‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 109 sur 185 · Voyei plus haut, p · texte numérisé non relu

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2, Piutarque, Vit. Thcs., xxvm. cite 1rs Élevsiniens d'Eschyle, et les oppose, sur certains détails controversés de cette histoire, à une aune tragédie i ù depuis le même suj^t fut traité par Euripide, Sni>i>li(ihi' s. Voyez liv. IV, ch. ivui.

3 Parmi les pièces d' schyle qui relèvent du cycle thehain oncompte re les krgùnsel, avec moins de certitude, Némée, les Phéniciennet, rous ces ouvrages, les critiques se sont fort exercés à les classer en tri'ogies, en létralogies Voyez les classifications diverses deBœckn irai), princ, xxi); de uod. H» riiiaiin [De COtnpositionê trtrul. Bhchyli irilogiis thtbanit; Opu*c, t. Il, p. 310; VII, l'Ju si|«|. Cf. Bode, Histoire de la poésie grecque', tragédie, t. III, p. 304 ; rie Welcker [Trilogie d'Eschyle, p. 354 Bqq , Appendice^ 14'» sqg.) . de Klausen [Theologumena .L^hyli, p. 173), rie Bellmann [deJBschyli Prometheo, [>. 4o sq.), etc., etc. Depuis, M. A. J. Aurons I - h\ji. tragm., éd. F. Didot 1842, p. 221 sqq.) ne croyant pouvoir c une entière confiai c--, à aucun des systèmes propo -, contenté de rass mbler dans un même chapitre, sans d'ailleurs isser, les tragédies d< I i ;?> thebanee. De tant de conjectures une seu e <'est Ir uv< e d i c I* nouvelle didascalie, celle qu'a-

vait émise, en 1819, Go4. Hermann Oputt . t. n p. 314).

ir dn aang efl de la nature. Aprèe qi

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100 génie , un grand talent d'abord irrésolu, ire, ce qui est hi^u rare, ]••

être unique sur la scène grecque, ee qui eût argumenta Schiller pour défendre les deux fi] oemii de sa Fiancée de Messine, trouvés peu conformes, par cette duplicité même, au caractère moral de ce personnage conventionnel1; le chœur, die-je, d'oidù unanime, se sépare en deux partis opposés, dont l'on s'associe à la belle mais périlleuse révolte d'Antijjone, tandis que l'autre, plus prudent et probablement : nombreux, suit le convoi d'Etéocle, qui après tout, dit-il pour s'absoudre de sa faiblesse , a sauvé la j poètes grecs ne se p;quaient pas de donner au chœur, représentant de la foule, des sentiments héroïques, et il me semble qu'Eschyle, dans cette peinture rapide que développera un jour Sophocle*, a fort ingénieusement caractérisé les commodes apologies de la poltronnerie politique. Ensuite cette mention du salut de Thèbes, au dernier mot de la pièce, ramène adroitement la pensée vers l'intérêt excité d'abord par l'ouvrage , et dont un intérêt plus puissant l'a distraite. C'est une ruse de compositiun, au moyen de laquelle le poète veut faire croire à l'unité de son œuvre, peut-être aussi un sophisme pour s'en persuad-r lui-même.

Cette pièce fournit un document précisux à l'histoire de la tragédie grecque : elle s'y montre, d'une part, avec sa forme primitive, c'est-à-dire son chœur permanent et ses récits qui le réchauffent et le renouvellent par la rare révélation des progrès d'une action invisible; d'une autre part, avec une progression d'images, d'idées, de sentiments, qui est presque du mouvement théâtral, avec un

1. Voyez W. Schlegel, Cours de littérature dramatique, leçon xvn, et la préface de Schiller intitulée : De l'emploi du chœur dans la tragédie.

2. Y. 1056-62. — 3. Dans son Àntigone. Voyez liv. III, chap. vi.

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commencement de situations si de dialogue qui bientôt produira le drame. C'est le bloc à peine dégrossi, maisdoque) se dégage et va éclore La statue; c'est l'instrument encore grossier qui, sons une main enfin plus adroite et plu vante, rend un son harmonieux : c'est, tout ensemble, Tbespis et Eschyle.

Aujourd'hui qu'une longue habitu le nous a blasés sur tous les effets de la scène , nous avons peine à comprendre qu'à une certaine époque, ce peu de combinaison dramatique qui se rencontre dans les Sept Chefs ait pu suffire à l'intérêt. Mais qu'on y songe, ce peu lui- mémo était une nouveauté piquante pour un public qui ne connaissait pas autre chose. Il en a été de même dans tous les arts : ce dessin si roide, ce coloris si terne, ces mélodies si pauvres, ont, au moment de la découverte, enchanté par leur nouveauté les sens et l'imagination; et puis, avec des moyens bornés, le génie grand et naïf des premiers âges ath ignait à dvs effets souvent hors de la portée d'époques plus raffinées et plus savantes. Tel est Eschyle, dont les œuvres, dans leur rude simplicité, offrent un caractère de force et d'élévation qui jamais ne fut égalé. Quelle sombre majesté dans cette teneur superstitieuse dont il les enveloppe! quelles proportions colossales chez cette race d'hommes qu'il y fait mouvoir! que ces passions, ces crimes, ces douleurs excèdent la raesuie commune 1 et combien le style qui les exprime est lui-même d'une structure étrange et gigantesque ! Par une rencontre qui n'est pis toute fortuite, cette poésie sublime avait pour auditoire un peuple héroïque, digne de la comprendre comme de l'inspirer.

C'est la loi de toute poésie de répondre , par l'esprit qui l'anime, à l'esprit du temps et du pays où elle se montre; mais il n'est aucun genre pour qui cette loi soit plus obligatoire que pour le genre dramatique, qui appelle à ses représentations la nation tout entière : il doit, par les sujets qu'il célèbre, les pas^ious qu'il met en jeu, les sentiments qu'il exprime, par le langage où il les développe, éveiller à la fois, dans toutes les âmes, cette

émotion ly m pat nique qui

la foule j qui Dt, qu

enfin par d isports uni pai «!•

mei d'admiration ei de plaisir, fait de l'o

l<MiHe, à laquelle il est donné ds prodnin , la

plus animée, la plm rivants de ton

ques. La tragédie était née, chez les Athéniens, rsrs le temps où les lois de Solon réunissaient, en un corps p régulier, lefl divers ordres, les di fractions de L'Etat,

et formaient ainsi, pour les poètes dramatiques, un a'. toire mieux préparé à goûter en commun les plainrs du théâtre bientôt les esprits se rapprochèrent encore par le soin imposé à tous de défendre, contre la tyrannie PisisLratides et l'invasion des Perses, la liberté et l'n. pendance de la patrie. Or, ce lut précisément à cette époque, où toutes les volontés se confondaient dans une volonté unique, où un seul sentiment, une seule passion agitait les cœurs et les poussait à des actes de dévouement dont la mémoire sera éternelle, que l'art dramatique commença de se perfectionner. On conçoit facilement qu'il ne dut point demeurer étranger à l'enthousiasme patriotique et belliqueux qui se déployait alors avec tant d'énergie et de puissance; on conçoit que ces poètes, ces spectateurs qui étaient avant mut des citoyens et des soldats, et qui voulaient reproduire ou retrouver au théâtre les affections dont ils étaient pleins, durent faire naturellement du dr.me une sorte d'hymne à la liberté, un chant de guerre et de victoire.

Voilà, en effet, Je caractère avec lequel apparaît la tragédie grecque à la première époque de son histoire. Qu'y a-t-il dans les Suppliantes de plus véritablemer.t dramatique? N'est-ce pas la scène où le poète oppose si heureusement l'un à l'autre le Grec et le barbare, le roi d'un peuple libre et l'esclave d'un despote? Quand Pélasgus exprime avec tant de vivacité et d'éclat le sentiment de la supériorité nationale; quand, avec une confiance que lui donnent la justice de sa cause et la conscience de sa force, il brave les menaces de l'Egypte et lui déclare la

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guerre, on croit entendre la réponse que firent aux envoyés de Darius et de Xenèfl les hommes de Marathon et de Salamine : eux-mêmes se reconnurent sans doute, avec orgueil, dans une si Hère peinture; et cet intérêt, tout présent, dut prévaloir, dans leur esprit comme dans relui du poète, sur les impressions pathétiques et religieuses qui sortaient naturellement du sujet et de l'ouvrage.

Il en fut prohablementde même de la pièce des Sept Chefs, que la nature de La composition invite a placer, dans le recueil d'Eschyle, immédiatement après les Suppliantes % tandis que, d'autre part, sa date la rapproche des Perses ii donnés quatre ans environ auparavant2. On était déjà loin de ces temps de Marathon desquels une conjecture ingénieuse8, mais évidemment fausse, l'a faite à peu près contemporaine. Il n'y avait toutefois nulle nécessité de la reculer ainsi dans le passé pour expliquer ce dont, selon une anecdote rapportée par Plutaïque* et à laquelle Platon paraît avoir fait allusion1, elle fut l'occasion , l'hommage éclatant et délicat que reçut à la représentation de ce bel ouvrage Aristide, vivant encore et bien près de sa fin. Tous les regards se portèrent sur lui, dit l'historien, lorsqu'on entendit ces mots du portrait d'Amphiaraus : « Il n'a sur son bouclier aucun emblème, car il ne veut pas paraître brave, niais l'être en effet, et du fond de son âme, comme d'un sillon fertile, sort une moisson toujours nouvelle de sages conseils*. »

Il est bon d'avertir, pour l'intelligence de cette anecdote, qu'une des épithètes données au vertueux Amphia-

1 Schol. Aristoph., Ran., 1021, 1026, Mit. F. Didot, p. 303. S Sous l'archonte Sfténon, premi de la lxxvu' olympiade,

en 472 (A'pum. P>rsar. Voyez Clinton, Fatt.heUenic, p 37). Selon la Me il dasealie dont il a déjà été question, p. 29 et 201, les Sept i parurent sons l'archonte Théagénis, la première année de la i xwiu° olympiade, i n '»68.

3 m Lel eau jeune, Mém. de /' [cad. tirs fnscript,, t. XXXV, p. ■ni ,iu. — h. RepubJ . il.

10. L'image riveet hardie ipif présentent lesd n a eié imitée par Aristophane, Lysistt

raûs, celle qui. outra la '

probité, lptOtO< ', («lirait

rapport auquel Eschj ait probablement :

unis que saisit fa L'instant l'imagination vive et prompte Athéniens.

La Longue scène, que remplissent l^s portraits de oéraui Ligués «outre Thèbe i que leur opj

Etéocle, dm être féconde en allusions de es . sua

chefs des troupes athéniennes et per ces ba-

tailles de Marathon et de Salaraine, si chères au patriotisme des Athéniens, et longtemps présentes à leur souvenir. La peinture si animée de l'ardeur guerrière du roi thébain et des alarmes du chœur à l'approche de l'assaut reproduirait pour tous, sous des noms étrangers, le trouble qui remplit Athènes à la veille de ces grandes et cisives journée?, et en même temps l'héroïque dévouement de ceux qui la sauvèrent. Par là, les dive^es parties de l'ouvrage, peu liées entre elles et de dimensions fort inégales, semblaient avoir plus de cohérence et de proportion, l'intention particulière que la pensée du public ajoutait à celle du poète, donnait à la pièce plus d'ensemble et d'unité, et surtout un intérêt plus vif et plus pressant; elle n'offrait pas seulement l'expression générale des sentiments de l'époque, mais presque le tableau des événements contemporains.

Eschyle était digne de servir d'interprète à l'ardeur généreuse qui animait alors le peuple d'Athènes. Il ne faut pas se le représenter. comme un barde qui tient la lyre, pendant que d'autres manient l'épée. Frère de ce fameux Gynégire, qui s'illustra entre tant de braves, par son t é-

1. Ce mot se trouve dans toutes les éditions d'Eschyle, celle de Porson exceptée, qui, d'après Plutarque, donne Sixoûrç. Sans doue l'historien grec, qui ailleurs (de Aud. poet.; Apophthegm.) écrit ipwrciç, a voulu, par ce changement, rendre plus frappante et plus naturelle l'allusion au juste Aristide; mais il a -upprimé en même tem;>s in rapport verbal beaucoup plus clair et plus propre à être saisi par une assemblée populaire. Au reste, les autorités anciennes et m dernes, p ur chacune des deux leçons, sont assez nombreuses. Blomrie.d les a réunies et discutées dais \u e longue noie de sa deuxième éJition des Sept Chefs, Cambrid.e, 1817, p. 57.

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pas désespéré1, de cet Aminias, qui, dans la Beconds journée de la liberté sthénienne, mérita, entre tous compignons d'armes, le prû de la valeur1, Eschyle ne démentit pas le sang généreui qui ooulait dans d s;

il combattit parmi les héros de Marathon, de Salamine i t de Pistée, et eut (a pari des victoires qu'il devait si éloquemment célébrer 8. Lui-même, faisant deux parts de sa gloire, préféra le litre de soldat d'Athènes à celui de n a poète. Dans l'épitaphe qu'il prépara j)our son tombeau, et où il prit soin de reromman 1er son nom à la mémoire des

hommes, il oublia de rappeler ses vers, ne les n gardant sans doute que comme le délassement et la distraction de ISS travaux guerriei l.

c Ce tombeau renferme Eschyle, fils d'Euphorion, ne dans l' Att. que, mort dans les campagnes fécondes de Gela. Le Mède, à la longue chev >lur i, » t les bois fameux de Marathon rendent

I valeur*. »

Arehiloque avait montré moins de désintéressement littéraire, lorsqu'il avait dit :

« Je suis un des enfants du redoutable Mars, mais qui n'est point étranger à l'aimable talent de la poésie". »

Ces productions qu'Eschyle semblait dédaigner, et qui

l'ont rendu immortel, étaient cependant des actes de citoyen autant, que des œuvres de poète : elles faisaient naître les vertus qu'elles célébraient; elles donnaient des défenseurs à la patrie. C'est Aristophane qui nous l'atteste dans la satire maligne- où il s'est joué à la lois et d'Eschyle et d'Euripide, mais où éclate cependant, au milieu ! plaisanteries sans nombre dont il les poursuit tous ileux, une grande estime pour le premier. Personne, sans doute, ne s'est mojué plus gaiement de son ton emphatique et de son Btyle ampoulé-; nuis personne aussi n'a

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