‹ Etudes sur les Religions Sèmitiques (volume 3)Chapitre 31 sur 45 · II · texte numérisé non relu

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fil Voiri les faits. Au ^ \'). (Prœp. ev., I, 10, Dindorf), Eusèbe termine ce qu'il a à dire de Sanchoniathon, traduit par Philon, reconnu exact par Porphyre. Au g ''iS, le petit passage »ur Taaut, considéré comme premier auteur d'une sagesse profonde que l'explication allégorique devait mettre en lumière. Au § 4.5, Eusèbe annonce qu'il va citer une théologie sur les serpents d'apn.-s le même dans son ouvrage sur les lettres des Phéniciens, traduit de Sanchoniathon. De 4Gà 52, cette théologie absolument étrangère aux idées de Philon. Au § 5

LES MYTHES PHÉNICIENS. 3jj

que Philon a revendiqué pour Sanchoniathon l'honneur d'avoir remis au jour la vraie doctrine de Taaut, et que par conséquent il a fait de Taaut le premier maitre de l'évliémérisme; il n'a donc pas écrit le passage où Taaut est censé avoir exposé une doctrine profonde dont les divinités Sourinoubelos, Thouro et Ghousarthis auraient donné ensuite l'explication allégorique. Il ne peut pas non plus avoir écrit la longue tirade sur le caractère divin des serpents, et il n'était pas assoz sot pour placer dans la bouche de Sanchoniathon des citations d'Areios d'Héracléopolis et de Phérécyde, sans parler de Zoro.istre et d'Ostanès. Le plus simple est de penser qu'Eusèbe, poursuivant l'exposition de la théologie phénicienne, n'a pas été f<\ché de la peindre sous un mauvais jour en ajoutant une page ridicule sur les serpents à l,i polémique déguisée entreprise par Philon contre cette théologie. Il ajoute que l'explication naturaliste, inaugurée par Taaut d'après sa seconde source, ne tient pas debout et qu'elle est réfutée par les auteurs les plus recommandables de la Phénicie. Cette seconde source parait être Porphyre dans un ouvrage sur les Juifs. C'est sans doute dans un ouvrage semblable que Porphyre avait Toccasion de s'appuyer sur Sanchoniathon, comme particulièrement bien informé par leur grand prêtre Hiérombalos. Et cela n'empêche pas que Philon lui-même n'ait composé un livre sur les Juifs, comme le prouve péremptoirement le témoignage d'Origène (1).

Ce passage sur les serpents et sur Taaut, pour n'être pas de Philon , n'en est pas moins intéressant comme attestant chez les Phéniciens soit un culte de serpents très développé, soit l'existence de l'école allégorique, que Philon s'était proposé de combattre.

Nous abordons maintenant l'analyse du texte de Philon. Nous sommes prévenus que nous y rencontrerons deux partis pris bien arrêtés : le dessein d'expliquer l'origine des dieux et leurs cultes par l'histoire, et la prétention d'expliquer encore [)ar l'histoire phénicicniir

condamnalion sommaire de ces explications naturalistes des serpents divinises. Le dernier paragraphe parait être d'Eusi-be. Si les §§ i6-r.? avaient Hé vraifiient empruntés A Philon. cet auteur devait se proposer de les réfuter; mais il ne pouvait vraiment pas l.s mettre «lan* la bouche de Sanchoniathon, ni se contredire au sujet de Taaut. Il est donc probable qu'Eusèbe s'est imaginé à tort que Porphyre prenait toujours pour guide San(h.)nialhon, à moins que la référence ne soit d'un interpolateur. Quant au § Vi, il raeonle le sa. rilire humain inauguré par Kronos, et ce passage revient textuellement IV 16 il; il aura été interpolé» dans cet endroit avec les mots i:tç>\ toO Kpôvou qui sont en tout eas mal placé* au n" 42.

(1) Contra Cels., I, 15.

la mythologie grecque elle-même. Cette dernière sera donc toujours visée, mais obliquement, comme il convenait au but poursuivi par l'auteur.

Nous avons refusé de reconnaître dans ces textes plusieurs documents phéniciens aux contours précis; il est cependant une division qui s'impose et qui facilite l'étude. Nous en nommons les trois parties : cosmogonie, histoire primitive, histoire des Ouranides.

COSMOGONIE (Frag. II, 1-4).

L'introduction est une analyse cVEusèbe :

1. « II suppose comme principe de toutes choses un air trouble et venteux ou un souffle de vent trouble et un chaos obscur, sombre comme l'Érèbe; tout cela serait infini et pendant des siècles nombreux n'aurait pas eu de limites.

« Mais quand ensuite, dit-il, le soulfle s'éprit de ses propres principes et qu'il se fit un mélange, cette union se nomma désir. Ce fut le principe de la création de toutes choses, mais le souffle lui-même ne connaissait pas sa propre création, et de son embrassement avec lui-même, se produisit Mot. Quelques-uns disent que c'est du limon, d'autres une pourriture de composés aqueux. Et c'est d'elle que se produisirent tous les germes créés et c'est l'origine de toutes choses.

2. n Or il y avait certains animaux privés de sensation, d'où sortirent des animaux intellij^ents et on les nomma Zophésamin, c'est-à-dire inspecteurs du ciel. Et elle prit une forme semblable à celle d'un œuf. Et le soleil brilla, et la lune, et les étoiles, et les grands astres (1). »

Sur quoi Eusèbe remarque :

« Telle est leur cosmogonie, qui professe l'athéisme en termes exprès. Voyons ensuite comment il amène l'origine des animaux.

.3. « L'air s'étant donc illuminé, grâce à l'inflammation et dé la mer et de la terre, il se forma des vents et des nuages et d'énormes chutes et inondations des eaux célestes. Et lorsque à la suite de la chaleur du soleil toutes choses se distinguèrent et s'éloignèrent de leur propre place pour se rencontrer ensuite mutuellement dans l'air et se heurter, il en résulta du tonnerre et des éclairs, et au fracas du tonnerre ces animaux intelligents dont nous avons parlé se réveillèrent et s'épouvantèrent du bruit et se remuèrent sur la terre et dans la mer, comme mâles et femelles. »

Eusèbe :

4. (' Voilà donc aussi leur zoogonie. Le même écrivain ajoute à la suite :

n Voilà ce qu'on trouve écrit dans la cosmogonie de Taautet ce que ses livres nous

(1) DansIe toxle : iU'>ct\v\iz Mwt viottex. t. ).. Nous sn[)[)riinons Mot. II y a ici une ambiguïté. On ne sait si ce sont les animaux qui prirent ou Mot qui prit la forme d'un œuf. Les auteurs sont parlaj^<;s. Cf;la même indique la solution du [)roblème. L'auteur ne nommait pas M61, jug<;ant assez évident que c'était elle qui avait pris la forme d'un œuf. Quelqu'un voulut intrcHluire ce mot pour plus de clarté, mais le plaça mal. C'est pourquoi nous le retranchons.

ont fait connaître; ce qu'il avait vu fournit à sa pensée des conjectures et des preuves; il nous a éclairés avec ce qu'il a trouvé. »

Cette cosmogonie est composite et composée librement. Mais il n'y a pas de raison de rejeter absolument l'affirmation de l'auteur. Il l'attribue à Taaut, elle est donc principalement d'origine égyptienne. Movers l'avait déjà reconnu, il avait cité un passage de Diodore qui nous éclaire en même temps sur la manière dont composait Philon (1). Niant l'existence des dieux, Philon devait par là même exclure toute révélation. Aussi prend-il soin de nous dire que sa cosmogonie a été conclue par Taaut en conjecturant d'après les causes actuelles. Parmi les causes actuelles qui permettaient de faire sortir les animaux d'un limon humide, on ne connaît guère que le phénomène, admis par l'antiquité, de la fécondité du limon du Nil et des générations qui s'y produisaient spontanément. Cette fange se nomme Mot, c'est précisément le Moût égyptien, qui signifiait l(imrre{^]. De Moût on avait fait la déesse féminine de la triade thébaine, Amoun, Moût, Khonsou.

Les égyptologues reconnaissent à cette triade une constitution factice. Moût élait moins une divinité ancienne qu'une abstraction tliéologique désignant le principe des choses. Quanta l'œuf d'où sort le soleil, il suffira de citer Maspero : u C'était lui encore l'œuf lumineux que l'oie céleste pond et couve à l'orient et d'où l'astre éclôt pour inonder l'univers de ses rayons (3) ».

Gruppe a pensé que la cosmogonie égyptienne avait été connue de Philon par Hécatée. On pourrait alléguer en faveur de cette opinion un passage de Diogène Laerce ; le résumé de la cosmogonie égyjitienne qu'il donne d'après Manéthon et Hécatée ressemble beaucoup, pour les termes, à la zoogonie de Philon (\).

D'autre part, on est frappé de trouver au début de la cosmogonie un si grand nombre de termes analogues à ceux qui paraissent tout au commencement de la théogonie d'Hésiode, le Chaos, l'Krèbe, l'Amour, la Nuit, LÉther. Ici on ne peut conclure à un emprunt formel, mais

(1) Movers, Die Pliocn., p. 130. Que l'on compare les deux textes : TaOô'r.ûpcOr. èv \% xoofiOYcv-a, YEYpdc|jL(j.£va Taauxou xal toï; èxeivoy 'j7:o!J.vr,[JLa<7iv, éx « a'zrjyac[L(:>v xat Tey|iTipi<Dv... fl cela, comme l'a noté Eusèbe, spécialement à propos de la ^woyovia. Diodohe, I, 10 : Tf.« 6' il iç-y/.i

Tiafi' aÙToï; î^woYovta; Tex[XYiptov Treipôjvxai çÉpeiv tô xat vOv ëti xy-jv èv t% e/.Catôi •/«•'f'»"' ««'a Tiva; xatpoù; T0<70UT&-j; xai Trj^'.xo'jTOu; |AÙ; ycvvâv cL^te xoù; loôvTa; to Tfevoacvov Un^rj-ctatii.

(2) Les Grecs avaient noté et le sens du mot et sa iK)rlée (•osmo;;onique. Isia qui désigne le principe matériel se nomme MouO, ce qui signitie « mcre « (Isis et Os., ;' 50 .

(3) Histoire..., I, p. 88.

(4) <I>àox£iv Te àpx^iv (xsv sTvai r^v uXnv, eîra xi zicaapi. axrjv/ilr il aOTr,; 2;axp.0i».ai. xal Çôia TîavTota aTioTs) scOr-vai (i-7/G., II. 388). On remarquera dans IMiilon (II, 3) que les quatre éléments coopèrent à la naissance des animaux... oicxoî^r,... àz£Te)£oOr,<jav...

il y a assez de ressemblance pour que le lecteur naïf soit incliné déjà vers la conclusion de Philon, que la cosmogonie d'Hésiode est dérivée de la Phénicie.

On voit dans quelle mesure on peut reconnaître à ces cosmogonies (( une provenance vraiment sémitique », « des données originales et indigènes » (1).

Il faut constater d'abord que cela ne ressemble guère à la cosmogonie assyro-babylonienne. Comme premier principe, ici Fair, là-bas l'eau. L'air engendre de lui-même une boue humide, Feau est divisée régulièrement en deux principes générateurs. Aucun terme commun. Mot n'est pas Tiâmat, comme on Fa prétendu (2), et n'est d'ailleurs que le second principe des choses. Surtout les dieux ne paraissent pas dans Philon, tandis qu'ils sont, dans les différentes recensions babyloniennes, les créateurs des animaux et des hommes. On pourrait alléguer que, lorsqu'il s'agit des origines lointaines d'une conception, l'idée maîtresse importe moins que les détails. Philon aurait su introduire son athéisme même dans la cosmogonie babylonienne : c'est ainsi qu'il y a entre la cosmogonie babylonienne et celle de la Bible une différence radicale s'il s'agit du principe doctrinal : là les dieux sortent de la matière, ici Dieu est la cause de tout. Mais du moins nous retrouvons dans les deux cosmogonies certains éléments primitifs communs que nous n'avons pu relever ici; nous cherchons vainement un point de contact décisif entre Philon et Babylone.

Est-ce à dire que Philon a emprunté directement sa cosmogonie à l'Egypte? On sait quelle fut, depuis une très haute antiquité, l'influence de FÉgypte sur la Phénicie et il ne répugnerait pas que les idées égyptiennes sur ce point aient été déjà nationalisées avant le temps de Philon. Et il semblerait qu'il en fut ainsi. D'abord Fensemble du morceau est écrit à la sémite et dans ce morceau seulement les phrases sont liées par la simple conjonction et, ce qui est caractéristique. Il est vrai que Philon était un Sémite, mais s'il s'était appliqué à imiter le style sémitique, il Faurait fait partout. De plus, nous possédons d'autres cosmogonies phéniciennes, et elles ont des traits communs. Damascius, dont les découvertes assyriennes ont rehaussé l'autorité, attribue Fune d'elles au philosophe péripatéticien Eudème (3) :

(1) Re^v!», op. laud., p. 250 88.

(2) Half'vy propose de lire To|j,wt {Mélanges de critique, p. 382 ss.). Il est encore beaucoup plus fantaisiste de remplacer tto^o; par Apsou sous prétexte que ttôôo; peut se traduire hfphcs<\\x\ a pu (Hre confondu avec Apsou, « océan».

(3) Traduction de Lenormant, Les Origines, I, 532.

« Les Sidoniens, suivant le même écrivain, supposent avant toutes choses le Temps, puis le désir et l'obscurité. De l'union de ceux-ci comme les deux premiers principes naissent Aêr (l'air) et Aura (le soufOe, envisagé comme femelle), Aèr reprc>eniant l'intelligible dans sa pureté et Aura le premier type animé qui en procède en se mouvant. Ensuite, de ce couple est produit l'Œuf cosmique, conformément à l'esprit intelligible. »

D'après le même Damascius, Môchos mettait d abord TÉtheret FAir, les deux principes d'où fut engendré Oulômos ou Je Siècle; puis Choiisôros r Ouvreur et TOEuf (1).

Parlant en son nom propre, Damascius attribue aux Phéniciens comme premier principe « le Temps cosmique qui embrasse tout en lui (2; ». Ces difî'érentes cosmogonies font donc une place d'honneur au Temps et à l'Air. D'où sont venues ces conceptions.* Il semble d'abord qu'elles soient plutôt le résultat de la réflexion qu'une tradition nationale. A chercher un principe des choses ou remarquerait que l'eau ou l'œuf n'étaient point une matière assez subtile. Déjà les Égyptiens, envisageant le rôle du soleil et de la lune comme se complétant par les principes humide et igné, leur avaient attribué Pair comme élément commun (3). C'était en faire la racine desautres. D'autre part, on ne peut nier Pimportance des vents dans cette cosmogonie : Eusèbc signale (4-), sans insister, le soin de Philon de nommer tous les vents aussitôt après l'apparition des animaux. D'après Môchos (5), on se demandait si, après les deux premiers principes, « le plus haut degré de l'intelligible n'était pas le vent, et le degré moyen les vents Lips et Notos, car on les fait produire avant Oulômos ». Ceci dépasse beaucoup le rôle des vents employés par Mardouk dans sa lutte contre Tiâmat, et Maspero a pu dire : « Les Phéniciens, habitués au spectacle de la Méditerranée et de ses rages aveugles, ne se sont pas figuré le Chaos tel que la plupart des peuples de l'intérieur le concevaient, immobile et silencieux : ils l'imaginaient parcouru d'une Ijrise puissante qui, soufflant en bourrasque à grand fracas, finit par le remuer jus-

(1) Lenorrnant a reconnu aussi le grand inlértH dans la question dune cosmoponi»' allribuée par Damascius à Hiéronyme et à Ilelianicos « si ce ne sont point un in.^rnc [K-rsonna^e u. Les doutes de Damascius étaient sans doute fondes, et il est probable qullcll.unais a s«'rvi [le prête-nom aux élucubrations de cet Hiéronyme que Josèphe 'An(., I.iii,'.») nomme IK^jypien et qui s'était occupé de choses phéniciennes, pour les môler à des théories orphiqu.s. Dn affectait de ne pas nommer le premier principe; ensuite venaient l'eau et la terre, puis m troisième principe : « il a la forme d'un dragon (jui a des têtes conjuguée» eni»omble de aureau et de lion, et entre elles un visage de dieu avec des ailes aux épaules, et on le lomme le Temps qui ne vieillit pas ou Héraclès... ».

(2) Lenormant, loc. laud., p. 533.

(3) DlODORK, XI, 5.

(4) Frag. II, 4.

(5) Lenormant, loc. Unuh, p. r»33.

300 ÉTUDES sua LES RELIGIONS SÉMITIQUES.

que dans ses profondeurs et par en féconder les éléments au milieu de la tempête (1) ».

Il convient donc de reconnaître ici une idée traditionnelle. Pour le Temps, cela parait plus difficile, car c'est par excellence la catégorie abstraite dans laquelle un philosophe emboite les choses. Pourtant le choix du temps, plutôt que de l'espace, s'est peut-être produit de préférence en Phénicie à cause de la confusion, commise par les anciens eux-mêmes, entre Kronos, que les Latins ont rendu Saturne, et Ghronos, le Temps (2). Philon, qui traite plus tard de Kronos, devait naturellement rejeter toute théorie qui eût fait de l'homme divinisé un élément naturel; il n'avait pas à en parler.

On attribue surtout une origine phénicienne aux Zopliésamin. A juger par l'apparence, c'est un élément purement sémitique et local : le mot est authentique et signifie a ceux qui regardent le ciel (3) ». Le sens a été contesté. Winckler a pensé que Philon avait confondu et qu'il s'agissait du zodiaque. Les Chaldéens le considéraient comme une chaussée solide, une sorte de firmament. Ce que l'hébreu a nommé raqia, les Phéniciens ont pu le nommer 50^Ae, ce serait donc le firmament des cieux, et c'est lui qui aurait eu d'abord la forme d'un œuf; la qualification d'animaux se trouve dans le terme même de zodiaque (4). Or ces constellations étaient précisément d'après les Babyloniens des surveillants du ciel et de la terre (5). C'est très ingénieux, trop sans doute, car un pareil raisonnement est suspendu dans le vide. La pensée de Philon est claire ; il s'agit du passage des animaux rudimentaires aux êtres intelfigents. S'est-il servi pour les désigner d'un terme existant dans la langue et qu'il a mal compris? peut-être, mais cela importe assez peu à l'intelligence de sa pensée Nous ne savons pas non plus si les zophésamin existèrent en phénicien avec le sens

(1) Histoire..., II, p. 569.

(2) Plut,, /.s., 3'i : o)(T7tsp "EXXrjvgç Kpôvov oùly]y opoxxji xôv Xpôvov. On pourrait objecter que Mochos dit Oulômos qui doit être DIVJ., le siècle, et non Chronos, le temps. Mais ce clian;;etnenl dans les termes prouve bien qu'il ne s'agit pas d'une conception admise par tout le monde. Gruppe(p. 514) a voulu raUacher OjXw[jl6; à la racine obs?, « éprouver un attrait sexuel «, mais sans la moindre raison probable.

(3j La forme samin au lieu de samim est plus près de l'araméen que du phénicien, mais le changement est assez naturel dans une transcription ; les Grecs ne prononçaient pas facilement les mots terminés en m. Les Espagnols disent per dominun nostrun, etc. Quant à N£jf, il n'existe pas en araméen, mais bien en néo-punique avec la signification de « voyant » (LiD., Lexi({ue).

(4) Wlickler, Himmels-und Weltenbild der Babylonier {Der aile Orient^ III, 2/3), p. 20 s.

(j) DiorwRE, II, :J0, à propos des trente (ou plutôt trente-six) astres du zodiaque : toOtwv et Toù; |ùv T,iu<jei; tov; Oîièp y^v TÔTtoy^ èçopàv, toù; 6è i?iji.t<reiç toù; 0ïi6 y^v, ta xax' àvOpwTcou; tîT'.T/.'iTTVj-Ta; ixx y.al ta /.axà tov oùpavôv ayfxêaivovTa.

qu'il leur donne. Ce qui est sûr, c'est que nous avons dans cette expression un résumé de la philosophie grecque qu'Ovide a exprimé avec élégance au terme de sa cosmogonie :

Os homini sublime dédit, caeliimqiie videre Jussit et erectos ad sidéra toiiere viiltus (1).

Il y a dans le texte de Philon une sorte de prolcpse. Il tenait beaucoup à faire sortir les animaux du limon et c'est pour([uoi il les mentionne tout d'abord; mais ils n'existent encore qu'en germe et c'est seulement lorsque toutes choses ont pris leur place et au bruit de l'orage général que ces êtres intelligents prennent conscience d'euxmêmes et apparaissent comme distincts, mâles et femelles. Le complément naturel de la génération spontanée, c'est l'évolution. C'est pourquoi Philon a distribué en deux actes l'origine de l'homme, au détriment de la clarté de son texte.

Il semble donc acquis que la cosmogonie de Philon est une combinaison voulue d'éléments traditionnels librement choisis. La Phénicie lui fournissait le principe aérien. Il l'a placé en tête, avec des expressions empruntées à Hésiode. L'Egypte avait, depuis une haute antiquité, transmis à la Phénicie l'idée de l'œuf cosmique. En tout cas elle raisonnait, à l'époque grecque, sur la génération spontanée, et cette génération, jointe à l'évolution, devait être le principal ressort du système de Philon, comme elle l'est pour tous ceux qui nient les causes surnaturelles.

HISTOIRE PRIMITIVE (Fr. II, V''-12').

L'évolution est aussi la loi de la seconde partie des fragments (i** à 12^) que nous avons nommée histoire primitive et qui est comme l'histoire des inventions ou le progrès de la civilisation et du culte. On a surtout cherché dans cette page les noms sémitiques qui pourraient correspondre aux noms grecs, sans tenir assez compte de la pensée propre de l'auteur. Parce ([u'on n'en a pas suivi les lines déductions, on a conclu à des fragments juxtaposés de cosmogonie. C'est le mérite de Gruppe d'avoir reconnu l'unité du morceau. Lne méthode strictement analytique exigerait d'abord la démonstration de ce fait qui doit régler les interprétations particulières. Pour éviter de reprendre à deux fois chacun des textes, nous supposons cette unité qui ressortira de notre lecture.

(1^ Metam., I, 85 s.

368 ÉTUDES SUR LES RELIGIONS SÉiMITIQUES.

Nous ajoutons que la fiction s'imposait ici, et pouvait seule atteindre le but de Fauteur. Si Philon a voulu écrire Thistoire des inventions et des progrès du culte, non seulement dans les grandes lignes, mais dans leurs perfectionnements successifs, il eût été bien heureux de trouver dans le panthéon de la Phénicie — car il ne peut être question de son

histoire des noms correspondants, et souvent par paires, aux diverses

inventions! Il serait plausible que les grandes branches de la vie sociale, agriculture, guerre, commerce maritime, etc., eussent eu leur dieu patron, qu'il était facile à un évhémériste de représenter comme Tinventeur d'un art ou d'une science ; cela eût fourni quelques points de repère réels. Mais toute une série, et par couples, c'est évidemment ce qu'on ne pouvait demander à une religion que nous savons assez pauvre en divinités caractérisées. Philon était donc réduit à inventer des noms de toutes pièces, analogues à l'invention proposée, ou à chercher ailleurs.

Est-il invraisemblable qu'il ait fait quelques emprunts aux Juifs dont leshvres sacrés commençaient précisément par un tableau très abrégé des progrès de la vie sociale? Renan n'avait pas hésité à affirmer l'influence juive. Philon contiendrait l'écho transformé et altéré de la Bible, un peu comme la catéchèse évangélique est contenue dans le Coran, défigurée, mais reconnaissable. A cela Gruppe répond que Mahomet était un ignorant, Philon un érudit; l'un répétait des histoires mal colportées dans le désert, l'autre suivait ses manuscrits dans le silence du cabinet. Dans notre pensée l'objection n'a pas de force si l'érudit qu'est Philon ne veut ni suivre ouvertement les sources, ni s'écarter absolument de toute tradition. Il emprunte, mais il démarque : la preuve décisive est le nom de lao, le Dieu des Juifs, expliqué par le phénicien (1).

Il est temps de confronter ces suppositions avec le témoignage des textes.

" Ceux-ci les premiers divinisèrent les produits de la terre et les considérèrent comme des dieux (2) et les adorèrent, car ils en tiraient leur subsistance, eux et ceux qui les suivirent et tous ceux qui avaient été avant eux, et ils firent des libations et des aspersions (3). »

ô. Et il ajoute : « Telles étaient les inventions de leur culte, conformes à leur faiblesse et à la timidité de leur ame. »

H) Gruppe discute et croit avoir réfuté tous les rapprochements proposés entre Philon et la liihle; il est un texte formel qui ne paraît pas avoir été introduit dans la question : 6 8è *Pc(»liaïo; Bâ(^^v Ttepl aÙTOù 6ia).aêo)Vçri(7niapà XaXSacoi; èv toTc [xuotixoîç aOrôv XéY£<TÔai 'law àvtWo'jçw; vor.TÔv i% 4>oivîxtov Y),â)a<T-/i, w; 9ri<rtv 'Epévvio;(LyDus, De mensihus, éd. Wucnsch, p. 111).

(2) 'Açupoxiav est certainement pris dans ce sens, n'^ 13, 20 et 22.

(3; 'tr-'-yCie-.; au lieu de eTriOûçet;, d'après Prœp. ev., I, ix, 5.

11 s'agit ici des toutes premières générations, assez pauvres d'idées pour rendre un culte aux plantes. Cette allusion aux cultes agraires est des plus curieuses. Ce qu'Eusèbe omet dans sa description'', nous le retrouvons dans un autre passage où il décrit le culte des premiers hommes d'après les Phéniciens. Lorsqu'une plante périssait, on lui consacrait un grand deuil, et de môme lorsque les animaux sortaient de la terre ou naissaient les uns des autres, et à leur mort (1). C'est la situation des sauvages qui se croient parents des animaux et même des plantes. Le deuil à la naissance est assimilé au deuil de la mort... C'est assez difficile à entendre; peut-être est-ce une allusion aux impuretés qui s'attachent également aux deux circonstances. L'abjection de ces premiers hommes est telle qu'ils adorent ce qu'ils mangent. 11 est cependant difficile, dans le contexte, de savoir quels étaient ces premiers hommes; on dirait que ce sont les vents. Il est possible que Philon n'ait pas reculé devant cette exti-émité de donner aux premiers hommes les noms de Borée, Notus, etc. C'étaient pour les Grecs des personnes distinctes (2) ; en haine de l'explication physique, il fallait bien leur trouver une place dans l'anthropogonie.

« Ensuite il fait naître du vent Colpias et d'une femme Baay, qui si2:nifiorait la nuit, -Eon et Protogonos, hommes mortels ainsi nommés; or ^on aurait inventé de se nourrir du fruit des arbres ».

Cela est un résumé d'Eusèbe, assez peu clair. Ce que nous voyons nettement, c'est un progrès dans la vie humaine. Auparavant on se nourrissait de plantes, désormais on mangera le fruit des ar])res. L'inventeur est i^on, que l'auteur a l'intention de mettre au masculin. On ne peut donc guère le rapprocher d'Eve, à moins de supposer un étrange syncrétisme. Renan a bien dit (3) : « Ces grossières superpositions de noms hébraïques et de noms grecs, analogues à celle (jui deirc a tiré le 3j06; des gnostiques, n'ont rien qui doive surprendre à une époque de confusion comme celle à laquelle nous essaierons de

( (l)Eus., Prxp. ev., I, ix, 5. Lenonnant croit qu'il s'agit du culte des astres auxquels on consacrait des plantes, et c'est bien ainsi que traduit le latin dans Migne, /'. a., \\l, c. G6. On admettrait volontiers ce sens pour le passage I, ix, 5; mais il n.' peut convenir ici, c*r le* hommes adorent ce pir quoi ils continuaient de vivre, à?' «Lv aOrol te SteyivovTo. Il faut donc traduire dans le premier endroit : xal ôxi toutoi; ol TtaXaixaToi, « et que ceux qui araienl précédé ceux-ci .), ou, si on ne veut pas prêter cette tournure à Eusebe, supprimer toOroi;. Ol itpÛToi çuffty.oî sont les premiers qui ont un peu raisonné sur la nature; ils ont adore le* astres, ce qui est déjà moins abject. Si on n'admet pas celle interprétation, il faut retonnallrc quEusèbe a découpé son fragment de façon a nous mettre invinciblement dans lerrcur.

(2) Theog., 578 ss., fds d'Eos et d'Astrœos.

(3) Op. c, p. 258.

IIELIGIONS SEMITIQUES.

reporter la dernière rédaction de nos fragments ». En soi Altov ne peut être que la traduction grecque de uSrj, qui se trouve sous la forme phénicienne O'jXlù'^zz dans la Cosmogonie de Môchos. Les Latins disaient Scvculii?n et Charles Lenormant a reconnu un Mon dans un génie d'Hadrumète qui porte des épis à la main avec l'inscription : Sœculo fruqifero (1:. Lue fois admise l'idée que VMon apporte la fertilité et l'abondance, le souvenir d'Eve a pu conduire au fruit des arbres, au lieu

des épis.

Le rapprochement paraîtrait extravagant, n'était le nom de Protof^onosi'^) qui rappelle le premier homme mari d'Eve, et n'était le nom de la mère, Baay, qui rappelle si étrangement le BoJwii ou le « chaos >> de la Bible (3). Quant auvent Colpias, il va sans dire que, pour Philon, il ne s'agit pas d'un vent, mais d'un homme qu'il a affublé d'un nom de vent. Ce nom n'a pas été retrouvé. Bochart avait pensé à ^] ''S Sip, vox oris Jehovae, et Renan ne veut pas repousser cette interprétation comme chimérique.

Baudissin se rallie à n^r, Sip, « la voix du vent » . Malheureusement n^3 en hébreu signifie « suie » et il faut recourir à un sens déduit de la racine. Si nous ne craignions d'augmenter le nombre des hypothèses inutiles, nous songerions au grec y.oXrdaq, « sinueux, enflé », qui pourrait êtreuneimage de vent bouffie.

f Ceux qui auraient été issus de ceux-ci (4) se seraient appelés Génos et Génea et ^luraient habité la Phénicie. Une sécheresse étant survenue, ils auraient levé les mains au ciel vers le soleil. Car, dit-il, ils le considéraient comme Dieu, étant le seul seigneur du ciel, le nommant Beelsamin (5), ce qui signifie pour les Phéniciens : Seigneur du ciel, et Zeus pour les Grecs. »

Ici nous touchons du doigt le procédé artificiel. On peut traduire en cananéen avec plus ou moins de bonheur Génos et Génea (6), « lignage et race », mais on ne les trouvera certainement pas dans le panthéon

(1) Renan, loc. laud. II s'agit d'une monnaie d'or d'Albin, né àHadriirnèle.

"i) Pour IMiilon, il n'est pas le premier homme, mais il représente un temps ancien; yEon et Prologonossont à eux deux iJ^lpH DSl7n, « le siècle primordial », expression qui ne se rencontre pas, mais dont on a l'analogie dans « l'homme primordial, le serpent primordial ».

V-i) Les anciens Chaldéens avaient une déesse Baou; mais cette rencontre est trop isolée pour rju on puisse supposer un coutact direct entre l'ancienne religion du bas Euphralc et Philon.

Ci) Il n'est lias dit : comme d'un couple unique; ^on et Protogonos peuvent être deux hommes représentant une époque; cl", n" 9.

{h)VoMT samin cf. ce que nous avons dit de Zophésamin; la prononciation phénicienne «îlait haal ou bal plutôt que bcel ; celle dernière forme est adoucie à la manière ara- <né<;nne. UanRune inscription palmyrénienne, Vogué, Syrie cent.^ p. 53, liaalsamin est qualifié de Seigneur du monde. Il est ailleurs Zeus Keraunios.

(6) Lenormant : Qên et Qénathl

se

phénicien. Ces êtres de raison marquent le moment où riiumanilé > divise en nations on races particulières; ils habitent la IMiénicie. Kiî même temps les idées sur la divinité grandissent : la sécheresse ohli-c à examiner plus attentivement le rôle du solei!. Il est le maître du ciel ; c'est lui qu'on choisit pour dieu. L'intérêt avait été le principe du culte des plantes, avec la reconnaissance de l'estomac; il s'y mêle maintenant de la crainte, d'où la supplication.

Philon reprochait ensuite aux Grecs leurs erreurs ; leurs idées religieuses avaient leur source dans une série d'équivoques : ce n'est pas tout à fait le système de Max Muller, mais enlin Philon suppose que les Grecs n'ont pas compris le sens des mots qu'il s'attache à retrouver.

7. « 11 dit ensuite que de la race d'.-Eon et de Protogonos s^T.iieiit nés encore des enfants mortels, dont les noms étaient Lumière, Feu et Flamme. « Ceux-ci, dit-il. € trouvèrent le feu en frottant du bois et en enseignèrent l'usage, u

Philon a éprouvé le besoin d'insister sur le caractère véritable de ces personnifications , ce sont de simples mortels. Tout le monde entend assez leur nature, purement conventionnelle! Mais le feu est un progrès important.

a Ceux-ci eurent des fils qui [les] dépassèrent en taille et en puissance. On donna leur nom aux montagnes sur lesquelles ils avaient exercé le pouvoir. De sorte que c'est d'eux que prirent leur nom le Cassios et le Liban et l'Anliliban et le Bratliy. »

La légende des géants de l'ancien temps était partout répandue : Philon en profite pour découronner les montagnes de leur auréolr divine. Leurs noms sont empruntés à des mortels. Le Liban, l'Anliliban, le Cassios sont assez connus. Le Brathy a été pris pour le Thabor. La consonance est trop lointaine pour que ce rapprochement s'impose. D'ailleurs ^paOjest un mot grec qui signifie la « sabinc », sorte de genévrier, et ce bois odoriférant est très bien en place à côté du Liban qui rappelle l'encens et du Cassios qui rappelle la cannelle. Le mot grec ne peut guère être qu'une transcription de nrz, '< cyprès » (1). D'après les Babyloniens, le mont des cyprès par excellence, comme le Liban est le mont des cèdres, c'est l'Auianus (2/, mont sacré qui correspond au nord au Cassios, limile vers le midi, le Liban et r Vntiliban occupant le centre. Pour avoir des noms d'arbres odoriférants, Philon a pu donner à l'Amanus un surnom (|u'il portait peutêtre (3).

Sur quoi Gruppe a conjecturé avec beaucoup d'cs[)rit (juc les quatre

(1) Théodolion a transcrit CHl parBpaOu sur Is., \li, 19; le fait a élé signale |.ar IIalktt, Mélanges de crit., p. 30, sans la référence.

(2) Hall V Y, Mélanges, p. 183.

(3) L'Anliliban devait être nommé à la suit.: du Liban.

personnages étaient dans Pliilon, écourté par Eusèbe, les inventeurs des sacrifices d'encens. Cette hypothèse est fortifiée par l'usage consi- | dérable que les Chaldéens faisaient de bois odoriférants, coupés en l>rindilles et brûlés devant les dieux (1). On pourrait aussi alléguer (lue Porphyre considérait l'invention de ces sortes de sacrifices comme un stage postérieur du culte (2).

« De ceux-ci, dit-il, naquit Saminiroumos qui est le même qu'Hypsouranios (3). Ils tCDaient, dit-il, ces noms de leurs mères (4), car les femmes de ce temps se livraient impudemment au premier venu. »

Samimroumos est traduit Hypsouranios. Les Syriens aimaient à qualifier Zeus de Très-Haut, 'Til^ta-cç. Plusieurs noms phéniciens sont sur un thème semblable : Baalram, par exemple (5). Avant de passer à l'histoire de ce personnage, Philon nous apprend qu'alors les enfants tenaient leurs noms de leurs mères, les pères demeurant inconnus. C'est le matriarcat, dit Gruppe. Cependant Philon ne paraît pas avoir eu l'intention de l'envisager comme primordial, puisqu'il cite du moins Colpias comme le père authentique d'i^on et de Protogonos. 11 est plus naturel de voir dans la licence des mœurs qui se produisit alors un écho de la légende sur les unions monstrueuses d'où étaient sortis les géants. L'idée d'une communauté primitive des femmes était répandue dans le monde grec, mais il ne faut pas la confondre avec la conception du matriarcat, dans laquelle le fils est de la famille de sa mère, quoique le père soit connu et le mariage certain (6).

8. « Ensuite il dit qu'Hypsouranios aurait habité Tyr et aurait imaginé des cabanes de joncs et de roseaux et de papyrus; or il se serait querellé avec son frère Ousôos qui le premier inventa de se couvrir le corps avec les peaux des bêtes dont il pouvait s'emparer. »

Il y a ici deux inventions : celle des cabanes de jonc et de papyrus (jui nous ramènent derechef à l'Egypte et à Diodore (7), et celle des

(I) fiiluallufein, passim.

{'?.) Pas., Prxp. e>:., XIX, 1 : ... où (7[xupvr,; oOSs xaaia; xal XtSavwxou xpoxwjxixôevTwv ot.noi.pyii' •JioW.aî; yap ^^^'^t'xî:i "jTTcf.a 7:apeXr,(p6yi xaùxa...

(3j Daprcs la corieclion de liochart.

(4j Lknokma.nt, loc. laud., p. 539, « Us commencèrent à tirer profit de leurs mères », ce qui Cet un contresens.

(5) La prononciation n'est pas certaine en phénicien. Dans le n" 89 du C/5., 'où l'inscription est transcrit»; en ^^;c chypriote, ce mot manque ; le son i^ôm n'aurait rien que de très naturel en phénicien ;cn hébreu rdm.

(«) Cléaroce, FG/I.y II, p. 319, Cécrops institue le mariage : Aià xal ëooÇé tiai oiyur]; vo|xio^/y,'/ai, f/jY. z\f/x(,yi xGiu TrpoTeoov ôtà to u/fjbo; tov Tcatépa.

'7) Vu par Movers, Dion., I, 43 : y.at Ta; oUriTsi; èx tôiv xaXà|xwv /.aTaa/.eu'/ÇeaOai' ï^v/) Se xoi-urj îiafiive-.v Tiopà toi; vot^eûac toîç xat' AïyuKTOv.

LES MYTHES PHÈMCIENS.

habits de peaux de bêtes. Dans ce second cas il ne s'agit pas d'une chasse professionnelle, mais, comme Gruppe Fa noté finement, d'une lutte où Ousôos l'emporte par la force. Uuant au nom du personnage, il rappelle celui d'Ésaii. Nous n'hésitons pas à dire avec Menan : - Kstil possible de méconnaître ici la rivalité de Jacob et d'Ésaii, et cette circonstance rapportée dans la Genèse qu'Ésau était couvert de poil (1)? » Il faut aussi se rappeler la scène où Jacob se couvre de peaux pour ressembler à son frère. Ces rapprochements ont élé abandonnés depuis Renan, mais par respect pour Pliiion. Il nous semble qu'ils sont exactement du même ordre que ceux d'.Kon et d'Eve. C'est la confusion la plus étrange, mais enfin il faut à Philon des noms d'inventeurs qui ne soient pas seulement ceux de la chose inventée, comme Lumière et Flamme, et il les prend où il les trouve dans le syncrétisme confus des traditions.

« Des pluies et des vents violents étant survenus, les arbres qui poussaient .'i 'l'vr, froissés [les uns contre les autres], auraient allumé du feu et consumé la foret de cet endroit ; Ousôos aurait pris un arbre et le dépouillant de ses branches aurait osé le premier se lancer sur la mer. Il aurait consacré deux stèles au feu et au vent, et les aurait adorées et arrosées de libations avec le sang des bêtes qu'il prenait à la chasse. »

On a ici le souvenir confus du déluge et du sacritice qui le suivit, soit chez les Chaldéens, soit dans la Bible. C'est à ce moment que la Bible autorise de manger la chair des animaux, mais en répandant leur sang. L'origine de la navigation est attribuée à la nécessité; ou bien Fincendie a l'avantage d'abattre un de ces grands arbres qu'Ousôos, privé de fer, ne pouvait qu'ébrancher. On voit aussi commencer le culte des éléments secondaires, le feu et le vent. Comme ils sont la cause du mal, Ousôos leur élève des stèles. La crainte est la raison du culte. Le sacrifice sanglant est peut-être une propitiation plus puissante à la suite du désastre.

« Ceux-ci étant morts, il dit que ceux qui demeurèrent leurconsncriTcnl des butons et adorèrent [leurs] stèles et firent chaque année des fêtes eu leur honneur. •

Puis c'est Fapothéose des hommes eux-mêmes.

Le culte des pieux dressés et des stèles revêt ici tivs nettement un caractère commémoratif et se rattache aux usages funéraires. Sur ce point Philon doit avoir raison, puisqu'il s'agissait d'une coutume existant encore. Ilypsouranios et Ousôos font un peu la ligure des héros fondateurs de Tyr, Romulus et Bémus. Puis(|u'on savait renseigner Hérodote sur la date de la fondation du temple de Tyr, on devait se

(1) Loc. lau(l.,p. 262.

374 ÉTUDES SUR LES RELIGIOiNS SÉMITIQUES.

dire le nom du fondateur; il est demeuré dans une obscurité impénétrable ^1).

(3) « Longtemps après, de la race d'Hypsoiiranios seraient nés Agreus et Halieiis, qui inventèrent la chasse et la pêche, d'où prirent leurs noms les chasseurs et les pécheurs. »

On a remarqué depuis longtemps que ces noms représentent Sid ou Sidon. Philon a-t-il voulu viser et humaniser le dieu Sid, que les Sidonieos considéraient peut-être comme leur ancêtre et dont le nom peut se rattacher soit à la chasse, soit à la pêche?

M Puis vinrent deux frères (2), inventeurs du fer et de la manière de le travailler. L'un d'eux, Chousor (3), aurait exercé l'art des formules et des incantations et de la divination. Ce serait Héphaistos et il aurait inventé l'hameçon et l'appât, et la ligne et le bateau de pêche, et le premier de tous les hommes il aurait navigué. Aussi l'honorat-on comme un dieu après sa mort; et il était aussi nommé Zeus Meilichios. »

Nous avons ici trois inventions : le fer, la divination et les perfectionnements de la pêche avec un commencement de navigation proprement dite; pour ces derniers articles le fer était un préliminaire indispensable. Tout cela est attribué à Chousor, qui représenterait deux divinités grecques, Héphaistos et Zeus Meilichios. Le nom de Chousor ou de Chousarthis a été rapproché d'Harmonie par Movers, avec l'adhésion de Renan, de Lenormant et de Baudissin (4). Rien de plus précaire que cette combinaison (5).

Selon toutes les apparences nous sommes ici en présence d'une vraie divinité. Pour Mochos, Chousor est l'ouvreur, donc Ptah, et Ptah est pour Hérodote un Héphaistos (6), comme Chousor. Cependant Chousor n'a pas été retrouvé (7). On comprend qu'il ait été assimilé à Héphaistos, le grand forgeron de l'Olympe. A Héphaistos on accordait aussi lart de la divination (8). Mais lorsqu'il a voulu attribuer au

(1) A moins qu'on n'admette avec Winckler que la ville d'Ouchoû est précisément la Tyr continentale (Die KPÀlinschriften und das A. T., p. 97); alors le rapprochement s'imposerait avec notre Ousoos. Celte ville est citée dans les campagnes des rois d'Assyrie en Phénicie, par exem[ile KB., II, 90.

(2j On voit clairement ici que kl wv yzviabaa n'a point strictement le sens généalogique.

(3) Le texte : Xpjawp; mais Xoutcoo paraît exigé soit par le Xouaop de Môchos, soit par Xo-jaipOi; qui en est le féminin ou le nom abstrait dans le frag. V, que nous attribuons plutôt a Por(»hyre.

(4) Sludien , I, p. 272.

Ih) Racine ICn, « lier » (?).

(ft) IIkk., III, 37. Son Héphaistos semblable aux Palèques phéniciens ne peut être qu'un Plah.

(7) Le •/ urec doit répondre à un Z. II est au moins curieux que l'assyrien Kusru signifie un objet fribriqué par un forgeron. La même racine est très usitée en araméen dans le sens d' " habileté, industrie, aptitude ».

(H) LwjLs, De mensibi's, r>i; cf. Héphaistos dans Roscni:n, Lex., i, c. 20G7.

même personnage Fart de la pèche, Philon a dû chercher un autre équivalent dans le monde grec. On pourrait alléguer le séjour d'IIéphaistos auprès de Thétys, dans une grotte marine, et, rappelant ce qu'Héphaistos était à Samothrace, citer le poisson pompile, consacre aux dieux de Samothrace (1); mais il demeure une diflerence notable entre le dieu grec et un inventeur de la pêche et de la navigation. En recourant à Zeus Meilichios, Philon donnait sans doute à ces mots le sens de Jupiter marin (2). Il est probable que le /eus Meilichios n'avait rien à voir avec la marine, et Philon en est pour sa conjecture. A grouper ces dillérents attributs, Chousor ne serait-il pas le nom propre du principal Gabire ou du moins de l'un d'eux? Il avait d'auties frères :

« On dit que ses frères imaginèrent les murs de briques.

« Après cela il naquit de cette génération deux jeunes gens, et on les nommait l'un ïeehnitès (artisan), l'autre Gèinos (autochtone). Ils imaginèrent de mêler de la paille à l'argile des briques et de les sécher au soleil; ils trouvèrent aussi les tuiles. »

Ce passage est soigneusement relevé par ceux qui font de notre texte un conglomérat de cosmogonies. Héphaistos est un nouveau démiurge, etla preuve en e.st qu'il donne naissance à ce terrestre autochtone qui ne peut être que le premier homme, Adam tiré de la terre. Il est sur cependant que nous n'avons ici, dans la pensée de l'auteur, qu'un progrés dans la marche de l'humanité déjà vieille, et ce progrès rappelle encore l'Egypte où ce mode de construction était surtout employé (iJi. La clef se trouve une fois de plus dans la mythologie grecque. (Juc Technitès soit le fils d'Héphaistos, personne ne s'en étonnera, et c'est dans le même sens que les Grecs lui donnaient pour fils Palémonios. Mais un autre fils d'Héphaistos, beaucoup plus célèbre, était Erichtonios, né de la terre (4), et ancêtre des Athéniens, la raison même de leur aulochtonie. Celte coïncidence en dit long sur le procédé de notre auteur; il a pris cet autochtone terrestre pour lui faire travailler l'argile des briijuesî

10. « Ensuite vinrent d'autres, dont l'un était nommé Agros et l'autre Agrouérof ou Agrotês (chasseur) ; ce dernier aurait en Phénicie un xoanon très vénéré el un édicuie porté par des bœufs; les gens de Byblos en particulier rappellent le pliw grand des dieux. Ceux-ci inventèrent d'ajouter aux maisons des cours, des porliques et des cryptes (5\ C'est d'eux que sont venus les chasseurs el les veneurs. On le» nomme Alètes et Titans. »

(1) Athénée, Deipn., VIÏI, 283.

(2) n^bp d'après Ewald.

(3) ExoJe, V, 18. . « .

(4) IV.Yev-^;, EuRi.... Ion, 20; cf. Pals., 1, 2, 5. vovêa; ôè -|I?aiatov xai r»,v. Sur une tulrc

sorte de naissance, cf. Roscii., Lea., I, c. 20G3. ,

(5) Des aTiriXaia ajoutés aux maisons ne i.euvenl ôlre ni des cavernes m d-s firollci sepul-

craies.

On traduit généralement Agrouéros ou Agrotês par « campagnard » ou « agriculteur >>. Mais cet Agrotès qui est le plus grand des dieux pour les gens de Byblos ne peut être qu'Adonis, tué à la chasse par un sanglier. Le mot doit donc être pris dans le sens de « chasseur » qu'il a quelquefois. Dès lors il est difficile de le traduire autrement lorsqu'il revient en compagnie des « veneurs », 7.uv*/;ycu Aussi bien lesAlèteset les Titans ne sont pas du moins des agriculteurs. Au lieu d'Agros [champ) ^ nous lirions volontiers Agrios qui est le nom d'un géant (1). Si Ton trouve trop étrange que Philon ait omis l'agriculture, il faudra faire d'Agros [champ) le type des àypiTai, « agriculteurs », et d' Agrotês celui des <( chasseurs », y.jvvîYci. En tout cas, il s'agit d'un progrès notable dans le luxe : la chasse avec des chiens n'est plus le corps à corps d'Ousôos avec les bêtes. La maison est devenue un lieu de plaisance; les parties qu'on énumère sont celles des plus riches villas romaines (2). Les cryptes sont des galeries faiblement éclairées où l'on trouve un abri toujours frais aux heures les plus chaudes. Ces recherches dans la vie sont attribuées au mol Adonis, le dieu de Byblos par excellence. Renan (3), Lenormant et d'autres ont essayé de traduire les noms propres en sémitique et ils ont conclu à une confusion grossière de sadé, « champ », avec Chacldaî, le titre donné à Dieu par les Hébreux ; le naos porté par des animaux accouplés rappellerait aussi l'histoire de l'arche. Mais l'arche n'a été traînée de cette manière que dans les translations mentionnées aux livres de Samuel, et le nom de Chaddaï ne paraît pas dans ces circonstances. Et Philon ne pouvait pourtant pas dire que le dieu des Hébreux était le dieu principal de Byblos! D'ailleurs Chaddaï ou plutôt lahvé n'avait pas d'idole. Rien n'empêche d'admettre que l'image antique et grossière (xoanon) d'Adonis ait été portée sur un char dans les processions de Byblos. Philon le nomme Agrotês, parce que le nom doit, bon gré, mal gré, préluder à l'invention ; ici l'épithète convenait mieux que le nom plus connu. Adonis est aussi une sorte d'épithcte qui signifie « le Seigneur ».

Mo vers avait supposé un autre rapprochement (^i-). Les « agrestes » seraient les D"""^*, ou démons des champs. Le nom propre i^i; na ou lu i; parait attester en Phénicie l'existence de -wû pour désigner un démon, comme en Assyrie isedu). Mais rien n'indique que cesdémons,

(IJ Al'OLLOD., I, VI, 2.

Ci.) CiiAL^iDiCLM chvi'TAM l'OHTicus lEciT KADEMotE nKDiCAviT Insciiptioii (le Pompci Citée à l'art. Crypta, Dict. de Saclio.

i-i) Loc. laud., p. '^.08 : « Il peut y avoir une grossière confusion entre le mot ''j'^*» nom

du Tout-Puissant en hébreu, et le mot mù ou HU?, qui si-niflc champ ». (i) rhaa., p. 004.

en Assyrie génies gardiens des palais, aientrionà faire avec les champs ou la chasse. Les Alètes, en leur spécialité d' « errants », s'yrattacliaieiil naturellement (1).

Mais que font ici les Titans? Que dire aussi des deux suivants?

11. « Après ceux-là Amyaos et Magosqui enseignèrent les villages et relevnpe des troupeaux. »

Les villages viennent entre les maisons et les villes, preuve de lasuilc du dessein de l'auteur. La vie pastorale est secondaire pour les Phéniciens. Mais les noms des inventeurs demeurent obscurs (2).

« Après ceux-là Misor (3) et Sydyk, c'est-îi-dire facile et juste : ils inventèrent l'usage du sel. »

Ces deux personnages rappellent les deux assesseurs du Chamach cha 1déen Meseruei Kettii, « droiture » et " loyauté ». On doit donc les interpréter « règle » et «justice ». Dès lors on s'attendrait à les voir présider aux tribunaux. . . ils ont inventé le sel I Gruppe suppose que l'auteur rapprochait ôm/A, « pacte», et boritli, « sel d'alun» (i; d'ailleurs le sel, condiment des repas pris en commun, ne sert-il pas de symbole à ralliance ? Les Sémites comme les Grecs parlaient d'un pacte de sel. Mais on dirait que ces mots sémitiques ne représentaient rien de net à l'esprit de Phi- Ion. Misor est le père de Taaut; on serait par suite tenté avec Renan (5j de voir dans Misor une trace du nom de Misraïm, car Taaut est égyptien :

« De Misor Taautos, qui inventa les premiers caractères de TécriUire; les Egyptiens le nommèrent Tôôth, les Alexandrins Tôytli, et les Grecs Hermès. »

Sydyk serait le phénicien Sedccj, mais ce nom n'a été trouvé jusqu'à présent que comme nom d'un particulier; undieuSedec] n'a pas encore paru dans les inscriptions phéniciennes (i). Glermont-Ganneau le considère comme une simple épithète de Baal Zeus {1}.

(l) Cf. RoscHKR, Lex., s.WUles. Il parait au pluriel dans Nonmis, Lion., .Mil. iTo: »«-pl guerriers sont comparés l<Tripi6[xoi(Ttv àÀfjToïc

'~(2)"'J"*2" et \Vj12 d'après Rolh, ciLr fiar lUi dissin, Sfudien, I. p. il. qui rrji'Uc à Inm droit ce rapproclienient avec deux peuples. Mais une allusion aux ma^rs do» Vcr^s, ►crait encore plus étrange. Lorsqu'il s'agit de pasteurs, on peut songer aux Arabe» el rap|*lcr le Mâyo; arabe d'Eschyle, Perses, 318.

(3) Gruppe, op. laud., p. 703, cite Miffup dans les Philosoph., V. u, H.

(4) Loc. laud., p. 355.

(6) Dans le nom -pC-piJf il peut tHre accolé au nom divin "pC commr dan-i •^'21 pTS (araméen). II semble au contraire ligurer comme élément divin dan? les in.scriplion. du iud de

I Arabie. ,

(7) Ilorus et saint Georrjes, y. iS. Les rabbins donnent .1 la planHe Jupiter le Dom de

« De Sydyk vinrent les Dioscures ou les Cabires ou les Corybantes ou les Samothraces. »

Voilà du syncrétisme qui ne saurait remonter bien haut. Dans Philou le trait d'union est marqué : « Ceux-ci ont les premiers inventé le vaisseau ». II s'agit du perfectionnement définitif de la navigation. On pourrait traduire : galère, car une monnaie de Béryte représente les huit Cabires avec une galère en exergue. Ils étaient donc dieux de la mer, et on peut en dire autant sans difficulté des dieux de Samothrace, qui étaient les Cabires et les Dioscures. Les Corybantes sont peut-être là comme assimilés aux Curetés, considérés comme dieux des vents. Mais, pour Phérécyde, les neuf Corybantes sont distincts des six Cabires, trois du sexe masculin et trois du sexe féminin (1), et l'assimilation n'avait pas encore prévalu au temps de Strabon (2). Il faut noter aussi qu'Hérodote distinguait les Dioscures et les Cabires (3). Pour Clément d'Alexandrie, les Cabires sont les Corybantes (4); c'est donc un stage très moderne que représente Philon. On ne voit rien de bien phénicien dans ce syncrétisme, si ce n'est les Cabires eux-mêmes.

0 Après ceux-là il en vint d'autres qui trouvèrent l'usage des simples et le remède contre les animaux venimeux et les incantations [curatives]. »

HISTOIRE DES OURANIDES (Fr. II, 12^-27).

On est d'accord sur l'unité de l'histoire des Ouranides. Nous donnons donc d'abord la traduction de tout le morceau, en notant ses trois divisions principales : règne d'Ouranos supplanté par Kronos; règne de Kronos; institutions de Kronos.

« A la même époque arrive un certain Eliouu, nommé Très-Haut, et une femme nommée Bérouth, qui habitaient près de Byblos. De ceux-ci naît Epigeios ou Autochtone (Ij), que plus tard on nomma Ouranos; car c'est de lui qu'on donna aussi le nom (Vouranos (ciel) à l'élément qui est au-dessus de nous, à cause de son extrême beauté. — 1.3. Il lui naît aussi une sœur des mêmes parents, qui fut nommée Gê, et c'est encore d'après elle, dit-il, que Ton donne le même nom à la terre (gê) à cause de sa beauté. Leur père le Très-Haut, ayant terminé sa vie dans une lutte avec les bêtes féroces, fut divinisé, et ses enfants lui consacrèrent des libations et des sacrifices.

14. « Ouranos ayant succédée l'autorité de son père, prend en mariage sa sœur Gê et en a quatre enfiints, Elos qui est Kronos, et Bétyle et Dagon qui est Siton et Atlas. D'autres épouses, Ouranos eut encore une nombreuse postérité. Gê en fut afiligée et

(1) FHG., I, 71 G.

(2) XIII, l'J.

(3) Cela rrsuitfi de. la comparaison de III, .']7 et II, 'i.3.

(4) Protri'p. {\.

(5) Henan isole ce début; c'est sa septième Cosmof;onie : a Elion et Haal-Berith, dieu suprême... Il produit Adam et la race des hommes. Ceux-ci demeuraient d'abord à liyblos « (p. '277;.

tourmenta Ouranos par sajaloiisie, de sorte qu'ils se séparèrent. - i.-,. Ouranos vivait donc séparé, mais lorsqu'il lui en prenait fantaisie, il survenait et s'approcli;iit d'elle par violence pour s'éloigner de nouveau; il essaya même de détruire les enfants qu'il avait eus d'elle. Plus d'une foi^ Gê se défendit, en rassemblant des secours, mais lorsque Kronos fut devenu un homme, avec l'aide d'Hermès Trismé-iste, qu'il iivail pour conseiller et pour auxiliaire, car il était son secrétaire, il déclara la liuerre à Ouranos, pour venger sa mère. — 10. Puis Ivronos a pour enfants Perséphoné et Alhéné. Or la première mourut vierge, mais sur l'avis d'Athéné et d'Hermès, Kronos fabriqua en fer une harpe et une lance. Ensuite Hermès, ayant harangué de paroles mj^iques les alliés de Kronos, leur inspira le désir de combattre pour Gê contre Ouranos. Et ainsi Kronos engagea la guerre contre Ouranos, le priva de l'autorité et s'empara de la royauté.

« Dans le combat fut prise la concubine favorite d'Ouranos, grosse de lui, et Kronos la donna pour épouse à Dagon. Or elle mit au monde auprès de lui l'enfant desœuvrf s d'Ouranos qu'elle portait dans son sein, et on le nomma Déniarous.

17. « Là-dessus Kronos entoure sa maison d'un unir et fonde la première ville, Byblos, en Phénicie. Après cela, Kronos, ayant eu des souprons contre son propre frère Atlas, l'ensevelit dans les profondeurs de la terre sur l'avis d'Hermès. Dans ce tempslà les descendants des Dioscures arraniîèrent des bateaux et des vaisseaux pour naviguer, et jetésà la côte du mont Cassios ilsy consacrèrent un temple. — 18. Les alliés d'Elos ou Kronos furent nommés Eloeim, comme qui dirait Kronioi d'après le nom de Kronos. Kronos ayant un fils nommé Sadid le tua avec son propre glaive, car il avait des soupçons contre lui, et le priva de la vie, se faisant l'exécuteur de soa pro pre fils. De même il coupa la tête de sa propre fille, de façon que tous les dieux restèrent stupéfaits devant les conseils de Kronos.

19. « Après longtemps, Ouranos, tonjours en faite, envoya sous main sa fille vierge Astarté avec deux autres de ses sœurs, Réa et Dioné, pour tuer Kronos par ruse ; mais Kronos les prit et en fit ses femmes, quoiqu'elles fussent sicurs. Oiranos l'ayant appris, fait marcher contre Kronos la Destinée et l'Heure avec d'autres alliés; mais Kronos les séduisit et les garda près de lui. Le dieu Ouranos, d t-il, imagina encore les Bétyles, ayant fabriqué des pierres animées.

20. « Or Kronos eut dAstarté sept filles, les Titanides ou Ariémides. Le mt'me eut encore de Réa sept enfants, dont le plus jeune fut reconnu dieu des sa naissance, et de Dioné des filles, et encore d' Astarté deux garçons, Pothos et Erôs.

« Quant à Dagon, lorsqu'il eut inventé le froment et la ehiirrue, il fut appelé Zens Arotrios. Sydyk, dont le nom signifie le Juste, s'unit ;« une dfs Tii iiiid.-s qui lui donna Asklépios.

21. « Kronos eut aussi trois enfants au delà de l'Euphrate (D, Kronos cjui porlail le nom de son père, et Zeus Bêlos et Apollon.

« A la même époque arrivent Pontos et Typhon et Nérée, père de Pontos. DePonlos naît Sidon, qui douée d'une voix merveilleuse inventa la première le chant des hymnes, et Poséidon. — 22. De Démarous naît Melcarlh, qui rsl Héraclès.

f Ensuite encore Ouranos fait la guerre à Pontos et fait détection pour s'unir à Démarous; Démarous se jette sur Pontos, mais Pontos le met en fuite. DiMU.irous voua un sacrifice s'il parvenait à fuir. Or l'an trente-deux après qu'il se fut emp.rr du pouvoir et de la royauté, Élos, c'est-à-dire Kronos, ayant attiré son père Ouranos dans

1. ricpaia: .1. STuvr... \M. i. -i^: il est inutile .!e changer en an. 'Pi»; avec llr:i.n. I.Mi..r niant, etc.

une embûche en un certain endroit au milieu des terres, et l'ayant à sa discrétion, il lui coupe les parties sexuelles, près des sources et des fleuves. C'est là qu'Ouranos fut divinisé et son esprit se dissipa et le sang des parties sexuelles coula dans les sources et les eaux des fleuves, et on montre encore l'endroit. »

23. Eiisèbe profite de roccasion poui' railler Kronos et son âge d'or. L'écrivain, dit-il, ajoute après d'autres choses :

24. « Astarté la Graude et Zeus Démarous et Adod, roi des dieux, régnèrent sur le pays par décision de Kronos. Or Astarté plaça sur sa tête comme insigne royal une tète de taureau. En parcourant le monde, elle trouva un aérolithe qu'elle transporta à Tyr pour le consacrer dans l'île sainte. Les Phéniciens disent qu'Astarté est Aphrodite. Kronos lui aussi faisant le tour du monde donne à sa fille Athéné la royauté de l'Attique. Or une peste et des fléaux étant survenus, Kronos oflVe son propre fils unique en sacrifice à son père Ouranos, se circoncit lui-même et force ses alliés à faire comme lui. Peu de temps après il divinise un autre enfant qu'il avait eu de

Réa et qui était mort; on le nommait Moût et les Phéniciens le nomment Mort et Pluton.

25. « Sur cela Kronos donne la ville de Byblos à la déesse Baaltis, qui est Dioné, et Béryte à Poséidon et aux Cabires, soit chasseurs, soit pêcheurs (1), qui divinisèrent à Béryte les restes de Pontos. Auparavant le dieu Taaut, ayant imité la forme extérieure des dieux réunis, Kronos, Dagon et les autres, dessina les caractères sacrés de l'écriture.

26. « Or il imagina pour Kronos les insignes de la royauté, quatre yeux dont deux devant et deux derrière (2)... et les deux autres tranquillement clos: aux épaules quatre ailes, deux comme s'il volait et deux pendantes. C'était un symbole pour dire que Kronos dormait en veillant et veillait en dormant, et les ailes des épaules signifiaient qu'il volait en se reposant et qu'il se reposait en volant. Les autres dieux avaient chacun deux ailes aux épaules, pour signifier qu'ils volaient avec Kronos. Et lui avait encore deux ailes sur la tête, une pour l'intelligence directrice , et une pour la sensation.

27. « Or, Kronos étant arrivé dans les pays du sud donna toute l'Egypte au dieu Taaut pour être son royaume. « Tout cela, dit-il, a été raconté avant tous les autres « par les sept fils de Sydyk, les Cabires, et leur propre frère Asklépios, selon que le " dieu Taautos le leur avait communiqué. »

Suit le passage sur Thabion, déjà cité, et la conclusion de Phi- Ion (3) , bien propres à nous éclairer sur sa méthode et sur son but.

« Et les Grecs, les mieux doués des hommes, se sont d'abord approprié la plupart de ces histoires, ensuite ils les ont rendues plus tragiques en les agrémentant, et les ont variées de toutes manières pour charmer l'imagination par le plaisir des mythes. C'est d'après cela qu'Hésiode et ces iameux poètes des cycles ont forgé leurs théogonies et les Gigantomachies et lesTitanomachies et les mutilations, ce qui a contribué à altérer partout la vérité, ^os oreilles habitués dès l'enfance à leurs fictions, et vic-

(1) On ajoute ordinairtrnenl les chasseurs (ou les agriculteurs) et les pêcheurs aux Cabires-, nouj préférons y voir une opposition, comme dans la phrase suivante.

(2) Il manque dans le texte : deux yeux ouverts.

(3) Ce passade ne peut «-Ire d'Eusèbe comme le veut Renan, p. 270, car ce Père n'aurait pa» autant in&islefeur la \erilé des histoires philoniennes.

times d'un préjugé séculaire, conservent comme un dépôt sacré les fictions mvihologiques qu'elles ont apprises, comme je le disais en commençant, de sorle qu'il est très difficile de s'en débarrasser et que la vérité paraît mensonge et le récit altère passe pour la vérité. »

Nous avons essayé de laisser à toute cette traduction ce cachet de résumé qu'il a dans l'intention d'Eusèbe. L'abréviateur ne dissimule pas les lacunes de son exposé; ce n'est plus qu'un squelette et auquel il manque même des parties importantes; mais il serait bien étran«-e qu'il ait transposé les faits (1).

Tel qu'il est, on reconnaît dans ce morceau la suite de Thistoire précédente. Ce sont les inventions qui se continuent. Le principal progrès, quoiqu'il ne soit pas mentionné expressément, est sans doute la royauté, qu'on voit ici pour la première fois. Kronos b;\tit la première ville, Byblos; Dagon invente le froment et la charrue, Sidon les cantates. On voit figurer le sacrifice votif, puis le sacrilice humain. Les descendants des Dioscures pratiquent en grand la navigation inventée par leurs pères dans la section précédente et bAtlssent un temple. Puis de nombreux royaumes sont institués par Kronos. Nous n'osons trop insister, avec Gruppe, sur ce que les unions libres deviennent ici polygamie, avec la monogamie au terme dans l'union de Démarous et d'Astarté. En tout cas, l'intention est la même que dans la première histoire de la culture. Partout ce sont des hommes qui agissent et contribuent au développement de la civilisation. Il est donc incontestable qu'il y a, dans un certain sens, unité d'auteur pour les deux parties.

Cependant Gruppe a pu insister ajuste titre sur le caractère spécial de cette théogonie. Tandis que dans la première partie nous n'avons rencontré que peu de noms divins phéniciens, les noms des dieux abondent ici, et quoique l'intention de l'auteur soit encore d'en faire de simples mortels, le nom de dieux paraît cà et U. De plus, ils ne se succèdent pas mécaniquement, ils sont engagés dans des aventures suivies, et Renan a pu dire : « Souvent le tour é[)ique du récit est sensible encore sous le style plat et grossier de la traduction (2) ». Il y a aussi des détails qui accusent un auteur différent ; ce sont les doukets. Hypsistos qui périt à la chasse [12 s.] ressemble bien à Agrotés qui est le plus grand dieu de Byblos '10|. Epigeios ou .Vutochtone [12] rappelle Gêinos Autochtone 9|.ilermès [11 j est présenté de nouveau f 15]

(1) Contre Gruppe qui suppose que Kronos divorça d'avec Aslarlé et la donna à Déraarou* longtemps avant la victoire finale de Kronos sur Ouranos, due, daprrs lui. à Mdqarl. Héraclès.

(2) Loc. laud., p. 27 i.

et reparaît comme le dieu Taaut [25]. Il est donc sur que Philon s'est servi dans Tliistoire des Oiiranides d'un document existant, qu'il a accommodé à son but.

Ce document clait-il écrit en phénicien? C'est ce qu'il est impossible de prouver. Gruppe l'a entrepris en alléguant qu'Eudoxe, cité par Athénée, faisait allusion à ce texte dont il traduisait différemment les noms phéniciens (1). La première supposition est gratuite et sans elle la différence des transcriptions ne prouve rien. Qu'Echmoun ait été rendu tantôt par Asclépios et tantôt par lolaos, cela pouvait se faire sans que notre « poème » entrât en ligne. 11 est même désormais certain qu'Iolaos existait en phénicien (2), quoiqu'il ne soit pas prouvé qu'il est d'origine phénicienne, et son identité avec Echmoun est par là même impossible à établir (3).

En revanche, nous admirons la sagacité avec laquelle Gruppe a reconnu dans le document dont se servait Philon, non point un évhémériste de son acabit, mais l'allégoriste même qu'il se proposait de réfuter sous le voile de Sanchoniathon. On voit que pour cet auteur les personnes en scène étaient encore des dieux, il rattachait à Taautos luimême ses explications symboliques et Philon en a encore reproduit une partie à propos des ailes et des yeux de Kronos. Le document de Philon était, lui aussi, une sorte d'explication théologique, mais destinée, comme les interprétations naturalistes en vogue dans les écoles stoïciennes, à ménager les cultes que l'évhémérisme sapait par la base.

Cependant nous ne pouvons suivre Gruppe plus loin. D'après lui, le poème dont on croit reconnaître l'inspiration et surtout la trame serait beaucoup plus ancien; c'est lui qui aurait servi de thème à l'exégèse allégorique que Philon parait attribuer à un certain Thabion. Gruppe n hésite pas à le regarder comme phénicien, de langue et de concept, et à le faire remonter au viii' ou au vii^ siècle avant J.-C. Les ressemblances avec Hésiode ne peuvent être fortuites. La conclusion, que le savant allemand avait réservée, doit être sans doute que la

Mj Deiptios, I\, 47 : Kvoo^oç o' 6 KvîSioç èv TtpwTf.) xrjîTreptoôou toù; <I>oîvtxa; léyzi OOe'.v tû) Hpay./c-, opTuya; oià t6 tov 'IlpaxXéa xôv 'Adxsptaç xal Ato; 7ïop£u6|j.£Vùv elt; Atêûr^v àvaipeOrivat ^iv 'ji:o T'jçûvo;, 'loXàou o' aOxâi TrpoaevÉyxavTo; optuya xai TrpoTayaydvxo; ôaçpavOevT' àvaetûvai. Ce voy;ige d'Uo.rc.uh: o,n Libye n'a pas l'air do sfi rattacher à la guerre de Kronos contre Ouranos. Hercule est (ils de Zeus et d'Asteria, comme dans Cic, De nat. deor., III, xvi, ^i'i ; ici seulement (ils de Démarous.

(2) RES., n" 1C3 fiOOIj, le nom DnSy^ « loi accomplit », et Lin., Lexique, h^\ (.{) Nous ne disons pas a absolument fausse»; car loi pourrait être un nom proj)rc d Echînoun qui indiquerait aculement le huUiè me Cixhire. Dans ce cas loi serait bien d'origine phénicienne. On voit les conséquences de ce fait pour le mythe d'Héraclès.

LES MYTHES PHÉNICIENS. 3g3

théogonie hésiodiqiie est elle-même d'origine phénicienne (do 625-585 avant J.-C), au moins médiatement (1). La preuve de rassertion" principale, c'est que la théogonie de Philon se meut dans le même cercle d'idées que celle d'Hésiode : les ressemblances les plus frappantes existent précisément sur des points que la mythologie grecque avait abandonnés et qui par conséquent n'étaient pas dans les idées d'un helléniste...

La discussion de ce système nous parait aujourd'hui l'intérêt \o plus important de la question Sanchoniathon.

Tout d'abord, l'idée mère est-elle phénicienne? L'intention maîtresse d'Hésiode parait être d'établir les droits de Zeus à la royauté : Kronos n'est qu'un tyran, un père dénaturé, comme il avait été mauvais fils; il est justement précipité dans le Tartare. Et c'est aussi le caractère de notre cosmogonie d'aboutir à la royauté de Zeus-Baal et d'Astarté. Peut-on dire que cette idée est phénicienne ou sémitique? H s'agit, on le voit, d'un point capital dans l'histoire religieuse des Sémites et des Grecs. Il faudrait aussi distinguer les influences lointaines, qui se perdent pour nous « dans la nuit des temps », et les influences plus accessibles à l'histoire. La Grèce a pu recevoir beaucoup de l'ancienne civilisation chaldéenne, par l'intermédiaire des Cananéens, et rendre ensuite aux Phéniciens leurs dieux transfornu'set méconnaissables. On ne saurait prétendre que le thème du jeune dieu, devenu le maître de l'Olympe, est étranger au sémitisme. puisque nous avons constaté j\ Babylone l'hégémonie de Mardouk, reconnue de tous les dieux; la cause de ce fait, c'est l'hégémonie de Babylone elle-même, hégémonie réalisée sur des peuples de même civilisation et de même langue, hégémonie plutôt pacifique, qui correspond X une abdication sympathique des dieux en faveur de leur fils Mardouk. En Grèce on dirait (ju'il s'agit de la suprématie revendiquée par une race jeune et énergique, qui se sent supérieure à celle qui l'a précédée et qui se peifit sous les couleurs de son dieu national, le brillant Zeus opposé au sombre Kronos dont le génie même parait lui être él ranger. Y a-t-il une imitation de la part de la Grèce? La Pliénicie ofl're-t-elle un terrain disposé ])our de pareils mythes? Une semble pas. puisque aucune ville n'a jamais pu imposer aux autres sa domination d'une faron durable. Mais de plus, en fait, la théogonie de Philon se rapproche tellement de la conception grecque que celle-ci la domine tout entière, sauf une atténuation des traits odieux de Kronos, dans leqnel les Phéniciens re-

(1) Gruppo, (jui n(Mc.-,liluc |)as moins haidiinonl los lh»-mes lu'.sioiJi«iup.s primilifs ftupjH.Mî que dans l'un deux leinéconlenleincnt de Gaïa vient de ce qu'elle eM troini»èe ptr Uuraooi [op. laud., p. 587).

connaissaient un dieu national, et sauf les changements exigés par la nature même des choses. C'est ce que montre la lecture attentive du texte déjà traduit.

Le premier couple a vraiment un goût de terroir; c'est un tribut payé au patriotisme giblite. Elioun est très exactement traduit le Très-Haut. Le mot est hébreu, rien n'empêche de le supposer phénicien. Sa femme est Bérout, c'est-à-dire la déesse éponyme de la ville de Béryte. Son nom phénicien était heriih, comme M. Bouvier l'a démontré parla lecture d'une monnaie. Mais les Grecs admettaient l'équation By;p'jt:; Br^psjT (1). Elioun périt en combattant les bêtes sauvages; c'est une fin semblable à celle d'Adonis, et peut-être une vague réminiscence, mais la tradition relative à Adonis ne pouvait guère lui prêter d'enfants. Ces deux personnages sont donc en partie factices, quoiqu'ils se rattachent plus que d'autres à la Phénicie.

Vient ensuite Ouranos; son vrai nom était Epigeios ou Autochtone; c'est sur cet élément qu'on insiste pour trouver dans Philon une nouvelle création de l'homme. Nous y voyons plutôt la part de l'évhémérisme , qui se soude à d'anciens souvenirs; dans Hésiode, Ouranos était fils de Gaïa, et par conséquent Epigeios. Ce nom sert à l'évhémériste pour accentuer l'origine terrestre de celui qui plus tard fut nommé Ciel. C'est d'après lui que l'on a dit « le Ciel ». L'idée n'était pas neuve au temps de Philon. Elle se rencontre dans Diodore qui était décidément un de ses auteurs favoris (2). On voit par cet endroit même que l'évhémérisme national ne s'est pas rencontré seulement chez les Phéniciens. Les Atlantes disaient que les dieux grecs étaient nés chez eux, et ils le prouvaient par Homère. Philon y est allé moins naïvement, il l'a prouvé par Hésiode — Sanchoniathon. Dans Hésiode , Gê est mère d'Ouranos ; ici elle est sa sœur : c'est plus humain, puisque des deux côtés on finit par le mariage.

Benan a dit : « Et d'abord on ne trouve aucune trace chez les peuples sémitiques de la personnification du ciel et de la terre envisagés comme une divinité : cette idée est purement arienne (3) ». Benan at-il compris toute la valeur de Samemroumos?Les découvertes cunéiformes nous ont appris aussi que le ciel et la terre sont les deux moitiés deliàmat; ces deux moitiés ont été violemment séparées, mais elles faisaient partie de la même personne.

Enfin les admirateurs de l'Hellade n'ont pas été peu surpris d'être obligés de constater le mythe d'Ouranos et de Kronos chez les Néo-

(1; StkPII. ByZ., 8. V.

(2; Dior).,III, 5G -.«les Atlantes disaient qu'Ouranos les avait civilisés», {jLe-uaYaysîv Ô' aùxoù. (3) P. 271.

LES MVTHKS PHKMCIENS. ^ç-

ilandais. Les Maoris racontent que le ciel Uangi et la terre l\ii,.i tenaient constamment embrassés. Leurs enfants résolurent de les parer : « Alors le Ciel se lamenta et la Terre s'écria : I)V,ù vient ! meurtre? pourquoi ce grand péché? pourquoi nous séparer? Mais me y prit-il garde? Il envoya l'un en haut et l'autre en bas. Il coupa uellement les nerfs qui unissaient le Ciel et la Terre (1) ». Les Égyptiens concevaient de môme la séparation des deux éléments. ais le ciel était féminin et la terre était l'homme, les dilTérentes irties de son corps figurant les reliefs du terrain ;2). Dans le mythe grec et le mythe maori, il y a une logique inflexible. 3 Ciel ne sera plus désormais tenté de s'unir à la Terre; par sa mulation tout est consommé. Dans Philon de Byblos, la séparation est avenue un divorce... les époux ne s'entendent pas et se séparent, lis Ouranos revient à la charge par force. La mutilation aurait encore , raison d'être. Elle est renvoyée beaucoup plus loin, et ce n'est plus s-à-vis du vieil Ouranos qu'une cruauté inutile. Comme il n'est pas •aisemblable qu'Eusèbe ait ici changé l'ordre des événements, il faut Imeitre le caractère artificiel des faits. La mutilation n'avait plus ,ns doute d'autre raison dans l'auteur allégorisant que d'être oxplijée comme l'origine des sources et des fleuves. Philon l'évliémériste 1 seulement placée près des sources et des fleuves, ce qui est d'ailurs une absurdité, puisque l'endroit qu'on montre encore ne peut re près de toutes les sources. Le changement est ici trop peu condérable, on entrevoit l'idée de l'allégoriste (3). Et peut-on reconnaître un cachet sémitique ancien au mécontcoment de Gê? Elle s'irrite qu'Ouranos ait des concubines: <*lle a !Cours au divorce et ne peut tolérer qu'Ouranos revienne encore à le. Cette jalousie est-elle à sa place dans un harem oriental? Il est 'ai qu'il voulait aussi tuer ses enfants. Ce sont VA ou Kronos, Bétylc, igon, qui est Siton ou le Frumentaire, et Atlas. Atlas n'est fils d'Ouranos et de Gê que chez ces Atlantes (jue cite iodore (4). Il inspire des soupçons h Kronos qui le fait enfouir dans terre; c'est bien une fin de Titan, mais le trait parait isolé; l'Atlas Homère tenait ces colonnes qui soutiennent le ciel et la terre et

(1) Lang, Myth, nUual and Religion, ?.' éd., p. 292; cf. p. is:>. Dapns I^ng. on confit le Ciel et la Terre comme n'ayant jamais été séparés; mais alors comment avait-nl-iU jà (les enfants? Il y a naturellement quelque inconséquence dans le m>lliv. Chez l«*s Gre«, iranos enfonce ses enfants dans la terre; ce qui veut dire que le in-rprluel embrasM'mfnl

leur permet pas de nailre.

(2) Maspero, Histoire..., p. 129.

(3) Gnippe.

('») Allas, dans Rosciieh, Lex., I, c. 708.

KliLIGIONS SEMITIOUES.

depuis on l'a représenté portant le monde. Il serait bien hardi d'admettre que le trait de Philon est sémitique; il a pu attribuer à Kronos ce qui, chez les Grecs, était le fait d'Ouranos avec ses enfants; en même temps il excluait le rôle mythologique d'Atlas.

Dagon est certainement un dieu phénicien; son surnom de Siton A-ient de l'étymologie : Dagon en phénicien signifie « froment ». Est-ce un motif suffisant pour rejeter l'opinion qui en fait un dieu-poisson? Il faudrait d'autres preuves que la froide traduction de l'évhéméristc qui lui attribuera aussi l'invention tout humaine de la charrue, d'où son nom de Zeus Laboureur.

Bétyle est inconnu et d'autant plus étonnant qu'on voit ensuite Ouranos inventer les bétyles, évidemment comme une machine de guerre contre Kronos.

Enfin Kronos lui-même, le véritable héros de toute la pièce. On peut dire que la description qu'en donne Philon, et assez expressément d'après Thabion (1), est exactement confirmée par les monuments. Parmi les monnaies de Byblos on trouve un type que le W Rouvier décrit ainsi : « Kronos phénicien, debout à gauche, tenant un sceptre de la main droite; il est muni de six ailes, et a la tète surmontée d'un calathos à quatre aigrettes (2) ». Quatre de ces ailes étendues peuvent passer pour une seule paire; deux autres sont abaissées; les aigrettes de la tête ressemblent à des plumes. Cette monnaie est loin d'être la plus ancienne de Byblos; elle parait avec Antiochus IV et ne semble pas dépasser beaucoup l'ère chrétienne. Mais la représentation figurée doit être beaucoup plus ancienne. Nergal, que nous assimilons au Kronos phénicien, se nommait Sàrrapu au pays de Canaan (3). Ce dieu Sarrapu est évidemment analogue pour le nom aux Seraphim d'Isaïe, parés de six ailes. Tout porte à croire qu'il était représenté de la même façon, quoiqu'il y ait tant de différence pour le fond des choses entre le prophète monothéiste et les Phéniciens.

Nous sommes donc porté à croire Philon lorsqu'il donne à son Kronos le nom d'El. Il est probable que ce nom était peu usité, ayant cédé la place à l'appellatif 3Iilk, devenu presque un nom propre; cependant le souvenir de l'identité s'est conservé assez longtemps, et si elle n'était plus populaire en Phénicio, Philon a pu l'emprunter à Diodore (k).

i\) Dans le Icxto d'Eusèbe, Philon ne combat pas l'explication symbolique, mais peut-être le texte cotnplel faisait-il des réserves.

(2) Numismatique des villes de la Phénicie, n" G51.

(3) V K. 46 'n. Le sarrapu élant notre dieu à six ailes, l'idenlilé de fond entre Nergal et Milk-Kronos s'en trouve conlirmée.

(4) Dioi.., II, 30; en lisant "IIXo; au lieu de "HXto;.

Le principal auxiliaire de Kronos est Hermès, son stribe et son conseiller. LY^pithète de Trismégiste, qui rappelle les compositions égyptiennes attribuées à ce dieu, ne nous oblige pas à rechercher très haut ses origines phéniciennes (1).

Kronos a de nombreux enfants dont les mères ne sont pas toujours nommées.

Il a d'abord Perséphone qui meurt vierge. Perséphone est fille de Kronos et de Réa dans un hymne homérique (2). La tradition grecque bien connue disait la jeune fille eidevée par Pluton. Pour révhémériste, cela signifie qu'elle est morte avant son mariage. Si c'est elle dont Kronos a tranché la tête , on pourrait rappeler que saint Kpiphane affirme que la fille de Jephté était honorée en Palestine, à Sichem, sous le nom de Coré, l'équivalent de Perséphone (3).

Athéné est aussi fille de Kronos. C'est un trait fort éloigné des idées grecques. Mais cette Athéné, de concert avec Hermès, prépare pour Kronos la harpe et la lance. Or la lance est le plus ancien attribut de la déesse de l'Acropole, et Pliilon nous dira que Kronos lui a donné la royauté de TAttique. Il veut donc attribuera Tilhistre déesse une origine orientale. S'il la rattache à El, c'est sans doute que féquivalent oriental d'Athéné était aussi Alath, le féminin approximatif de El, et le souvenir d'une Athéné phénicienne avait été conservé dans Hellotis, surnom d'Athéné à Corinthe (i).

On ne sait que dire du fils Sadid, qu'on n'ose rattacher au dieu Sid. Kronos a encore de femmes innomées trois enfants en Perce. Il s'agit ici de la rive gauche de FEuphrate, par consécjuent de l'Assyrie et de la Babylonie. Le premier se nomme aussi Kronos. Cela a étonné, et serait en effet très étonnant, si on ne lisait dans Dicjdore que les Clialdéens ont un culte spécial pour Kronos (5). Il importait cependanf de le distinguer du Kronos phénicien, et cela selon les idées grecques elles-mêmes, car Kronos était pour Bérose (6) le dieu qui .mnonçait le déluge et dès lors l'équivalent d'Ea.

Le second est Zeus Bélos, c'est-à-dire Bel-Mérodak, bien connu. Le troisième est Apollon. Il ne faut pas songer ici A l'Apollon phéni-

(1) Diod., I, 16, décrit de la même façon le rôlo <rnermès aii|.r..s d'O.MrIs : K(x66Xou U to6c zepi TÔv "Oa-.oiv tovtov l/ovTa; tepoYpa|JL(xaTéa ànavT' aJTqi Tipodavaxoivov^^ai xai |ii)ifft«

(2) Ceres, 50.

(3) ranarion, Ilœres. 55 et 7.S.M. Maycr, art. Kronos dans I\os< nrn, Arx.. de sur U \èU de Perséphone Jahrbuch d. Inst., 189:>, |). 2(il, qui ne>l |.a^ à ma disposition.

(4) ^oivUrrh 'AOri.âèv KopîvOo) {Schol. Lyc. G58, cité par Wilimii dans Ho^r.ii., Ux., I. 2031).

(5) Dion., II, 30.

(G) FHG., II, p. 501.

cien, le dieu Réchef, mais à une divinité chaldéenne. Ce ne peut être que Nabu, assimilé le plus souvent à Hermès, mais aussi à Apollon; c'est pourquoi Strabon a pu dire que Borsippa, le sanctuaire de Nabu, était consacré à Apollon (1). Il est à peine dans toute la théologie de Philon un passage plus caractéristique. Il étend la main à l'Orient comme à l'Occident pour donner à tous les dieux une origine humaine phénicienne: mais il connaît les dieux de la Chaldée par des équivalents grecs d'une valeur contestable. Cela faisait-il partie du poème phénicien (2)?

Les femmes nommées de Kronos lui venaient des intrigues de son père Ouranos. Chassé du trône, le vieillard essayait de prendre sa revanche par la ruse. Il envoie d'abord ses fdles Astarté, Rhéa et Dioné, avec mission de le débarrasser de son rival. Astarté est plus tard assimilée à Aphrodite, Dioné à la dame de Byblos qui était aussi une Astarté-Aphrodite. On sait que pour les Grecs Aphrodite était à sa façon la fille d' Ouranos, c'est-à-dire après la mutilation. Pour l'évhémériste, la naissance devait naturellement être antérieure; mais la mutilation elle-même ne nous a pas paru faire partie de la théologie phénicienne, et on ne voit nulle part chez les Sémites qu'Astarté soit lille du ciel. Rhéa est l'épouse de Kronos dans la mythologie grecque et la fille d'Ouranos et de Gaia dans Hésiode (3).

Astarté a deux fils, Pothos et Éros, qu'il est plus facile de trouver en Grèce qu'en Phénicie. Elle a sept filles, les sept Titanides ou Artémides. Artémis était certainement identifiée avec la Tanit carthaginoise, représentée aussi en Phénicie. On a donc proposé de lire Taaides. Mais Philon aurait manqué son but qui était d'être intelligible aux Grecs. Il a donc bien écrit Titanides (k). Cependant ces Titanides sont probablement dans sa pensée sept Tanits, identifiées par Clermont- (ianneau avec les sept Hathors égyptiennes (5), et ce rapprochement est d'autant plus heureux que les sept Hathors viennent pour assister à la naissance d'Horus, tandis que les Artémides ne se trouvent en grec au pluriel que comme synonymes des Eileithyes, déesses de l'accouchement (6).

(1) SinvriON, XVI, i, 7 : xà oè lirjÇianzTzy. tepà tiôXi; èaxiv 'ApT£|xioo; xai 'A7i:6X)>(ovo;.

(2) Le fils leoud se rattache au sujet des sacrifices humains. Halévy a voulu en faire ua dieu 'Ia>:a;; cf. Journ. as., t. XVIII (1901), p. 515 s.

'■h Theofj., 135. Hésiode ne connaît que six Titanides ; Dioné, la septième, est ajoutée par Apollodore, I, i, 2.

('»/ MM. Keinach et IJabelon onttrouvéà Carthage sur une base de marbre des lettres qu'ils lisent TAINTIAA; cf. CIS., I, p. 288.

(5) L'imarjeric. phénicic/nne, p. 90.

(G) Ux. my/fi.y I, c. r>72.

LES MYTHES PHÉNICIENS. 3g9

Rhéa a sept enfants dont le plus jeune fut divinisé dès sa naissance... Ne serait-ce pas une allusion à Zeus, lils de Kronos, qui lui fut dérobé quand il avait déjà dévoré ses autres enfants? Rhéa eut plus tard [^'-t-] un autre fils nommé Moût. ouThanatos, ou Pluton... C'est THadès des Grecs, fils de Kronos et de Rhéa, qui, dès le temps des tragiques, fut connu sous le nom de Pluton. Le ?)ioif//i phénicien n'est probablement qu'une traduction, inventée pour le besoin de la cause, pour l'intermédiaire Thanatos. Ouranos n'avait donc réussi qu'à procurer à Kronos des femmes et une nombreuse progéniture. Il essave de mettre en ligne la Destinée et l'Heure, deux créations grecques, usitées au pluriel, les Moires et les Heures. Les Grecs associaient ainsi à la destinée immuable l'évolution du temps qui en marquait le développement ordonné (1).

Comme dernière ruse, Ouranos invente les bétyles, pierres animées. Il est clair qu'il s'agit des aérolithes, qui tombent du ciel. On ne voit pas qu'ils aient été bien dangereux pour Kronos. Aussi ne peut-on se défendre de la pensée qu'il y a ici une explication naturaliste de la ruse employée contre Kronos et qui consistait, dans la légende grecque, à lui faire avaler un caillou (2). L'antiquité n'a connu (|ue ces deux sortes de bétyles.

D'autres personnages paraissent sans qu'on puisse bien juger du rôle qu'ils jouent, ni même s'ils sont avec les adversaires ou avec les alliés de Kronos.

Les alliés sont nommés Eloeim ou Kronioi. L'auteur a entendu forger un adjectif 3; qui désignât les partisans de Kronos ou de El, en grec et en phénicien. Mais Eloeim ne supporte pas cette interprétation. En soi, ce ne peut être que l'Elohim hébreu, substantif pluriel employé pour le singulier. Un emprunt à l'hébreu est tellement étrange qu'on se demande si cette forme plus connue ne s'est pas glissée sous la plume d'Eusèbe ou de ses copistes au lieu du phénicien eiim (k), employé d'ailleurs dans le même sens. i;impressi..n voulue par Févhémériste est que les dieux ne sont que les alliés de El. On ne voit pas s'il faut ranger parmi eux les descendants des Dioscures 17], ni Asklépios, fils de Sydyk et d'une des Titanities ,'10 . Cet Asklépios est le

(1) Hks., riieog., 901 ss., associo les Hniires aux Moin-s. PhWon .lit i\\L*ç.\Li^r, au li.u d.- Moïpaet met'Ooa au singulier, sans doute pour dénianiucr IVmj.runl.

(2) Bai-ruXo;- outoj; £y.a).£tTO ô &o9£t; )iOo; TÔi Kpôvo), He^«.ii.

(3) Kronoi serait plus exact comme pluriel de Kronos; lauleur a pris la forn..- a.ljrcUftIe.

comme vpôv.ot de /(iovo;. . i • r

(4; On ne peut guère supposer une autre vocali>ation à 2-x <!»» •»« »rouTC aToc le siogulirr et même avec le féminin singulier; cf. HKS., n" l ; Lid., Ephein., p. 244.

célèbre dieu Echmoiin, le huitième (1) Cabire, comme il est expliqué plus loin ^*27]. Nérée et son fils Pontos sont probablement partisans de Kronos, puisque, du moins dans le texte actuel, Ouranos fait la guerre à Pontos. Pontos est le père de Poséidon, et ce dernier, sans aucun doute possible, est le Baal Berith, dieu de Béryte, représenté sur les monnaies sous les traits de Poséidon ou conduisant un quadrige d'hippocampes. Pontos se rattache aussi à Béryte puisqu'il y est enseveli [25]. Comme il est très difficile d'admettre plusieurs dieux de même nature dans une ville phénicienne, on supposerait facilement que la généalogie Nérée, Pontos, Poséidon, est fictive pour ses deux premiers termes. Dans Hésiode, les rapports sont renversés : Pontos né de Gaia, sans amour, est père de Nérée (2). Pontos a aussi une fille, Sidon, la déesse éponyme de la ville (3). Comment son nom se rattache-t-il à la musique? C'est ce qui demeure impénétrable (4). On ferait volontiers de Typhon un adversaire d'Héraclès; il est ici le seul prétexte à accuser les Grecs d'avoir emprunté aux Phéniciens leurs Géants dont il est comme une première esquisse ; or Héraclès est l'adversaire des géants et le lion de Némée est fils de Typhon (5). Mais on ne sait pas de quel côté est Héraclès lui-même. Il est assimilé à Melqart, selon le syncrétisme ancien, et fils de Démarous. Ce personnage est le plus énigmatique de toute la liste. Depuis longtemps on a rapproché son nom de celui du fleuve Aa;xcJpa; (6) ou Taj^.upaç, aujourd'hui Nahr ed-Dâmour, et on a conclu à un Baal Tamar. Ce dernier point est fort contestable en présence de la continuité du motDâmour depuis Polybe. Si ce premier rapprochement est maintenu, mieux vaudrait souder le dieu au promontoire voisin qui porte le même nom, Bas ed-Dâmour, car Philon nous a plutôt habitués à la divinité des montagnes qu'à celle des fleuves ; on pourrait alors rappeler le Bali-7'as de Salmanasar II qui devait être situé dans cette région (7). L'origine de Démarous est mystérieuse ; il nait de la concubine d'Ouranos et des œuvres d'Ouranos, mais on pouvait le croire fils de Dagon auquel elle avait été abandonnée. Plus tard c'est lui qui se trouve l'héritier de l'empire, sous le nom

(1) Qu'on lise ïoio; ou ôySoo;, Asklépios venant après les Cabires est toujours le huitième.

(2) Theoi]., 131 et 233.

(3) et. Cic, De nal. rfcor.,111, 42 : « Carthage, fille d'ilcrculc ».

(4) Lenoriiiant a suggéré (p. 545) un rap|)rochernent avec HTklJ, Qoh., ii, 8; mais il n'est pas du tout certain que ce nom signifie « chanteuse», et il iaudrait supposer que Philon avait absolument [icrdu de vue la forme sémitique de "Jl"];. Il est vrai qii'une confusion aussi forte était le fait de ceux qui rattachaient laSawO à la racine "j-iiXJ (I-ydls, De mens., p. 111).

(5) Pediasùnus, 2.

(6) Poi-YBK, V, Lxviii, y.

(1) KB., 1, p. l'tO; le .nom signifie « jiromontoire de lîaal ».

LES MYTHES PHENICIENS. ^..j

de Zeus Démarous (1), et cependant il a coml^atlu contre Pontos et avec Ouranos, et a même été vaincu dans une première rencontre, (inippe a proposé de le confondre avec Adod (-2; ; mais il est peu vraisemhlahlr que deux noms phéniciens soient identifiés l'un à l'autre comme de simples équivalents. Il faut donc reconnaître à Adod une personnalilidistincte. Il est le roi des dieux et certainement Adad dont le rôle prépondérant en Syrie, déjà reconnu parles anciens, se manifeste de plus en plus. Ce sont ces deux personnages qui profitent définitivement des événements avec Astarté la Grande. Gruppe a bi\ti encore tout un roman sur ces faits. Il suppose qu'un oracle avait promis rempiic au fils d' Astarté, lorsqu'elle serait unie au prince le plus puissant. C'est pourquoi Ouranos l'avait envoyée à Kronos, dans l'espérance que son propre fils le détrônerait comme il avait détrôné son père. Kronos, prévenu, la donne à Déramous, dont personne ne soupçonnait rillu>tre origine, et elle enfante Héraclès. Toute celte ingénieuse péripétie est trop arbitraire. Surtout la triade n'a rien d'extraordinaire chez les Phéniciens. Les dieux invoqués dans le traité entre Philippe de Macédoine et Gartbage sont groupés trois par trois (3). Enfin Astarté la Grande ne peut être la même qu'Astarté épouse de Kronos; son épithète la distingue suffisamment.

Nous sommes ainsi amené à chercher le sens de toute l'histoire de Kronos. Elle comprend deux phases principales. D'abord Kronos lutte contre Ouranos. C'est un mythe cosmogoniciue comme nous l'avons dit à propos dOuranos. Vainqueur, Kronos se conduit en tyran vis-à-vis de son frère Atlas, de sa fille, et de son tils Sadid. Évidemment il craint d'être détrôné k son tour. Un évhémériste ne pouvait pas dire qu'il dévorait ses enfants, mais l'opinion plus douce était déjà représentée en Crète au temps de Diodore {k)\ il les faisait disparaître pour ne pas être détrôné. Enfin Kronos consomme sa vengeance sur Ouranos. Dans toute cette partie les noms phéniciens ne manquent pas, mais on y trouve encore plus d'alln.sions à la mytîiologif grecque. Il semble qu'à partir de ce moment la fortune (h- Kronos fléchit. Eusèbe prendsoindenousdireqn'il lais.se une lacune. Dans la tra-

(1) C'est (lu inoins l'opinion universelle, à laquelle nous n'osons conlreilire; ce|H?ndinl précédemment il n'est jamais nommé Zeus. Dans F//G.,.lont nous suivons le l.xle. il y iZâv; Ar-aapoù. « Zeus fils de Démarous », et si cette leron. dont le Ir-ulucleur ne liml pa» complu. rtait autre chose qu'une faute d'impression, nous n'hésiterions pas à la pr<*f.'r.T.

(2) En lisant Zsùç AyijxapoOç [ô] xai 'Aowoo;.

(3)P0LYBF, VII, 9. , . .

(4) Tivà; lï ix-jOoàoyoO^'. tm, Kpôvw yevÉ^Oai ><5yiov mpi Tri; toO Atè; T«viitt.K. 4ti iimnpMlll» Tr,v 3a»Ti).£'.av aù:ou [5'.aia>; o yevvTfi^t; ::r.,. aïoneo .o/jAtv tvwvwir »* j» r-

àçavî^eiv... (Diou., V, 70).

392 ÉTUDES SUR LES lŒLlGlOxNS SÉMITIQUES.

dition grecque Kronos était à son tour précipité dans le Tartare par sou fils Zeiis. Ici il est ménagé, mais on nesaurait prétendre que le trait est purement phénicien. Diodore connaissait une résiliation volontaire de Kronos (1). Elle n'est pas constatée par notre auteur; mais quand on voit Kronos obligé de sacrifier son fils à son père Ouranos, il semble que c'est une expiation, et c'est peut-être aussi pour expier qu'il entreprend la longue série de ses voyages (2). La troisième génération arrive donc au pouvoir, ici comme en Grèce, mais par le gré de Kronos qui ne pouvait être pour les Phéniciens relégué au rang de simple Titan ou de monarque ridicule. Et à partir de ce moment nous rencontrons, comme en Grèce, mais avec Kronos en plus, les véritables dieux des villes; nous ne sommes plus exclusivement sur le terrain de la mythologie, nous touchons à la religion et au culte, aussi les personnages sont-ils dans l'ensemble plus faciles à identifier et plus phéniciens. Le Kronos qui voyage, c'est-à-dire dont le culte est répandu dans tout le bassin de la Méditerranée, le Kronos qui immole son fils, est le même dieu que le Milk phénicien et carlhaginois. Les Grecs connaissaient aussi ces migrations de Kronos (3). Ce monde phénicien dispersé qui reconnaissait partout le même Kronos avait aussi partout la même Astarté qu'on pouvait qualifier de «■ grande ». Le nom d'Adad entre pour une proportion considérable dans les noms propres phéniciens dès le temps d'el-Amarna; nous serions très tenté de le reconnaître dans le Baal Khamân, si ce dernier était bien le Baal de l'Amanus. Le Zeus Démarous est une énigme; si c'était Zeus, fils de Démarous, il serait Héraclès, le grand dieu tyrien. A Tyr on trouve une Astarté que nous considérons comme locale. Si elle a parcouru la terre, ne serait-ce pas en compagnie de Kronos qu'elle n'aurait pas quitté? elle* installe à Tyr le culte d'un aérolithe; rien n'autorise à révoquer ce trait en doute. Elle porte sur son front une tête de taureau, et ce trait est confirmé par les monnaies. Byblos appartenait avant tout à sa dame, comme le prouve la célèbre inscription de lehawmélék (4-). Nous avons déjà dit que les monnaies attestent

(1) Dion., V, 71.

('>) C'est aussi pour cela qu'il se circoncit ainsi que ses alliés; la circoncision est envisagée ici comme une atténuation de la mutilation; en droit strict Kronos devrait subir la loi du talion. Lydus {/Je iaensibus,\). llo, éd. Wuensch) nie que la circoncision lûtun rite kronien puisqu'elle est connue des Arabes qui adorent Astarté et non Kronos; mais il atteste parla l'existence de 1 opinion contraire. On en concluait que le dieu d'îs Hébreux était Kronos.

(3) Diob., 111, 01 : àç' ou or; [i-é/f't toû vûv Xs.ôvov xafâ Te xrjV -ly.eXiav xat rà Tipàç 'EiTTtIpav vtJovT» a{p,T, TTo/AOj; xwv 0']yr,).ûv tôttwv an* âvteîvou Kpovia TipoTayopeûcTOai. Le frag. de Lydus (FHC, III, p. :>'i) est relatif à ces voyages d'après l'hilon.

(4)675., ph. 1.

que Béryte était à Poséidon, et c'est aussi là qu'on a découvert les huit Cabires (1). Et c'est aussi à liyblos, fondée par Kronos '17 . qu'on retrouve les monnaies du dieu ailé. C'était encore un fait que l'Attique appartenait à Athéné, et l'Egypte du temps se réclamait de Toth.

De tous ces faits une idée assez nette se dégage. L'auteur connaissait assurément les divinités phéniciennes et les lieux spéciaux de leur culte. Chaque ville avait son dieu, rien de plus naturel; la ressemblance entre ces dieux en mettait en relief quelques-uns comme les divinités de la race. Dans Pliilon ce fait est expliqué par la mythologie, une mythologie adoucie par réshémérisme. mais qui rappelle trait pour trait l'explication grecque. Ce rapprochement est-il purement artificiel, dans le but de démarquer les créations de la mythologie grecque, ou est-il le résultat de la sympathie qui poussait les Phéniciens à se les approprier? Dans l'ordre du temps, c'est certainement le syncrétisme qui a précédé; mais il est difficile de dire dans quelle mesure certaines divinités qui se présentent ici sous des noms purement grecs ont été réellement assimilées en Phénicie. Le plus prudent est de ne traiter comme tel (]ue ce qui est reconnu tel pour d'autres raisons.

Le syncrétisme s'est peut-être manifesté par un poème, comme il se reflétait dans les ateliers de monnayage, mais il est douteux que ce poème ait été écrit en phénicien, comme les légendes phéniciennes sont rares lorsque la Grèce envahit, et en tout cas il ne représentait pas une mythologie originale. Un allégoriste a essayé une première explication de ce panthéon composite. Puis vint Pliilon. Les dieux phéniciens complétés et expliqués par la mythologie d'Hésiode, réduits à la condition humaine et audacicusement présentés comme h* type des légendes grecques, voilà toute l'histoire des Ouranitles. Peutêtre cependant l'instinct était-il infaillible qui reveiidicpiait pour la Phénicie le vieux Kronos; cette part inq)ortantc de vérité pouvait smilo faire admettre une pareille fiction.

(i; Monnaie d Élagabalc, mais nous ne savons que faire des deux mois sulvanH. '.lypo^at; T£ y.al 'A/isOdiv, à moins qu'on ne divise 1<"S Cabires dans n-s deux Mlé}iories.

Tarif de Marseille (C/S., 1, lOô^.

Au musée de xAIarseille. Trouvé en 1845. La pierre, d'après des analyses très soignées, appartient au littoral africain. Entre le iv« et le u" siècle av. J.-C.

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1. Temple de Ba'al [Saphon]. Tarif des redevances qu'ont fixées les personnes préposées aux redevances, au temps [des Seigneurs Hilles]ba'al lei suffète, fils de Bodtanit, fils de Bod[echmoun, et de Hillesba'al],

2. le suflète, fils de Bodechmoun, fils de Hillesba'al et de leurs collègues.

3. Pour tout bœuf, que le sacrifice soit expiatoire ou pacifique ou holocauste, les prêtres auront dix [pièces] d'argent pour chaque, et pour l'ex-j piatoire, ils auront, en sus de cette redevance, de [la chair d'un poids de^ trois cents].

i. Et pour le pacifique les abatis (?) et les articulations (?); et les peaux etl les jambes (?) et les pieds et le reste de la chair seront pour celui qui offre j le sacrifice.

5. Pour un veau dont les cornes n'ont pas encore poussé spontanément] ou pour un cerf, que le sacrifice soit expiatoire ou pacifique ou holocauste, les prêtres auront cinq pièces d'argent pour chaque, et pour l'expiatoire ils auront

6. en sus de cette redevance de la chair d'un poids de cent cinquante et pour le pacifique les abatis (?) et les articulations (?); et les peaux et les jambes (?) et les pieds [et le reste de la chair seront pour celui qui fait] le sacrifice].

7. Pour un bélier ou une chèvre, que le sacrifice soit expiatoire ou pacifique ou holocauste, les prêtres auront un sicle d'argent deux zer pour chaque, et pour le pacifique ils auront en plus de cette redevance les abatis (?)]

8. et les articulations (?); et les peaux et les jambes (?) et les pieds [et le reste de la chair seront pour celui qui fait le sacrifice].

9. Pour un agneau ou un chevreau ou pour un faon de cerf, que le sacrifice soit expiatoire ou pacifique ou holocauste, les prêtres auront trois quarts (de pièce) d'argent et ... zer,

10. en sus de cette redevance, les abatis (?) et les articulations (?); et les peaux et les jambes (?) et les pieds et le reste de la chair seront pour celui qui lait [le sacrifice.

11. Pour un] oiseau, domestique ou de vol (?), que ce soit un holocauste ou un purgatoire ou un haruspical, les prêtres auront trois quarts de pièce d'argent, deux zer pour chaque; [et la chair sera pour celui qui offre le sacrifice].

12. Pour un oiseau, s'il s'agit de prémices sacrées, ou s'il s'agit d'un sacrifice de gibier ou s'il s'agit d'un sacrifice de bête engraissée, les prêtres auront en argent dix... pour chaque.

13. Et pour tout pacifique qui sera porté devant la divinité, les prêtres auront les abatis (?) et les articulations (?) et pour un pacifique ...

14. Quant aux libations et quant à la graisse et quant au lait et quant à tout sacrifice qu'un particulier pour sacrifier en offrande ... [les prêtres n'auront rien ... 1.

15. Pour tout sacrifice que sacrifie un propriétaire de troupeaux ou un propriétaire d'oiseaux, les prêtres n'auront [rien de cela].

16. Tout corps municipal et toute gens et toute confrérie religieuse et tous les particuliers qui sacriflcront ...

17. Ces particuliers la redevance pour chaque sacriOce selon qu'il est statué dans redit ...

18. Toute redevance qui n'est pas statuer sur cette table, il sera donné selon l'édit qui ... a été fixé par Hillesba'al fils de Bodtanit]

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