Athen., Deipn., VIII
a aucune de ces révolutions théâtrales qu'on a appelées péripéties, c'est-à-dire, où il n'y a point d'action; qui n'offre autre chose qu'une situation fixe, arrêtée, en quelque sorte immobile, qu'un tableau toujours le même, mais dans lequel la gradation de la peinture remplace la progression dramatique.
Cette gradation, véritablement admirable dans les compositions d'Eschyle, et dont la tragédie des Perses nous a déjà offert un si bel exemple, ne brille nulle part d'un plus vif éclat que dans le Promèthèe, où toute l'attention se porte sur un seul personnage, sur le développement d'un caractère principal, où l'unité du dessein est rendue présente et visible dans l'unité du héros.
Il est un mot que répètent sans exception tous les détracteurs du Promèthèe d'Eschyle. Cette tragédie, disent-ils, est un ouvrage monstrueux. Cela est bientôt dit, mais n'est pas très-clair, et l'on a besoin de chercher ce que signifie un reproche si vaguement exprimé. Blâment-ils, dans cette pièce, l'usage du merveilleux, ou seulement la nature paiticulière de ce merveilleux? Dans l'un et dans l'autre cas ils auraient montré peu de connaissance de ce qu'était la tragédie chez les Grecs. Le merveilleux, nous l'avons déjà dit, y faisait essentiellement partie d'un genre né au milieu de cérémonies religieuses auxquelles il ne cessa de se mêler, d'un genre, consacré, dès son origine , à célébrer les dieux , et qui dans ses productions leur réserva toujours un rôle trèsimportant Ce ne fut point un caprice d'Eschyle qui introduisit le merveilleux dans la tragédie; Eschyle l'y trouva tout établi; il fit, avec plus de génie seulement, ce qu'on avait fait avant lui, ce que firent dans l'enfance de notre scène les auteurs de mystères : il transporta dans ses drames les aventures que lui fournissaient les légendes du polythéisme, les prenant comme les lui donnait la religion , comme elles étaient dans la croyance commune; ne craignant pas qu'on lui demandât compte de leur invraisemblance ou de leur absurdité, qui ne le choqunrnt peut-ê'rp pas beaucoup plus que son public;