‹ Études sur les religions sémitiquesChapitre 20 sur 88 · HÉROD., I · texte numérisé non relu

HÉROD., I

(3) D'ailleurs très ancien, puisqu'il flgure sur l'obélisque de Manichtousou et dans les textes d'el-Âmarna.

(4) L'affirmation de Strabon, quoi qu'il en soit du nom d'Édesse, a ici plus de poids que les doutes de Lucien : y) Baji-êuxT], riv xxl "ESsaaav xai 'lepàv uoXiv xaXoùatv, èv "^ TifjLwfft rriv Supîav Ôeov xri^ 'A-capY^cTiv (XVI, l, 27).

(5) HoMMEL (Proc. Soc. MM. arch., 1897, p. 81) considère comme un nom divin l'élément Khattu dans le nom héléen Khatlu-Sar, et l'assimile à r\TW\ le dieu phrygien serait à l'origine un dieu hétéen qui fut ensuite connu jusqu'en Arménie. La position d'Hiérapolis rend vraisemblable que l'importation d'Attis eut lieu de très bonne heure, et peut-être par les Ilétéens.

(6) RoscH., Lex. myth., v. Attis (Rapp.). Le nom primitif serait Atinsd'où les formes Atis ot Atin; l'identification était admise dans l'antiquité; cf. l'hymne, dans Hippolyte : 'Atti crè y.aXoûffi pièv 'Acrcypioi TpiTïoôriTov "A5œviv.

avoir été marines comme l'a fait observer M. Dussaud (1). Le rite qui consistait à porter deux fois par an dans le temple de l'eau de la mer n'est pas cependant une preuve suffisante, car la mer désigne ici probablement l'Euphrate (2). Si la déesse syrienne était comme celle d'Arvad et peut-être par Arvad une déesse maritime, on pouvait donner aussi à celle d'Ascalon le nom de Dercéto (3). La ressemblance n'était pas complète, puisque la statue d'Hiérapolis était une femme. Sur les monnaies d'Hiérapolis elle ressemble à la Tyché des villes de la cote, tête à couronne crénelée (4). On la nommait la dame, comme les autres Astartés (5). Le nom d'Atargatis gagnait avec la langue araméenne, car le temple d'Atargatis dont parle le second livre des Maccabées doit être identique avec le célèbre téménos d'Astarté de Qarnaïm (6).

Depuis le déchiffrement des inscriptions du sud de l'Arabie, il n'y a aucun doute sur l'importance prépondérante du culte d'Athtar dans ces régions. De dire qu'il s'agit d'une importation babylonienne, il n'y a aucune apparence, puisque la prononciation avec une sifflante douce [th anglais) est précisément l'intermédiaire primitif entre les sons t et ch. Athtar est une divinité masculine et la première de toutes (7).

Hommel (8) a fait un tableau des formules finales qui se trouvent dans un bon nombre d'inscriptions de Ma'ân, de Hadramaut, de Qatabân et de Saba. Elles débutent toujours par Athtar et finissent par Sams, « le soleil », divinité féminine. Les autres noms varient : il n'est donc pas douteux qu'Athtar ne soit le dieu principal et le plus répandu chez les Arabes du sud. Il n'y a pas de doute non plus sur son identité.

Athtar est l'étoile du matin, ou la planète Vénus, car il est souvent qualifié d'oriental (9), et il ne peut être ici question du soleil puisqu'ils se rencontrent côte à cote dans les mêmes textes. Tandis que les Babyloniens disaient Ichtar fille de Sin, les Arabes disaient : père de Sin (10).

(1) Loc. laud.

(2) De deâ Syrià, § 13.

(3) Ascalon a dû parler l'araméen plus tôt que les villes phéniciennes du nord; cf. pour Asdod, Neh., xiii, 24.

(4) Babelon, Les Perses Achéménides, etc.

(5) Trjç xupia; 'AtapyocTr]?, dans Lebas-Wadd., cité par Meyer (Rosch., Lex. myth., v. Astarté).

(6) II Macc, XI, 26 : ivii xb Kàpviov xat xo 'ATspyaTiov. Cf. I Macc, V, 43 S., où la déesse n'est pas nommée. Dans I Macc, x, 84, les Juifs brûlent xb îspov Aaytbv xat to lepov aOrri;..., cet aÙTri; inintelligible serait-il 'AxepYaTy];?

(7) Hommel compare Astar, Dieu, dans les langues de Test de l'Afrique {Aufs., p. 156).

(8) Loc. laud.

(9) Même sans barre de séparation, CIS., p. 4, n» 153, pl^TinniT.

(10) Hommel, Sûd-arabische Chrest., lex...

Quoique ce ne soit pas un nom commun comme Baal, il s'était cependant fractionné selon les tribus ou les lieux; c'est la pente normale. On disait : les gens d'Athtar ou Athtar de tel endroit (1), mais dans ce dernier cas au moyen d'un intermédiaire qui préservait la notion du nom propre : Athtar baal de tel endroit ou celui de tel endroit. Il est difficile déjuger d'après les inscriptions des attributs du dieu. On lui confie la garde des sépultures (2), on lui consacre des châteaux, en général les constructions (3), ce qui est naturel d'après le caractère or ~ dinaire des monuments. On le considérait comme un protecteur et un sauveur dans les combats (4), et il serait étonnant que le dieu des Arabes ne fût pas un dieu de la guerre .

Le culte de l'étoile du matin persista chez les Arabes jusqu'au dernier jour. Nos renseignements nous transportent maintenant chez les Arabes du nord, voisins de la Syrie et de la Palestine. Les Pères sont unanimes à les représenter comme adorant surtout l'étoile du matin, à laquelle ils ofTrent des sacrifices humains. Wellhausen (5) a cité saint Éphrem (V, 32), Théodoret dans la Vie de saint Siméon Stylite, Evagrius [H. J&., VI, 22) et la Vie de saint Hilarion attribuée à saint Jérôme ; saint Hilarion trouve à Éluse les Arabes fêtant Vénus : Colunt autem illam oh Luciferum cuiiis ciiltui Saracenorum natio dedita est. La phrase est très suggestive : le culte des Arabes s'adresse à l'astre du matin, au masculin; celui de Vénus dérive du premier. Nous retrouverons l'histoire de saint Nil et de son fils Théodule en parlant des sacrifices ; le sacrifice humain ne put avoir lieu parce que la planète avait disparu quand les Sarrasins se réveillèrent. Et il en fut ainsi jusqu'à Mahomet. Barthélémy d'Édesse (6) n'ignorait pas que les Arabes nommaient avant Mahomet « le dieu clément et miséricordieux », mais d'après lui c'était l'astre du matin. La synthèse du dieu masculin avec Aphrodite se trouve dans la profession de foi que l'auteur met dans la bouche

(1) Nombreux exemples dans le CIS. La gent d'Athtar,jrcc Jj»!, dans Hommel [Aufs., p. 203), et ce qui est assez curieux, des noms qu'on retrouve sur la frontière est de Palestine, ^^^^ j^ dont Hommel rapproche Dibôn, cf. \Altisr. Ueber., p. 274 et CIS., IV, p. 285. Athtar ba*al de Mâdhaba, N^îa.

(3) No» 224, 276, etc.

(4) NO' 182, 289, etc.

(5) Reste..,, p. 42.

(6) P. G., t. CIV, col. 1385 : Atori 0eov êXsoùvTa xal èXsrifXova ovo\Lâ.^eiç. Kal outo; iazi TCpoçavtS; ôv o! 'Appàêoi SoyfAaTtJ^STs xb 'Ewaçôpov aaxpov, Zéêco (pour Nsêw), 'AçpoSjTT], Kpdvo; xat Xatj.àp Xéytxs. (cf. col. 1396) : ôv ol 'Ap^àêeç irpo tou MouxotfxeT euia-TSUcTav, ô; ècxTiv i(ji<jçôpo; àdXTip. L'énumération du controversiste grec répond assez bien au vocabulaire des inscriptions. ZsSoj ou plutôt Nébo — Anbay; Aphrodite est el-'Ouzza; Kronos est Allah ; Xaixàp un dieu lune, reconnu par Hommel dans Wadd, Sin, 'Amm, Haubas.

d'une vieille païenne : « Je ne connais de Dieu qu'Aphrodite, Tastre du matin » (1).

Ainsi l'objet du culte n'a pas changé ; mais, sans doute sous l'influence de leurs voisins qui considéraient la planète comme une divinité féminine, les Arabes ont changé le sexe de leur principale divinité. Désormais ils ne disent plus 'Athtar mais al-'Ouzza, épithète qui signifie à peu près la jmissante. Wellhausen a très bien remarqué que le nom est relativ^ement récent parmi les Arabes; il a cité comme les premiers témoins de l'extérieur un historien syrien (dans Land, Anecd., III, 247) qui nomme 'Ouzza celle que Procope nommait Aphrodite [Perses, II, 18), et Isaac d'Antioche (I, 210), au v® siècle, qui établit l'égalité : al-'Ouzza est Beltis et en même temps Kaukabta, l'étoile par excellence, qu'adoraient les femmes arabes (2). Le savant allemand pense même, sans s'expliquer autrement, que dans les régions occupées par l'ancien royaume nabatéen nous pouvons suivre comment al-*Ouzza a succédé à al-Lât. Il y a cette difficulté que al-Lât est assimilée à Athéné à Palmyre (3) et que nos renseignements épigraphiques sont plus que médiocres. C'est tout au plus si le nom d'al-*Ouzza paraît une fois dans les noms propres théophores du Sinaï (4). D'ailleurs tout est possible à cette époque de syncrétisme qui finit par confondre Allât et Astarté (5).

Il est plus probable que l'épithète féminine pour désigner l'astre du matin a remplacé une épithète masculine semblable, 'Azîz, le fort, le puissant. Il nous semble en effet qu'Azizos, dont le culte a été constaté à Édesse par l'empereur Julien, est une divinité arabe plutôt que syriaque (6). Les gens d'Édesse ont associé au culte traditionnel du soleil celui de Monimos et d'Azizos, que Julien après Jamblique comparait à Hermès et à Ares, parèdres du soleil. Quoi qu'il en soit de Monimos qui représente assez probablement le dieu Arsou (7), Azizos est certainement l'étoile du matin, à laquelle il est formellement assimilé dans une inscription de Dacie (8) : Deo Azizo hono p\aer6\\ le bonus puer étant sans difficulté le bonus puer phosphoriis. Waddington

(1) Col. 1436 : 'Eyw ôeàv Yivwaxw, t:^v 'AçpoSiTTjv to âwTçopov a<7Tpov. Cf. col. 1448, d'un auteur incertain : avant Héraclius les Arabes adoraient « l'étoile du matin et Aphrodite, qu'ils nommaient dans leur langue Xaêap ».

(2) Reste..., p. 40.

(3) Wahballât est 'AôrivoSàipoç.

(4) Nr^Sx--;!!? (LiD.).

(5) DussAUD, Notes de Myth. syr., 1903, p. 9.

(6) 01 TYjv "ESsao-av ocxoùvts;, îecov i% aîwvo; yiaîo-j x*^?'®^? Movtixov aOrô) xai 'A^tÇov o'j-iv.'j.^\.Zi^<io\)a\.y . AlvtTTSTÔai (priatv 'Iâ[xgXixo; w; 6 M6vi[ao; [isv 'EpfXYJç eir), 'Al^tîjo; Sa 'Apri;, •?lXtou uàpeôpoi (JuL., Oratio 4, p. 150, éd. Spanheim).

(7) Cf. Clrrmont-Ganneâu, Recueil, IV, p. 165, et Dussaud, Mission, p. 462.

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