‹ Études sur les religions sémitiquesChapitre 74 sur 88 · TEIMA · texte numérisé non relu

TEIMA

La stèle de Teima, en grès, haute de l''\10, lar^e de 0'",43 et épaisse de 0™,12, a été vue pour la première fois par Huber, en 1880. Acquise quatre ans plus tard par l'infortuné explorateur, elle est maintenant au Louvre. La face contient l'inscription, fort effacée dans sa partie supérieure, mais complète par en bas. Sur le côté gauche, on a représenté sur un registre supérieur un personnage, vêtu d'une longue tunique à volants et avec des franges en bas; sur sa tête un bonnet pointu, semblable à celui que portent actuellement les prêtres arméniens, ou à une mitre non ouverte, nouée en arrière par des rubans. La main droite est étendue; la main gauche tient un sceptre très long qui touche à terre. Au-dessus, le symbole du globe ailé,

qiii a été comparé au style assyrien plutôt qu'au style égyptien, et qui n'est pas sans analogie avec certains des symboles des anses trouvées récemment par M. Bliss à Tell Zakaria, etc. Au registre inférieur, le prêtre; même robe; comme coiffure une calotte élargie et carrée par en bas; les mains sont étendues pour adorer; devant lui un autel surmonté d'une tête de taureau. Le sens de la scène est incontestable, c'est le dieu qui impose la main sur le prêtre et le consacre à son service. Ce dieu ne peut être que le Salm de l'inscription, que nous croyons être Saturne. Saturne était en Afrique le Baal de Qarnaïm, représenté avec un bœuf au-dessous de lui comme victime; un autel trouvé en Gaule montre Saturne une tête de bœuf à la main. Voir aussi dansRoscH., Lex. myth., II, col. 1551, Kronos enveloppé d'une grande tunique, tenant de la main gauche un sceptre qui va jusqu'à terre. — La physionomie de la scène est plutôt assyrienne, mais ce n'est pas une simple copie ; cet art a sa petite part d'originalité.

Teima, célèbre oasis, au nord de l'Arabie, garde encore son nom ancien; cf. Gen., XXV, 15; Is., xxi, 14; Jer., xxv, 23.

L'inscription est rapportée par CIS. au commencement du vi° siècle avant Jésus- Christ; par Lidzbarski et Cooke au v° siècle; elle paraît en tout cas plus récente que celles de Neirab.

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^En l'an 22 H Teima, Salm [de Makhram et Singalla =^ et Ach]ira, dieux de Teima, à Salm de '* [Hagam...], on a placé en ce jour à Teima... que.,. ^ "^ ^QR conséquence... ^ qui a institué Salm-Ghézeb, fils de Petosri

'^ [dans le temple! de Salm de Hagarn; en conséquence les dieux ^Me Teima ont attribué une redevance à Salm-Chézeb, fils de Petosri ^^ et à sa race, dans le temple de Salm de Hagam. Et quiconque ^^ gâterait cette stèle, que les dieux de Teima " Tarrachent, et sa race, et son nom, de la face de ^^ Teima. Or voici la redevance qu'ont donnée ^^ Salm de Makhram et Singalla et Achira, '^ dieux de Teima, à Salm de llagam, savoir : '^ du champ, 16 palmiers, et de rétablissement ^^ du roi, 5 palmiers, total de palmiers, '^^2i, année par année. Et que ni dieux, ni hommes n'enlèvent Salm-Chézeb, fils de Petosri, -- de ce temple, ni sa race, ni son nom, prêtres dans ce temple [à jamais].

2) Cette ligne étant restituée avec cerlitude d'après ce qui suit, nous pouvons traiter ici des noms divins.

absf, le nom du dieu installé à Teima-, si l'on suppose une racine araméenne, on songera avec Renan au composé hvi obï, image de Baai (cf. SaXa[x6to et Salajx- 6a;), puisque le mot n'a pas d'autre sens en araméen; mais comme il est invraisemblable que r« image » soit un nom divin, il faut reconnaître un dieu assyrien Salmu, le « sombre », ou la planète sombre, un nom de Saturne (cf. déjà Bur-Selem dans cl-Amarna. Un premier Salm, de DIPiD, était déjà installé à Teima; mais il n'en était pas originaire, puisque le nom de Makhram était un nom de lieu, dans le voisinage (Yaqout, IV, 425). On introduit maintenant le Salm de D^n; ce nom n'a été relevé que dans le Yémen (Yaqout, II, 886), mais ce pouvait être une étape, et le nom venir de plus loin. — nSmJ^ a tout à fait l'apparence des noms assyriens terminés engalla, de GAL, « grand » ; ce serait Singalla, le grand Sin. D'après Hommel {Proc. Soc. bibl. Arch., XXI, p. 13-5 s.), le démon iichumgallu, mais cela ne convient pas à un dieu. Pour Nl^"t:N% nous avions proposé Achéra, ce qui est agréé par Cooke.

9) Le nom du prêtre a des répoiid^nts assyriens très rapprochés, Salm-musizib, Nabù-siZ'ibanni ; il est cependant inutile de le prononcer avec Winckler {Altorient. Forsch., I, p. 183) Salm-usizib, puisqu'on a l'araméen l"?^;:; connu maintenant par

l'épigraphie (Cl.-Ganneau, Recueil..., IV, p. 170 s. et p. 174, écrit i"»ï;).Le nom du père est égyptien, 11DT2S, « celui qu'a donné Osiris » ; l'étym. égyptienne est niée par Winckler (A. F., II, p. 77).

11) La restauration Ipisr d'après le sens de xnplï, 1. 15.

13) »NmD a été expliqué par Winckler comme l'assyr. asumitu, « stèle », rattaché avec raison par Delitzsch {H. W.) à la racine DDT. Mais il est au moins aussi naturel de rappeler la racine aram. mï, « ériger», et l'arabe souivwat, pierre-borne ou tombeau.

15) xnpTï, d'après Winckler, = ass. sattukku, revenu fixe d'un temple, rattaché à la racine "jîiD, « agir toujours de même ». Mais on sait que npTï tourne au sens d'(( aumône », Dan., iv, 24 (cf. Matth., vr, 1, 8ix.aioauvri).

18) Nnav^* a été assimilé avec raison par CIS. au syr. Kna"'D, mais il n'est pas nécessaire de lui donner le sens de « trésor ». On trouve dans le Thes.da Payne Smith lis^i» = cpuTov; le même mot, suivi du mot vigiie, signifie dans S. Éphrem « plantation de vigne » ; le mot établissement, propriété, sort de la racine n^^l\ sans recourir à l'assyr. simtu, la décoration royale, l'ornement du palais, d'ailleurs de n;ri.

20) Il est impossible qu'on ait donné chaque année des palmiers; il s'agit sans doute de leurs fruits. M. Rubens Duval (apud CIS.) a pensé que c'était la dîme per-

çiie par les dieux sur le champ public de Teima -, cette opinion nous paraît aujourd'hui plus vraisemblable que de regarder le champ comme ua enclos sacré, car il est probable que ces enclos n'étaient pas consacrés à la culture; il semble résulter des termes du texte que certains arbres, peut-être dix sur cent, étaient consacrés entièrement à la dîme. Les dieux percevaient donc aussi la dîme sur l'établissement du roi. Ils disposent du tout en faveur du nouveau dieu, c'est-à-dire de sou prêtre. — Ni dieux, ni hommes ne pourront déposséder le prêtre, ni ses descendants; la clause n'est pas très respectueuse; elle exprime cette idée que le sacerdoce se perpétuait dans les familles; c'est de droit divin et humain.

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