‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 124 sur 185 · Siebelis Butler, Boissoûade · texte numérisé non relu

Siebelis Butler, Boissoûade

LES PERSES. Z'i3

au parti désespéré que proposent quelques critiques, de retrancher ce vers en litige, comme ayant passé d'uue glose marginale dans le texte d'Eschyle1.

Une différence dont on s'est encore étonné regarde le récit du massacre des Perses daDS l'île de Psytlalie. Il est rès-court, chez l'historien 2, très-développé chez le poëte8. Faut-il, comme on n'y a pas manqué, supposer à celui- ;i l'intention secrète de faire valoir, aux dépens de Thénistocle, Aristide qui dirigea cette action particulière? 3n a fort bien répondu* qu'une telle intention est haute* nent démentie par la place bien plus importante qu'occupe, dans l'ensemble de l'ouvrage, la vic:oire navale lont. Thémistocle eut surtout l'honneur. J'ajouterai, ce rue j'ai déjà eu occasion de dire5, que pour Eschyle, à jui Ton prête bien gratuitement des préférences si malveillantes et des calculs si mesquins, la grande journée de Calamine n'a qu'un héros, qui n'est ni Thémistocle ni Arisiue, mais le peuple athénien lui-même. L'étendue qu'il a lonnée à ce que, plus tard, Hérodote a rappelé succincement, a sa raison, je pense, uniquement dans l'économie générale de la scène. Elle était ordonnée de telle sorte, on i'a pu voir, qu'une progression de nouvelles de plus en plus unestes y fit croître à chaque révélation la terreur et le lésespoir.

Si, par certains détails, l'auteur des Perses diffère l'Hérodote, on peut dire qu'il lui est conforme en ce qui oncerne la marche générale des événements et surtout es causes, que, d'après l'esprit du temps, esprit dont s'in- ;pirait l'histoire, non moins que la tragédie, il se plaît à eur attribuer. C'est chez Xerxès l'enivrement de la forune et de la flatterie; chez les Grecs, la force indompta- )le que trouve le peuple le plus faible dans l'amour de sa iberté; c'est, au-dessus de ces causes humaines, l'action nystérieuse d'une puissance jalouse de la prospérité des

1. Porson, Schûtz, Bot.he, Jilomfield. —2. Herodot., HisL, VHf, 95. - 3. jfEschyl., Pers.. 440 sqq»-— 4. ILWeil, De Tretgœdiarum grœcaum cum rébus publiais conjunctione, p. 3 sqq. — 5. Voyez plus haut, >ayes 213 ei suiv., 230.

morteli et Irritée de 1< i en attend le d

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quand au VII* livre de l H d'Hérodote1, le fi

de Darius, Ai ta ban, dit I Édi-

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élevés sont par là les plue en \ otte bui h qui porte trop haut la tête. « lie se plaît à l . \ une

nombreuse armée peut elle être détruite par on d'hommps. Q e Dieu lui envoie la terreur, qu'il la troub ■ son lonnerre, et elle périt frappée par quelque h strophe; car les pensées orgueilleuses, il ne lui seul.... »

Et cet oracle, que rapporte avec admiration Héra

eerait-il déplacé dans la tragédie d'Eschyle?

a Quand ils auront couvert de leurs vaisseaux 1< sacré

d'Artômis et celui de Cynosure ; qu'ils auront, plein noir

insensé, ruiné la florissante Athènes; alors une déesse, la Justice, réprimera le jeune audacieux, fils de l'Insolence, qui voudrait, dans sa fureur, tout remplir du bruit de son nom. L'airain se mêlera avec l'airain; Mais rougira de sanp- la mer; sur la Grèce luira le jour de la liberté amené par le fils de Saturne au vaste regard, et par la sainte Victoire. »

Concluons qu'Eschyle a été souvent historien comme Hérodote, Hérodote poète comme Eschyle. Quelque chose des grands effets de la représentation des Perses dut se reproduire quand, environ vingt-sept ans après, Hérodote vint lire son Histoire aux Athéniens. Jean de Mûller1, faisant ce rapprochement, souhaitait éloquemnent qu'un jour pût luire pour sa patrie, dont il fût sinon l'Eschyle, du moins l'Hérodote.

On trouve dans Y 'Anthologie ' , sous le nom d'Eschyle, des vers élégiaques qui ne sont point indignes d'être cités à la suite de ses Perses. Peut-être se rapportaient-ils à quelque épisode des guerres médiques; mais on a eu tort

1. Chap. 10.— 2. VIII, 77. — 3. Butter, Not. in Fers. — 4. Arthnl Pal., VII, 25b.

d'y voir1, cela est bien évident, un fragment de cette élégie sur les guerriers morts à Marathon, qui fut, dit-on*, pour notre poëte, traitant ce sujet concurremment avec le pathétique Simonide, l'occasion d'une défaite poétique, et, par le dépit qu'il en éprouva, la cause de sa retraite en Sicile. Il nous reste de Simonide', à défaut de ses pièces si regrettables sur Marathon, sur Salamine, sur Platée, une épitaphe pour le tombeau des Thermopyles, qu'il appelle éloquemment un autel4 ; si belle qu'elle soit, je ne trouve point qu'elle efface les vers élégiaques d'Eschyle, Tépitaphe qu'il a composée pour un tombeau moins glorieux et maintenant oublié :

« Ces braves aussi, la noire Parque les a frappés , lorsqu'ils sauvaient leur patrie aux riches troupeaux. Leur gloire vit toujours, slls ne sont plus, ces malheureux désormais revêtus de la poussière de l'Ossa5. v

A cette citation ajoutons-en une autre, nécessairement bien courte, il faut le regretter, mais non cependant sans intérêt. De la tragédie de Moschion* où reparut plus tard le sujet des Perses, mais ramené dans Athènes même, avec des Athéniens pour personnages comme pour spectateurs, de cette tragédie historique dont Thémistocle lui-même était le héros et qui s'a; pelait de son nom, quelques mots sont restés7, qui ouvrent au lecteur d'Eschyle une scène toute nouvelle. C'est Thémistocle, à ce qu'il semble qu'on y entend, rassurant ses concitoyens contre la multitude de leurs ennemis :

« .... Un peu de fer peut dépouiller de leurs branches toute une forêt de pins, et il suffit d'une petite troupe pour vaincre des milliers de lances.... »

Ici se représente un rapprochement que nous ne devons

1. Stanley. —2. Plutarch.,, Sympos. , I, 10; Vit. Mschyl. — 3. Diod. Sic., XI, il — 4. Cf. iEsi:hyl., Coeph., 100.

ô. Anthol. Pal., VII, 255. Je trouve les noms de Simonide et d'Eschyle rapprochés dans la [.XXIXe épître de saint Basile a Martiniauus. Il le prie d'intercéder auprès de l'empereur en laveur de la Cuppndooe. Les misères de ce pays sont telles, dit-il, qu'elles ne pourraient être dignement déplorées que par un Simonide, ou mieux encore par un Eschyle!

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