Metam. , I, 635 sqq. Cf. Heroid. , XIV, 85 sqq
3. Vovez, daciS notre Musée des antiquts, le buste d'Isis, portant le n» 215.
retrouvera sa raison*. Il ne pouvait se laire sur le taon furieux, envoyé par Junon, qui joue un rôle si important dans l'histoire des transports et des erreurs d'Io :
Hoc quondam monstro horribiles exercuit iras Inachiae Juno pestem meditata juvencae '^ ?
Mais il en a parlé de telle sorte que ses paroles ont pu quelquefois'' sembler l'expression métaphorique de la frénésie. En même temps, il a pris soin de détourner notre pensée sur un objet d'une nature plus tragique, le fantôme d'Argus, dont, tout mort qu'il est, Terrante lo, comme dit Horace*, ne cesse d'être obsédée. C'est avec habileté; on le voit, qu'Eschyle, empruntant au monde fantastique de la fable un personnage tel qu*Io, a su sans trop l'altérer, et sans nous imposer non plus un trop grand effort de crédulité, l'amener sur la scène des réalités dramatiques. Son grand art, au reste, a été, comme il convient en des sujets de ce genre, d'ébranler tout d'abord l'esprit, de l'enlever à la réflexion, par la vivacité, l'énergie, le pathétique delà peinture.
Tandis que Prométhée s'entretient de son malheur avec les Océanides, paraît tout à coup auprès d'eux, conduite jusqu'en ce désert par les voyages sans repos auxquels la condamne la jalousie de Junon, l'infortunée lo. De longs développements, dans lesquels s'est complu le poëte^, rendent, en vers admirables, d'abord le désordre de ses sens et de ses pensées , sa fatigue, son découragement, son désespoir; puis, pendant une sorte de relâche accordée à ses transports, et que marque, comme toujours, le passage des mètres lyriques à 1 ïambe du dialogue, sa tendre émotion au spectacle inattendu que lui offre Prométhée enchaîné; sa surprise quand elle se voit connue de lui, et qu'il se fait connaître à elle; les éclats de sa douleur en entendant de la bouche du dieu prophète le détail des courses infinies qu'il lui reste à accomplir en Europe,
1. V. 873. — 2. Virg., Ccorg. , III, 152. — 3. V. 584, 599, 618, 695, :02,904. — 4. lo vaga, Horat., ad Vison., 124. — 5. V. 577-911.
PROMÉÏHÉE. 277
en Asie, h travers des ri'gions iuconnues et pleines d'effrayantes merveilles, avant de trouver enfin le repos sur les bords du Nil.
Ce détail, d'une géographie quelquefois embarrassante, et bien souvent, bien diversement commentée*, nous paraît, dans un ouvrage dramatique, un bien long épisode. Mais Esclij'le était d'un temps où se lisaient avec avidité les relations, en grande partie géographiques, d'Hécatée, de Xanthus, d'Hellanicus, de Gharon; où se préparaient celles d'Hérodote, qui ne le sont pas moins; où la connaissance du monde encore nouveau, ignoré, aux limites indécises, mystérieuses, peuplées de ces fables qu'un poë e du siècle d'Auguste, Horace, disait habiter les bords de l'Hydaspe^, avait pour la curiosité et l'inexpérience des Grecs un attrait tout poétique^ On peut croire que le public pour lequel composait Eschyle ne se détournait pas sans plaisir de l'action elle-même, pour suivre, en imagination, au delà des bornes où s'arrêtait sa science, le fabuleux voyage d'Io*.
1. Voyez, entre autres, à la suite de la trad. de leffanc de Pompignan, p 409, des Éclaircissements historiques et géographiques sur les courses d'Io. Welcker, assez récemment, leur a consacré les pages 127- 146 de son livre sur la Trilogie d'Eschyle; M. Eug. Thomas, la plus forte part de ses mémoires, rappelés plus haut, p. 255, 256; enfin M. C. Hanriot n'a pu les omettre dans le résumé de la géographie d'Eschyle, que contient la dissertation pub,iée par lui en 1853 sous ce titre : Geographia Grœcorum arttiquissima, qualis ab Homero, Hesiodo, jEschylo tradita, ah Hecatœo digesta et concinnata fuerit.