‹ Études sur les religions sémitiquesChapitre 64 sur 88 · Première partie. ^ Au mois de Boul, en l'an quatorzième du règne du · texte numérisé non relu

Première partie. ^ Au mois de Boul, en l'an quatorzième du règne du

roi Echmounazar, roi des Sidoniens, - fils du roi Tabnit, roi des Sidoniens, le roi Echmounazar, roi des Sidoniens, a parlé ainsi : J'ai été retranché 3 avant le temps, au milieu du tissu de jours prospères, orphelin, fils d^une veuve, et je suis couché dans ce sarcophage et dans ce tombeau, ^ au lieu que j'ai bâti. J'adjure toute personne royale et tout particulier qu'il n'ouvre pas ce lit de repos et '^ qu'il n'y cherche pas des vases [précieux], car on n'y a pas placé de vases [précieux], et qu'il n'enlève pas le sarcophage de mon lit de repos, et qu'il ne me ^transporte pas 'de' ce lit de repos sur un second lit de repos. Même si des gens te parlent, n'écoute pas leurs mensonges ! Car toute personne royale ou ^ tout particulier qui ouvriraient sur ce lit de repos ou s'ils enlevaient le sarcophage de mon lit de repos, ou s'ils me transportaient 'de' ce ^ lit de repos, qu'ils n'aient pas de lit de repos avec les Rephaïm, et qu'ils ne soient pas ensevelis dans un tombeau et qu'ils n'aient pas de fils ni de postérité ^à leur place, et que les dieux saints les enferment avec le 'roi' Adar qui domine sur eux pour '^extirper cette personne royale ou ce particulier qui ouvrirait sur ce lit de repos ou qui enlèverait ce ^^ sarcophage. Et quant à cette race royale ou à ces particuliers, qu'ils n'aient pas de racine en bas ni ^^ de fruit en haut, ni d'éclat parmi les vivants sous le soleil. Oui, c'est moi, infortuné, qui ai été retranché avant le temps, au milieu du tissu ^^de jours prospères, j'étais orphelin, fils d'une veuve.

Deuxième partie. Oui, c'est moi Echmounazar, roi des Sidoniens, fils du ^'^roi Tabnit, roi des Sidoniens, petit-fils du roi Echmounazar, roi des Sidoniens, et ma mère Amastarté, ^^ prêtresse d'Astarté notre dame, la reine, fille du roi Echmounazar, roi des Sidoniens, qui avons bâti les temples ^^des dieux, le temple d'Astarté, à Sidon, dans la région maritime, et nous y avons conduit Astarté en grande pompe (?) ; et c'est nous ^^ qui avons bâti un temple à Echmoun, prince très saint, à la source Idlal dans la montagne, et nous l'y avons installé en grande pompe (?) ; et c'est nous qui avons bâti des temples ^^ aux dieux des Sidoniens à Sidon, dans la région maritime, un temple au Baal de Sidon, un temple à Astarté du nom de Baal. Et de plus le Seigneur des rois nous a donné ^^Dor et lapho, splendides pays de froment qui sont dans la plaine de Saron, à cause des hauts faits 20 que j'ai accomplis, et il les a ajoutés au territoire du pays afin qu'ils soient aux Sidoniens à jamais. J'adjure toute personne royale et tout particulier qu'il n'ouvre pas sur moi -^ et qu'il ne me mette pas à nu, et qu'il ne me transporte pas 'de' ce lit de repos et qu'il n'enlève pas le sarcophage de mon lit de repos, pour que ces dieux saints ne les enferment pas, et qu'ils n'extirpent pas cette personne royale ou ces particuliers et leur race à jamais.

1) idSdS probablement infinitif avec iod compaginis (Lid.).

2) La prononciation de njin est inconnue. Ce n'est pas le Tennès de Diodore, dont le nom s'écrivait plutôt en commençant par î?n d'après les monnaies que lui attribue Babelon {Les Perses Achéménides, clxxxi ss.). n:nn peut très bien venir de

n::i, comme l'assyrien nahnètu, tabnû^ « rejeton » ; ce serait un nom hypocoristique.

3) ^n7 hl; cf. Eccle.,vii, 17. — ppour "rn avec Clermont-G anneau dans CIS.;cï.

Neh., V, 18. "Da est très controversé. La rac. "3D peut sans difficulté signifier

« lisser » ; cf. Ps. cxxxix, 13, et TjDD, « rideau > ; c'est une pensée analogue à celle du

cantique d'Ezéchias, f. 12. — DIuS ne peut être qu'une épithète de « jours ». Dans Hadrumète 9, c'est Tépithète de hV2Dh)2 (le pluriel pour le sing.) ; le sens est donc « glorieux, prospère », plutôt que « maudit », d'après l'assyr. ezêru, « maudire ». Cela répond bien aux exploits du règne. — naS^ dans le sens de « veuve » (comme CIS.) est confirmé par l'assyr. almattu. Le défunt ne gémit pas sur son malheur d'avoir été orphelin; c'est la douleur de la mère qui se découvre : veuve, elle perd en outre ce fils orphelin sur lequel elle avait reporté toute sa tendresse : c'est encore là un des coups de la mort. Hoffmann : n^K* "j^S Dn lai 7X : « donc ma grandeur

s'est terminée dans ceux-ci (ces jours) ». — nSri, « sarcophagus ex conjectura ».

'')2jp seulement en araméen : « ma personne » . Ce mot gouvernant nx et ce qui suit, il faut supposer une ellipse : « j'engage ma personne envers telle autre que je me vengerai s'il commet telle action » (Hoffmann). La langue de la Michna emploie une tournure analogue : « que je sois maudit si j'ai ou si je fais telle chose ».

5) p d'après l'analogie de Tabnit, 1. 4, peut signifier « dans nous », pour « auprès de moi ». Il peut avoir aussi le sens de « en lui », écrit defective, même dans Narnaka 2 13 (dans ces cas Lid. propose de donner à p la valeur de "jD). — Dja non pas mammôn ou le pluriel de nJQ, « mine », mais pour DJ^Q; cf. l'araméen INQ, « vase » ; il s'agit des vases précieux d'or ou d'argent qu'on déposait dans les tombes. — D^, participe passif avec Hoffmann ou ^UW, « ils ont placé », plutôt

que a^kL*, « là », qui serait une tautologie.

23;27a, « couche », ne peut guère être un autre objet que nSn, « sarcophage », puisque l'inscription gravée sur le sarcophage défend de l'ouvrir, 1. 4. Quant au sens, 2D^O indique la place où le corps repose, un sarcophage ou un lit, ou une auge. Nous prenons nS^ dans le sens de « sur ». Hoffmann tient à traduire « couvercle » (1), mais ce mot ne figure pas dans sa traduction. Le CIS. : « nec superaedificent lecto huic cameram lecti alterius »; nSs? pour « chambre », mais 0027 ne peut sï^mVier superaediflcare » ; son sens ordinaire est « porter en soulevant ». A la ligne 6, liD^^UDl, « moi qui suis dans ce caveau », à moins qu'on ne suppose qu'il y a 2, pour a, par la faute des graveurs. Peut-être ^2f2J, « deuxième », au lieu de "iriNS « autre », fait-il allusion au second caveau qui surplombait celui où était le sarcophage; mais il faudrait alors l'article. Le défunt semble prévoir trois cas : qu'on n'ouvre pas le sarcophage, qu'on ne l'emporte pas, en le laissant nu sur le sol (cf. 1. 21), et qu'on ne transporte pas le sarcophage, même en laissant le défunt dedans, dans un autre caveau, ici ID^Z^D- — U211, avec CIS. : « leurs mensonges » ; cf. Job, XI, 3 ; Hoffinann : « ce qui les concerne » = hébreu, ans, Lid. préfère supposer une faute du lapiclde et compléter D3[12]T1.

7) Des trois clauses, la dernière serait incomplète, si on traduisait oaj? avec Hoffmann dans le sens de changer de sarcophage.

9) Le mot n^SDa ici et 1. 11 dans l'inscription du dos; celle de la poitrine donne ici "jSqd et 1. 11 nboa. Le dos a certainement raison à la 1. 11, où le mot signifie

(l) Les contextes cités ne sont pas très convaincants : à proprement parler, on n'ouvre pas un couvercle; on ouvre une boîte en soulevant le couvercle; cf. 1. 21 où iphy dépend de ij;t qui ne peut signifier que « dénuder ».

une personne royale, opposée à DIN comme précédemment; mais ici la personne est qualifiée de ITX, au masculin; la vraie leçon est donc probablement ""pQ; « le roi puissant » est, dit-on, une allusion au grand roi, le roi des Perses ou un Ptolémée. Cependant le grand roi est qualifié, 1. 18, « le seigneur des rois », et dans son adjuration Echmounazar n'a exclu personne, pas plus le grand roi que le roi de Sidon. Il s'agit donc ici d'une personnalité assez puissante pour châtier qui que ce soit des pouvoirs humains. Le roi puissant est plutôt le roi Adar, le maître du monde souterrain. Même si on prend nx comme une simple épithète, il est constant qu'elle s'appliquait à des divinités {CIS., 118, 255 et ici 1. 19). Les dieux saints ou célestes seraient, dans le cas, opposés au dieu infernal.

Dans leur préoccupation d'éviter le sens eschatologique, les éditeurs du CIS. et Hoffmann rendent i;d par « livrer ». Mais outre que 1. 22 on ne livre à personne, le sens du verbe en hébreu est « enfermer » et c'est le seul qu'indiquent les langues congénères. Le passage rappelle clairement Is., xxtv, 22. Dans tous les systèmes, il est difficile d'expliquer hxûl2; un parfait au sens du conjonctif est peu vraisemblable; nous préférerions le participe avec Lid.

10) Nous commençons une nouvelle phrase avec l'ace, absolu, parce qu'elle a son apodose 1. 11 par p^ Sn. — L'adjuration est réduite aux deux clauses principales.

11-12) Les mots de « semence » et d' « extirper » mettaient sur la voie d'une comparaison qui se développe ici : les profanateurs n'auront pas de racine en bas, c'est-àdire dans le monde infernal dont ils sont extirpés par la seconde mort, ni de fruits en haut, c'est à-dire de descendants; la beauté de l'arbre sous le soleil est peut-être une allusion à la bonne renommée laissée par le défunt, les stèles bâties en son honneur, son culte de famille. — "jn- probablement part. niph. de "j^n, « être pris en pitié, infortuné ».

13) L'inscription du dos se termine par "j^s primo loco.

15) Lire ^^Tx au lieu de DS*, faute des deux textes. — n:i évidemment au pluriel.

16-17) Hoffmann voit ici deux entreprises distinctes : des constructions nouvelles, comprenant le temple d'Astarté et celui d'Echmoun, dieu particulier de la maison royale, et des restaurations relatives aux temples du Raal de Sidon et de sa déesse parèdre. Mais en réalité la phrase recommence trois fois, pour le temple d'Astarté, pour celui d'Echmoun et pour les deux autres. Ce qui est commun aux deux premiers, c'est la clause d'installation des dieux, qui semble bien indiquer une dédicace. D'autre part, après la clause « nous avons bâti les temples des dieux », les temples étant déterminés, on dit ensuite : « nous avons bâti un temple à Echmoun, nous avons bâti des temples aux dieux, au Baal de Sidon et à sa parèdre ». Il est prudent de ne pas attacher trop d'importance à ces variations de style. Gomme il est impossible d'admettre qu'Aslarté, la déesse de Sidon, et Echmoun n'y aient pas eu de temples, nous pensons qu'il s'agit dans tous les cas de restaurations; les deux premières ont pu être plus importantes. On pouvait ramener une divinité chez elle avec autant d'éclat que lors de l'inauguration. Ainsi flt Assourbanipal pour la déesse Nana (1).

16) Les éditeurs du CIS. ont comblé la lacune par nin;2J"n:i, ce qui doit être exact; car si on introduit plus tard Astarté dans ce temple, c'est donc le sien. On ne se contentera pas du suffixe comme 1. 17 pour Echmoun, parce que « le temple d'Astarté » est un seul mot, et c'est la déesse, non le temple, qu'on introduit, tandis que 1. 17 il y

(1) AT?., II, p. 210 : « dans le temple qu'elle aimait, je l'ai installée ».

(2) Toujours comme Nana, usiribsi, « je la fis entrer ».

a « un temple pour Echmoun ». Le texte porte n"C/*1 que les éditeurs, suivis par Hoffniaun, Lidzbarski (sans aucun signe diacritique), corrigent en p\27i1 pour conformer à 1. 17. Mais y]W^^ donne un bon sens, de Ttt;i pi. comme II Chron., xxxii, 30 (2). Cependant la fidélité du lapicide n'est pas au-dessus de tout soupçon. — DllKaD^ est une difficulté célèbre. Le CIS. : « ibi magnificantes », soit D''1TND Wé; Hoffmann ni Tka Dtzi, « comme une très haute personnalité » [als hôchster Person), et pour éviter la nécessité d'un adverbe de lieu après n*^:?''!, il suppose ce verbe au pi. dans le sens de « constituer une demeure » ; mais peut-on continuer par l'accusatif? Il nous semble que c'est bien la personne de la déesse et du dieu, représentés par une pierre sacrée ou une statue, qui est installée dans le temple, et dès lors le verbe signifie « conduire » {''\W au pi.) dans le premier cas, ou « faire habiter » (l'^i au parfait hiph.) dans le second cas. Il est difficile de supposer qu'Astarté et Echmoun aient le même prédicat, comme par exemple « cieux glorieux », ou « nom sublime », tandis que la cérémonie supposait les mêmes sentiments chez les acteurs. L'interprétation de CIS. peut s'appuyer sur la nécessité d'une indication du lieu et sur ce que DI'KD, pi. ou hiph., plutôt ce dernier, attesté par Is., xlii, 21 (et peut-être Ps. XVI, 3), correspond à la joie du cœur lors du transfert de Nana (1). Si on ne voit pas la nécessité de l'adverbe, on pencherait pour DTTN^a WO:, « glorifiant le nom », justifié par Ps. VIII, 3.10; mais on s'attendrait à ce que wé fût déterminé. La présence de DD"! D12Vj dans l'inscription du temple d'Echmoun a fait entrer la question dans une nouvelle phase (cf. RB. 1903, p. 410 ss.).

17) L'inscription du temple d'Echmoun prouve qu'il faut lire dans la lacune après 7)2\27K le mot lil?, « prince », et non pas lir, « champ », ou 7^7, « démon ». hhv p, accusatif de lieu. Renan a pensé à Nabi Yahya {Mission de Phénicie, p. 394).

18) Echmoun et Astarté étaient bien les dieux de Sidon; mais on n'ignorait pas qu'ils étaient adorés ailleurs; il s'agit maintenant des dieux spéciaux de la ville, probablement même des dieux éponymes. Le Raal de Sidon serait dès lors Sid, Vient ensuite Astarté du nom de Baal. Astarté est presque ici un nom commun : la déesse qui porte le nom corrélatif de celui du Baal; ne serait-ce pas Sida? La tradition connaissait deux éponymes, l'un mascuhn, l'autre féminin (cf. ch. xi, p. 417 et p. 433 s.)» D'ordinaire on interprète ce DiT moins littéralement, dans le sens qu'Astarté partage les prérogatives du Baal de la cité. D'autres lisent "ja^, « du ciel » de Baal. — TJ^ dans le sens T1^, « et de plus », c'est un nouveau titre de gloire. — Le seigneur des rois, le roi de Perse, puisque Dora était aux Sidoniens dès le temps de Scylax [Périple, éd. Millier, p. 79). — maS est à expliquer avec Lid. d'après l'analogie de niDO {CIS., 165); S ou D avec niD, « mesure ». Donc nQÏJT substantif, dans le sens d' « actions d'éclat ». Il s'agit, d'après l'analogie historique, de services rendus par la flotte phénicienne, dont le roi de Sidon avait le commandement.

22) Sk, « ceux-ci » = hébr. nSx. 'jïp''^ 3«p. pluriel avec noun. Les dieux saints ne sont pas tant ceux de la 1. 9 que ceux auxquels on a bâti des temples; d'ailleurs les mêmes en réalité.

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