LES ORIGINES
Dans cet ouvrage nous n'avons voulu parler que des religions sémitiques. Nous n'avons pas abordé la religion des Sémites. C'est qu'en effet la religion des Sémites n'appartient pas à l'histoire. Aussitôt qu'elle commence, les différentes branches des Sémites — surtout les Sémites de l'est et ceux de l'ouest — ont leur religion propre.
Pourtant, en disant les religions sémitiques et non les religions des Sémites, nous supposions, pour les religions comme pour les langues, une origine commune, un stage de la religion oii elle constituait déjà une individualité distincte des autres, quoique non encore divisée en branches sorties du même tronc. Cette unité résulte de ce fait que sur chaque institution fondamentale nous avons pu grouper les différentes familles des Sémites sans rencontrer de divergences trop accentuées. Il en est, en effet, qui résultent nécessairement de l'état social. La civilisation urbaine de la Chaldée n'a pas connu les pierres sacrées; mais ses tours à étages contenaient de la même façon la
divinité, et avaient la même forme. La distinction des aliments purs et impurs y avait moins d'importance qu'au désert où les préjugés sont plus tenaces. L'idolâtrie avec des statues ouvragées, la pompe des cérémonies, exigent un certain degré de culture artistique.
Dans certains cas, on ne sait que conclure. La circoncision est-elle primitive chez les Sémites? a-t-elle été abandonnée à Babylone ou s'est-elle introduite depuis chez les autres groupes? Cette dernière hypothèse nous a paru plus vraisemblable, mais ce n'est qu'une plus probabilité. Toutefois ces points de détails ne peuvent rien changer à l'impression d'unité qui se dégage des faits.
Chacun des groupes a suivi sa voie propre. Il est possible que le culte du dieu de l'orage, Hadad, soit né dans le pays de Canaan, le culte du dieu Lune à Our, celui de Chamach à Sippar. Mais ce qui est antérieur, c'est la conception du maitre de l'orage, du Seigneur Chamach et du Seigneur Lune, et les formes de maitre, déjà différenciées dans l'histoire, ha al en sémitique occidental, bel en babylonien, supposent la communion d'une idée assez particulière. L'étoile du matin a peutêtre été en Arabie le dieu suprême, mais son nom appartient à un stage relativement primitif des langues sémitiques.
La philologie nous conduit à adopter, en matière religieuse, les conclusions qui sont généralement reçues pour le langage.
Ce qui surtout est décisif, c'est ce caractère commun du sentiment religieux que nous avons cru reconnaître. Il est rationnel de l'attribuer à un même tempérament. La religion de l'histoire a dû évoluer naturellement de celle du passé.
On conclut donc à une religion primitive des Sémites sans craindre de dépasser les limites d'une induction raisonnable.
D'ailleurs si l'unité que nous avons constatée ne provient pas de l'unité primitive d'une société divisée ensuite entre plusieurs branches, il faudrait qu'elle eiit résulté de l'adoption, par toutes les branches, du système religieux qui aurait prévalu chez l'une d'elles, ou d'un mélange des institutions.
La première hypothèse ne peut se traduire d'une façon concrète que par l'influence babylonienne : les religions des Sémites de l'histoire ne seraient que le résidu de la religion des tribus nomades, influencée par les hautes spéculations des Chaldéens.
Nous aurons à constater cette influence, mais elle suppose la Ghaldée constituée comme civilisation distincte et ne peut expliquer les éléments communs sous une forme antérieure à la distinction. Imaginet-on, ailleurs qu'en Chaldée, une religion issue de l'animisme, et la Chaldée possédant seule des idées très relevées sur la divinité? D'où
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lui viendrait ce privilège, démenti d'ailleurs par tant de traits qui montrent en Ghaldée autant de naturisme qu'ailleurs !
Il faut donc venir à la seconde hypothèse. La Ghaldée n'a connu d'abord que la religion astrale; c'est dans les régions occidentales que le naturisme s'est développé, et les religions sémitiques sont le produit de la fusion des deux éléments (1).
La coexistence des deux formes est incontestable. Mais ce qui est beaucoup plus douteux, c'est l'antériorité absolue du système astral en Ghaldée. Qu'il soit plus ancien que le débordement du naturisme , nous n'y voulons pas contredire, n'ayant non plus aucune raison de l'affirmer. Il est du moins postérieur à ces conceptions générales, qui se retrouvent chez tous les Sémites, et qui ne dépendent, à vrai dire, ni du naturisme, ni du système astral..., qu'il existe des maîtres de toutes choses, que ces choses soient au ciel ou sur la terre.
Nous avons même constaté que ce sentiment religieux était exprimé chez tous les Sémites par le mot El, désignant à la fois un dieu personnel et la source de toute divinité; de sorte que, si Ton veut absolument remonter par des conjectures plus haut que l'histoire, la religion des Sémites se présente à nous comme n'étant ni spécialement astrale, ni spécialement naturiste, mais comme un sentiment religieux envers les dieux, seigneurs de toutes choses. Pour une période antérieure, on peut concevoir le partage du divin entre le dieu masculin et le dieu féminin, puis le dieu à la fois masculin et féminin, et enfin Dieu (2).
Gette série de déductions ne serait peut-être pas plus hasardée que tel système d'évolution religieuse; nous avons hâte cependant de revenir à l'histoire. Gonstatons encore une fois que, quand elle commence, culte des dieux et des déesses, culte des astres et culte du dieu de l'orage, culte môme du dieu grain, culte des eaux et des arbres, culte des morts se trouvent mêlés, et se disputent, avec la crainte des esprits, les préoccupations des Sémites.
Mais si l'histoire ne nous dit rien expressément du monothéisme primitif des Sémites, elle est en revanche très formelle contre une conclusion caressée par beaucoup de critiques. Le monothéisme est peutêtre au point de départ, il n'est certainement pas au point d'arrivée,
(1) Cela paraît bien être la pensée de M. A, Jeremias, Das alte Testament..., p. 23.
(2) M. Hilprecht a fortement insisté sur la supériorité de la religion ancienne en Babylonie {Die Ausgrabungen im Bêl-Tempel zu Nlppur, p. 67 ss.); M. Winckler parle aussi des doctrines plus pures antérieures au temps de Hammourabi [Abraham aïs Babylonier, p. 26). D'autre part les évolutionnistes les plus radicaux admettent très bien un sentiment religieux antérieur à la distinction des sexes chez les dieux, tout en l'attribuant à un état d'âme plus rudimentaire et inférieur.
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jusqu'au moment où l'influence du Judaïsme et du Christianisme entre en scène, par la vertu propre qui est en eux.