Baudissin a eu tout à fait raison d'insister sur ce qu'aucune source ou fleuve ne recevait un culte sous son nom spécial. Afca (dans le Lihan) et Efca (à Palmyre) signifient simplement « la source ». iMais la source de Palmyre avait sa Tyché. Chacun des fleuves de Phénicie était seulement consacré au dieu du lieu, comme la source du Jourdain à celui que les Grecs ont traduit Pan; le Tigre et FEuphrate avaient leurs dieux. Les représentations figurées rendent bien cette idée lorsqu'elles montrent par exemple l'Oronte comme sortant des flots auprès de la déesse de la ville. D'autres fois le fleuve est à ses pieds (2).

Nous pensons donc que le culte des eaux vives doit s'expliquer selon l'analogie des autres concepts religieux des Sémites. L'eau vive, fécondante, principe de vie pour les plantes, aliment des hommes et des animaux, quelquefois salutaire aux malades, instrument indispensable de propreté, ne pouvait manquer de paraître Tune des plus merveilleuses manifestations du monde sensible. On y vit l'action d'un pouvoir supérieur, sans distinguer entre le naturel et le surnaturel. Mais on pensa que comme chaque contrée, comme chaque race, elle avait un maitre, tantôt particulier, tantôt celui de la région. Lorsqu'on eut l'idée d'un royaume des eaux, — et cette abstraction remonte en Chaldée aussi haut que les premiers textes, — on lui donna un roi, le dieu Éa (Aos) ; chaque peuple procéda ici selon ses instincts particuliers, on logea souvent le seigneur de la source dans la source et on lui fit des présents. Lorsqu'il était ainsi localisé, fut-ce dans un grand fleuve, il ne pouvait s'élever bien haut dans la hiérarchie, et c'est pourquoi aucune source, aucun fleuve, n'est parvenu jusqu'à nous comme une divinité reconnue par les Sémites. Seuls les dieux des villes qui furent honorés comme dieux de la mer, le dieu d'Ascalon, celui d'Arvad, le Baal Berith, étaient de véritables divinités (3).

Nulle part l'élément ne fut considéré comme la chose divine. La présence d'un dragon dans la source explique tous les cas où on pourrait être tenté de voir dans l'eau rori:anisme vivant d'une force surnaturelle ainsi que les offrandes, surtout alimentaires, qui lui étaient faites. Encore cette crovance relève-t-elle surtout des idées po-

(1) RoscnER. Lcx. mylh., Flussgotter, etc.

(2) Article Ffussgotter, op. laud.

(3) Sacrifice à Poséidon parles Carthaginois, Dion., XI, \xi, i; XIII, lxxxvi, -3.

nulaires. Pour les grandes religions sémitiques, l'eau était surtout Uélémcnt purilicateur: elle est pure, brillante et déjà sainte, lorsqu'elle est parfaitement limpide. C'est aussi son usage dans les religions classiques: les religions se touchent par certains endroits comme les superstitions. Mais îes superstitions des Sémites n'ont pas prévalu chez eux contre le principe fondamental qui faisait dieux, non les choses animées, mais les forces ([ui les mettaient en mouvement.

Ces principes nous permettront de distinguer deux rites que l'on blocpie assez souvent comme s'ils avaient la même signification, parce qu'ils consistent tous deux à descendre à l'eau.

La première descente suppose clairement un grand respect pour le pouvoir purificateur de feau. Ce sont les divinités elles-mêmes qui lui rendent visite, représentées par leurs statues. On connaissait déjà par Lucien (1) cette cérémonie : toutes les divinités descendaient au lac voisiu du temple d'ïliérapolis. Zeus arrivait le dernier, car sa présence eût fait périr les poissons s'ils n'avaient été préservés par l'intervention de liera. A cette époque on pensait peut-être que cette visite honorait l'eau et la sanctifiait; mais bien des siècles auparavant on conduisait déjà au bord du fleuve l'idole nouvellement confectionnée, et alors c'était clairement dans le but d'y recevoir une sorte de consécration de son père Éa, le dieu des eaux (2).

C'est un tout autre rite que le même Lucien décrit ensuite, après l'avoir mentionné précédemment (3). Là on descend à la mer pour chercher de l'eau, mais cette mer ne peut être que TEuphrate, comme l'a vu \V. U. Smith (V). L'eau rapportée dans des outres cachetées est ensuite répandue dans le Temple et finit par être absorbée par le même trou où l'on supposait que s'étaient engouffrées les eaux du déluge. L'histoire du déluge est évidemment ici l'explication mystique d'un rite qui se pratiquait à Tyr jusqu'à la fin du xviii* siècle (5). A Hiérapolis la cérémonie se faisait deux fois par an. .\ Tyr elle avait lieu au commencement d'octobre, ce qui est

i\) De ded Sijrd, j( 47 : -/{yvovia', lï aOxôO'. xal TravrjYupiô'; te {jLÉYKTTat, xaXéovTat oï è; tv-jv ' •/.iTï'à'î'.î:. ôc. il aÙTfj<jt è; rÀjv )î[xvyiv là Ipà rA^ny. xaxépxsTai. Zi^MKii?!, liiluallafcln,]). 140.

il «îl ? 13.

(4; hel. Sem.j p. ^3'2, où on cite Piiilosthate, Vie d' Apollonius, I, 20. f%) VouiRv, Klat poliliquc. de la Syrie, ch. viii ;Maimtf, Voyages dans l'île de Chypre... Inà. frani^.). t. II, p. 205 : o Dans les premiers jours d'octobre de chaque année, l'eau (du polU de Rat el-*\în) fermente, souleva le sable et devient bourbeuse, au point qu'il n'est pu» poMibIf! dVn faire aucun usaye. On y remédie en jetant cinq ou six cruches d'eau de mer, qui rUrHienl la source en moins de deux heures... » [ap. Is. Lévy, Cultes et rites iynrnt dans le Talmurl, dans Uevue des éludes juives, t. XLIII, p. 195).

très caractéristique : c'est le moment où les sources s'appauvrissent, où les citernes ne contiennent plus que de la vase et où tout le monde désire et demande la pluie. Jeter de l'eau de mer, comme à Tyr, dans une source bourbeuse, c'est un remède assez équivoque; c'est encore plus chanceux s'il s'agit d'une action symbolique de magie sympathique, destinée à amener la pluie en l'imitant. iMais on pouvait ajouter à cet acte plus d'efficacité en y joignant la prière. C'est ce qui se passait vraisemblablement à Jérusalem. Pendant la fête des Tabernacles avait lieu un rite solennel auquel il est fait allusion clans la Michna et le Talmud (1). Les libations d'eau avaient lieu pendant sept jours, de la façon suivante : on prenait une bouteille en or d'une contenance de trois lourj , que l'on remplissait à la fontaine voisine, dite de Siloé. En arrivant à la porte de l'eau, on sonnait des coups rapides et prolongés. En montant l'escalier de l'autel on tournait à gauche, où se trouvaient deux bassins d'argent; selon R. luda, ils étaient couverts de chaux; seulement ils paraissaient plus foncés, à cause du vin que l'on y versait. Ils étaient perforés de deux petits trous comme des narines, dont l'un était plus grand que l'autre, de façon que les liquides versés s'écoulent en même temps. Le trou à l'ouest était celui de l'eau, et à l'est celui du vin... On engageait celui qui versait à lever haut la main, afin de bien laisser voir qu'il répand le liquide dans le bassin... ». A ces rites spéciaux se joignaient des illuminations extraordinaires, des chants et des processions. On a prétendu que le rite du puisage (2) avait été em- ])runté aux mystères d'Eleusis par des grands prêtres hellénistes du temps des Séleucides. MM. Hubert et Mauss ont rappelé, contre cette opinion, les textes bibliques qui font allusion à des usages analogues (3). Dans 1 Sam., vi, G, on puise de l'eau et on la répand devant lahvé. Isaïe (xii, 3) est symbolique, mais c'est une allusion à une fête joyeuse par excellence. Surtout Zacharie (xiv, 17) intlique clairement qu'un des buts de la fête des Tabernacles est d'obtenir la pluie. On a remarqué que celui qui versait devait verser de haut, comme pour imiter la pluie; on pourrait aussi noter que le bassin de l'eau était à l'ouest, c'est le côté d'où vient la pluie à Jérusalem. Les Sadducéens n'admettaient pas ce rite, mais par un rigorisme

(1) Le Talmud da Jérusalem, trad. Schwab, t. VI, traité Soucca, passim.

(2) Nous ne savons pourquoi on le nomme « le rite de la puiseuse ». La leçon n2N"Cn 71*2 ne prouve pas qu'il s'agisse d'une foinnie.

(3) Venetianer;Lld\vi(4j, Die eleusinischen Mysterien imjerusalemischen Tempel, Fr&nC' fort, 1897, et les comptes rendus de M. Mauss, fleyue sociologique, II, p. 271 -,61 de M. Hubert, Jievue des études Juives, t. XXXVI, [». 317.

,eg ETL'DES SIR LES llELIGlOiNS SEMITIQUES.

outré, car fût-il antérieur dans ses origines à la loi mosaïque, il ne pouvait y être admis que comme symbolique. On ne prétendait pas exercer une pratique efficace par elle-même, et si les lumières et les trompettes figuraient autrefois les éclairs et les tonnerres (1), elles n'avaient plus pour but que de rehausser la fête du dieu

d'Israël ['!..

Le rite de l'eau de mer jetée dans un puits était interprété autrement par la superstition araméenne: « Ces deux mages pratiquèrent leurs enchantements sur un puits situé dans la forêt de Mabug, dans lequel était un esprit impur qui molestait et attaquait tous ceux

qui passaient Et ces mages chargèrent Sinis, fille de Hadad, de

puiser de l'eau de la mer et de la jeter dans le puits, afin que l'esprit ne sortît plus pour infester le pays (3) ».

Nous avons tenu à distinguer deux rites très différents, au moins à l'origine : celui qui fait descendre à l'eau les objets sacrés, même les idoles, pour y recevoir une purification plus complète que celle qui résulte d'un lavage ou d'une aspersion, et celui qui consiste à prendre de l'eau d'un fleuve pour la verser symboliquement ou dans un puits, ou dans un bassin pour figurer la pluie. Mais l'idée propre de ces cérémonies se transforma de bonne heure, soit dans un sens plus relevé, soit pour aboutir à des mythes. Il est donc possible qu'un même terme ait désigné ces deux cérémonies, ou même tous les hommages rendus à une source, et il semble que c'est bien la valeur du mot yerid dans le Talmud (4). Ce sens de « descente à l'eau », reconnu par Hoffmann, avait même été oublié; on prenait le ijerid pour un « marché », car le principal, dans ces fêtes religieuses, n'était plus le rite sur le sens duquel on n'était pas d'accord, mais la foire qui l'accompagnait.

• .^2. — LKS ARBRES SACRÉS.

Voici encore un des usages les plus répandus dans les religions anciennes : le rapport des arbres avec le culte et la vénération des

(I) A JcruMlpin on enlpnd le tonnerre aux premières et aux dernières pluies, qui sont en fèn^l MO» ifnf»orlanre; mais les «rands orages sont souvent précédés de nombreux éclairs <l>n^ \o r.i«| vn aiiiarrnc^ serein de l'est.

' ri M'n^ mystique plus r<-levé encore a été proposé par Jésus (Jo., vu, 37).

: Fragment ( urrton de l'Apologie de Méliton, trad. Renan, Mémoire sur Sanchoniaton.

ïU. Uw, loc. laud. On y trouvera diiitétessantes conjectures sur le yerid de Tyr et

Mr cdai d«r Bolna que lauteur assimile au téréhinlhe dont nous avons parlé; à Gézer la

•"• - -q«ilc *e notnme Vardeh et il y a dans la région un souvenir du déluge (Cleu-

"''■ ^' -^rch. ncsfurcfn's, II, p. 2.'i7).

arbres. Il serait cependant peu avisé d'expliquer le mode sémitique par les pratiques qu'on rencontre en dehors de son aire, et il n'est pas tellement aisé de déterminer le point de départ et la portée du culte des arbres, surtout si l'on veut tenir compte de la diitérence qu'il y a entre des religions organisées et des superstitions populaires.

Chez les Babyloniens et les Assyriens les monuments figurés représentent souvent des arbres sacrés; la littérature que nous devons consulter d'abord ne fait pas là-dessus beaucoup de lumière. Dans le poème de Gilgamès, le héros rencontre un magnifique jardin; un arbre surtout attire ses regards : ses branches sont chargées de pierres précieuses, il a aussi des fruits agréables à voir (1). Mais le texte est interrompu; il est impossible d'en connaître les propriétés. Plus intéressante est la plante indiquée à Gilgamès par le héros du déluge, afin de recouvrer les forces de sa jeunesse. Il semble qu'elle est dans la mer, car Gilgamès doit s'attacher des pierres aux pieds pour aller la cueillir; elle pique les mains, mais, lorsqu'on en a goûté, elle rend la jeunesse. Par malheur le serpent profite d'un moment où Gilgamès est descendu pour se laver dans une fontaine et dérobe la plante (2). Ici elle est bien caractérisée comme une sorte d'arbre de vie, mais il se peut que ce soit par une feinte du Noé babylonien ; c'est une épine plutôt qu'un arbre utile. Il n'y a rien là qui indique proprement le culte des plantes. Cependant le grain de blé parait dans les textes avec l'indication du divin, même lorsqu'il est question non d'une divinité présidant au blé, mais du grain lui-même (3). Il faut noter le fait, quoique isolé dans la littérature babylonienne; le culte des céréales est au contraire très fréquent chez les non-civilisés.

La déesse Nisaba, ou déesse Grain, est d'ailleurs une des plus anciennes connues (4). Dans le domaine sémitique l'analogie exigerait peut-être qu'on la regardât primitivement comme la dame du grain, déchue ensuite, tant ses attributions paraissaient médiocres, de telle sorte qu'on pouvait se servir de son nom pour désigner le grain lui-môme.

Sur les monuments il faut distinguer d'abord l'arbre, ayant une forme quelconque, souvent difficile à préciser, mais qui du moins manifeste la vie, et les différents pieux plus ou moins ornés. Celui qu'on a le plus remarqué n'est sans doute pas le plus ancien; nous faisons allusion à cet arbre déjà géométrique, mais où l'on peut reconnaître

(1) A'fi., VI, j). 208.

(2) KB., VI, p. 250 s.

(3) V /?., I, 'i8; dans Del., IIW.: cf. Zimmkhn, Ritualtafeln. p. 206 et 204.

(4) Jastrow, loc. ((nul., p. 101 ; du temps du roi Lug;ilzaj/;^isi.

encore un tronc qui étend symétriquement ses feuilles tressées. Parfois un «-énie ailé s'approche de lui, tenant d'une main un petit cabas, de l'autre une sorte de pomme de pin (1). On en concluait que l'arbre était un dieu supérieur aux génies eux-mêmes. Aujourd'hui on est presque d'accord pour reconnaître dans la prétendue pomme de pin le spatlic du palmier mâle. L'arbre est donc un palmier, cette ressource universelle des Chaldéens : « Le palmier (après le blé) suffît à tous les autres besoins de la population. On en tire une sorte de pain, du vin, du vinaigre, du miel, des gâteaux, et cent espèces de tissus; les forgerons se servent de ses noyaux en guise de charbon; ces mêmes noyaux, concassés et macérés, sont employés à la nourriture des bœufs et des moutons qu'on engraisse (2) ». « On soignait avec amour un arbre aussi utile, on observait ses mœurs, on favorisait sa reproduction en secouant les fleurs du mâle sur celles de la femelle; les dieux euxmêmes avaient enseigné cet artifice aux mortels, et on les représentait souvent une grappe de fleurs à la main droite, avec le geste du fellah qui féconde un palmier (3) ». Le sens de cette scène une fois déterminé, il n'y a pas lieu de prêter au palmier une nature plus divine lorsque deux génies l'accostent ou le regardent, encore moins lorsqu'il est surmonté du globe ailé où la nature divine est représentée beaucoup mieux que dans l'arbre sur lequel il plane et rayonne. Le palmier figure aussi, placé derrière certains dieux, en particulier le dieu Lune ou la planète Vénus, dans plusieurs cylindres de la collection de Clercq, attribués, p^'ut-ètre sans raison suffisante, à l'école d'Our. Au n° ikï le palmier est très reconnaissable. Au n** H3 ce n'est qu'une palme dressée derrière le dieu Sin, figuré dans une niche. Le n'' 145 offre un palmier et une sorte d'arbre mannequin, véritable arbre à suspension ou pendoir qui n'est cependant peut-être qu'une palme tressée. Cet art s'est conservé en Orient et on en voit au dimanche des Rameaux des palmes qui rajipellent les combinaisons rigides de l'arbre sacré assyrien. Au n'^ 150 l'arbre est un pin ou un cyprès. Dans tous ces cas on ne voit pas que l'arbre sacré soit l'objet d'un culte. Lorsque deux personnes semblent l'adorer, c'est qu'il est surmonté du disque ailé, et alors elles doivent bien plutôt implorer pour l'arbre la bénédiction divine (n** 329,330, 3i0, 3'^'*).

(1) Par etemple tollcclion de Clercq, cylindres n»» 3^il, 342, 343, 34G.

(2) Ht«aro^, XVI, 1,14; dan» Maspeiio, I, p. 555 s.

fi) MiM.».K... Ifi%foir(', p. 556, <\m ajoiile en noie : « L'idée que les Chaldéens avaient connu U fi«/,od4lion artjlitidle du palmier, de toute antiquité, a été émise pour la première fou p*r B. B. TvLo», Tho fnlilisalion of DaU-Paiins, dans The Acadcmy, 8 juin 1886, F . *96, etc. »

Quant aux différents bâtons, pedums, enseignes, leurs formes sont très variées. Quelquefois une longue tige est surmontée d'un croissant ou d'un disque ou d'une boucle. Mais une forme revient souvent, facile à reconnaître. C'est un pieu surmonté d'une façon d'éteignoir ou de fer de lance, au-dessous duquel flottent des rubans. Il est parfois placé comme l'arbre derrière la divinité (1), d'autres fois il est mêlé à divers symboles, très souvent il est surmonté du croissant, quoiqu'on le trouve aussi surmonté de l'étoile ou même des planètes (2). Beaucoup plus aue

l'arbre il est destiné à recevoir des hommages, mais on ne peut distinguer s'ils s'adressent à lui seul (3). En tout cas, c'est un symbole divin et il a sa place dans le culte. Nous avions été tenté de le regarder comme le symbole de Tachera, mais il nous paraît prouvé maintenant que ce n'est autre chose que la lance de Mardouk dont le nom se lit sur un objet semblable (ï).

Nous signalerions plutôt comme pieu divin une tige terminée, elle aussi, en forme de cône, mais sans qu'on puisse regarder son extrémité comme un fer de lance, qui est figurée devant une divinité avec un autel et deux chandeliers (5). On ne voit pas que le pieu sacré portât en Chaldée le nom à'achéra (6).

(1) N° 93 de la coUeclion de Clercq, cylindres.

(2) Cylindre 308.

(3) Collection de Clercq, cachets n"» 2G, 27, 29, 32 3;{ (A), 30, 40, 42. [\) Kudurrusde la mission de Morgan, .l/emot/7^s•, I, p. 168.

(5) Portes de bronze de lialawat, Mvspeuo, Histoire, II, p. 057; tout au plus peut-on indiquer aussi un cylindre reproduit par Pi khot et Ciim-ie/., ///s7. dr VArl, II, p. 072; et les cylindres de Clercq n°' 272 et 382 (ce dernier au temps des Achéménides).

(6) On trouve dans Scheil, Textes élamitex-sémit., p. 90 : n-si-ir-tum rabituinsa Un

,-2 KTUDES SUR LES RELIGIOiNS SEMITIQUES.

Nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été relevé par Baudissin (1), WoUhausen (2) et W . II. Smith (3), quant aux superstitions des Arabes. Dans un seul cas, celui du palmier de Nedjràn, on pourrait croire à un culte formel d'adoration; mais l'autorité du conteur est nulle (4). On crevait à Nakhla cpie la déesse Al-'Ouzza résidait dans un ou plusieurs arbres d'une essence mal définie (5). Près de la Mecque était le célèbre illuU'iuuniL arbre k suspension, où l'on suspendait en effet des armes, des vêtements, des crufs d'autruche, ornements très appréciés en Orient el qui se balancent encore dans les églises. Aujourd'hui, dit-on, les Arabes nommeraient des arbres mandhil, c'est-à-dire « campement des êtres surnaturels », tout en les distinguant ainsi très nettement des djinn qui les visitent, et; ils leur offriraient même des sacrifices et suspendraient i\ leurs branches des morceaux de chair (6), ce qui ne laisse pas de paraître liieu étrange. On admettait que les arbres rendaient des oracles et même parlaient, quoiqu'il s'agisse pour ce dernier cas d'un songe (7l

A ces superstitions rapportées avec plus ou moins de précision par les savants musulmans, on a essayé depuis de joindre des arguments tirés de l'épigraphie. Les Arabes du sud auraient adoré deux dieux qui primitivement étaient des plantes ; ils portent en effet des noms de plantes. Ainsi le dieu inférieur Ta'lab de Riyam serait le même que la plante /rt'/a^. C'est l'opinion des éditeurs du Corpus après le P'' D. H. Millier '8). Mais les cultes arabes étant en général nettement sidéraux, on dira de préférence avec Hommel que Ta'lab n'est autre que le (Capricorne du zodiaque (9).

Le dieu Rimmon, nn patron comme Ta'lab, est encore interprété par le Corpus comme un « dieu grenade » (10). Mais cette étymologie ne

E-n : mais c'est un inslrurnent, une arme, que le P. Scheil rapporte à la racine 1^1, « ter- Tàstft fn couvrant ».

(I) Studien, II, p. 2'>l ss. ; il s'en tient lui-même au matériel d'Osiander et de Krehl.

(î) RisIp, p. loi.

(3) Itel. Sf-m., p. I3.>s., isr. ss.

' i) « The aulhorily ig Wabb h. Monabbih, who, 1 iear, was little better thaa a plausible liar • (\\. H. Smith, p. 185, nol<; 3).

(5y Un palmier ou un ou plusieurs sninoura (2^^-), « acacia », mot qui est souvent em- |»lo)é comme nom propre (^Osiandcr np. Haudissin). (•) Brl. Sfm. sur l'autorité de Dolt.hty, Arabia dcsc.rla, I, 448 ss. (') Arjhf'ini, I, 14.

H, C7.S'., part quarta, p. 7. citant Snbaischc Dcnkmaler, p. 21. (9) Auf»., p. 170.

'10 lAtr. Iftu(l.,\). '^o.'J, 1*2*^ est comparé à rovmmdn, « grenade », frvclm pccnliari cultv apndvtlere% ndomtun ; cf. qti.x non monuil Vicxon Uéiuiid, De l'origine des cultes arcadtent (Paru, i8îj4 , p. 107.10*,. ftérard dit seulement que la grenade était un fruit consacré à c«fUîne« ditiniléi et ne pouvait dire davantage.

peut se soutenir en présence de l'existence certaine d'un dieu assvrien Rammàn qui est le dieu de l'orage et dont le nom rappelle le tonnerre dont il disposait (1).

Au sujet des Cananéens, les plus nombreux renseignements nous viennent de la Bible. D'après certains auteurs, elle en dit assez pour prouver cjue les Cananéens croyaient au séjour d'une divinité dans l'arbre. Et on donne sans sourciller comme preuve du culte des arbres les textes qui mentionnent le culte sous les arbres! Lorsque les prophètes reprochent aux Israélites de sacrifier sur les hauts lieux ou sous les arbres verdoyants, ils font allusion, soit aux désordres des anciens cultes païens dont les usages s'étaient conservés, soit à une idolâtrie clandestine, soit enfin à ce qu'il y avait d'illégitime à sacrifier en dehors du temple. Jamais ils ne font allusion au culte des arbres eux-mêmes. On peut lire dans ces sens divers Osée (iv, 13), Isaïe (i, 29 s. (2); Lvii, 5), Jérémie (ii, 20; m, 6-13; xvii, 2) et Ezéchiel (vi, 13 ; XX, 28). La défense absolue qui écarte les hauts lieux en eux-mêmes est dans le Deutéronome (xii, 2). Ce qui est surtout caractéristique, c'est la polémique qu'on trouve dans Isaïe contre des cultes qu'il condamne avec la dernière rigueur; il note qu'ils se passent dans les jardins iLxv, 3 ; lxvj, 17 i, mais il ne cite pas le culte des arbres parmi les abominations qui s'y pratiquent. Il est cependant très vraisemblable qu'Isaïe fait allusion à un culte syrien où les plantes jouent un grand rôle : ce sont les jardins d'Adonis qui, plantés dans une terre légère, tleurissent et se fanent le môme jour (3). C'est un pur symbole. Les prophètes auraient eu souvent l'occasion déparier du culte des arbres, ils ne l'ont pas fait. L'arbre était pour les Cananéens très recherché comme accessoire obligé du lieu du culte , nullement comme son objet.

On voit une preuve suffisante du culte dans les oracles que rendaient les arj^res (V). C'est encore une légende qui s'est introduite sans raison suffisante.

(1) Dans Delitzsch, ^ÎF.^ Rammàn est Sa rimi, le dieu du tonnerre. Son nom dérive de ;y/mdmu^ «crier, rugir », et à la forme I 2, « tonner » ; cf. DV, l'assyrien a^ant normalement l>crdu le son "J.

('2)MvuTi, ConwientaireJoTce beaucoup la note en interprétant : « vous serez semblable à un térébintbe ('c'/a) que son prétendu 'él n'empêche pas de se llétrir »! il nest question que du lieu du culte, les térébinthes et les jardins; la locution « désirer les térébinthes » est •'\pliquée(Lvii, 5) « sous tout arbre verdoyant ». Il y a contradiction à dire, comme Marti, qu'il s'agit d'un arbre toujours vert et d'un térébinthe; ce dernier perd ses feuilles, ce qui convient bien ici.

(3) Is., XVII, 10 s. Interprétation proposée pour la première fois à notre connaissance par

M. CleR MON T-G ANNE 4U, ÉludcS, I, p. 27.

(i) Marti, op. Im/d. : « Fur des Vorhandensein des Glaubens. dass in Baumen eine Gotthoit

,-4 KTintS SIK LES RELIGIONS SÉMITIQUES.

On voitl)ieii [hu\., i\, 37) un « térébinthe des devins )),mais rien n'iudiiiuo que les devins aient interprété l'avenir d après Farbre plutôt ciue d'après d'autres recettes. Nulle part on ne voit ligurer les arbres dans les rituels si compliqués des devins chaldéens. Si les arbres étaient comme nécessaires aux anciens cultes, si on les choisissait volontiers comme lieux de sacrifices (1), si les rois aimaient à se tenir à leur ombre entourés de leur cour (2), quoi d'étonnant que des devins aient donné leur nom à un arbre auprès duquel ils exerçaient leurs pratiques? L'étvmologie du u chêne » ou des « chênes de More » est encore plus incertaine. Osée (iv, 12), lorsqu'il parle d' « interroger le bois >;, fait plutôt allusion à la rabdomancie, comme on le reconnaît très généralement. On serait tenté d'attacher plus d'importance au signal du combat que David doit recevoir des baumiers (3) ; mais à lire le texte attentivement, on voit qu'il s'agit de lahvé marchant sur le sommet des arbres, c'est-à-dire probablement du symbole d'un orage faisant courber leurs têtes.

On en est donc réduit à conclure le caractère divin des arbres du nom même qu'ils portaient: êld, êlôn^ « divin », de la même racine que pI, « dieu » (4.). Il s'agirait naturellement non pas de tous les arbres, mais des arbres sacrés qu'on aurait désignés sous ce nom comme des « divines » par excellence. Gela est manifestement exagéré. Il se peut i\\\(Hd et rlùn ou allon désignaient certains arbres; ils sont employés choses tous deux concurremment avec une autre essence (Osée, iv, 13); mais quand ils désigneraient un bouquet d'arbres quelconques, qu'en conclure? D'ailleurs ils ne se rattachent pas à la même racine qui nous a paru celle du nom divin (5), et cjuand la racine serait la même, elle a pu prendre deux directions : du sens de fort on a pu faire une application aux arbres et au Fort qui est Dieu.

Nous ne prétendons pas nier que les arbres aient été dès lors l'objet

\%obnen konne, genù^l die Erinncriinj; an die Orakelbiiume z. li. Gen, xii 6 die Orakel- Terebinlhe (^^''^ ""N' v;;L Deul. xi 30) und Jud. ix 37 die Zauberer-Terebinlhe

~':;*!r2 y^H, ». Si on doit entendre dans le secondcas « le Térébinthe des sorciers », pourquoi n»- |»ai» dire dans le premier cas « le Térébinthe du devin » Z

(l> Gen., XIII, IH; \xi, 33 etc.

(î) I S*m., XIV, 2 ; \xii, C. Nous n'insistons pas sur ce qui regarde les Israélites eux-mêmes.

(3, Il Sam., V, 2i ; I Chr., \iv, l.j. Si on lisait avec les LXX ànô toj â/ao-j; DI'JJND au lieu de TK*!, il wrait seulement question de la marche de lahvé dans le bois; mais ni^*N est fort douti^ni dans le sens d un bosquet d'arbres.

(t) »TAhi:, Gf%ch. des Voll.cs hrai-l, |,|). /jr,.j.

fi) De TH »oil r^jiiime des « «Mres forts », soit comme étendant leurs branches, tandis que bu, • Diea », de n^K.

de mainte pratique superstitieuse. On devait, comme on le fait encore aujourd'hui, suspendre à leurs branches des haillons pour y laisser la lièvre ; mais nous tenons à réduire l'argument tiré des textes à sa juste" valeur.

C'est encore comme accessoire du culte, plutôt que comme objet du culte, que nous trouvons Vachéra. Tout semble indiquer qu'il s'agit bien, comme on l'entend de nos jours, non pas d'un bois sacré, comme voulaient les Septante suivis par la Vulgate, mais d'un tronc ou pieu sacre placé près de l'autel. Ce n'est pas que tous les textes soient clairs et puisque nous avons reconnu l'existence d'une déesse Achéraqui avait son idole propre comme le Baal (1), plusieurs textes appliqués généralement au piea sacré pourraient s'entendre de cette idole (2). ceux surtout où il est question de faire lâchera, ce qui marque une action artificielle. D'autre part, divers passages ne peuvent s'expliquer d'un arbre, puisque Tachera est vers le bois sacré (3) ou sons le bois sacré (4). Et cependant encore elle avait une relation étroite avec les arbres, au point qu'on doit se demander si ce n'était pas dans certains cas un arbre véritable (5). Ce qui marque son rôle, c'est qu'elle est près de l'autel, on dirait presque sur l'autel (Jud., v, 15) et associée soit aux idoles, soit aux stèles ou aux piliers Khammanim (6). Lorsqu'il est question d'un culte rendu aux achéras au pluriel, il s'agit plutôt d'une multiplication de la déesse à l'instar des Baals (7).

La principale dilficulté du sujet, c'est le rapport du pieu avec la déesse qui porte le même nom. Si on envisageait l'objet en lui-même, il paraîtrait assez naturel d'y voir une subrogation du bois sacré, si cher aux adorateurs. Près de l'autel on aurait placé soit un arbre, soit un tronc, destiné à recevoir leurs ex-voto. Mais pourquoi porte-t-il précisément le nom de la déesse? Ce ne peut guère être une simple rencontre fortuite de deux mots de sens diflerent; il reste donc que l'arbre ou le pieu représente la déesse. iMais ce n'est pas à titre personnel; ce n'est pas à l'arbre comme tel que va la vénération, puisqu'il n'est pas honoré sous son nom propre; il est donc symbolique. Toute sa raison d'être est, ou bien de rappeler l'antique usage des cultes en pleiu

(1) II Reg., XXI, 7.

(2) IReg., ivi, 33; II Ileg., xvil, IG; XXI, 3 ; I Rog., \iv, 15 (au pluriel}.

(3) Jer., XVII, 2 (S:;).

(4) I Reg., xiF, 23; II Rpg., xvii, 10 (nfiri;.

(6)Deut.,xvi, 21,yyS niCN "p T^T\ nS; le verbe Cn:, « arracher «, employé pour lâchera, se dit proprement des plantes. A la rigueur 712: peut sii;ni(ier « (iclicr en terre »; par exemple il se dit dune tente, Dan., xi, 45.

16) Voir dans les dictionnaires au mot Achéra.

(7) II Chron., xxiv, 18; Jud., m, 7, etc.

,7G ÉTLDKS SIR LES PxELIGIONS SÉMITIQUES.

air sous les arbres, ou de symboliser la déesse. Acbéra n'était certainement pas une déesse arbre ; rien ne prouve que Télément employé pour la représenter ait eu auparavant sa valeur propre comme terme de l'adoration: le plus vraisemblable est donc que Tachera était une sorte de xoanon encore plus grossier que ceux des Grecs, une image de la déesse dont la tète était peut-être à peine ébauchée et dont le corps était un pieu liché en terre.

Nos autres sources au sujet des Cananéens sont de date beaucoup plus récente et fortement mélangées d'éléments grecs. Il semble pourtant que Philon de Byblos fait vraiment allusion à un culte phénicien lorsqu'il met ensemble les bâtons sacrés et les stèles. Ces bâtons ressemblent à des achéras (1); cependant ils sont consaérés à Hypsouranios et â Ousoos. Le nom de « bâton » suggère les pediims souvent liiTuréssurles cvlindres chaldéens. Un autre point de contact avec la Babylonie, c'est le culte des fruits de la terre, ce qui paraît indiquer les céréales, adorées comme Taliment de toutes les générations humaines (2). Il est du moins singulier qu'on neretrouve nulle part, dans les inscriptions ou autres témoignages, aucune trace de ce culte.

Nous avons une base plus solide pour le culte du cyprès figuré près des autels ou môme dans un temple (3). De Saulcy trouve cela tout simple â lléliopolis puisque le cyprès était consacré au soleil. Cependant Bauclissin soutient après Lajard (4) que le cyprès était consacré à Astarté. et cela parait probable d'après la monnaie d'Arad qui représente un cyprès au-dessus d'un lion et d'un taureau (5), au temps de Caracalla: surtout parce qu'on retrouve le bois de cyprès près des temples de rA[)hrodite grecque aux lieux où elle semble représenter Astarté. Un exemple remarquable est celui de Psophis en Arcadie où les cyprès sacrés étaient même nommés les Vierges (6) ; ils étaient consacrés â Alcméon. Mais ({uand on fournirait de plus nombreux exemples de la consécration du cyprès à la déesse syrienne, il ne faudrait point se hâter

(1) Prasrn. U, 8: Toûtov/ lï TeXeuTr^Tavxojv, toù; aTcoXei^Oévraç <pv)(ri ^à6Souç aÙToï; àçtepwaai» x»i Tx; TTr./a; r.yyjy.'riivt xal to-jto',; éoûTà; àyetv xar' £to;. Les stèles sont celles que les deux ilitux avaient consacrées au feu et au vent.

(2) Frai^n. I, 4 : 'A/).' oyToi ye irpûioi àçiépwaav xà tvîç y/jç pXaaTiîjxaTa xal ôsoù; svofxiTav xal T.','y3ty.-rtvjn Txjta, àj* iv a-jro'! it oieyévovTO y.al ol ÉTiofjievoi /.ai ol Trpô aOttôv TcàvTeç, xal xoà;

(3; Monnaie- d'IIéliopolis, dk Sallcy, Numismatique de la Terre Sainte, planche I, n» 5.

(%; Fki.. Lajard, Hcchnches sur le culte du cyprès pyramidal chez les peuples civilisés dr Cnutiffuiié. M^-moinMlelArad. des Inscr., XX, 2 (1854).

(S> RotTir», yvmismnfiffiif des villes de la Phénicie, n" 418 ; dans les ruines de Betocécé on • retrouTéuncyprèsaTecun lion; cf. DussAun, Voyage e7i Syrie, dans Revue archéolJmi).

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