‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 117 sur 185 · Isthtn., VIII . 9 sqq · texte numérisé non relu

Isthtn., VIII . 9 sqq

2. Si l'on adopte la date, contestée et discutée par Bneckh [Grxc.

, p. 47 50; cf. Hermann. Opusc, t. II, p. Iô9sqq.), que donnent de sa n istanc« les marbres do rarn«, la quatrième année île la uuv olymriade. Voyez Clinton, Fo»l. ItMlenic, p. i;».

1 des trion . b( qu I tout à

L'heure prendre place pai [< ta y die

guail s;nis don futur rival d'Eecbyle

mencé sa vie tonte poétique . du tropbi

mine, en chantant, à la tête d'un

l'hymne de la victoire ., je

m'imagine, présente s cette . que leur ab-

sence eût rendue incomplète, où I gardi le

chaient, où toutes les voix les nommaient. Si le premier devait être bientôt, lors de la représentation des Sept Chefs, l'objet d'une a'iusion si honorable et si touchan si le second, lorsqu'il s'était montré aux jeux olympiqi après la déroute des Perdes, avait attiré sur lui seul tention des spectateurs, et leur avait fait oublier, pendant une journée entière, et les jeux du stade et les cornbatants2, l'enthousiasme pour ces grands hommes pouvaitil être moindre, au moment où la poésie allait rappeler, avec tant d'éclat, leurs titres à la reconnaissance, à l'admiration, à l'amour de leurs concitoyens? Ne devaient-ils pas, dans ce jour au moius, recueillir les témoigna bruyants d'une popularité, d'ailleurs bien fugitive, et dont ils étaient destinés, tous deux, à éprouver le situdes! car, l'un revenait de cet exil, pour lequel l'autre allait bientôt partir. Enfin , tout conspirait à préparer l'œuvre du poète : les lieux eux-mêmes étaient autant de témoins de ce qu'il allait peindre; ris rappelaient de toutes parts aux yeux et les barbares et leurs vainqueurs : ces humbles tréteaux, entourés d'écbafauds grossiers, que n'avait pas encore remplacés le magnifique théâtre de Bacchus; ces ruines récentes, et dont plusieurs, celles des temples, destinées à rappeler, dans tous les temps, la fureur sacrilège de Xerxès, ne devaient jamais être relevés3 ; ces édifices commencés, cette ville qui sortait de ses cendres; cette mer à jamais illustrée par la merveil-

1. Voyez plus haut, p. 203. — 2. Plu'arcn., Vit. Themist . m. — 3. Isocr t., Paneçiyr.; L\cmg. , in Leocr. ; Pausan., Phocid , xxxv; Cic, de Republ./hl, 6.

ïeuse victoire de Salamine, cette île de Psyttalie, où avait été massacrée l'élite de l'armée persane, ce mont Egalée, d'où Xerxèfi avait contemplé son désastre, tous ces objets parlaient éloquemment à l'imagination des spectateurs; ils faisaient, ainsi qu'eux-mêmes, partie du magnifique spectacle qui allait s'ouvrir.

Bientôt la scène se découvrit et offrit aux regards la ville de Suse, le palais du roi de Perse et le tombeau de Darius. Des vieillards y montèrent : c'était le conseil des Fidèles chargés, en l'absence de Xerxès, du gouvernement de l'État. Dans un chant grave et mélancolique, ils s'entretenaient de cette guerre lointaine, où leur jeune souverain , emporté par une ardeur belliqueuse, et séduit par d'imprudentes flatteries, avait entraîné toutes les forces de l'empire.

« .... De l'Asie entière est sorti en armes un peuple immense, à l'ordre et sur les p s de son roi. La fleur de la jeunesse persane est loin de cette terre qui l'a nourrie, qui îa regrette et la pleure. Les mères et les épouses comptent, en tremblant, les jours d'une trop longue absence '.... »

En vain ils se retracent, sous les codeurs les plus vives, les plus éclatantes, le nombre prodigieux de leurs guerriers, la renommée et les talents des généraux qui les commandent, la valeur et la puissance de ce roi,

o jetant, cou me un dragon furieux, d'homicides regards, aux milliers de bras, aux mille vais-eaux, dont les flots ont porté le joug..., qui guide eu Kurnpe, et par terre et par mer, comme un troupeau, une armée innombrable4.... »

Rien ne peut les rassurer contre les vagues terreurs, les pressentiments sinistres qui les assiègent. Ils oppo eut plus dune fois3, avec une emphase qui cache leur déliance, leur découragement l'arc dont leur Mars est armé, à la redoutable lance des Grecs; surtout ils redoutent cette puissai.ee jalouse, qui, selon les idées du temps, voyait d'un œil d'envie la prospérité des mortels, puissance

1. V. 56-64. - '2. V. 72-S6. - 3. V. 88, 151 sqq. Cf. 26, 55, 243, 1008 sqq.

dont Pindart1 ae parlait pas autremi piri -

sauce célébrée, même chez Hérodo qui, dans les

ouvragée des tragiques grecs, particulièrement dan d'Eschyle, «'tait le principal mobile di aatiqne,

et comme I»; premier personnage de U

c Qui peut éviter ses pièges trompa i'un

pied agile? Caressante d'abord ci flatteuse, elle au.

tell dans un filet dont nul ne saurait sortir.... * »

C'est ainsi que le poète agrandit les événements récents qu'il va retracer, en les plaçant sous l'influence fatal» mystérieuse d'une volonté plus forte que tous les conseiK humains: c'est ainsi qu'il fait naître une terreur qu'il saura soutenir et accroître avec art de scène en scène, suppléant, par l'habile progression de ce sentiment uniforme, au vide d'une action qui consiste tout entière dans l'attente et l'arrivée d'une nouvelle funeste.

Bientôt il amène sur la scène la veuve de Darius et la mère de Xerxès, Atossa, devant qui tous se prosternent comme devant la femme et la mère d'un dieu, et que saluent des paroles d'adoration d'une pompe tout orientale. Ses anciens sujets se disent éblouis de sa lumière, pareille à celle de l'œil des dieux*; elle vient unir ses craintes aux craintes des Fidèles. Un songe prophétique, où le plus noble et le plus clair emblème désigne la Grèce libre et victorieuse, lui a annoncé la ruine de son fils; des pré-

1 . Pyth. , X, 31 : « .. .. Puisse, aux jours à venir, le destin leur rester fidèle, faîre fleurir chez eux l'opulence! Dans 1-s glmre- 'le a Grèce ils n'ont pas obtenu une faible part : que jamais la jalousie des dieux ne leur fasse rencontrer de tristes retours! que la divinité leur soit clémen e !... »

2. III, 10; VII, 40, 46. Cf. Aristot., Metaph., I, 2. Virgile fait dire àDiomède (.En., XI, 269 :

Invidisse deos, patries ut reilditus oris Coiijugium oyiatum et pulchram talydona Yiderem.

3. V. 95-103. Peut-Atre, comme l'a puisé Stanley, ce passage est-il une allusion à ce que raconte Hérodo'e, VII, 12-18, de la vision trompeuse qui rassura Xerxès, ébranlé dans sa rés lution par les conseils d'Artaban, et Artaban lui-même. Cf. v. 728. 746.

4. V. 155. Cf. v. 3U4. Ainsi, comme le fait remarquer Boissonade

sages1 menaçants l'ont poursuivie jusqu'aux autels; elle réclame les avis des vieillards qui l'engagent à détourner, par des prières et des sacrifices, ces terribles augures. Brumoy remarque fort ingénieusement, comme un trait de naturel et de vérité, que la reine s'empresse de s'arrêter à ce conseil, impatiente qu'elle est d'écùapper aux inquiétudes qui la poursuivent. Cependant elle adresse au chœur quelques questions qui ont paru manquer de naturel, et que rendent, selon moi, vraisemblables la vie retirée que menaient alors les femmes et les cruelles appréhensions d'Atossa. Il en résulte un dialogue dont chaque mot devait exciter des transports dans un auditoire athénien. Athènes, qui venait peut-être de payer l'amtnJe à laquelle Pindare, pour lui avoir rendu un pareil hommage a, avait été condamné par l'envieuse Thèbes4, y était proclamée le rempart de la Grèce :

ATOSSA

Où donc est située cette ville d'Athènes?

LK CHŒUR

Loin d'ici, vers le couchant de l'astre que nous adorons.

(Nntul. in Pers.), parle à Darius l'eunuque Tirée (Plutareh., Vit. ilex.f xlii). Horace a renouvelé pour Auguste ce langage des cours. le l'Asie :

Lucem redde tuae, du\ boue, palriae.

Instar »erifl eiiim vullui ubi tuus

Arï'iisit populo, groiior.i* dies Ei suie- raelim niteni. (Od-, IV, v. 5.)

1. Ces circonstances déterminent, à peu près, ce qui a é^é, entre plusieurs interprètes d'Eschyle le sujet de discussions assez oiseuses, lins ant de la journée auquel on peut croire que commence l'action des Penet. 11 est clair qu'AlOSSa, dont un songe effrayant a trouble ie sommeil, n'a pu longtemps tarie à aller chercher aux autels des dieux et près des Fidèles le> consolations dont elle avait besoin. C'e>t donc, comme le pense Schutz, vers K; matin qu il faut placer ces premières scènes, et non vers le soir, comme le voulait Siebelis dans une dis- Ltion publiée en 1794, ne croyant pas q.e h* jour pût éclairer convenablement le sacritice fimîb e offert à Darius, l'apparition de son ombre, eniin le honteux retour de Xerxès dans sa cap. taie. Il y 8 une observation générale à faire, c'est que les représentations dramatiques îles (irecs ayant lieu le jour et à ciel découvert, les scènes de nuit n'y étaient guère possibles sans une complaisance à laquelle 1< s spectateurs ne pouvaient se prêter aussi longtemps que le veut Siebelis.

M*. utarch., Vit. Themist., vin ; Pind., Lriiym Xlix. — 3. Vit l'iiuiar.

22'i Et c'wt ootta ville que i Elle prise, toute i du roi.

ATO

sont-ils donc si nombreux?

le chœuh.

Assez pour avoir fait aux Mèdes bien des maux.

ATOSSA

Mais enfin quelles sont leurs ressources, leurs i !

Cil J DR.

Ils ont les trésors de la terre, des sources d'argent.

ATOSSA

Est-ce de Parc et de la flèche que s'arm* nt leurs ruaii

LE CHŒUR

Non, ils combattent de pied ferme avec la lanceetleboucl.'

ATOSSA

Qui les conduit au combat? q el est leur pasteur et maître?

LE CHŒUR

Ils ne sont esclaves ni sujets de personne.

ATOSSA

Oseront-ils d'eux-mêmes attendre leurs ennemis?

LE CHŒUR

Ils ont bien détruit la superbe armée ce Darius.

ATÛSSA.

Quel sujet d'inquiétudes pour les mères de ceux qui sont partis * !

1. Cf. Suppl., 184. Lorsqu'il peignait ainsi, après Salamine, les soldats de Marathon, Eschyle ne se doutait pas que les victoires navales des Athéniens leur arracheraient, comme l'a dit Hlutarque [VU. Tfiemi*t., v), s'inspirant de Platon (Ley., J\), la-lance et le houcher, pour les remplacer par la rame ; fera em d'eux un peuple de marins, plus propre désormais aux mouvements rapides des descentes et des incursions qu'aux combats de piei ferme et aux guerres soutenues ; amèneraient enfin la corruption de leurs mœurs et de leurs institutions.

î.i ES. 220

Ce t i-ii î t admirable révèle li pensée e d ni Atossa

es' occupée. Elle n'est pas seulement une reii <■, mais surtout une mère : elle tremble plus pour son fils que pour la Perse, el l'on comprend comment elle disait tout à l'heure, chërcÏÏânt à se ras-mer contre ses appréhensfons :

« Si mon fils est vainqueur, il sera digne de notre admiration, sinon.... Mais il ne doit pis de compte à l:État, et pourvu qu'il vive, il sera toujours le maître de oet empire '• »

Celte; peinture d'une vérité exquise et qui atteste déjà rh'/ Eschyle mit* connaissance profonde <lu cœur humain, et une grande habileté à en rendre les mouvements, se reproduira tout à l'heure par des traits plus heureux

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