‹ Etudes sur les Religions Sèmitiques (volume 3)Chapitre 16 sur 45 · LES PERSONNES CONSACRÉES § 1. — PERSONNEL DU CULTE · texte numérisé non relu

LES PERSONNES CONSACRÉES § 1. — PERSONNEL DU CULTE

Le principal personnage chargé da culte, c'est le prêtre. Cependant, si une fonction de ce genre se retrouve partout chez les Sémites, il s'en faut que ce soit avec la précision qui nous est devenue familière. Pour nous, comme pour l'Ancien Testament, le prêtre est avant tout celui qui offre le Sacrifice Non que dans l'Ancien Testament le prêtre doive toujours immoler la ^'ictime; il était du moins l'intermédiaire obligé des sacrifices. Son rôle était aussi de consulter Dieu par les Ourim et les Toummim; cet usage put tomber en désuétude sans que ses fonctions essentielles parussent diminuées. Chez les Sémites païens de nombreuses distinctions sont nécessaires.

Parmi les Arabes nomades, le sacerdoce est réduit à sa plus simple expression (1). Il n'y avait pas d'holocaustes, donc pas d'autel, et le fait d'immoler n'était pas réservé au prêtre. Dans le récit de saint Nil c'est encore un prince ou un prêtre qui dirige la cérémonie et qui immole (2). On avait cependant besoin de quelqu'un pour garder le sanctuaire, la statue qu'il contenait peut-être, les trésors qu'on plaçait .sous sa sauvegarde. Le prêtre était un « gardien », sàdin. Dans le mouvement de va-et-vient de la vie nomade, il était fixé à son poste; aussi les familles sacerdotales qui se transmettaient la charge et la possession des sanctuaires étaient souvent étrangères à ceux qui s'étaient établis pW'S d'elles.

On recourait aux prêtres pour trancher certaines questions disputées. Ils avaient sans doute un certain crédit comme dépositait'es de la traflition et organes vivants de la coutume. Mais on leur demandait surtout des oracles : Que faut-il faire? faut-il entreprendre une guerre

(1) WELLnUSE?», /?/'5<e, p. 130 8S.

(2) L« "'C2, « prince » «n h«''bren, est celui qui fait uno libation.

LES PERSONNES CONSACUÉES. 2f5

OU y renoncer? La réponse était fournie par des flèches, et Wellhausen conjecture qu'il s'agissait à l'origine de bouts de Ijois (1), absolument comme les enfants se décident à la courte paille. C'est le procédé de Nabiichodonosor dans Ézécbiel (2).

A côté de ce sacerdoce officiel, sans grande influence, se tient le kâhin ou « devin ». Si nous en parlons ici, — car il ressortit plutôt à la magie ou à la sorcellerie, — c'est qu'il porte le propre nom du prêtre en hébreu : kâhin est l'équivalent arabe de kohen. Cependant ce n'est pas un mot emprunté par les xVrabes à une basse époque, car le mot n'aurait pas passé des Juifs aux Arabes avec le sens de « devin ». Il est donc ancien; d'où la très importante question de savoir si le prêtre est originairement le devin et l'homme médecine ou si au contraire le kàhin n'est qu'un prêtre dégénéré de ses attributions pour devenir un sorcier. C'est presque le nom qu'il convient de donner au kdhin en lui reconnaissant cependant une certaine dignité d'allures qui n'abandonne jamais le Sémite. Voici, d'après Wellhausen, ses traits principaux. Ce n'est pas un personnage attaché à un culte officiel ni qui rende l'oracle par les moyens traditionnels. Il est possédé par un esprit, c'est un voyant qui se voile la face au moment où il rend ses sentences modulées selon les règles du parallélisme (3). Il affecte de parler moins en son nom qu'au nom de l'esprit qui le possède. On le consulte avant de rien entreprendre, il décide si une personne est coupable, met sur la trace d'un meurtrier (i).

Pour toute une école d'anthropologues, ces traits sont la fidèle image du prêtre primitif, c'est de cette humble catégorie de sorciers que sont sortis les grands sacerdoces; le kôhcn est l'ancien kàhin. L'argument est simplement à retourner et nous avons là plutôt un exemple de dégradation dans un état social moins avancé que celui qui l'a précédé. L'étymologic de kôhen ne peut avoir aucun rapport avec la divination. De plus, le sens de a devin » est isolé, tandis que l'bébreu, le phénicien, l'araméen et l'éthiopien entendent simplement le mot d'un « prêtre » en général. Aussi a-t-on déjà jugé sagement que la signification arabe n'était qu'un développement particulier dans des circonstances données (5).

(1) Chez les Grecs peXojxavTÎa el f^agôojJiavxîa.

(2) XXI, 21 s.

(3) Balaam!

(4) Le kâhin est donné comme apparenté au juge {haham) par Wellhausen [Reste-, p. 236) d'après yl^//., XV, 50 4 (lire 14). On peut voir dans ce vers une opposition aussi bien qu'un*' ressemblance.

(5) Ges.13^ V. ":":;. On compare la racine ]*!-. inusitée au (jal. avec le sens probable d«' «se tenir debout». On peut postuler pour y\'Z inusité le sens d« être assistant ». Au c baf el

2IÔ ÈTIHES SLR LES RELIGIONS SÉMITIQUES. ^|

Et si le kd/ii?} ou devin n'est qu'un prêtre dégradé, le sâdiii ou « gardien » des Aral)es nomades n'est lui-même qu'un reflet du prêtre des Arabes civilisés du sud. Là le prêtre est bien le sacrificateur (1), et on connaissait un grand prêtre, le grand par excellence, qui était en même temps éponyme pour le calcul des années (2).

Nous savons peu de choses du personnel du culte chez les Araméens. Là le i)rêtre se nomme /lome;* (3). Nous lisons ce mot à Teima, chez les Nabatéens (i), à Neirab (5). On se disait prêtre de tel ou tel dieu. L'étvmoioffie est incertaine. 11 semble que ce mot devrait être rapproche du verbe hamar, « s'enflammer, s'échauffer « (6). Le prêtre serait ici celui qui offre l'holocauste.

On trouve aussi dans les inscriptions sinaïtiques existe le terme équivalant à kôhen (7V, il est courant dans la littérature biblique.

Nous serions relativement bien informés sur le personnel du culte chez les Phéniciens si l'inscription double de Cittium (Larnaca) était plus complète et plus claire. Elle est attribuée par les éditeurs du C/S. à l'an iOO ou 350 avant J.-C. C'est une sorte de tarit* des redevances dues aux prêtres et aux personnes employées dans le temple. Cependant les prêtres ne sont pas désignés sous leur nom habituel de kôhen; ce sont eux qui figurent comme sacrifiants ou sacrificateurs (8i.

Après eux viennent ceux qui demeurent [dans le temple] en vue de

l'assyrien a usi.in, « il a rendu hommage, il a prié ». V. Hau pi [Babylonian éléments in the Levilic ritufil, note 114) compare Ihébreu post-biblique 1^2 ^ « concentrer son attention sur Dieu ».'^r'?, « dévotion » (cf. I Sam., vu, 3; Job xi, 13 ; Ps. lxxviii, 8), de sorte que le sens premier serait une attitude de service envers la divinité. "IID en assyrien joint à l'idée de solidité celle de constance et de fidélité. L'arabe y^ à la 3^ forme, qui ne paraît pas dérÏTée du substantif hàhin, signifie « prêler assistance ».

(1) Minéen c. •, ^; les mêmes consonnes pour le « sacrifice ».

(2) s.^^ , habir, d'où l'abstrait Kùbar, « Eponymat » (Hommel, Aufs., p, 190).

(3) C'est du moins la vocalisation chez les Hébreux où le nom était pris en mauvaise part.

(4) CIS., U, 170, 113 b.

(5) Seirab 1 et 2.

(6) De "^"ZZ qui n'est employé dans l'A. T. qu'au sens métaph., mais au propre dans Thébrpu po«kt-bibIique cf. Lkvy, Seuhebr. und Cliald. Worterbucli). Le mot Kamiru paraît dans pJ-Amarna (1 I5,3:j) pour désigner un homme de confiance qui pourrait reconnaître la VTMx du Pharaon.

(') EvTiHc, 550 «'t 249; mais non Nn:n3,« prêtresse », ce mot étant à lire Nn V\Z, « prêtre de Ta ». i:nD, Eut., 3'»8, représente probablement la forme arabe (Lidzbarski). A

(8)C/.S.,I, 86 A, 1.8, <;t 132, 1.0, dans l'île de Golo. ni? « sacrorum perficiendorum minis-" ter ». Idefn qui t;raece U'^o6-jTr,;. Hanc autem dignitatem magno fuisse in insula Melita ho- '" ' "" t'tnlo» graecus(C'or/>. inscr. gr., n 5752) docet, in quo archontes praecedit.

^ ' lam Agrigenli eponymus fuisse lepoOÛTr,; {Corp. inscr. gr., n- 5491).

l'œuvresaintedu jour, c'est-à-dire de la liturgie (Ex., xxx.vi, 3), les barbiers occupés à l'œuvre [sainte]. On sait qu'en Orient les barbiers ne manient pas moins adroitement la lancette que le rasoir. Ces barbiers du temple exerçaient sans doute leur art en pratiquant les incisions rituelles soit en cas de deuil , soit dans les orgies sacrées ; mais rien n'empêche de penser qu'ils fonctionnaient vraiment comme barbiers eu rasant la tête lorsqu'on venait consacrer ses cheveux à la divinité. Le temple avait aus^ ses scribes ou même un collège de scriJjes avec un chef (l); il n'est pas certain qu'ils s'occupassent, comme ceux de Jérusalem, à copier des écritures sacrées ou à en donner l'interprétation (2). Lucien ne nous dit pas que c'est à ces personnages qu'il demandait l'explication des figures et des rites (3).

Les jeunes filles qui paraissent deux fois dans la môme ligne (i) sont peut-être des chanteuses, mais les mœurs des temples phéniciens permettent d'autres suppositions i5i. Il n'est môme que trop certain que des hommes se livraient dans ces temples à d'odieux désordres, colorés du prétexte d'actions saintes. On sait que les Hébreux les nommaient Qedéchim et une fois avec l'épithète déshonorante de chiens (6). Peut-on supposer que cette catégorie de personnes ait figuré sous ce nom infâme sur un registre officiel, parmi les fonctionnaires les plus honorables? Les éditeurs du Corpus l'ont pensé et ils ont traduit scortis virilibus et inqiiilinis (7) les mots que M. Halévy préfère rendre: aux chiens et à leurs petits... dans le sens propre (8y. Dans celte dernière opinion il reste à savoir comment les chiens et leurs petits se présentaient avec les autres pour recevoir leur salaire en argent et quel accueil ils leur faisaient.

Il s'agit donc certainement de personnes humaines et ce que nous savons de la perversité, non pas tant des mœurs que des idées religieuses chez les anciens civilisés, autorise pleinement leur présence au grand jour sur un livre de comptes. Nous verrons que les Babyloniens n'avaient pas plus de scrupules. Ce qui choque — au point de

(2) On croit entrevoir dans le texte 86 A, 14, que le chef des scribes rédigeait une sorte de procès-verbal des grandes solennités.

(3) De deû Syrâ, 14 s.

(4) naSyS: n^SvS,86B, 9.

(5) Elskde, Vie de Constantin, 111, 55, à propos du temple d'Afca : Tûvioe; yo'J^ "c-.ve; âvope; oOx àvSpe;, t6 crefxvôv r?;; '.pOaew; à7:opvr,(Ti|JLSvoi, '6ri).îîa vo7w tyiv oaîtxova D.soùvto- yyvaixàiv x'au 7iapàvo(ioi 6(xi).(ai...

(6) Deul., XXIII, 18.

(7) d-ImSi Q'jhz'^.

i8) Mélanges de critiqueilSS^), p. 19'^ ss. ; (^n ponctuant le second mot 2'^";.

vue littéraire, — c'est que ne rougissant pas de ces personnages ni de leur rùle, on ait accepté de leur donner un qualificatif infamant. M. Honimel a proposé une solution ingénieuse de cette difficulté. Le mot kalabu aurait été à l'origine presque synonyme de kamaru, « prêtre ». Nous trouvons du moins ces deux noms joints à celui d'un dieu dans deux noms propres (1). Comme le mot a certainement un sens injurieux dans le passage du Deutéronome, il est loisible de croire que les Hébreux n'ont pas résisté à un jeu de mots si facile.

Quant aux parasites qui accompagnent les kelabim, ils sont connus comme ces familiers des temples qui se nourrissaient des restes des repas offerts aux dieux et payaient cette hospitalité en s'occupant aux plus humbles besognes (2). Cette familiarité divine était d'ailleurs considérée comme un honneur, non seulement pour les fidèles disciples du dieu d'Israël (3), mais aussi pour les Phéniciens qui exprimaient volontiers dans les noms propres qu'ils étaient les commensaux, les voisins, les clients de tel ou tel dieu (4). Tout ce personnel, et sans doute aussi les esclaves (5), formaient une population qui avait vraiment le temple pour patrie. C'était comme un peuple spécial auquel on se faisait gloire d'appartenir, qui avait son état civil équivalant à celui de l'origine territoriale (6). I

Les diflerentes classes des prêtres babyloniens nous sont surtout connues depuis la publication des rituels par M. Zimmern (7). C'est d'après ces textes et l'introduction qui les résume que nous parcourons les divers offices des trois classes principales, reconnues par le savant allemand: les chantres, les exorcistes et les aruspices.

Il y a peu à dire des chantres : nous avons même de la difficulté à

(1) \\o%}tv.L,Altisr.Ue.hcrl., p. 112 ss., cilant Aï-Kalabu,Iu Malik-Kalabu dansÀ'i?.,IV, p. 14, (Ju Ifrnps de Sin-inuballit, et Aï-Karnaru, homme de Mas du temps d'Assourbanipal. Dans cctl^ composition il est impossible de rendre le nom « chien (fidèle) d'Aï » (ou de Malik); le nom propre est une phrase nominale : « Aï (ou Malik) est... » d'où le sens d'« entrer en extase, prophétiser n, attribué par Homme] au sabéen -.^.^lAufs., p. 191).

(2; lidem videlicet qui apud Graecos TcapàaiToi illi, ètcI -rriv Ispoù (tîtou iylojii^i aîpou[xevoi. Le litre n'avait d'abord rien d'odieux : 'Ev yoOv toi; Tca>-atoTç v6|j.oiç al TiXsîcrxai zùiv nàlzoiv en •/.ai TTjupov Taî; lvTi(xoT(iTai; àp/aïç auyxaTayÉyoyai xapatriTou;. DansCléarque, IHG., II, p. 303.

(3) Ps. V, .'> ; XV, 1 ; I,XI, 3.

(4) De nombreux noms i)ropres commencent par ^^.

(5) 86 B, 1. 5, ni C£: d'apros les éditeurs. ' (6)C/.S., I, pu. 263, ninrV CN nc*v*2 ^TN, « quœ est de congregatione hominum Astartes »,

* propos d'une femme, et pu. 2G1 : T\yhl2 m DV2 XTN, «qui est du peuple du temple de MHqart n, errq.lojé comme on dit ailleurs (pu. 205) : ]2^i D*i[l \rx], « qui est du peuple de I Ile de Cowura » ; cf. 20G et 207. '/) /ifilrOfjf zur KoniUniss de babylonischcn Religion, vonD' Ileinrich Zimmkrn, Leip-

considérer le chanteur comme un prêtre, si le titre de prêtre doit être réservé, selon Tusag-e constant, aux seuls sacrificateurs. Dans le n° 60 qui introduit le chantre, il semble bien que son rôle se borne à chanter; un autre fait les sacrifices '^1), et c'est à cet autre que le rituel s'adresse, selon le style courant de ces pièces c[ui règlent les cérémonies, en disant au prêtre : Tu feras ceci ou cela. Mais nous ne prétendons pas nier que les chantres formassent une corporation sacrée et même héréditaire, ce qui n'étonne pas trop pour des chanteurs orientaux. Zimmern a très bien vu que les chantres ne pouvaient être reconnus avec certitude dans le passage où Diodore parle des prêtres babyloniens; mais il a justement retrouvé dans ce texte les deux autres classes sacerdotales, quoique Diodore ne les distingue pas comme deux catégories (2) nettement tranchées. On dirait cependant que c'était le cas, et la publication de Zimmern jette sur les corporations un nouveau jour très abondant. Si l'exorciste ou conj orateur était déjà connu dans ses pratiquesde récitateur d'incantations, on ne soupçonnait guère le rôle important qu'il jouait dans les pratiques du sacrifice expiatoire.

Nous commençons par lui: c'est l'homme de tous les jours, comme la souffrance contre laquelle on l'invoque. Si ses prérogatives sont moins relevées que celles du bârii, interprète du secret des dieux, il a du moins le remède nécessaire pour éloigner les démons et rendre les dieux propices.

Les dieux sont bons mais susceptibles, les mauvais démons sont toujours prêts à mal faire, les âmes des morts peuvent devenir importunes : toute la vie du Babylonien est enchainée à ces trois termes. Il est vrai que le signe du divin est donné aux démons comme aux dieux.

(DL. 15 : « Le chantre chantera : « Ae sublime! »; tu immoleras un agneau ». Dans les n»» 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69 non traduits, on dit à la même personne : « Tu chanteras », et : « Tu immoleras», mais il n'est pas clair si c'est le sacrificateur qui chante (proposition pcr (iccidens) on si c'est le chantre qui sacrifie. Le n° 70 fait reparaître le chanteur, mais on ne peut rien en tirer.

('2) DiOD., II. 29 : ripoç yàp iri 6epaTr£:a twv bto)V T£TaY(x.£voi Tcàvia tov toù ^r;v xpôvov çi)>oaOfoù(jij [iiyiaTry ôo^av eyovxe; âv àaT coloria. Le prêtre astrologue se nommait Kniii. — 'AvTe'xovxai 5' èm, ttoXù xac (xavTixrj;, iroiO'JtJievoi upoppr^ffE'.; Trepi tûv (jleXXovtwv . L'auteur semble vis(>r ici des prophètes prétendus comme ceux qui annoncèrent à Assourbanipalqii'il ramènerait la déesse Nana (A7i., Il, p. 210). — Kal twv [xàv -/.aOaoïxoî:, twv ot Ovr-at;, t^v o' â)^.ai; t'.îtv èTiwôaï; à;:oTpo7îâ; xavcûv xai xeXsiwffei; làyaOûiv Tieiptôvrat uopiCeiv, Ce sont bien les t'xorcisles qui cumulaient ces fonctions comme l'a vu Zimmern, quoique Diodore semble en laire plusieurs classes. — 'Ep.7retpiav 5' s/outi xai ty;; otà twv oltovôiv {xavTixTJ;, évuTivîwv xe xai tepâttov £^,yr,^£'.; aTcoçaîvovTat. Il s'agit de l interprétation des présages par les oiseaux que Zimmern est porté à atlribueraux ban'i, quoique l'au^^ure {(Idrjil issùré] ail un nom spécial chez les Chaldéens. — OOx à(76:^oK c,ï Tiotoûvtai xal xà T.iç.\ triv lepoaxoTiiav àxpiod); ètîivjyyi^nr, vo|jit!;ovxai. Ce sont les arus|)ices. Déplus, Diodore a su que ces sacerdoces étaient héréditaires, les prêtres se transmettant leurs secrets de père en fils.

220 ininES SUR LES RELIGIONS SEMITIQUES.

et on lit précisément clans nos textes « le mauvais dieu » et « le bon démon », mais ce n'est là qu'une conséquence d'une terminologie imparfaite, peut-être le legs d'une confusion antérieure. Au point où nous en sommes, les dieux sont bons de leur nature, ils sont connus par leur nom, on peut les invoquer, on leur offre des sacrifices, tandis que les démons, race anonyme et perverse qu'on ne peut dénommer que par ses tares, ne songent en général qu'au mal et ne méritent que l'expulsion. Pourtant parmi ces êtres anonymes un certain nombre sont conçus comme bienveillants, le bon sedu qui gardera la porte, les sept génies ailés qui combattront les méchants diables un peu comme ces microbes bienfaisants qui s'installent chez nous et nous défendent à notre insu contre des microbes destructeurs.

D'ailleurs tant qu'on possède la faveur des dieux, en particulier du dieu et de la déesse qui gardent tout homme, littéralement « le dieu de l'homme », il n'y a rien à redouter. Mais une faute morale a pu déterminer leur courroux, et même sans le vouloir on risque de tomber sous le coup d'un charme. Le sortilège est contagieux, et comment savoir si on a évité tout contact ensorcelant?

Le sorcier et la sorcière ne sont-ils pas là pour exciter encore les démons à leur œuvre mauvaise? On vaque cependant à ses affaires ; sans être trop rassuré on peut se croire indemne, lorsque des songes agités, le trouble, la maladie ou simplement peut-être le remords, créent dans l'âme un malaise que seuls les remèdes surnaturels peuvent guérir. Désirât-on uniquement recouvrer la santé, il faudrait encore commencer par rompre le sortilège, chasser le démon et rentrer en grâce avec son dieu et sa déesse. C'est ici qu'intervient VcUipu. Nous le nommons exorciste, faute de mieux, mais cette indication négative n'épuise pas son rôle. Il ne pratique pas seulement des incantations et des rites symboliques, il réconcilie le pénitent.

Comme l'a très bien dit Zimmern, il est le prêtre des conjurations et des expiations; au service d'Éa et de Mardouk, il est appelé à guérir les maladies, à effacer les fautes, à rompre les charmes, à chasser les démons, à calmer le courroux de la divinité.

On prononce donc ici le mot de magie. Il faut s'entendre. La magie signifie tout d'abord, nous le reconnaissons avec M. Marillier (1), l'action sur le dehors par le dedans. C'est à l'esprit qu'on s'attaque pour guérir le corps; la maladie devra normalement disparaître lorsque le charme aura cbassé le démon. De plus, les procédés magiques sont de leur nature coercitifs; on enlend bien contraindre les

fi: nevup (le. l'hisi. dus relifjions, l. XXX VI, p. 313.

puissances ennemies à vicier la place, quoique chez les non-civilisés les moyens de séduction soient souvent joints aux procédés violents. Mais lorsqu'il s'agit de peuples civilisés qui distinguent entre les dieux auxquels ils rendent un culte et les démons qui sont mauvais, la magie est essentiellement réprouvée (1); c'est le partage des sorciers et surtout des sorcières, un arî: occulte, éminemment préjudiciable à la société. L'art du conjurateur est précisément l'antidote de cette magie noire criminelle. Il entend contraindre l'esprit par la vertu du charme, mais d'un charme qui a été enseigné par les dieux; on recourt aux dieux et c'est en les priant qu'on obtient définitivement la victoire. Un des textes de Zimmern (2) semble parler d'une action coercitive contre les dieux exercée par le charme, mais outre qu'il n'est pas clair, c'est en somme à Mardouk, considéré dans ce cas comme dieu suprême, qu'on a recours pour vaincre des dieux inférieurs.

On emploiera donc, si l'on veut, le mot de magie; il est du moins bien entendu qu'aucun de nos textes ne se fait le guide des louches pratiques de la sorcellerie. L'exorciste est leur ennemi officiel, et s'il emploie des procédés semblables, c'est qu'il faut vaincre les démons par leurs propres armes, et non pour faire un pacte avec eux. L'institution est bienfaisante, elle rentre dans le cadre du culte public et se propose de rapprocher les hommes de leurs dieux en les délivrant des démons.

Vovons maintenant nos coniurateurs à l'œuvre. C'est ordinairement in malade qui recourt à leur ministère. On en a conclu que le Babyloaien ne se souciait du péché que comme cause du mal physique. ]'esttrop généraliser. Lorsque le fidèle est représenté malade, troublé, nquiet, effrayé, la conscience chargée vis-à-vis de son dieu et de sa iéesse (3), il se pourrait que la maladie ne fût qu'un mal moral. En tout cas, le roi qui se fait réconcilier ne parle que de la tablette

(1) Elle est stigmatisée dans les conjurations elles-mêmes sous le nom de hispn (cf. hebr.

^^j), ruhu^ rusu.

(2) Surpu, V/VI, 144-171: « eine Schnur... çegciiiMe Fluche von Gollern ». Tout le pas- ;age est inintelligible pour moi : l'exorciste se dirige vers les femmes consacrées ù Icbtar; a déesse en met une à la quenouille pour liier une corde à double (il, noir »'t blanc, et cetlo orde protège contre la malédiction des dieux et rompt les cbarmes. Ensuite Mardouk la )rise et l'envoie dans le désert, lieu pur (par antipbrasc pour lieu impur). Tout s'expliquerait li c'était le sorcier qui s'était procuré la corde pour assujettir le cbarme, d'apns les mauraises pratiques des hommes et « pour accomplir la malédiction des dieux ». Mardouk rompt e cbarme. S'il est impossible de donnera mmiassir un sens autre que celui de déliant, nv )eul-on encore le prendre par anlipbrase comme le désert, « lieu pur », que Zimmern c^ra- )areau "nn*û DIpO deLev., iv, 12, etc.

(3) Première table, Surpu, 1. 4 s.

OÙ sont gravées ses fautes et qu'il voudrait voir brisée (1). Mais fûton surtout sensible à la souffrance, c'est le péché qu'il s'agit d'extirper avant tout. A supposer que le sortilège d'un ennemi ou un cas fortuit soit la cause du mal, sans le péché le patient ne serait pas abandonné de son dieu et le charme devrait demeurer impuissant. Il faut donc d'abord que le pénitent avoue sa faute. Plusieurs textes étrangers au recueil que nous avons en vue mettent en scène le pécheur avouant lui-même son péché; mais il le fait toujours en termes très vagues. D'autre part, comment le péché pouvait-il être remis sans être confessé? Cela n'est pas moins contraire aux principes de la magie sympathique qu'au droit naturel et divin. C'est ici qu'intervient l'exorciste. Il confesse son pénitent sans exiger un aveu trop spécial. Il énumère sous la forme intcrrogative tous les péchés qu'on peut commettre. Le pécheur garde le silence, on ne lui demande pas même de répondre à cette interrogation qui s'adresse plutôt au dieu, il suffit que le péché soit nommé. La première tablette hirpu ressemble à ces manuels de piété où le pénitent est invité à reconnaître ses fautes dans un formulaire interrogatif. A vrai dire, l'ordre est peu rigoureux. On a jugé sévèrement le mélange des délits de morale avec les fautes cérémonielles. Il faut cependant reconnaître que pour toute religion qui admet un culte extérieur, les fautes en matière de liturgie ne sont pas sans gra:^'ité puisqu'elles offensent la divinité elle-même. Quoi qu'il en soit de ce mélange, notre aveu déguisé suppose un sens moral assez juste. On commence (2) par les péchés de la langue qui accusent un manque de franchise ou une injustice. Suivent neuf cas où le pécheur aurait semé la zizanie entre le fils et le père, etc. ; puis viennent les fautes envers un dieu, les manques d'égard envers les parents, les fausses balances, la fausse monnaie; « a-t-il rejeté un fils légitime, admis un iils illégitime (3) ? » les bornages; « a-t-il pénétré dans la maison de son prochain? s'est-il approché de la femme de son prochain .^a-t-il répandu le sang de son prochain? a-t-il dérobé l'habit de son prochain ('i-)? se serait-il révolté contre un supérieur (.5/? »\\ii pu encore donner un mauvais enseignement, pratiquer la sorcellerie ou la magie, manquer à sa parole, commettre certaines fautes dans le culte ou les égards dus aux choses saintes, par excm-

(1) Rituel, n- 20.

n, Df:uxi<!tiie tableUo, Snrpii, deuxième d'après l'ordre des textes eux-mêmes, la première n'tyaot pa» él*- rf.tiouvée, (3) L. M.

{h, L. ii.

pie (1) boire de l'eau dans une coupe impure, jurer par Dieu en élevant les mains sans qu'elles aient été lavées, pénétrer dans les limites d'un dieu, c'est-à-dire sans doute dans l'enceinte sacrée, manger la chair du sacrifice ofTerte en don, uriner dans un fleuve et y cracher.

Quelquefois il s'agit seulement de manquements à la charité en ne se prêtant pas à des services que l'état social exigeait (2), refuser l'eau d'un canal dont on a demandé l'usage pour un jour, refuser un vase d'eau ; naturellement aussi tout ce qui portait atteinte à la cite et au bien général (3), parler contre les intérêts de la ville, arracher les plantes ou couper des roseaux, tuer du gibier trop jeune...

Mais le péché pouvait n'être pas la cause directe du charme ou du sortilège qui pesait sur l'infortuné. Alors la recherche était encore beaucoup plus difficile, puisque tout objet, tout acte, tout contact risquait d'être l'occasion d'un maléfice. L'embarras de l'exorciste se trahit dans les formules mêmes. Comme dans certains jeux de société, il débute par des questions vagues, puis parcourt successivement toutes les catégories d'objets (4) : « Il cherche, il cherche! il cherche au lit, il cherche sur le siège, il cherche dans le plat »... « A-t-il couché dans le lit d'un ensorcelé? s'est-il assis sur le siège d'un ensorcelé.^ a-t-il mangé dans le plat d'un ensorcelé (5)? » Est-ce un être animé? son père, sa mère, son frère, sa sœui\ son prochain, les vivants, les morts, les connus, les inconnus, un monsieur, une dame? On passe en revue le lit, le siège, le plat, la coupe, le réchaud allumé, le flambeau, le soufflet, la tablette, le roseau pour écrire, l'étable, les animaux sauvages, le canal 6), la source, le fleuve, le vaisseau... Et où cela s'est-il passé? à la sortie de la ville, à la sortie de la maison, au bazar, dans le temple, sur les chemins? Évidemment il ne s'agit plus ici d'actes volontaires, mais l'idée n'en demeure pas moins logique. Lorsqu'on admet l'existence des démons, rien n'empêche de croire à leurs maléfices, et le maléfice émanant d'un pouvoir mauvais et déréglé se communique selon la fantaisie la plus extravagante. La

(1) Surpii, m, L 21, 45, 52, 5'i, 5'J.

(2) Surpu, III, 1. 38 s.

(3) Surpuy II, 1. 9',elSarpu, 111, 1. 25 s., 30.

(4) Surpu, II, 1. lu5 ss.

(5) /(/., I. 101 ss.

(6) Dans 5/^ /-p/^, III, 1.00, le moi salUju loial k uani, « fleuve »,estlaiss.' en blanc i)ar Zim-

wern. Ne seiait-ce pas l'équivalent de Ihébreu n")C, le canal de Siloé, et par conséquent un Canal? Sa l/i lui, en assyrien, signifie « asper-er, arroser .>. Nous aurions ainsi une élymologie lorl satisfaisante pour Siloé. Le cliangeinent de la sifllante ne saurait être un obstacle.

sa

KTUDES SLll LES llELIGIONS SÉMITIQUES.

îresso de la morale chrétienne n'a pas empêché certains docteurs catholiques ou protestants de penser qu'on devenait possédé en avalant un verre d'eau ou en respirant une rose. A bout de souffle et d'imas-ination, l'exorciste a recours aux dieux. Une longue litanie commence, mais le principe territorial est respecté. Pour rompre le charme dans Suse on fait appel aux dieux de FÉlam, En-Susinak, iMhuramiL labrif, Humban : on demande à tous les dieux, aux vents, aux étoiles de pardonner le péché et de rompre le charme. L'ordre est parfois bien indiqué (1) : « Que ses péchés soient effacés, ses fautes éloisrnées, que son charme soit rompu, que ses maladies soient repoussées; parla vertu de votre illustre nom qu'il s'éloigne, s'efface, disparaisse, le péché, le charme qui ont été faits pour le malheur de l'humanité ».

L'exorciste pouvait se trouver en présence d'un cas très grave (2). Voici un homme que la malédiction a atteint, elle l'a immolé comme un as-neau, il est abandonné de son dieu et de sa déesse, la douleur le recouvre comme un vêtement. On reconnaît là un sortilège puissant : le rituel fournit pour le combattre des remèdes énergiques, la magie sympathique sera vaincue par ses propres artifices. L'exorciste a besoin cependantd'étre appuyé par Mardouk. Le dieu lui-même est embarrassé ; il confesse à son père Éa, le dieu des incantations, qu'il ne sait comment guérir un tel mal. Mais Éa : « Mon fds, que ne sais-tu pas queje puisse t'apprendre? Mardouk, que ne sais-tu pas que je puisse l'enseigner? Ce que je sais, tu le sais... » Et la conjuration commence : on va brûler certains objets, et c'est môme de cet acte que la série prend son nom de hirpu, <( combustion » (3). Le patient prend la parole : « Comme cet oignon est pelé et jeté dans le feu, le brûlant Gibil le consume : il ne sera plus planté dans un parterre, il ne sera plus placé le long des rigoles et des canaux, sa racine ne sera plus enfoncée dans le sol, sa tige ne s'élèvera plus, ne verra plus le soleil, il ne sera plus mis sur la table d'un dieu ou d'un roi... Ainsi la malédiction, le charme, la peine (?), la souffrance (?), la maladie, la douleur, la faute, l'offense, le crime, le péché, la maladie qui est dans mon corps, ma chair, mes membres, cju'elle soit pelée

(1) Surpii. IV. I. 00 ss.

(2) Sinpu, \ VI. Môme situation à la conjuration septième dont le début est splendide : « Dimelu (la malédiction; est sortie de la mer, le charme est descendu des cieux »... les dé* IDOM sortenl de toutes parts : c là où [pèse] la colère des dieux, ils se précipitent en pous- «ni de» cri»; un homme que son dieu a abandonné, ils l'atteignent et le couvrent comme un ▼••lerncnl ; il» vont droitii lui, le remplissent de poison, attachent ses mains, nouent ses pieds, lu »ccâblenl fws flancs, répandent sur lui le venin >, (1. 18 ss.).

(3, Oftl aussi le sens des formules Maqiu, recueil analogue, publié par Tallquist, Die assyrùchf /ifichworungs.scrie Mar/ln, Leipzig, 1895.

LES PERSONNES CONSACRÉES. ooîc

îomme cet oignon! Aujourd'hui que le brûlant Girru la consume, que e charme disparaisse et que je voie la lumière I »

Et on brûle successivement la datte qui ne sera plus apportée sur le :)lat d\m dieu ou d'un roi, la fleur, la peau de brebis et la laine qui ne serviront plus à habiller un dieu ou un roi, les graines des céréales qui 5ont censées renfermer la maladie, la fièvre, le charme, le démon Fris- ;on, la sorcellerie et ses mauvaises pratiques. Enfin intervient un très ^ros personnage : le grand prêtre, mngamahhu (1) : « Je suis le prêtre laint d'Éa, le représentant de Mardouk, moi! » 11 figure la dissolution les maléfices en éteignant le feu, et cet acte même doit avoir son effet calmant et expiatoire. Les derniers mots, dans la bouche du patient, ;ont d'un fort beau style : « Repose, intrépide dieu du feu, et que rcpo- ;ent avec toi les montagnes, les fleuves ! que reposent avec toi le Tigre et 'Euphrate! que repose avec toi la mer du grand abime!... Qu'aujourl'hui s'ouvre le cœur fermé de mon dieu et de ma déesse, et que le îharme disparaisse qui a atteint mon corps! Car tu es un juge par ta umière, un vengeur par ton épée! Juge ma cause, prononce ma sen- ;ence ».

Quelquefois on ne se contentait pas de concentrer les maléfices dans es objets qu'on devait brûler. Si nous voyons préparer les images d'un jorcier et d'une sorcière (3), c'est certainement pour les livrer aux lammes. Ici se présente à la mémoire maint souvenir de procès de sorcellerie à des époques d'une civilisation brillante et raffinée; mais il ne faut point oublier que chez les Babyloniens, c'est le culte légal et )fficiel qui ne croit pouvoir se défendre efficacement contre la magie sympathique qu'en recourant à ses procédés bizarres. Sans doute, dès ors, la sorcière liait son homme en effigie, et c'est pourquoi Mardouk est ippelé à dénouer la corde invisible qui étreint le patient.

C'est de ces conjurations que l'exorciste tirait son nom d\lsipu (V); mais là ne se bornait pas son rôle. Expulser les démons n'était pas chose aisée, mieux valait les empêcher de pénétrer dans les de-

(1) Loc. lauiL, L 172 s.

(2) Loc. laucL, \. 187 ss.

(3) Rituel, n» 5i.

(4) La conjuration est siplu, racine ri'J- ; lliébrou r|-^-x se trouve dans Daniel, i, 20 ; ii, 2

J'est un emprunt fait ;\ l'assyrien où la demi-consonne icaw est normalement remplacée par le on vocal â; la duplication du «J est à l'instar des noms de métier, nZ'2, t'ic Les textes eprésententdifférentes variétés dans les termes. L'exorciste est dit m/zm/j//, a celui qui prononce a conjuration », BA-AN-G.VB-GAB-E, idéogramme ((ui répond prohablemeiit au mol miip<i!lini, celui qui délie, qui absout o ; mulLilu, « celui (jui rend pur » ; nds ymnli, < relui <iui porte le mmfii », instrument de purification; surtout mahnasu, terme qui parait tiré d.- l'écriture 1\S-MAS, syn. de àsipu, vraisemblablement comme réconciliateur.

RELIGIONS SKMITIOLES. ^^

226 tTlDliS SUR LES RELIGIONS SEMIÏIQLES.

iiicuros en v installant de fidèles gardiens, les dieux ou les monstres familiers; si Ton avait négligé cette précaution, il était encore temps d\ recourir en cas de maladie. L'installation des images, étant un épisode de la guerre contre les démons, était accompagnée de conjuralions, do sorte que Zimmern n'a pas eu tort de placer sous la rubrique de Yiisipu toutes les cérémonies de ce genre, même la confection des images divines, encore qu'il ne soit pas certain que toutes les pièces soient adressées à ce prêtre (1).

Lorsqu'on avait à redouter l'action des mauvais esprits, le mauvais dieu, la main de dieu, un défunt de la famille ou un étranger, un mal ciuelconque qui n a pas de nom, c'est-à-dire qu'on ne sait comment désigner et qu'on ne peut conjurer, on allait couper du bois afin de confectionner les images des sept dieux domestiques, avec leurs propres tiares, leurs propres vêtements, leurs ailes, portant de la main droite un objet à sept pointes (?), delà main gauche un petit vase destiné aux expiations; avec eux Narudu, leur sœur, considérée comme la huitième. On faisait un sacrifice, avant de toucher au bois avec une hache d'or. Les images confectionnées, on les revêtait d'argile, opération ayant peut-être pour but de les assimiler à l'homme primitif, car l'exorciste prononçait dans le cours des cérémonies le cantique : u Éa vous a formés d'argile « (2). Avant d'introduire les idoles, on lustrait soigneusement toutes les parties de la maison, même la terrasse (3), par l'eau, le feu, diverses substances et ustensiles. Des sacrifices étaient olferts en particulier sur la terrasse, et le sens de la fumée marqué comme le symbole du départ des esprits : « Que le mal, un mauvais esprit quelconque... monte au ciel comme la fumée et ne revienne plus à sa place ». LUGAL-^zrr« et SIT-LAM-TA-E-A sont placés à droite et à gauche de la porte pour la garder ; I-him surveille le tout ; en cas de maladie, on met des idoles au pied du lit, à droite et à gauche de la tête du malade ; enfin ce sont des animaux fantastiques, serpents, chiens, béliers, dragons, hommes-poissons, poissons-chèvres, qui complètent dans certains cas cesingulier ameublement. On y rencontre même un homme et une femme en argile (4), qu'on semble offrir au

(1) >'■»• 26, Vj; il est expressément nommé dans le n° 26 (dans l'idéogr. MAS-MAS, transcrit inaimn^ii. qui lui attribue des sacrifices importants, et cf. n° 38, pour la consécration des xtatoes.

(3) Uru, sens déterminé par Jensen dans l'épopée de Gilgamis (KB., VI, p. 147); sa mère monte sur la terrasse pour encenser le soleil elle prier... usage conservé chez les Nabatéens d apr» s SlraWon : V'.ov zi^.ûinvj 371I toO ûto[j.aTo; top'jaâ[j.evoi Pu>[jl6v, aTiévoovxs; èv aùxw y.a9 T.jji^av xïi /i^vwTt^ovxe; (XVI, iv, 20).

mauvais esprit en le priant, s'il est homme, de prendre l'une pour sa femme, s'il est femme, de prendre l'autre pour son mari (1). Zimmern a très bien vu qu'il ne s'agit pas là d'une cérémonie de maria^-e mais ne serait-ce pas cependant une manière de donner satisfaction aux instincts dépravés des incubes et des succubes pour obtenir qu'ils laissent les gens en repos?

Il est très significatif, et d'une grande portée pour la question des Téraphim hébreux, que nous ne rencontrions nulle part dans ce mobilier surnaturel l'image des ancêtres. L'opinion qui se dégage de ces rituels, c'est que les esprits des morts ne sont ni puissants et bons comme les dieux, ni aussi redoutables que les démons qu'il faut traiter en ennemis irréconcihables. Si les morts sont assimilés aux démons, ce sont de pauvres diables dont on a pitié. Quand un mort a jeté son dévolu sur un homme (2), quand l'esprit d'un défunt l'a saisi, on prépare un sacrifice aux dieux Chamach, Éa, Mardouk, avec des sièges à gauche du sacrifice pour les esprits de la famille, on leur fait des libations, on leur offre même de la viande... Tout cela suppose assurément qu'on les redoute, mais on ne les traite pas avec hostilité. S'ils ont fait la guerre aux vivants, c'est qu'ils étaient excités par les sorciers (3) ou pressés par la faim : on cherche à vaincre le sortilège et à rassasier les pauvres morts; on leur offre des dons, mais il ne semble pas que ce soit un vrai sacrifice; on ne les prie pas, on ne les maudit pas non plus.

Les fonctions de l'exorciste s'étendaient encore à la consécration des idoles destinées aux temples, sans doute parce que là aussi il s'agissait de transformer une chose profane en objet sacré par une série d'aspersions et de fumigations. Quand le sculpteur a terminé son travail, fexorciste se rend chez lui et procède au lavage et à l'ouverture de la bouche du dieu, cérémonie qui a pour but de le rendre capable d'absorber les sacrifices et de s'en nourrir (4). Il lustre le dieu au feu, le purifie dans l'eau, lui dit qu'il va voir son père Éa, se prosterne devant lui, lui prend les mains, le conduit aux flambeaux au bord du fleuve. Puis on installe le dieu chez lui, le visage tourné vers l'Orient, entouré des objets de son culte.

S'il fallait considérer les grandes idoles comme inventées à l'instar

(1) N» 40, coK VI (?).

(3) Cela résulte de ce que dans ce rituel, malheureusement lacunoux. on fait confectionner les images d'un sorcier et d'une sorcière, sans doute pour les brûler, à en juger par l'analogie de la série Maqlu.

(4) Masi'ero, Histoire , I, p. 680.

des petites, l'origine du culte des statues serait donc moins le désir de se rapprocher de la divinité pour lui rendre des hommages que de l'avoir près de soi comme un talisman, opérant contre les puissances mauvaises par sa propre vertu. C'est du moins ainsi qu'on s'explique le rôle de l'exorciste dans leur consécration, puisqu'il est avant tout l'adversaire des diables.

Ce prêtre ne parait pas avoir exercé de fonctions plus hautes qu'une certaine cérémonie expiatoire qualifiée de première tablette relative à la demeure du bain (1). La fonction regarde le roi et débute par des fumigations et des purifications par l'eau, le feu, les plantes. L'officiant se revêt de couleurs sombres et dresse sept autels dans la cour du palais. Il immole un agneau et réconcilie le roi; après divers autres actes, le roi demande le pardon de ses péchés. On immole une brebis sur le seuil du palais; avec le sang de la victime [on oint ou on asperge] le linteau (?), les deux montants à droite et à gauche de la porte du palais, peut-être aussi les deux génies qui y montent la garde (2). Zimmern a pensé aussitôt au rite de la Pàqueà l'Exode (xii, 7)^ et propose de tirer le mot hébreu pesaJi de l'assyrien pasâhu, qui, à la deuxième forme dans le sens actif, signifie apaiser la divinité. Toutefois il est difiicile de donner au rite mosaïque un caractère expiatoire proprement dit. Lorsque le sauvage se fait une entaille au bras et en répand le sangautour de sa hutte, son intention est d'empêcher le mauvais esprit de franchir cette barrière; le sang a une vertu magique, et la cérémonie faite à la porte indique bien qu'il s'agit de barrer le passage. C'est aussi le sens du rite de FExode quoique dans un esprit plus relevé, le sang n'étant plus qu'un signe sans efficacité sur lahvé. Au contraire, nous croyons voir la vertu expiatoire du sang sous-entendue dans d'autres pa.ssages où l'aspersion a tout i'air d'être sanglante. Par exemple, dans ce numéro 20, le texte dit (3) : « tu immoleras an agneau, tu réconcilieras le roi » ; il doit s'agir d'une aspersion san- -lante, puisque aussitôt après viennent les réconciliations pures, c'esti-dire par l'eau, le feu, etc. De même, dans le sacrifice ordinaire sur lequel nous aurons à revenir, le prêtre immole l'agneau pendant que /olfrant le tient, puis le prêtre asperge... sans doute avec le sang de

(!) N» 2fi, ù la fin : bit riniki^ traduit par Ziinrn(!rn Waschhaus. En admettant avec ce savant que rimhu ne signifie pas « libation », il demeure que c'est une opération sacrée, un l>ain purifiratf-iir.

[2) Dapn-s Zimmern, le premier cas où il est question dans les documents cunéiformes de IVmploi du sang dans les rites expiatoires (p. 92).

(3j Col. II, I. 1.

LES PERSO.NNES COiNS\CRÉES. 220

l'agueau (1). Quoi qu il cq soit de ce dernier point, l'exorciste est ici rinstrument de l'expiation, il réconcilie le pécheur. Et du coup nous avons dans ces vieux textes la solution d'une controverse exégétique longtemps agitée entre catholiques et protestants. Les proteslants déduisaient de certains endroits de la Bible que les péchés ne sont pas effacés, mais couverts (*2). Et c'était comme un axiome que l'hébreu kipper signifie primitivement « couvrir, cacher », puis « accompUr l'expiation » en laveur de quelqu'un (3).

Or Zimmern a reconnu le même mot dans l'action de l'exorciste nommée kuppuru, terme technique qui s'appliquait à des personnes ou même à des choses, comme le kipper de l'Ancien Testament. Et ce terme semble bien avoir pour sens primitif « eiïacer, faire disparais tre )) (4). Le mot peut avoir été emprunté par les Hébreux, comme le pense Zimmern, ou appartenir au vieux fonds des langues sémitiques; la forme du mot en hébreu ne saurait décider la question de l'emprunt.

Par la réconciHation avec les dieux, la rémission des péchés au moyen du sacrifice, le prêtre âsipu a-t-il épuisé son pouvoir?

Il faut peut-être lui reconnaître encore une fonction par laquelle il confine au hârû et qui regarde la prédiction de l'avenir.

Zimmern lui attribue l'acte de murmurer, luhhusu, dans le sens de « parler doucement à l'oreille ». Or si on parle à l'oreille, c'est pour obtenir une réponse. Lorsque cette réponse doit se lire, comme le conjecture ingénieusement Zimmern, dans les entrailles de la victime, nous touchons aux attributions du bârû {')). Mais la même opération, « murmurer trois fois dans ses oreilles à droite et à gauche », se retrouve à propos d'une victime (taureau) (6), et le murmure se dit encore à propos d'une idole qu'on dirait nouvellement consacrée (7). Il n'y a pas de raison de l'entendre comme une consultation dans le premier cas, comme une simple conjuration dans le second. Cette cérémonie

(1) ^'°' 1-20, \. 73, « asperger» = snln/ju, s'il s'agit d'uno aspersion expiatoire, ne pourrait-on rapprocher l'Iiébreii n"*D, « pardonner »?

(2) Le mot "123 dans l'hébreu, Ps. lxv.4, elLxxvin,38; mais dans ces deux cas la Vg. propitinberis Ps. l\iv, \ et propitius fiet Ps. l\xvii, 38.

(3) Encore dans Gfc.s.-liuhli- : le mot siihnen nous manque en français. D'ailleurs Ges.'-' mentionne l'autre opinion, datant de Uaschi et soutenue par W, II. Smith.

(4) P. 92, et l'exemple cité : Dimtaki i/ifippar, « il essuya ses larmes » (AT?.. VI. p. TS. 1.20].

(5) C'est pourquoi ce savant a eu raison de placer les n°' 98 et 99 dans les rituels du bârti.

(6) N-'SG, 1. 12 s. C'est du moins dans le rituel dcA'âsipu que Zimmern range co fragment, d'après l'analogie avec IV U., 23, n^ 1, quoique l'acte encon; mal explique de siiddihi siildit soit de la compétence du bâru n" 83, 1. 20.

230 ETUDES Slli LES RELIGIONS SÉMITIQUES.

avait du moins l'apparence d'une interrogation faite à l'idole, et c'est peut-être ainsi qu'il faut expliquer le passage d'Ézéchiel (1) : il consulte SCS téraphim, où derechef téraphim n'aurait pas le sens spécial d'anctMrcs, mais d'idoles ou plutôt d'instruments de consultation. Naturellement le texte du prophète pourrait s'entendre des deux parties d'un même acte : consulter les dieux par un sacrifice et trouver leur réponse dans le foie; ce serait une allusion aux opérations du bch'û que nous devons maintenant aborder.

Le devin par excellence, l'interprète de la volonté des dieux, le prêtre chargé de rendre les oracles, c'est le bchû. C'est surtout sur ce personnage que la publication de Zimmern jette un jour nouveau. L'auteur a pu suivre les origines historiques de cette corporation sacerdotale jusqu'au temps de Hammourabi (vers 2200) et la conduire jusqu'à Nabonide qui parle de ses fonctions sans la nommer. La légende remontait plus haut et croyait savoir que tous les secrets du corps lui avaient été enseignés par Enmeduranki de Sippar, le septième roi primitif de Bérose, E-jscwpayoç de Ily,^ni6ély. (2). Il tenait lui-même de Chamach et de Hadad le don « de voir l'huile sur l'eau, le mystère d'Anou, Bel, Éa, la tablette des dieux, la poche des mystères du ciel et de la terre, le cèdre (3) )^. Ce secret se transmettait de père en fils, comme l'a dit Diodore, la dignité de bâm étant héréditaire. 11 semble aussi qu'il se fit une sélection, même parmi ceux qui descendaient de ces prêtres. On prévoit le cas d'un fils de bdnt qui ne serait pas de race pure (i;, c'est-à-dire probablement de mère ayant un rang convenable.

On exigeait, déplus, qu'il fût bel homme (5), bien proportionné et de

(1) Ez. x\i. 20 : -72^2 HNI D^Sini SnC-

(2) L'idenlilé est d'autant moins douteuse que le mot babylonien devait se prononcer Etvefluranki, et que le latin, d'après l'arménien de la chronique d'Eusèbe, est Edoranchus. On sait que la b-gende a faitd'Hénoch, le septième patriarche de la Bible, le révélateur des secrets do ciel et d3 la terre,

(4)V24, 1. 30: .v« zn-ru-m la e.lhi .7Àm\mrn traduit; «de race noble» ; P. Haupt {à^ïïî> BoMjlonian etemenls in thc, LevUic /«^Mtt/, note 24) propose : «qui ne soit pas de naissance \ég\timt»{oflegitimale birth), mais cette idée est plutôt indiquée par l'adjectif knnnu; cf. hirpu, n, 1. 44. Lf;s pa>sa;;es cités par P. Ilaupt (Lev., xxi, 7, 14) exigent seulement une certaine dignil»' de la part de la mère, et c'est peut-être à cela que fait allusion le rituel babylonien, à moins qu'on n'admette, comme dans Israël, une caste privilégiée comparable à la race d'Aaron parmi les lévites ; mais cela paraît moins [.robable, le terme de fils de bâni étant employé des uns et des autres. Le mot ellu dans les rituels signifie « pur » ou même « saint»; cf. Ler., XXI, 15.

^S; Inri fiumti n mindtisu suklulu, lire qumfi au lieu de gattidiVec Jensen, accepté par Zimmern lui-mi'rne au lexique.

I LES PERSONNES CONSACKÉES. 231

bonne mine, sans défauts aux yeux (1), ni aux dents (2), n'ayant pas les doigts mutilés (3 ) ni d'autres défauts difficiles à préciser {%). A ces qualités du corps il fallait joindre une doctrine solide (5), nécessaire pour remplir des fonctions délicates et compliquées, les erreurs dans le rituel pouvant avoir les plus graves conséquences. Au surplus, les tables que nous avons sous les yeux avaient justement pour but de régler dans le dernier détail l'ordre des cérémonies, avec toutes les répétitions qu'on pouvait souhaiter, si bien que le Code sacerdotal auquel on a reproché sa prolixité devient à côté de nos documents un modèle de concision.

La traduction littérale de bam serait vogant; mais ce mot indicjue, d'après l'usage, une vision intérieure, le don de la prophétie ; le bdrxi regardait surtout l'avenir dans le foie des victimes (6). Une tablette d'argile publiée par Pinches et étudiée par Boissier représente un foie de brebis divisé en petits segments avec l'indication des présages (7).

II en résulte que chaque présage était pour ainsi dire numéroté et que rien n'était laissé à l'arbitraire du nrôtrc.

Cependant nos textes ne contiennent à ce sujet aucune indication précise (8); on nous dit vaguement que si une certaine partie du foie est sans défaut, l'aruspice s'assied devant Chamach et Hadad sur le siège du jugement pour rendre une sentence de justice et de droiture; Chamach et Hadad, les grands dieux de l'oracle, les seigneurs de la décision viennent à lui, décident et donnent une réponse stable (9). L'oracle est donc un véritable jugement, une décision marquant les conjectures propices, une détermination de l'avenir, ayant pour condition le présage dont le nom est parfois représenté par le même

(1) Zarjtu ênû, litt. « aigu quant aux yeux ». Zim. : « louche» (Schiel (?) Hugig); P. Haupt : « Affecied v;U/i cataract » ; pourquoi pas : « qui a un d'il percé, un borgne » ? Cela est fréquent en Orient et va bien avec les antres défauts qui sont des mutilations.

(2) Hepu sinnn, « brisé quant aux dénis, auquel il manque une ou des dents ».

(3) Nagpi ubani, rattaché par Zim. à ri;;;.

(4) N" 24, 1. 32 s. : entre autres la lèpre (Zim.) ou des maladies contagieuses (Haupt).

(5) sa ih-zi-su lins-di(, p. 97, note 6.

(6) Ez., XXI, 26: "7232.1^1,16 fait et le rapiirochement textuel déjà reconnus [uir Lonormant.

(7) ZiMMERN, p. 8i, citant Cuneiform Texls from Bahyl. Tnblets, etc., pari. VI, London, 1898, et Boissier, Note sur un Monument babylonien se rapportant à l'extispicine, Genève,

(8) Peut-être n'^ 1-20, 1. 112. quand il est dit que le foie doit élre marqué de points, «r//.ia-at, rapproché par Zim. de Tpj.

(9) N" 1-20, 1. 121 ss. Il s'agit de trois objets écrits idéogr. GAI5. Les auspices favorables >ont une condition de la communication avec la divinité ([ui se n'alise «juand on s'assied sur le siège, comme pour le trépied de la Pythie; on voit même [p. 111) que le prOtre demand.* pour l'offrant la faveur de s'asseoir sur le siège.

idéogramme que le foie (1). Un bârà est un homme qui connaît les présages [Mùdi tvvtu), surtout du foie, et c'est pourquoi nous l'avons souveut nommé aruspice, terme qui a sur le mot devin l'avantage de signifier un corps sacerdotal.

Son office comprenait beaucoup d'autres genres de divination, et dans le texte qui ramène les origines de la corporation au roi antique de Sippar, il n'est même pas question d'extispicine. Voir l'huile sur l'eau est son premier office, c'est-à-dire déterminer la réponse divine d'après les combinaisons du mélange de l'eau et de l'huile dans une coupe A£7.av:7y,:7:'a, rite mêlé au sacrifice pour l'examen du foie ; vient

(1) ZiMMEHN, Introduction, p. Sl.Lebdrfi «voitla vision», bira barii, d'où : « faire fonction debârù», bûrûta epvhi, ou« juger au nom du dieu», dîna dânii ; «décider l'avenir »,«rAd^?f pnrasu ; ((déterminer le terme », odanna nadânii ; « le présage », têrtu.

Plusieurs de ces exprossions ont été rapprochées d'expressions bibliques.

Jensen (ap. Zim.) a insisté sur l'identité entre berith, « alliance »,et barûtu ; le sens premier de beritli serait l'inspection du sacrifice dans un acte solennel, ensuite cet acte lui-même; on trouverait le sens primitif dans Gen., xv, où Abraham conclut son alliance avec Dieu en passant entre les victimes coupées en dcux.Haupt a cru voir dans la légende du roi deKutlia un sacrifice analogue. Mais le roi de Kutha dispose sept agneaux en face les uns des autres, on ne dit [«as qu'il fasse deux rangées des animaux immolés {KB., VI, p. 294 et 296) et, comme le fait remarquer Zimmcrn, il n'y a chez les Hébreux aucune trace d'examen des entrailles des victimes dans un but de divination. Zim. lui-même se contente d'opiner que berith est un root emprunté par les Hébreux à l'instar de barûtu dans le sens d'« oracle ». Cela nest pasimjiossible, mais le sens d'« oracle » est trop aflaibli dans berith pour qu'on puisse y voir un mol technique emprunté comme tel. Le plus prudent est de s'en tenir à un rapport d'origine entre berilh et la racine bâru dans le sens de « décider, fixer », comme Delitzsch l'avait proposé depuis longtemps [The Ilebrew Language, London, 1883). — Plus spécieux encore est le rapport entre fc/7u, «présage, enseignement divin», et nnn. Les mômes auteurs concluent à l'emprunt fait par les Hébreux aux Chaldéens et Haupt croit même savoir qu'il est plus récent que le précédent. Mais niin de lértu n'est pas tellement naturel et c'est sans doute que P. Haupt postul*' la forme tnrtii : elle a pu exister, mais dès lors l'emprunt pour cela ne serait pas récent du tout. 'l'crlu a été ramené par Delitzsch [HW., p. 51 o) à la racine "it>< « partir, envoyer » H, 1 ;, et par conséquent « donner un ordre », d'où iïriu, « ordre », et iêrtic « ordre, envoi divin, révélation, présage»). Ici d'ailleurs l'hébreu suggère l'hiph. de ni'' qui signifie « enseigner », étymologie qu'on qualifie de populaire, mais qui n'en est pas moins très normale, et si on répugne à donner au qal ri"'"' inusité le sens de voirque laracine congénère HNI rend cejH-ndant plausibi*', on pourrait y attacher le même sens qu'à l'ass. i\x avec la même dérivalion. Wellh. (Prol., 4f8) avait proposé ihora de ni^^ «jeter le sort», mais il protestelui-même contre un trop vif engouement par une sage réserve {Reste-, p. 143), et en effet pourquoi la forme hiph'il .' En .somme, il n'y a pas lieu de croire à l'emprunt fait au babylonien d'un terme technique. Enfin Zim. rapproche encore (p. 88, note 2) la fixation d'un terme adannu et la l*-nle du T>*"*2 ou du '< terme fixé», latente où l'on apprend la détermination de l'avenir, la tente de l'oracle. Ici on ne suppose pas un emprunt, mais un développement parallèle, étant d'ailleurs certain que mo'cd et adannu oni la môme racine, le waiv initial devant être a en M«yrien, iod en hébreu. .Mais la détermination ()eut s'appliquer au lieu comme au temps, et le »en»doaAA*»mblée, rendez-vous «, demeure encore leplus probable pour l'hébreu. Dans la phrase adanm snma.s iil.unamma citée |)ar Zim. (A'A"., XI, 87 et non 82), le sens n'est pas que Chafoâch avait rendu un oracle, mais assigné un jour fixé. Zimmern se borne à une suggestion; elle est vraiment trop subtile.

ensuite la poche ou la boite (1) des mystères (2) du ciel et de la terre, qui rappelle à Zimmern le kliochen du jugement où le grand prêtre plaçait les Ourim et les Toummim (Ex., xxvm, 30; Lev., viii, 8) (3).

« Le bdrû maniait le cèdre, il levait le cèdre ». Cette expression obscure a laissé Zimmern en suspens; il entendait « le cèdre » d'un « bâton de cèdre ». Il pense avoir enfin découvert le sens de cette locution vers la fin de son recueil; dans cet endroit le cèdre paraît être un tuyau par lequel l'opérant parle à l'oreille de la victime (4). Mais dans ce cas on ne lève pas le cèdre, et il est plus naturel de penser que « lever le cèdre », c'est lever une baguette ou un sceptre de ce bois. Le bthni demandait pour son client la grâce de lever le cèdre, il ne songeait pas à lui communiquer ses secrets. En lui-même le rite du murmure à l'oreille rappelle certaines pratiques des non-civilisés; le capitaine Cook a vu à Tahiti le prêtre poser plusieurs questions à Toreille de la victime immolée (5) ; quant à ce singulier cornet acoustique, il rappelle ces tuyaux d'argile ou de plomb trouvés à Carthage qui permettaient aux vivants de communiquer avec les morts : (( Ces conduits, dit le Père Delattre (6),... recevaient parfois des missives destinées aux dieux infernaux. Ce sont de minces lamelles de plomb couvertes d'inscriptions cabalistiques ,que l'on roulait comme un cigare et que l'on expédiait ensuite par le tuyau aux libations ».

Encore les différents modes de divination auxquels il faut joindre les présages de l'astrologie, que d'autres textes nous révéleront sans cloute, n'étaient que la moindre des occupations du bdrû. L'oracle n'était que le terme d'une longue série de sacrifices : il en coûtait pour le consulter, car : (( sans don ni offrande un fds d'aruspice ne s'approche pas du lieu du jugement, n'élève pas le cèdre : sans offrandes les dieux ne lui révéleraient pas de mystère (7) ».

Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des rituels relatifs aux

(1) Écrite iakallii, mais quelquefois avtc le déterminalif du cuir.

(2) Zim. lit piriUn, « miracle, mystère», et non pùi.sVîf,» décision ». \\ llaupl (note manuscrite) compare Lev., xiv, 12;Num., xi', 34etNeh.,viii, 8, tout en maintenant pi//5/j/,« décision».

(3) Nous rapprocherions plus volontiers le pectoral hébreu de cet ornement que revêtait le prêtre babylonien dans les grandes circonstances, une étoffe de couleur rouge garnie de pierres j)récieuses de plusieurs sortes et suspendue à son cou. (t II doit attacher (?) des pierres AN-GUG-.ME sur de la laine couleur de sang, attacher (0 des pierres su-sar, des pierres nibu, des pierres P.V sur nu ruban tissé (?) et le placer à son cou » (n" 11 Itev.. I. 7 s.). On ne voit pas s'il s'agit de deux pièces distinctes; dans ce cas on |>ourrail songer au l>ectoral et aux épaulières de l'éphod (Ex., xxvm, 7).

(5) Yoyarj es autour du monde, \o\. V, ch. v.

(6) Rev. archéol. 1898, II, p. 218.

(7) N<" 1-20, 1. 117 ss.

sacrifices. Nous voudrions seulement relever quelques traits généraux'^ L'esprit d'expiation reparait même dans le domaine du hârû. Il s'agit de cas où le pénitent tenait à avoir une réponse du dieu, et comme il n'est question que de péché, peut-être demandait-il au dieu l'assurance d'être pardonné. C'est ce que Ton peut conclure d'un texte il) où la situation de l'otTrant est la même que dans les tablettes hirpu : il a le cœur brisé, ses songes sont funestes, la main des hommes est contre lui; il présente une demande que le prêtre aura rédigée et lui signée d'un coup d'ongle. C'est ensuite (2) un pénitent qui n'est autre que le roi en personne ; il se prosterne à côté du de- 'N'in en disant : « 0 Chamach, prononce ma sentence », et pendant que le devin en est aux présages, l'esprit qui persécutait le pénitent se retire, et le prêtre, après avoir oint ses yeux d'huile et mis du tamaris à ses cotés et à ses oreilles, s'écrie : « 0 Chamach! regarde ce péché » (avec miséricorde)! Ne doit-on pas voir là un véritable sacrifice pour le péché?

De l'holocauste nous n'avons su rencontrer qu'une trace (3); l'endroit est intéressant par ce qu'on y distingue entre les personnages considérables et les pauvres; chose étrange, les ricbes offrent un oiseau, les pauvres les entrailles d'une brebis...

Le sacrifice que nous nommerions volontiers pacifique, à l'instar des Hébreux, semble avoir été surtout un des actes de la grande fonction relative à l'oracle, — s'il est vrai que toutes les parties contenues dans la pièce la plus considérable du recueil (n°' 1-20) sont liées. Au jour favorable, le prêtre se sanctifiait et revêtait un habit pur, puis dressait un service pour Goula avant le coucher du soleil. Quand paraissaient les étoiles, il préparait trois tables pour Anou, Bel et Éa. Avant le jour, l'offrant enirait en scène, présenté par le prêtre qui le tirait par la main. Nous savons maintenant quelles paroles accompagnaient cette démarche, si souvent gravée sur les cylindres (4) : " Puisse ton serviteur, un tel, offrir un sacrifice à l'heure du soleil levant, lever le cèdre et paraître devant Chamach! qu'il soit agréable à ta grande divinité, en considération de cet agneau, qui est tout entier parfait de chair, parfait de formes ». On offrait en même temps trois sacrifices. A la nuit tombée, c'était le sacrifice de l'oracle, le point culminant de toute la fonction, et au matin huit sacrifices, qu'on

(Jy N ' Il suite, j), lio.

4i!i-rr' T^' '' '^^^' ^^ ^'■^^'♦•''^ général de la cérémonie, placée dans le rituel des chantres, eu dilUcile a delennincr : on dirait qu'il s'agit de prémices; voir aussi no 2G, col. II, 1. 25. (4; .>- 1-20, 1. Ci ss.

peut considérer comme eucharistiques, terminaient ce long office.

Les sacrifices offerts parle prêtre seul sont hérissés de termes techniques encore mal éclaircis; il est aisé de se faire une idée assez nette du sacrifice où parait l'offrant. Nous le résumons d'après la seconde recension (1), celle du sacrifice que nous nommons eucharistique, offert à huit dieux, Chamach et son épouse Aa, son majordome Bounene, Droiture et Justice qui accompagnent Chamach, enfin Mardouk, Hadad et le dieu gardien. 11 y a quatre moments principaux : préparation, immolation, comhustion, lihation finale.

On dispose huit pyrées devant les dieux, on place derrière huit tables avec quatre cruches de vin de sésame et trois fois douze pains doux, c'est-à-dire sans levain, avec un mélansre de miel et de beurre et du sel répandu.

Le prêtre répand maintenant sur les pyrées, non encore allumés, des branches de bois odoriférant, cyprès, tamaris, etc., en présentant l'offrant à chacun des dieux; puis il immole les huit agneaux pendant que l'offrant les tient et il asperge, selon nous, avec le sang de la victime.

Cela fait, le prêtre choisit les morceaux réservés au dieu, les lave, les place devant le dieu (2) et allume le pyrée; ces parties de la victime devaient donc être consumées par le feu.

A ce moment, l'offrant entre plus directement en scène : il lève les mains, prie, se prosterne; enlève la table de chaque dieu, mais dans l'ordre inverse des immolations; vide devant le pyrée les quatre cruches de vin, enlève le pyrée, se prosterne, se met à genoux.

Nous avons cru plus probable que les parties de la victime nommées étaient consumées sur l'autel (3). Dans ce cas, nous ne connaîtrions pas la redevance due au prêtre. Nous savons qu'elle fut réglée pour le temple de Sippar par le roi Naboù-pal-iddin, vers 870 : elle comprenait les reins, la peau, le croupion, les tendons, la moitié du deuxième estomac, la moitié des viscères du thorax, deux jarrets

(2) Dans le sacrifice pacifique qui précc'de (l. 55-100), les morceaux sont salés aprrs avoir été lavés, et placés sur la table du dieu. Ces morceaux sont : imilfii, « la (cuisse ou rtq>aule) droite »; hinsâ que P. Ilaupt a très bien comparé à Thébr. D^ï^m, « les reins »; sumé que Jensen traduit « rôti » avec l'assentiment de Zim.;etd'aulres fois sih/ii. d'apnsP. Haupt.ndu bouilli ». L'étymol. de himé dans le sens de « rôti » est sans doute très ju-str, mais il n'en est pas moins vrai que ce mot devait signifier ici une partie spéciale de la victime, car elle n'était pas rôtie avant d'être lavée. De même pour \/77'/.

(3) Zimmern dit que ces parties étaient offertes à la divinité; en renvoyant à lA., \xix. 22, il semble dire qu'elles étaient consumées ; en citant Lev., vu, 32 s., etc., on les croirait acquises au prêtre. D'après P. Haupt, c'est la part du prêtre.

236 ÉTLDtS SLR LES RELIGIONS SÉMITIQUES.

et un i^ot de sauce (1). Peut-être à une époque plus reculée les droits du prêtre s'étendaient-ils indistinctement sur tout ce qui était offert au dieu. Ou savait déjà que le sacrifice babylonien avait un caractère alimentaire très prononcé. C'est un festin offert auxdieux. Nos textes en offrent un exemple remarquable (2). Dans certains rituels (3), c'est surtout l'ordre des cérémonies qui est indiqué afin de marquer la prière qui de\ciii accom\)digner chaque action. D'autres recueils (4) indiquaient l'ordre réduit à ses termes les plus simples, d'autres (5) les prières in exte/iso. Elles ont naturellement pour but de souligner et quelquefois de décrire l'acte, en le recommandant à la bienveillance divine (6). Nous essaierons de résumer les grands traits de cette remarquable fonction qui devait aboutir à un oracle rendu en faveur du roi.

Le devin (7) se lève avant le jour et se lave (Cf. Lev., xvi, 4) dans le bassin sacré; il s'oint d'huile parfumée avec diverses plantes (cf. Ex., XXX, 2-2 et 30), met un vêtement pur (cf. Lev., xvi, 4), se purifie avec du tamaris, mâche certaines herbes (8), se lave la bouche et les mains (cf. Ex., XXX, 17 ss.) (9). Dans la prière pour se laver la bouche et les mains (n° 97) on suppose déjà accompli un acte préliminaire dont la mention est souvent répétée : le tracé d'une sorte de contour pour les grands dieux, un filet pour leur servir de demeure. C'est comme les chaises placées pour les convives qu'on invitera ensuite à prendre place. Le prêtre balaie la plate-forme et répand de l'eau lustrale, il met la poche de cuir, il place du tamaris sur le sia^tu (10), remplit un vase de farine, y plante de petits bâtons de cèdre, met du charbon dans le pyrée, lave le chewve'du. Après cela (11) il dispose une planche qui parait être la table destinée aux dieux, place les assiettes, met de l'eau dans un vase, fumige le tout. A][)rès cela (12) il prend un vase de chaque main et répand de la farine, puis il dépose « l'in-

(1) Kli.. III, 1, p. 180, et les amélioralions de P. Haupt, ioc. lawL, notes 92 et ss. 1) Ce->1 toute une série de fragments intéressants, donnés par Zimmern en appendice, de la page l'JO à la page 218.

(5) >•-> 'Jô, etc.

(6) Un peu comme les prières «iiie [>rononco le prêtre en revêtant les habits sacerdotaux.

(8, Qu'il foulera ensuite aux pieds comme devenues impures, p. 112, \. 13, dans une cérémonie semblable.

:»; Cesl a ce moment que, dans un autre texte (p. 112), il passe à son cou le tissu orné de pierre» précieuses : le texte 75-78 e>t iacuneux; le prêtre met la pociie de cuir SU-BIK. .10) S*'ns inconnu.

(H) Transition marquée par le texte.

112} Transition marquée par le texte.

vocation du nom » qui est sans cloute la question posée aux dieux. A ce moment intervient un morceau de laine noire avec de la corde (?). Le sens est demeuré obscur. Faut-il que Toflrant s'en revête et se présente au dieu sous l'apparence de la victime elle-même? \\'. R. Smith a cité des rites analogues (1). Avant de commencer le repas, les dieux doivent, comme les mortels, se laver les mains. Le prêtre puise de l'eau dans une grande cruche, la met dans une aiguière et dit la prière del'oblation de l'eau : « Giianiach, Seigneur de la sentence! Hadad, Seigneur de la divination! prenez les eaux pures de l'Amanus avec les essences parfumées du cèdre, du cyprès... des saintes montagnes... Les [sacrifices] enfants d'Anou sont disposés, sont sanctifiés... » Viennent ensuite trois prières pendant qu'on secoue des fragments de cèdre sur le pyrée. On fumige ainsi l'enceinte qui est censée servir de demeure à leur divinité; on les invite à s'approcher, tout en constatant qu'ils habitent les ci eux. Ils n'ont qu'à se rassasier de cèdre et de farine brûlés : c'est un repas qu'on offre à l'assemblée des dieux!...

Il y avait sans doute aussi des libations et un plat de viande, puisque la tête de la victime devait être lavée trois fois ; mais les textes sont malheureusement très lacuneux.

Dans cette même fonction (2), l'offrande des prémices (3) a aussi une signification très précise et fort importante au point de vue des comparaisons avec les non-civilisés. Les céréales sont déjà divinisées (k-) et cependant sont répandues pour servir de demeure à la déesse grain : « je dessine un enclos, comme les hautes montagnes, pour les grands dieux » ; où l'on voit bien que le séjour des dieux est dans les hautes montagnes, mais on leur offre une réduction dans le contour que marque le grain.

Avec les divers traits que nous avons rencontrés dans chacune des classes du sacerdoce, il est aisé de se faire une idée générale du prêtre babylonien. Il est avant tout un personnage pur, un oint, l'onction ne signifiant peut-être ici rien de plus que la pureté (5),

(1) The Religion of the Sémites, p. 437.

(2) Prière (d'après n"' 80 à 90), au moment où on met de la farine dans un vase.

(3) N» 88, 1. 11, inib mtti a-zak-/ia-rah-/iu-nu-s[i, « je vous dédie le fruit de l'année»; Zim. compare Ihébreu "^ITN, cette poignée de farine brùlee avec de l'huile et de l'encens (Lev., II, 2, etc.).

(4) Je ne sais pourquoi à la ligne 9 Zim. a négligé de transcrire le signe du divin avant ;msaba; il a son intérêt. Aux n»' 89-90 il l'a négligé également, mais du moins il a prévenu dans la noie a que les céréales sont personnifiées comme une divinité, lilie d'Anou.

(5) Jensk.n. KIL, VI, 3G7, pense que le nom de ramku donné au prêtre ne signilio pas, « celui qui fait les libations », mais « celui qui est bien lavé, purifié, oint » ; le prêtre est aussi pamii, un « oint»; or LLH est un idéogramme qui égale misû, n laver », et pnsLit, « oint ».

ojji ÉTIDKS SI K LES RELIGIONS SÉMITIQUES.

avec quelque chose de positif, comme le parfum. Il est aussi le sacrificateur par excellence (l). C'est celui qui consulte la divinité pour connaiire sa volonté, plutôt que pour sonder les mystères (2). Il est, iKirtout sur les cylindres, l'intermédiaire entre le dieu et son adorateur. Mal'^ré sa consécration personnelle, il fait partie d'une caste; certains défauts pourraient seulement l'écarter du sanctuaire. Il est inutile de faire remarquer combien cette conception ressemble à celle des Hébreux, d'autant que les Babyloniens possédaient aussi des trrands prêtres (3). Mais il ne faut pas oublier non plus que ce sacerdoce si relevé pratiquait tous les rites de sorcellerie et de divination que les prophètes des Hébreux reprochaient aux Cananéens. Loin cependant que ce métier soit leur fonction propre, on voit qu'ils ne s'y sont livrés que pour combattre par ses propres armes la sorcellerie menaçante pour la religion et la civilisation.

Ils ont donné une autre satisfaction aux bas instincts de la nature en entretenant dans les temples des courtisanes sacrées. Hérodote a raconté là-dessus d'étranges histoires, prétendant que toute femme devait une fois en sa vie s'offrir au temple de la déesse (4). Les textes assyriens n'ont rien qui confirme ce renseignement, manifestement exagéré (5), mais ils contiennent une galerie variée de noms appli- (piés aux courtisanes sacrées et dont les modalités nous échappent en partie 6). Le caractère de femmes consacrées à Ichtar est néanmoins très net. C'est un des cas où la pratique religieuse et le sens moral se sont trouvés dans l'opposition la plus formelle. Le titre de consacrée est devenu synonyme de femme sans mœurs, et même de sorcière (7).

Enfin les temples pratiquaient le scandale plus répugnant en-

f\) C'est le sens de .sniuju, soit qu'on V âna.]y se sa-nâqii, «celui du sacrifice», ou comme une forme cbalVI de ncf/à, « sacrilier ».

(2) D'où le nom de sa'Uu, racine 7N^. Jastrow (congrès de Rome, oct. 1899) traduit "n'niNwM 'I Sam.,i, 28} : «je l'ai consacré comme prêtre». D'après Jensen(/i'^., VI, 417) ce Icnne a plutôt rapport à son habit. Dans le jeu des syllabaires il est diflicile de s'arrêter à •juelque cho'se de précis. On peut même se demander si les Assyriens n'ont pas décomposé le mot en ^n-'iln, « celui du dieu » ; sa-'iltu, « celui de la déesse ».

(3y Snnfjninmnhn.

(i) HtR., I, 190. Un fait de prostitution" dans un temple est raconté parCléarque {FGH., II, p. 306 s.), mais considéré comme odieux à la divinité et puni par la foudre.

'h) Le sacrilice de la pudeur remplaçait à Byblos celui de la chevelure d'après De deâ Syrû, 0.

{(">) QfifJislu = 7\X0ip, « hiérodule »; Ularitu, « femme consacrée à Ichtar» ; harimln, le même mol v harem », mais dans le sens de « prostituée»; Kizrilu ou Kazralu, mmhaiu, la jav|ua présent nliâLu (étym. inconnue); ces trois derniers noms ont le môme idéogramme K A F'. -KIT. Cf. Jk:ise.n, Kli., VI, 375 s.

(7; Dkutzscii, //IK., r,81.

core des prostitués mâles. C'est du moins la conclusion qui s'est imposée aux assyriologues (1). Comme les prêtres de Baal de la Bible et comme les Galls, ils pratiquaient sans doute sur eux-mêmes diverses mutilations. Le dieu Anou est associé à Ichtar lorsqu'il s'a"-it de ces cultes dont Erek semble avoir été le foyer principal.

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