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CHAPITRE III

Le culte de la divinité féminine remonte aussi loin que les plus anciens documents. Il est supposé comme la chose la plus normale, et cependant quel mystère ! Qu'on ait adoré des forces inconnues, des esprits mystérieux, qu'on leur ait donné le nom de maîtres, rien d'étonnant. Mais quand la déesse parait, le divin est donc absolument assimilé à l'humanité. Le caractère sexuel est plus nettement mis en évidence. II se pourrait bien cependant que là aussi l'unité fût, à l'origine, dans un type comprenant les deux sexes.

Toutefois si certains systèmes ont pris soin de marier les dieux et les déesses et de ne laisser aucun dieu sans sa déesse parèdre, ces grandes déesses des Sémites ne sont nullement de simples épouses. Wellhausen (1) a fait remarquer qu'elles ont leur rôle à elles, souvent même elles ne conçoivent pas, n'enfantent pas; Ichtar chez les Babyloniens, Astarté en Syrie, al-Lât ou al-'Ouzza parmi les Arabes, n'ont pas le rôle effacé d'une femme obéissante. On a prétendu qu'elles avaient même la suprématie sur les dieux et qu'il y avait là un indice de l'ancien état social où le matriarcat était la règle. Mais on ne peut pas dire que chez les déesses le caractère de mère soit beaucoup plus en relief que celui d'épouse. La conception du dieu fils ne parait pas très ancienne.

Si nous nous en tenons aux faits généraux, nous reconnaîtrons que pour tous les Sémites la déesse est surtout la dame ou la maîtresse, comme le dieu était le Baal.

En Babylonie le signe qui indique la divinité, AN, se place aussi bien devant la déesse que devant le dieu, mais en revanche c'est le signe féminin de la dame qui devient à l'occasion l'indice du seigneur dieu (2).

(1) Reste arabischen Heidentums, 2" éd., p. 208.

(2) NIN est essentiellement un signe féminin, puisqu'il est composé de l'indice du sexe féminin et d'un autre idéogramme.

C'est ainsi que dans un des plus anciens textes connus Manichtousou a fait un vœu à la (déesse) dame A-A (1). L'idéogramme NIN se lit donc en dissjrien ôêltii^ la dame, ou même bélu, le maître, et c'est précisément le terme que les Phéniciens emploient pour désigner les déesses : c'est toujours la dame, Ba'alat, de Byblos ou d'autres lieux, ou seulement la grande dame une telle, ou la maîtresse dame. Qu'elle ait été ensuite qualifiée de mère des dieux et des hommes, la déesse la plus vénérée devra ce titre à sa qualité de déesse céleste, mais elle est essentiellement la dame avant d'être la mère, si bien que la Vierge céleste elle-même a pu être dite la mère des dieux (2). Par là nous n'entendons pas encore déterminer si elle est avant tout la dame de la tribu ou du groupe social, ou de la cité, ou si au contraire elle est dès le début regardée comme la dame du ciel. 11 nous suffit d'avoir dégagé l'idée générale; comme il y a un maître, il y a une maîtresse. Son nom propre a moins d'importance encore que celui du dieu ; en Babylonie surtout, il est comme interchangeable ; les mêmes personnes ont les relations les plus variées et les plus contradictoires : Eau est fille d'Anou, mais Anounit est fille d'Anou et Ichtar est Anounit et aussi Nanâ à Ourouk. On serait tenté de dire avec Hommel (3) que toutes ces déesses ne sont que la personnification sous des noms différents de l'Océan céleste; elles sont plutôt toujours la dame. Cette union des déesses en une seule personne se manifeste surtout en Astarté ou Achéra que nous devons étudier spécialement à cause du rôle qu'elle joue dans la lutte des prophètes contre les cultes païens.

Achéra, dans la Bible, est le nom d'une déesse cananéenne. D'autre part, c'est aussi le nom d'un pieu sacré. Certains critiques ont pensé que ce dernier sens répondait seul à la réalité et que si la Bible fait allusion à une déesse Achéra, c'est par une confusion grossière (4). Rarement les découvertes positives de l'épigraphie ont donné un démenti plus net à une théorie arbitraire. Achéra était une déesse cana-

(1) SciiEiL, Textes élamites-sém., t. l, p. 1.

(2) R. Smith, Religion of the Sémites, p. 56, note.

(3) Altisr. Ueb., p. 65. En reconnaissant la déesse pour une et multiple, nous ne prétendons pas nier que les Chaldéens aient eu en vue des entités distinctes. Chaque ville importante ou du moins capitale pensait avoir sa déesse. L'unité n'en est pas moins à la base, dans l'idée d'une maîtresse, et elle se retrouvait dans les prédicats qui étaient naturellement les mêmes pour toutes.

(4j Meyer, Geschichte des Alt., I, 247; Stade, Gesch. des V. /., I, p. 184, p. 460 s.

néenne dont le culte fut connu à Babylone au moins dès le temps de Hammourabi.

C'est précisément au pays de Canaan, dans les lettres d'el-Amarna, que le nom de la déesse a d'abord été relevé. Les noms propres 'Abd- Achrâtu et 'Abd-Achirta ne peuvent s'expliquer autrement que « serviteur d'Achràtu » et u serviteur d'Acbirta ». Or les deux noms sont l'un le singulier, l'autre le pluriel, probablement le pluriel dit de majesté (1), et ce pluriel achrâtu se trouve et en toutes lettres, ach-ra-tum, et équivalant à ach-ta-\ar\-ti , c'est-à-dire qu'Achéra est confondue avec l'Astarté cananéenne. Il s'agit donc bien de la déesse , d'autant que quelquefois le second élément est figuré par l'idéogramme qui désigne Ichtar pour les Babyloniens (2). Le nom de la déesse est tout simplement le féminin d'Achir, une forme du nom du dieu Achour que mentionnent des tablettes cappadociennes d'environ 2000 ans av. J.-C. F. Delitzsch (3) est ici complètement d'accord avec Hommel. Il n'y a plus là-dessus aucun doute, Achéra est la déesse bonne, protectrice, secourable, qui donne le bonheur et la grâce. Il existe encore d'autres textes où la personnalité de la déesse s'accentue. Elle est femme de Rammân, et spécialement déesse des pays occidentaux, du pays de Canaan, dès le temps de Hammourabi (4). M. Pinches publie des listes d'anciens temples babyloniens dont il n'indique pas la date; on y voit figurer un temple à' Ach-ra-tum (5). U y a donc un point certain, l'existence de la déesse Achéra à une époque très reculée; mais ses origines ne sont guère éclaircies pour être liées à celles du dieu Achour. U faut convenir que nous sommes là en plein pays sémite. Achour s'est identifié avec la ville d'Achour et le peuple des Assyriens.

Nous ne le voyons paraître que vers l'an 1850, dans les inscriptions de Samsi-Ramman, quoique les tablettes cappadociennes le supposent déjà connu. Il est le dieu bon, le dieu suprême qu'on n'a pu rattacher à aucun élément naturel, soleil, lune ou firmament. Si les Assyriens sont venus d'Arabie pour renforcer Télément sémitique, dont ils sont l'expression la plus tranchée et la plus énergique, le dieu Achour peut avoir été longtemps adoré avant d'être mentionné par l'écriture. Quoi

(1) Hommel, Aufsûtze..., p. 209.

(2) KB,. V, Die Thontafebi von Tell el-Amarna; cf. les n^» 38, 39,40,53, ou simplement la table des noms propres.

(3) Assyr. LesesfAicke, 4" éd., p. 192 : « Asur (in aller Zeit auch Asi?\ wovon rTlïS^N ^= asi7^tu dus Femininum) Gott Asur (« heilbringender, heiliger » Gott). »

(4) Hommel, Aufs..., p. 209 ss. Ach-ra-tum et Ra-ma-a-nu-um , donc en toutes lettres Ramân et non Hadad.

(5) The temples ofancient Babylonia, dans Proceed. ofthe Society of biblical Archaeo" logy, vol. XXII (1900), p. 159. — Cf. maintenant KAT.^, p. 432 ss.

qu'il en soit, on comprend très bien qu'Achéra n'ait jamais fait très grande figure chez les Assyro-Babyloniens. Achour a eu de hautes destinées comme la divinité suprême et unique en son genre de la puissante monarchie assyrienne; il a d'ailleurs disparu complètement avec elle. Chez les Assyriens eux-mêmes, Achéra n'avait que peu de chances de succès; son caractère de doublet était trop accentué. Les grandes divinités féminines n'ont dominé que grâce à une personnalité distincte de celle du dieu, et nullement à titre de compagnes. Dans la Babylonie, Bau, Nanâ, Ichtar avaient leur position faite et ne pouvaient le céder à cette divinité probablement presque étrangère.

Si elle venait d'Arabie, l'Arabie a dû en conserver des traces, et c'est précisément ce que Hommel a mis en lumière (1). Lés inscriptions qatabaniennes ne laissent aucun doute sur l'existence d'une déesse Athirat, dont le nom existait aussi chez les Minéens (2).

L'existence de la déesse étant si bien constatée, soit en Babylonie, soit en Arabie, il nous paraîtrait exigé de la reconnaître aussi chez les Araméens dans l'inscription de Teima. On a préféré traiter de quantité inconnue le mot de Achira qui figure parmi les divinités de la stèle. Nous y reconnaissons sans hésiter notre déesse (3).

Plus tard encore on retrouve Achéra au pays de Canaan. Le sens de ce mot dans l'inscription phénicienne de Ma'soub demeure très douteux Astarté y est envisagée sous la raison d'Achéra divinité de Khammôn [k). La Bible, on le sait, cite Achéra comme une déesse. Dans son zèle à trouver partout son parèdre Acher, M. Hommel a même cru entrevoir le nom de ce dieu dans les textes où Israël exprime sa foi propre (5). Ce sont autant de changements du texte reçu qui ne s'appuient que sur des conjectures; la monolâtrie des Israélites — à défaut de monothéisme— suffirait à les écarter, à moins de supposer qu'Acher ne soit qu'une épithète dont le sens de bon aurait encore été connu, ce qui ne cadre pas mieux. Le pluriel acherim n'implique pas l'existence d'un singulier «cAerdansle sens d'un dieu; puisqu'il signifie toujours les pieux sacrés, le singulier postulé par Hommel signifierait seulement le pieu ou l'arbre sacré (6).

(1) Aufs..., p. 150, note 4; p. 157, noie 2; p. 159 et p. 206 s.

(2) Cf. le nom du mois dhû Athirat, loc. laud., p. 157.

(3) CJS., ar., n° 113, 1. 16, iS*'l^ïL*N; il est étonnant que le iod soit écrit, mais est-ce une objection insurmontable? Le rapprochement avec iN-i'tDiXai (Tarif de Palmyre, 1,1. 10) proposé par Lid. nous paraît maintenant assez topique. Achour figure dans l'inscription ara-

méenne n° 36, miXl^^S, trouvée à Koyoundjik.

(4) Cf. Textes, n» 9.

(5) Donc, sans parler de Num., xxiv, 4, dans Dt., xxxiii, 29 et même Dt., xxxii, 38; xxxiii, 8 et Gen., xxvii, 40; Aufs..., p. 269.

(6) Il résulte cependant de l'existence démontrée de !a déesse, que Tachera dans le sens

Contentons-nous donc de trouver dans la Bible la déesse Achéra, combattue par les prophètes. Ce qui prouve d'ailleurs qu'il ne faut pas attribuer aux Juifs d'une basse époque la création de la déesse d'après le symbole du pieu, c'est que les Septante avaient complètement oublié le sens de ce mot qu'ils ont traduit par « bois sacré » à la mode grecque.

A vrai dire, cette Achéra ne parait pas avoir eu de personnalité bien distincte. A l'époque où nous transportent les livres bibliques, la confusion entre Achéra et Astarté, commencée au temps d'el-Amarna, devait avoir atteint son terme. Le nom traditionnel d' Achéra était maintenu dans l'usage (1), mais il est probable qu'il n'était guère usité que comme une épithète de la grande déesse cananéenne, épithète qui pouvait être employée seule et la désignait suffisamment comme la déesse du bonheur, la Fortune ou la Tvché des villes.

La déesse Astarté appartient certainement au plus ancien fonds de la langue des Sémites, car elle se retrouve dans toutes leurs branches et avec des différences phonétiques assez caractéristiques pour prouver qu'il ne s'agit pas d'un emprunt (2), du moins d'un emprunt fait aux

(le pieu est pins probablement une sorte de personnification de la déesse et non un nomen imitalis comme le pensait Stade, Grammaire..., 311 et 334. De la déesse Achéra on a fait le pluriel acherôlh dans le môme mode que baalim pour les baals (Jud., m, 7), et *Achtarôtli pour les Astarlés. Ce pluriel féminin a été pris deux fois dans le sens ^e^ pieux à une époque tardive (ÏI Chr., xix, 3 et xxxiii, 3).

(1) Nous passons rapidement en revue les textes qu'on peut alléguer, tous ceux où le mot signifie ;?iew étant réservés pour un autre endroit; plus bas, p. 175.

I Reg., XVIII, 19; d'après Klost. et Kittel les quatre cents prophètes d' Achéra ont été ajoutés par un glossateur, car au v. 22 on ne voit figurer que les quatre cent cinquante prophètes deBaal. — IReg.,xv, 13 et II Chr., xv, 16 : m^IJ^S nïSsa et nïSsQ ni;i7NS; dans les Chr., le grec : 'AdTàpr/j, Vg. : in sacris Priapi et simulacrum Priapi pour nïSsQ, d'après la tradition juive qui s'est perpétuée jusqu'à Raschi (ySs serait-il en rapport avec xivaiSo;?). Klost. change en rhl)2 (cf. H Reg., xxiii, 5), sans raison suffisante ; en tout cas, il s'agit bien de la déesse Achéra. — II Rgg., xxi, 7 : une idole d'Achéra, pour Astarté. — II Reg., xxiii, 4 : Baal et Achéra et toute l'armée du ciel; c'est la reine des cieux assyrienne qui était aussi cananéenne.—Il Reg., xxiii, 7 : n"ltî7>sS a''n:2; Klost., d'après la leçon ytxxiziv, conjecture riJHD, des tuniques, a les chemises vendues pour le compte d'Astarté devaient être très recherchées »; mais il s'agit d'un objet destiné à la déesse. On peut songer soit à des édicules en toile, sortes de dais placés sur la déesse, soit à des vêtements dont l'idole eût été revêtue; cf. par exemple le pieu qu'Isis consacre à Byblos : eîxa Taj-rrjv [xèv ôQovy) uepixaXu4'a<7av etc., Is. et Os., § 10.

(2) Babylonien: islar ; hébreu : 71171^727; aram. : nn27, par fusion des deux H; sabéen : y^. Le *aïn est tombé en babylonien comme toujours. Les lois relatives aux sifflantes dans les différents dialectes sont rigoureusement observées. Le son ,j-^ arabe est souvent cor-

124 ÉTUDES SUR LES RELIGIOiNS SÉMITIQUES.

Babyloniens par les autres Sémites. Il semble même que le nom divinisé est antérieur à la notion du sexe, car non seulement le mot se trouve sans terminaison féminine et avec cette terminaison, mais il est employé aussi au masculin. Ce fait ne peut s'expliquer que de deux manières. Ou bien cette divinité était d'abord conçue comme embrassant les deux sexes, étant supérieure à tout être qui n'eût possédé que l'un ou Tautre, ou bien c'est le nom d'un objet qui pouvait être de l'un ou de l'autre sexe, selon les milieux, et qui a été appliqué à la déesse dans son entité féminine. Ce nom pourrait être celui de la planète Vénus ou de la lune.

La grande déesse des Cananéens figure, d'après la vocalisation du texte massoré tique, sous le nom d'Achtoretli. On a reconnu qu'il y avait là un exemple de cette haine pour l'idolâtrie qui allait jusqu'à éviter de prononcer le nom des divinités païennes. L'extrême respect et l'extrême horreur conduisirent ici au même résultat. On ponctua Adonaï le nom de lahvé et Bochéth (abomination) celui d'Astarté. La vraie prononciation, que les inscriptions cunéiformes ont rendue sous la forme AUartu, nous avait été transmise par l'usage grec, dérivé de celui des Phéniciens, et les Septante eux-mêmes ont rendu Astarté (1). La déesse parait dans la Bible comme la divinité spéciale des Sidoniens (I Reg., xi, 5, 33; II Reg., xxiii, 13) : cependant le pluriel est employé en conjonction avec Baal pour signifier les déesses. On suppose même que son culte était dominant chez les Philistins (2).

respondant au XÙ hébreu et au n araméen, comme dans l'exemple classique de .^*, « taureau » , hébreu ii^, aram. x"i*iri ; l'assyrien a le plus souvent la même sifflante que l'hébreu, 8Ûru. Cette loi s'applique au nom de la déesse, dans lequel le ri est manifestement ajouté à la racine comme dans la huitième forme arabe ou dans la forme hithpa*el en cas de sifflante. Dès lors il est de toute évidence que c'est dans le son intermédiaire et la forme y^ que doit se trouver la racine. Nous aurions songé au sens de broncher, qui indiquerait la marche irrégulière de la planète Vénus, mais la question paraît tranchée par la découverte en minéen de jJb avec le sens d'« être abondant, riche » (Hommel, Aufs..., p. 156) dans l'inscription de Glaser 282. Mais s'agit-il bien, comme le veut Hommel, d'une forme primitive 'Uttâru, thème Jlxxs? cela paraît beaucoup moins bien établi. — Zimmern {KAT. ^, p. 420 s.) est porté à donner la même racine à Achéra et à Astarté, ^^^s (équivalant à un primitif T;!;;!), avec le sens de « faire attention, surveiller, rassembler». Cela suppose naturellement que les deux noms sont d'origine babylonienne. Mais tandis que tous les faits s'expliquent assez simplement si l'on admet deux racines et une origine sémitique commune, au moins pour Astarté, on ne voit pas pourquoi les autres Sémites auraient introduit le 'aïn. De plus, dans le cas d'un emprunt on n'aurait pas appliqué les règles de dissimilalion des sifflantes.

(1) La forme hébraïque serait proprement mnW dans le système normal des Massorèles

(2) I Sam., XXXI, 10. Les Philistins transportent les armes de Saùl niin^^T HH, « dans le temple d'Astarté»-, en grec xb 'AT-rapreïov, donc nin^J?!? au singulier; l'endroit n'est pas in-

LES DÉESSES : ACHÉRA ET ASTARÏÉ. 125

Rien dans la Bible n'indique son caractère particulier; l'idée de fécondité est demeurée dans la locution du Deutéronome relative à la multiplication des troupeaux (1).

L'inscription de Mésa contient l'expression si diversement interprétée Astar-Camos. Les Moabites étant si voisins des Cananéens, il est probable que la divinité est aussi féminine parmi eux, d'autant qu'ils n'ont pas la forme de l'Arabie du sud, Athtar. Mais la désinence féminine manque, comme en Assyrie (2). Astarté est donc conçue ici comme l'épouse de Gamos, sa déesse parèdre, de même que chez les Phéniciens Astarté par rapport au baal de la ville.

C'est du moins ce qui paraît ressortir pour les Phéniciens du titre de « Astarté du nom de Baal » dans l'inscription d'Echmounazar (3) : on bâtit deux temples, l'un pour le Baal de Sidon, l'autre pour Astarté en qualité de dame de la ville, placée sur le pied d'un baal. D'ailleurs il faut convenir que les inscriptions phéniciennes ne nous apprennent guère que cela sur le compte d'Astarté. Nous la voyons surtout honorée à Sidon (4), ce qui concorde très bien avec le renseignement biblique; ensuite à Ma'soub, dans un rapport énigmatique avec El Khammôn (5), puis à Larnaca (6), dans l'Ile de Golo (7), en Sicile (8), en Sardaigne (9), à Garthage (10).

On a beaucoup écrit déjà sur son rôle de vivifiante d'après l'inscription d'Éryx qui paraissait aux éditeurs du Corpus la nommer « Astarté qui donne longueur de vie ». Mais la déesse est simplement qualifiée Astarté d'Éryx (11), ce qui nous montre de nouveau Astarté

diqué. Ce peut être Ascalon, célèbre par le culte delà déesse. La Chron. I, x, 10, DiTTlbN, « de leur dieu » ou « de leurs dieux » , ne tranche pas la question.

(1) Dt., vir, 13 : xxviii, 4, 18, 51.

(2) M. de Baudissin [ZDMG. 1903, p. 816) note que le cas n'est pas tellement isolé puisqu'on trouve "TinxTi? à Palmyre, mais nous pensons qu'il s'agit là moins d'une formation %%coi\diQ\vei[Nachbildung) que d'un emprunt pur et simple à l'assyrien.

(3) h)S1 D\27 mnx:;^, l- IS; ce titre a été très bien expliqué par G. Hoffmann {Ueber einige phoenikische Inschriften, p. 56).

(4) Inscription de Tabnith, prêtre d'Astarté, roi des Sidoniens, 1. 6 : c'est une abomination aux yeux d'Astarté que de violer les sépultures. Inscription d'Echmounazar {Cl S., n" .S), 1. 15 : Astarté notre dame; 1. 16, le temple d'Astarté sur la côte de Sidon. Inscription de Sidon (C/S., 4), le roi et sa déesse Astarté.

(5) Ma'soub, 1. 4.

(10) 255 4 s., 263 4, Med. 1 s. La liste des passages dans Lid.

(11) Dans la monnaie citée p. 173 (C/5.) on ne voit que "px; donc dans le n" 155 il faut associer seulement nin^S? avec -jik; uif] qui suit n'est môme pas d'une lecture bien sûre.

jouant le rôle de Baal d'un lieu, le nom étant devenu ici presque un nom commun.

Il n'y a guère à noter qu'une épithète assez insignifiante, probablement « Astarté la magnifique » (1).

Nous avons une autre source d'information : les figurines qui représentent la déesse.

Tout le monde a vu ces petites statues en terre cuite trouvées surtout en Chypre et qui représentent une femme nue, souvent se tenant] les seins. Il est certain que c'est l'image de la déesse orientale et, quoique bien des variations puissent attester des influences étrangères, l'unité du type sémitique est établie par la comparaison entrej ces petites idoles et les cylindres chaldéens où figure la déesse dite] Beltis (2). Dans ce type on a évidemment voulu représenter le sexel avec beaucoup d'insistance, mais beaucoup moins la notion de lai maternité, quoique la déesse mère ait été retrouvée récemment en] Babylonie, à Nippour et à Bagdad (3). La plus riche collection de ces déesses mères est celle du musée de Saint-Louis à Garthage (4) ; on] les attribue à Isis. A côté de ces images on a trouvé un certain nombre] de statuettes en terre cuite, de style punique, qui représentent aussi] des déesses assises, les mains avancées sur les genoux. Ce ne sont] point des déesses mères, puisqu'elles ne portent pas leur enfant;! nous voyons là la persistance du type sémitique le plus fréquent.

Les cornes sont encore plus sûrement un élément étranger, car] elles sont généralement accompagnées d'autres indices égyptiens;] c'est ainsi que la dame de Byblos a tout l'aspect d'une Hathor phéni-j cienne dans la célèbre stèle de lekhawmelek. Cet emprunt peut être d'ailleurs très ancien, comme l'indiquerait le nom géographique] Achteroth Qarnaïm, « Astarté des deux cornes » (Gen., xiv, 5) (5); on souvent insisté sur ce fait pour montrer dans Astarté une divinité]

Danslinscription 140, trouvée en Sardaigne à Torre dit Calamosca, on lit seulement riin^TV^ •^li^; les éditeurs remarquent eux-mêmes qu'il y avait dans la Sardaigne une montagn( Erucium.

(1) 255, mTNn mn;y57; les éd. rappellent 'AaràpTri -o p-eyia-rri de Philon de Byblos.

(2) Nous ne pouvons guère reproduire ici ces figures. On consultera Perrot et Chipiez, Hist. de l'Art, III, pp. 410-427 pour la Phénicie, pp. 551-580 pour Chypre. Les savants auteurs ne croient pas (p. 559) qu'on ait retrouvé l'image de l'être ambigu dont parle Macrobe [Saturn.j III, 8J et qui, d'après eux, relevait d'une combinaison savante et dépravée] plutôt que du vieux fond religieux populaire. Pour la Chaldée, voir la collection de Clercq.

(3) KAT.^, p. 429.

(4) Musée Lavigerie, II, planche XI, p. 45 ss. Cf. Bull. arch. 1891, p. 157.

(5) Le TM. avec Lag. contre certains Mss. des LXX : AcjTaptoô y.ai Kapvatv. W. R. Smitb] afait remarquer (ReZ... 5em.,p. 310, note 3) que Qarnaïm était doté d'un sanctuaire qui pour raitôtre celui d' Astarté (I Macc, v, 43); cf. Jos., xxi, 27. Le savant anglais s'efforce d'établii l'existence d'une Astarté brebis en Canaan et en Chypre [loc. laud., p. 476 ss.).

lunaire , mais si rargument était bon , il prouverait la même chose pour le Baal Qarnaïm, Balcaranensis, qu'on vient de découvrir en Afrique. Or si ce Baal ne peut être un dieu lune, il n'est pas sans relation avec le taureau. Les cornes sont donc des cornes de taureau ou de vache et non le croissant, au moins à l'origine (1).

L'Astarté phénicienne nous parait donc au premier abord le pendant exact de l'Aphrodite grecque, la déesse de l'amour. Ce caractère n'exclut pas, il appelle au contraire, un aspect fatal et funeste :

Diva Astarte hominum deoriimque vis, vite, salus : rursus eadem quœ est Pernicies, mors, interitus (2).

Nous retrouverons ces traits dans l'Iclitar assyrienne. Mais il y a loin de là au tempérament belliqueux de l'Ichtar d'Arbèles ou de Ninive. Et pourtant cette allure distinciive n'avait pas été complètement oubliée. Hérodien fait de la déesse carthaginoise une divinité guerrière (3) . Pausanias mentionne dans l'île de Gythère une Aphrodite Uranie, qui est une idole en bois, armée (4). Or ce temple était pour le périégète le plus ancien des temples d'Aphrodite en Grèce, et il savait fort bien quel avait été l'itinéraire de la déesse à partir de l'Assyrie. Il insiste sur le nom d'Uranie, renseignement précieux à défaut des sources directes et qui concorde absolument avec le nom d'Uranie donné par Hérodote à la déesse des Arabes. On sait que la distinction entre l'Aphrodite Uranie et l'Aphrodite Pandème ou vulgaire est une ingénieuse application au mythe des spéculations sur l'amour. La tradition considérait donc du moins la déesse syrienne comme

(1) M. Macalister a trouvé dans les fouilles de Gézer une petite statuette de bronze représentant une femme nue avec des cornes à la tète. Ces cornes ne représentent pas le croissant, car elles sont inclinées en bas et ont la forme de cornes de vache. M. Macalister a aussitôt songé à Astarté Qarnaïm [PEF. Quart. Stat. 1903, face à p. 227). Astarté, devenue la lune, a pris le croissant, mais par l'intermédiaire de Hathor, la déesse vache et lune.

(2) Plaute, Mercator, IV, se. vi, v. 825 s., d'après l'original de Philémon, iv« s. (Perrot et Chipiez, op. laud., III, p. 69).

(3) V, X, 3 : 4>iQcra(; Ss àitapécyxeaôat aùxov w; Ttàvta èv ôtïXok; xal iroXsfxiK^ Ôeài, Trjç OOpavîa;

TO oi^OÙ.^Ot. [JL£Te7l£[x4'aTO...

(4) Pals., III, xxiii, 1 : xà 8è îepôv xriç Oùpavtaç aYiwTaxov xai lepwv ÔTtoaa 'AçpoSixrit; uap' 'EXXTQaiv èaxiv àpxat6xaxoV aOxy) Ss -^ ôso; ^oavov â)7rXt(j[xsvov. Cf. I, xiv, 6 : Txpwxot; ôè àvôpwTCwv 'Affaupioiç xaxétTTY] <y£6s(y6ai xi\v OOpavixv, (xexà Se 'Addupîou; Kuupswv Ilacpiot? xaî 4>oivixwv xot; 'AaxàXcùva ëxouaiv èv x^ IlaXaiTxivYi. — Autre statue d'Aphrodite armée à l'Acrocorinthe (Paus., II, IV, 6) et à Sparte, le seul temple à cénacle ou étage supérieur qu'ait vu Pausanias (III, XV, 10). D'ailleurs la fantaisie, une pointe d'ironie, et l'allusion à ses rapports avec Ares peuvent expliquer les épigrammes de l'Anthologie (II, p. 677 ss., éd. Jacobs) sur l'Aphrodite armée du heaume et de la lance et les épithèles 'Apsta vixyiçépo;. La Vénus de Carthage était aussi une déesse guerrière : « etiam ne militaris Venus castrensihus flagitiis prxsidet » (Arnobe, IV, 7).

une déesse du ciel (1), comme une fille du ciel (2), descendant encore du ciel (3).

On ajoute généralement : comme une déesse lunaire, comme la Lune elle-même. Cette opinion, encore en faveur dans les ouvrages généraux (4), tend à disparaître à bon droit. On la fondait sur deux textes. Mais celui de l'auteur du De ded Syrid est plutôt contraire, puisqu'il oppose une exégèse particulière à Topinion courante sur l'Astarté de Sidon (5), et celui d'Hérodien, suspect par là même, témoignerait tout au plus pour une basse époque (6). A ce moment la lune étant considérée par tout le monde comme la grande déesse céleste qu'Élagabale voulait marier avec le soleil, la déesse syrienne devait naturellement passer pour la lune. Les représentations d'Astarté avec des cornes témoignent peut-être de cette confusion, suite naturelle de celle qui assimilait la dame de Byblos à Hathor. Éd. Meyer a pensé avec esprit que l'image égyptienne, la déesse portant sur sa tête un disque surmonté de deux cornes, a pu contribuer aussi à répandre cette idée (7). Ce qu'allègue Furtwàngler (8) que la déesse orientale était la déesse de la rosée et de l'humidité, donc la lune, n'a pas plus de poids, car la rosée était aussi attribuée à la planète Vénus (9), et comme un indice de son pouvoir fécondateur.

Quoi qu'il en soit d'un temps de syncrétisme, les Sémites anciens n'ont connu que le dieu Lune masculin ; les textes assyriens sont clairs et nombreux; de même enAramée : le dieu Lune de Kharran en était le Baal, non l'Astarté. Son sexe fut reconnu jusqu'aux derniers temps du paganisme et la lutte entre les deux manières de l'envisager donna lieu à des contes bizarres (10) où Ton aperçoit le dessein de maintenir

(1) Aphrodite Uranie d'Ascalon (Hérod., I, 105).

(2) Fille d'Ouranos dans Philon de Byblos.

(3) Dans le temple d'Afca (Sozomène, II, 5).

(4) Dictionnaire de la Bible de Vigouroux; Roscher, Lex. myth,,diVï. Aphrodite (FurtwUngler).

(5) § 4 : d>; pièv aÙTOi Xe'Yo-Jcjiv, 'AatàpTYi èdxiv 'AatàpTyi ô' èyù) SoxÉw SeXvjvacriv efjLjJisvai. Quelques-uns identifiaient la déesse avec Europe.

(6) V, VI, 4 : Atêue; {Jièv O'jv aOr^v 0 jpavîav xaXouai, 4>oivt)ce; 8è 'Affipoapxriv ôvofjiàCoudi, aeXyjvvjv elvai ôeXovxeç. Tout le passage est intéressant comme constatant l'identité de la Cœlestis de Carthage avec l'Astarté phénicienne. C'était une déesse guerrière.

(7) RoscH., Lex. myth.j v. Astarté.

(8) Loc. laud.

(9) Pline, H. N., II, 6 : « Hujus natura cuncta generantur in terris. Namque in alterutro ortu genitali rore conspergens, non terrao modo conceptus implet, verum animantium quoque omnium stimulât. » Selon le syncrétisme du temps, Pline consent à la nommer Junon ou Isis ou la mère des dieux.

(10) tElii Spartiani, Ant. Carac, 7 : « Et quoniam dei Luni fecimus mentionem, sciendum doctissimis quibusque id mémorise traditum atque ita nunc quoque a Carrenis prœcipue

l'ancienne conception sémitique contre l'envahissement des idées grecques et égyptiennes.

Astarté n'était pas d'abord la lune. Il est vrai que nous manquons d'anciens documents cananéens pour prouver qu'elle était la planète Vénus. Mais son assimilation à Aphrodite est déjà un indice, car la planète était incontestablement l'astre d'Aphrodite, et le temple d'Afca, le plus longtemps célèbre des temples de la déesse phénicienne, était consacré, non pas à la lune, mais à une divinité qui se manifestait par une flamme semblable à un astre : on l'assimilait à Uranie- Aphrodite (1).

Ce qui est tout à fait décisif, c'est que Flchtar babylonienne étant d'après eux la planète Vénus, les Babyloniens l'ont identifiée à Astarté (2). D'ailleurs nous ne prétendons pas que le culte des Phéniciens ait eu autant que celui des Babyloniens le caractère astral. Astarté était assimilée à la planète quand on y songeait, habituellement elle était la déesse de l'amour. Lorsque les influences égyptiennes dominèrent, on l'identifia à Isis, à Hathor, et elle devint la lune; elle le fut d'autant plus que le soleil devenait en Syrie le dieu par excellence. Nous concédons donc à M. de Baudissin que c'est surtout grâce aux Phéniciens que le culte de la lune s'est répandu comme divinité féminine, tout en maintenant le concept d' Astarté = Vénus, pour les origines.

On a pensé que ce nom d'iVstarté s'appliquait à plusieurs divinités différentes à cause des vocables différents de ses temples. Ce que nous avons dit jusqu'ici manifeste assez une unité remarquable. Nulle part on ne trouve trace de personnalités distinctes : les deux attributs qui seuls paraissent inconcihables de la guerre et de l'amour se trouvent aulhentiquement dans la même personne, et des vocables différents n'indiquent pas la multiplicité des déesses.

Tel ou tel aspect de la déesse pouvait d'ailleurs être plus accentué ici ou là, par exemple les villes maritimes voyaient en elle une divinité favorable à la navigation (3). Ce n'est pas qu'il faille chercher,

haberi, ut qui Lunam femineo nomine ac sexu putaverit nuncupandum, iis addictus mulieribus semper inserviat; qui vero marein deura esse crediderit, is dominetur uxori neque illas muliebres patiatur insidias. Unde quaravis Grseci et ^Egyplii eo génère quo feminam hominem, etiam Lunam deum dicant, mystice tamen deum dicunt. »

(1) SozOM., II, 5 : 'Ev 'Açàxoiç ôè, xat' èuîxXïiCTÎv Tiva xal pY^iriv r,(xspav inb Tij; àxpwpeta; toO Aiêàvou Tiup ôiacjraov, xaôaTCep àffTÎ'ip, si; tôv Trapaxslfisvov TXOTa(i.ôv IÔ'jvôv. "EXeyov 6à toOto ttqv Oùpavtav slvai toSè •ri'iv 'AçpoStTrjv xaXoOvteç. (Sur ce temple, cf. Le temple de Vénus à Afka par M. Jules Rouvier, Bulletin archéol., 1900.) Il faut comparer ici Asteria, d'après Athénée (392 d), mère, avec Zeus, de l'Hercule tyrien, précipitée dans la mer. La déesse est plutôt un météore que la lune, et de là vient aussi le culte des vrais bétyles dans le Liban.

(2) KAT. 3, p. 434.

(3) D'où les épithètes d'Aphrodite elle-même, EuTcXoia, raXrjvaia, IleXayîa (=z la Venus

à la mode gréco-romaine, surtout romaine, une raison de cet attribut dans la nature même de la déesse ; c'est le mode sémitique, bien dessiné par Renan, qui invoque la même divinité pour tous ses besoins, car on jugeait avec raison que le pouvoir du divin s'étend à tout.

Quant aux prostitutions sacrées qui accompagnaient le culte de la déesse, c'est un sujet fréquemment traité sur lequel il n'y a pas lieu de revenir ici. Nous citons cependant en note un texte d'Eusèbe propre à jeter du jour sur l'institution des hiérodules mâles que la Bible a en exécration (1).

Les Araméens ont connu notre déesse sous la forme Atar (2) ; mais il reste peu de traces de ce nom. Strabon l'a citée et son témoignage est confirmé par un nom théophore au moins où 'Atar paraît à l'état isolé (3). Le même Strabon connaissait l'identité de cette Atar avec une divinité beaucoup plus célèbre, Atargatis ou Dercéto (4). Il y a cependant une nuance. Atargatis est un nom composé comme Astar- Kamos. Il semble qu'ici la déesse soit associée à une autre divinité en qualité de parèdre, l'Atar de Gathé ou 'Athé (5). D'ailleurs le stoïcien Antipatros de Tarse prenait Gatis pour une divinité féminine (6). Les fils du syncrétisme sont ici assez embrouillés. La déesse elle-même, Dercéto, était certainement une déesse-poisson; tantôt elle était adorée sous la forme d'un buste humain terminé en queue de poisson (7), tantôt du moins son culte comprenait l'abstention du poisson, observance qui parait s'être étendue à toute la Syrie (8), quoique des pois-

marina qui conduit Énée dans ses pérégrinations), IIovTta, Ai\ivrifjia, 4>iXopato'Teipa, 'Ava- 6-jo[/.£VY), 'Açpoysvriç, 0a>,àa<Tia (Roscu., Leoc. myih., I, col. 402).

(1) Eus., Vie de Constantin (III, 55), il s'agit du temple d'Aphaca, consacré au démon Aphrodite : Fuviôeç ^o\)v Tive; avôpeç oùx avSpsç, to asfxvov tt^ç çyaewç à7rapvyicrà(i.£vot, QyjXeia vàatù vfi'i ôat'jAova IXeoOvTo.

(2) iny pour innV qui répond à in\i;V.

(3) Clermont-Ganneau, Études..., I, p. 117, "I^IX^'IDST. L'ar. 52 HÎVirii? est d'une lecture difficile; cependant les éditeurs ne paraissent pas avoir hésité. Halévy lit ("172^*172^ (Lid.).

(4) XVI, IV, 27 : al ôè twv ôvofxaTWV [j.£Ta7iTW(y£'.ç, xal {xaAKTTa twv papêapixwv iroXXas* xaôàTTsp... 'AxapYocTiv ôà xrjv 'Aôâpav AEpxôxto S' aOiriv KxYiaca; xaX£Î.

(5) On trouve les formes iSniT, r\7\V et "^m.

(6) Ap. Atuen., 346 : èv TExàpxfû UEpt SstaiôaijJLOviaç XéY£ff9aî çr^ai Trpdç tivcov ôxt Fàxiç rj x&^i lupwv PaffiXto-ffa oûtwç -^v ô^'oçàyoç waxe x?]puÇat axEp TaxiSoç [XTiSéva r/9ùv âcOiEtv ûu* àyvoiaç ce xoù; itoXXoyç aùxrjv [xàv 'AxEpYocxiv ôvojxài^Etv, t-/6ijtov ôè aTisj^ôcôat. Cooke (p. 270) cite aussi une Tl^ déesse d'Adiabène.

(7) DiOD,, II, IV, 2, à Ascalon : auTVi 8e x6 (xàv îrpdawTrov ïyti yuvaixoç, x6 S' àXXo awfxa Tiav iX^uo;... Ce détail est confirmé par l'auteur du De deâ Syriâ pour un temple de Phénicie (§ 14); à Hiérapolis, la déesse était figurée par une femme.

(8) Athen., loc. laud.; pour le poisson offert à la déesse, l'autorité est Mnésias cité par Athénée.

sons cuits fussent ofîerts à la déesse et, disait-on, mangés par ses prêtres. L'esprit grec, sous l'influence de l'évliémérisme, s'était ingénié à trouver des origines historiques à ce culte qu'il jugeait bizarre. Les uns disaient qu'elle s'était précipitée dans le lac et avait été changée en poisson (1), d'autres qu'elle y avait été jetée par Moxos de Lydie avec son fils Ichtus et dévorée parles poissons (2).

Tous ces textes nous ramènent à Ascalon, mais Dercéto n'était pas honorée que là. M. Dussaud a découvert une dédicace à la déesse d'Ascalon à Bétocécé, temple qui était le sanctuaire d'Arvad dans la montagne comme celui d'Afca pour Byblos (3). Or le Baal d'Arvad comme celui d'Ascalon sont authentiquement connus par des monnaies pour des divinités ichtyomorphes; le buste humain se termine en queue de poisson (4). Jusqu'ici tout est suffisamment clair : le baal des villes maritimes d'Ascalon et d'Arvad (5) était un dieu marin, et la déesse qui lui était associée était, elle aussi, une divinité ichtyomorphe. On peut joindre à ces faits celui du téménos de Protée, le dieu-poisson, où était le temple de l'Aphrodite étrangère à xMemphis (6).

Si nous cherchons le nom du dieu-poisson, il semble bien plutôt que ce soit Dagon qu'Athé. Un extrême scepticisme règne en ce moment sur la question du Dagon-poisson. Ce doute n'est pas motivé; puisque les monnaies représentent le dieu d'Arvad sous cette forme, nous avons ici une coïncidence décisive avec ce qu'on avait déjà conclu touchant la forme du Dagon d'Azot d'après le récit de la Bible (I Sam., V, 3-4). La légende de Bérose sur l'homme -poisson qu'il nomme Odacon (7) est d'accord avec ces faits, au moins comme indice des opinions du temps, sinon comme éclaircissement sur le caractère du dieu Daganu babylonien (8).

On objectera que pour Philon de Byblos, Dagon est un dieu agraire,

(1) DioD., loc. laud.

(2) Xanthus de Lydie, Fr. Hist. grœc, lU, p. 155.

(3) Rev. archéol., 1897, t. XXX, p. 324.

(4) La monnaie est d'Ascalon, Babelon, Les Perses Achéménides, pi VIII, fig. 3; d'Arvad d'après Maspero, II, p. 169, auquel est empruntée la figure.

(5) On peut ajouter d'après M. Rouvler le Baal de Béryte.

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