V. 879-917. — 2. W. Schlegel
3. Mais non, je crois, à son exemple, ainsi que l'a dit M. Piiech, dans l'civaiii-propos dn la remarquable traduction en vers qu'il a donnée des Choéi>liores, en 18'iG, deux ans avant celle où il a reproduit, nous l'avons dit plus haut, p. 208, avec talent et succès, le Prométhde.
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blable où il les a places, se substituent h des sentiments plus vrais, plus profonds, plus tragiques. La scène est moins forte, moins frappante. Elle ne laisse pas de paraître encore fort pathétique, quoiqu'on remarque dans l'exécution da la langueur, qu'au moment où le dialogue s'aniuie, le mouvement soit plus dans les mots que dans les clioses, et qu'ainsi la chaleur et la rapidité du style aient, comme il arrive souvent dans le théâtre de Voltaire, quelque chose de factice.
Enfin, de nos jours. Duels s'est replacé dans la situation simple et terrible imaginée par le poète grec et par le poète anglais; il a peint comme eux, avec une admirable énergie, l'effroi de la mère, la colère du fils, et l'attendrissement qui succède, en son âme, à la fureur. La scène de l'urne, comme on l'appelle, dont l'invention lui appartient, celle où Hamlet se trouve placé entre l'ombre irritée d'un père qui demande vengeance , et une mère qui tremble sous son poignard , sont d'une beauté qu'aucun souvenir n'efface. Il suffit d'en appeler à l'effet prodigieux qu'elles produisaient à la représentation, lorsqu'elles avaient pour interprète l'acteur fameux qui en était comme le second créateur, et dont le souvenir ne peut se séparer de l'idée qu'on en conserve.
Il reste peu de clioses à dire pour achever cette analyse des Choèphores. Tandis que le chœur célèbre dans ses chants le sacrifice qui s'accomplit et la puissance fatale qui a conduit tous ces événements, les portes du palais s'ouvrent tout à coup; on aperçoit les corps sanglants d'Égisthe et de Clytemnestre, et auprès le parricide Oreste qui fait devant le peuple d'Argos l'apologie de son action. Il ordonne que l'on déploie sous les yeux de ses concitoyens et à la face du soleil ce vêtement perfide où l'on emprisonna autrefois h s membres d'Agameranon avant de le frapper. Ce tableau , d'une invention admirable, renouvelle toute l'horreur du forfait qui vient d'être puni; il sèche les larmes trop amères qui coulent encore à la pensée d'une mère immolée par un fils; il
adoucit, autant que l'art pouvait le faire , l'horreur de la catastrophe. C'est devant le témoin muet du crime de sa mère qu*Oreste, les mains fumantes du sang qu'il a répandu, proclame son innocence. Mais on pourrait dire de lui ce que disait d'un autre Oreste, le célèbre Gluck. A une répétition de son Iphigénie en Tauride, quelques personnes condamnaient un accompagnement terrible placé sous des paroles, dans lesquelles le héros exprime, après un transport de fureur et d'égarement, que le calme rentre dans son âme. On trouvait une contradiction choquante entre cette situation paisible où il se retrouve, et les accents discordants et sinistres de la musique ; on accusait le compositeur d'avoir trahi par distraction ou par maladresse les intentions du poëte. Cette critique arriva jusqu'aux oreilles de Gluck, qui conduisait l'orchestre ; il s'interrompit et s'adressant de loin à ses censeurs : « Vous ne voyez pas qu'il ment, » s'écria-t-il avec le ton de la colère et l'expression du génie. L'Oreste d'Eschyle ment aussi quand il vante la justice de l'acte exécrable auquel il s'est laissé emporter : on s'en aperçoit bien au soin empressé avec lequel il redouble ses apologies , comme pour se rassurer lui-même contre le cri de sa conscience qui se révolte et qui l'accuse. Le chœur remarque avec effroi les regards douloureux qu'il jette de temps en temps sur le corps de Glytemnestre. Bientôt sa raison se trouble et s'égare ; il voit ou croit voir ces Furies que la malédiction d'une mère mouranle a soiîlevées contre lui, ces chiens dévorants qu'elle a attachés à sa poursuite; il les dépeint avec des expressions qui préparent, on l'a judicieusement remarquée
l.Bœttîger, Les Furies d'après les poètes et les artistes anciens, Weimar, 1801; traduction française, Paris, 1802; God. Hermanii,
jEschylum condilione, p. 28 et suiv. Quelques criluiues, eiiLie aulrns 0. Mciller, torilrctiit en cela par God. Herniann, ont pensé (|ue les Furies, invisibles pour le chœur, lequel lômoignc en elïct ne pas croire
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aux elTrayants tableaux do la pièce suivante, et dont la vivacité a passe dans les vers fameux de Sophocle, d'Euripide, de Racine, de Grébillon; s'échappant enfin de la scène, il annonce qu'il va chercher du repos à Delphes, dans le temple du dieu qui lui ordonna le crime. C'est là que nous le retrouvons au début de la tragédie des Eumé' nides, qui ferme par une conclusion plus satisfaisante le cercle de forfaits dont se compose cette terrible trilogie. Le chœur semble la résumer tout entière par ces paroles qui terminent la pièce :
« Trois fois la tempête a soufflé sur ce palais. Ce fut d'abord Taffreux repas du malheureux Thyeste; puis la mort de ce roi, chef suprême de la Grèce, massacré dans un bain. Aujourd'hui vient Oreste, le troisième, dira -je pour sauver ou perdre cette maison? Quand s'arrêtera, se reposera, enfin assoupie, l'infatigable vengeance '. »>
à la réalité de ce qu'Oreste dit voir, et visibles seulement pour celuici, se montraient aussi, ^3s ce moment, aux yeux des spectateurs. Cest une combinaison dilricile à admettre par plus d'une raison, mais par celle-ci surtout qu'elle ne s'accorde point avec ce qui est raconté des efiFets produits par lapparition des Furies dans les Euménides. M. Niccolini, qui l'admet (voyez la dissertation citée plus haut, p. 336, 357), en admet une toute sem'blable chez Shakspeare, dans la 4^ scène du IIP acte d'Hamlet, où l'ombre du père apparnîi réellement entre le fils à qui elle parle et qui lui répond, et la mère qui nie sa présence et la traite de folle vision. Dans la nouvelle Orestie (voyez plus haut, p. 309, 341, 350), le parricide est à peine commis (act. II, se. xi), que les Euménides sortent de terre, vues et entendues, non-seulement d'Oreste, m-dis de sa sœur, mais des autres personnages, en même temps que des spectateurs. Le peu d'efTet de cette apparition subite, trop peu préparée pour être même bien comprise, m'a démontré, mieux que les raisonnements divers de la critique, que les choses n'avaient pas dû se passer ainsi dans la trilogie d'Eschyle, et qu'il avait seulement ofTe t à l'imagination, dans la scène finale de sa deuxième pièce, ce qu'il devait montrer aux yeux dans la t'oisième. Sur le personnage des Furies et sur tout ce qui se lapporle à la représentation, à la composition, au sens mythol gique, à 1 intérêt historique de la pièce suivante, on consultera paniculièiement le savant et curieux commentaire dont 0. Mûller a fuit suivre en 1833 (Gœltingue) sa traduction des Euménides, et qui a fourni ultérieurement une si riche matière aux discussions de la critique.