LE DIEU QUI NE BOIT PAS DE VIN
Découverte en 1900 par M. Littmann à Palmyre. Le texte et la traduction d'après Littmann [Journal asiatique^ 1901, p. 374 ss.) et Clermont-Ganneau mec..., IV, p. 382 ss.). De 132 ap. J.-C.
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* Ces deux autels (les) a faits *Oubaidou, fils d'^Anémou, - fils de Sa'adallat, Nabatéen, Roukhien, qui était cavalier ^ dans la citadelle [ou à Hirta) et dans le camp de *Ana, '* pour Chai' al-Qaum, le dieu bon et rémunérateur, qui ne ^ boit pas de vin; pour son salut et pour le salut de Mo'êtî ^ et de 'Abdou, ses frères, et de Sa'adallat, son fils; au mois de ^eloûl, l'an 443. Et que soit commémoré Zebîda, fils de ^ Ghim'ôn, fils de Bel'aqab, son hôte et son ami, devant ^ Chai' al-Qaum, le dieu bon; et que soit commémoré quiconque ^^ visitera (?) ces autels et dira: « Que soient commémorés '^ tous ceux-là en bonne part! »
2) Le dédiant est un Nabatéen, aussi tous les renseignements qu'il donne valent pour les Nabatéens plutôt que pour Palmyre ; il semble qu'il était de la tribu de Roukhou, plutôt que d'une ville de ce nom ; du moins la terminaison adjectivale s'explique mieux ainsi (cf. les imi de GIS., II, 182).
3) 'Ana et el-Hîra, sur TEuphrate.
7) Les noms de l'hôte et de ses ancêtres se trouvent à Palmyre ; par opposition à la famille du dédiant qui est Nabatéenne. — Le 13 est ordinairement le client, l'hôte passif; Gl.-Ganneau (Rec..., V, p. 45) revient à ce sens à cause de l'équivalent grec tov auToy ^svov xai ^(Xov (Inscription de Philon de Gos en l'honneur d'ïlérode Antipas, CI6r., 2502).
10) TJ^ra ou T"»:; eo restaurant au début n; cf. l'arabe 'oud, à la cinquième forme « visiter » (Lid., Eph.^ 346).
U) D'après Cl. -G., ilec..., V, 179 s., corrigeant sa première restitution, il n'y a de place que pour une lettre; il suppose une forme intensive du pronom démonstratif à l'état isolé.
TEXTES ÉPIGRAPHIQIES. 507
L'intérêt de cette inscription est dans la mention du dieu Chai' al-Qaum, dont M. Cl, Ganneau avait antérieurement reconnu l'existence dans une inscription nabatéenne pU' bliée par M. Dussaud. Ce dieu, car c'est bien lui, non le dédiant, ne boit pas de vin. Son nom paraît signifier le dieu qui accompagne le peuple, son Seigneur ou son patron. Il semble que c'est une manière vague de le désigner, en taisant son nom propre. Par une série de déductions très sagaces, M. Cl. -Ganneau le rapproche du dieu Lvcurgue, dans une dédicace copiée par Waddington à Hebrân (n» 2286 a) ; [8s]Ç) Aj/.oùpYa). Ce Lycurgue est, dans le poème de Nonnus (Dionysiaques xn: et xx.i), l'adversaire de Dionysos, le Bacchus indien. D'autre part, le dieu principal des Nabatéens, Dousarès, était identifié avec Dionysos, Bacchus. Et cependant, on lit dans Diodore (XIX, 94) : « D'après une loi du pays (les Arabes Nabatéens) ne sèment pas de blé, ne plantent aucun arbre fruitier, ne boivent pas de vin et ne construisent aucune maison; ceux qui font le contraire sont punis de mort ». Il y avait donc chez les Nabatéens deux groupes bien distincts au point de vue religieux, celui des buveurs de vin, adorateurs de Dousarès, et celui des gens qui le proscrivaient, adorateurs de Ghaî' al-Qaum. C'est peut-être une confusion entre ce Lycurgue et le Lycurgue de Lacédémone, le législateur, qui expliquerait un autre rapprochement cité par le savant français. S. Épiphane (1) prétend que Moïse, à cause de ses prodiges divins, passait pour un dieu, par suite de l'aberration des populations de l'Arabie Pétrée, de Rokom (Pétra) et d'Édom, et que son idole était, dans ces régions, l'objet d'un véritable culte. Personne ne soutiendra que Moïse est devenu Chaî' al-Qaum, mais il est très possible que ce dieu ait eu des attributs de conducteur et de législateur qui expliqueraient la confusion de S. Épiphane.
19. — LE DIEU BÉNI (VoGûÉ, 124; Wadd., 2267; Lid., Handb., p. klk).
Sur la route de Palmyre à Homs, à trois heures et demie de Palmyre, trois grands autels avec la même inscription bilingue, répétée trois fois, et le symbole du foudre que Waddington hésite à voir sur le troisième, qui est brisé, mais où il est attesté par Mordtmann (Palmyrenisches, p. 73). Du 21 mars 114.
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^ La ville (de Tadmor) a élevé (cet autel) à celui dont béni soit - son nom à jamais^ avec l'argent^ de la trésorerie, sous l'administration des trésoriers
(1)P. G., t. XLI, col. 972.
Zebeida, ^ fils de Thaimo'amed, (fils de) Masékou — et Moqîmou, ^* fils de larhibola, (fils de) Gamla, et larha, ^' fils de Nourbel, (ûls de) Ghagri, — et 'Anani, ^ (fils de) Malkou (fils de) 'Anani. — Au mois d'Adar, le 21« jour, an 425.
3) La racine "ûJJîT signifie « mettre à l'amende »; ici le sens est évidemment plus général.
M. de Vogué note {^yrie centrale, p. 75) : « Cette inscription, par sa date, est antérieure à l'organisation de la cité sur le modèle des colonies italiques. On pourrait en conclure qu'à cette époque les magistrats principaux et éponymes étaient les trésoriers, au nombre de quatre, qui géraient les finances publiques. »
Le foudre placé sur l'autel montre qu'il s'agit du Zens tonnant, autrement dit de Baal Céleste, comme l'avait très bien vu M. de Vogiié, dont la position n'est pas du tout ébranlée par les arguments de M. Lidzbarski [Ephem.^ I, p. 255 s.). De plus, la dédicace est faite par la ville. Si le Baal n'est pas au sens strict un dieu de la cité, c'est qu'il a un caractère plus général ; mais il n'en reçoit pas moins un culte officiel et public. 11 semble d'ailleurs que ses attributs particuliers sont ici enveloppés dans une désignation vague; il y a tendance à le considérer comme un être suprême et ineffable, plus grand que les autres dieux quoique non pas comme le seul dieu (cf. la tessère palmyrénienne publiée 5yne centrale, p. 76).