Dial. deor., i, Prometh. — 2. Av., 1480 sqq
aethée, le protecteur de la race humaine, celui qui a déobé pour elle le feu du ciel, qui lui a enseigné les arts et 3S sciences? Gomment les innocents efforts de la civilisaion naissante peuvent-ils être l'objet de la jalousie, de la olère, de la vengeance des dieux? Je ne le comprends as, et nul moderne, croyant à la providence divine, ne le eut comprendre1: mais c'était un dogme de la religion es anciens, qui se perpétua dans leurs croyances, et ont on retrouve la trace jusque dans des monuments poéiques bien voisins du christianisme, les Bucoliques, les réorgiques de Virgile, les Odes d'Horace*, par exemple, je dogme admis, ainsi qu'il l'était par les spectateurs théniens, et que nous devons l'admettre littérairement pour juger comme eux, il m'est impossible de ne as être vivement frappé du génie avec lequel Eschyle 'a exprimé; de ce tableau énergique de la tyrannie qui crase à plaisir sa victime, et de la liberté indomptable ui résiste à l'oppression. J'admire ce caractère de Pro-
1. Cela a quelquefois embarrassé, à ce qu'il semble, les anciens ux-mêmes. Dion Chrysostonie (OraJ., VI, Diogen.seudeTjrannide) fait ire à Diogène que Jupiter, qui ne peut haïr les hommes et leur enier aucun bien, a puni Prométhée pour les avoir, par le don du feu, mollis «-t corrompus. Klausen (Theolog. jEschyl.,^. 143, Berlin, 1839) t Welcker {Trilogie, etc.) o t cherché à établir que Prométhée, en érobant le feu, soi;, selon Hésiode, pour le rendre, soit, selon Eschyle, our le donner aux hommes, en sauvant la race humaine, condamnée
péri-, a, par sa révolte contre les lois de Jupiter, mérité le châtiient que lui inflige la justice de ce maître des dieux. Cette justice, je avoue, qui mnintient avec tant de rigueur des lois si tyranni^ues, ae paraît bien près d être injuste, et je crois qu'il n'est personne qui e prenne parti contre elle. De là, pour nous modernes, avec nos iees de la divinité, et peut-être pour les anciens eux-mêmes, la diffiulté de concilier, par l'intelligence de ce mythe profond et obscur, le espect pour Jupiter et l'intérêt pour Prométhée, en d'autres termes, ss droits de la divinité et ceux de l'humanité, engagés dans un étrange onflit. Cette difficulté est l'objet principal que se propose M. Mai- ;n en, dans un judicieux chapitre de ses Études littéraires et philoso Mques (Dieppe, 1841), intitulé : Qu'est-ce que Prométhée et particulier ement le Prométhée d'Eschyle? Sur les obscurités du mythe de •rométhée et de la trilogie d Eschyle, on pourra consulter utilement, vec les ouvrages de Welcker et de Klausen, rappelés plus haut, u e issertation publiée à Berlin, en 1843, par M. R. Haym, Dererum diinarum apud jEschylum conditione, particulièrement aux pages 52 et uivanies,
2. Virg , Bue, IV, 31 ; Georg.} 1, 121 sqq ; Hor., Od., I, m, 21 sqq.
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méthée. n habilement dévelopi rai h heu-
i m ternenl l il
est entouré; j'admire ce la et fécond, où
s u!e et unique situation He PI -fiant l
dei aspects toujours nouveaux, où la variété* dei même les plus épiaodiquoa, ne sort (ju"à marqui
fortement l'unité imprimée à l'ouvrage. A oeil UQ je reconnais le grand poète dramatique, le fondateur Hun art simple encore, mais accompli dans sa simplicité, que d'autres génies créateurs ont pu agrandir et renouveler. mais qui, dans cette première forme reçue d'Efl byle, atteint à une élévation, à une grandeur, a une gn sévère, aune imposante régularité, qu'il n'était pal possible de surpasser.
Ce sujet même de Prométhée, si étrangement impénétrable à qui veut en percer les mystères, a, dans obscurité, quelque chose qui plaît à l'imagination. Il la transporte, par delà les temps historiques, par delà les temps fabuleux, à cette époque primitive dont les cosmogonies présentent un si confus et cependant si attachant tableau : où le monde venait de se former; où les forces de la nature, à peine dégagées du chaos et abandonnées à leur irrégulière énergie, luttaient encore entre elles; où les divinités qui les représentaient se disputaient l'empire de l'univers; où la race mortelle, qui ne faisait que de naître, proscrite, en naissant, par des puissances jalouses et ennemies, pleine d'ignorance et de faiblesse, n'avait point encore une histoire qui pût être chantée par les poètes. Le dieu qui la protège, qui cherche à l'élever au rang qu'elle doit un jour occuper dans l'ensemble des êtres, qui lui donne, avec le feu du ciel ravi pour elle, cet e prit de vie d'où doit sortir la civilisation humaine, ce dieu est le personnage qu'Eschyle ose produire sur la scène. Il nous le représente puni de ses bienfaits envers les hommes pour lesquels il s'est dévoué à d'inévitable.» tortures. Quelle source profonde d'intérêt dans une telle conception! Cette tragédie ne fait agir et parler que dedieux, mais c'est la cnnse de l'humanité qui s'y plaide;
Pronéthée en est le représentant, et excite en nous, par le tableau de son infortune, la plus vive, la plus douloureuse sympathie. En même temps quel monde poétique Eschyle découvre à notre vue par la puissance surnaturelle de son art! Ce ne sont point ici de ces dieux machines auxquels le spectateur ne peut cn.-ire, parce qu'il es confond involontairement avec les personnages morels auprès desquels on les lui présente et dont rien ne es distingue Ici, par un heureux accident dont aucune rièce , fondée sur le merveilleux, n'offrirait un autre jxemple, l'illusion est complète; rien ne la trouble, rien îe l'altère; tous les personnages sont du même ordre, ous nous sont donnés pour des dieux, et la manière dout e poëte les fait agir, la liberté avec laquelle il s'écar;e Dour de tels acteurs des vraisemblances ordinaires, nous jersuadent de leur nature divine. Les choses ne se passent pas, en effet, dans cette tragédie, comme entre de impies mortels; le commerce de ces êtres merveilleux qui ,'y produisent à nos regards est aussi merveilleux qu'euxnêmes; ils communiquent ensemble des extrémités de 'univers, aussi rapidement que par la pensée; à peine 3rométhée a-t-il été attaché au fatal rocher que toute la îature est troublée de son sort; le marteau de Vulcam se ait entendre jusqu'au fond des mers; les Océanides et 'Océan lui-même arrivent en un instant * auprès de leur
1. Schûtz se donne , il finit par le reconnaître lui-même, une peine ort inutile, en recherchant, ce dont ne semble pas s'être occupé Eschyle, d'où ils viem ent et par où ils ont pris leur route; si l'Océan, loat Homère place la demeure au delà de l'Ethiopie, n'a pas vu, en >assant, dans sa course vers la Scyt.'ie, au-des-us de l'Afrique et de la jicile, et Atlas et Typhon dont il décrit le supplice. v.3â5 sqq.; à sup- )oser toutefois que ce soit à son rôle, ce dont on peut douter, il en sera pie^tmn plu* 1 in, qu'appartienne ce morceau. Goil. Hermann (de Kschi/l Prometk.sohit.; Opusc, t. IV, p. 263) n'apaslui-mêmeéchappe i la prétention a^sr-z vaine de motiver ce qui n'a pas besoin qu'on le notive, et d soumettre aux lois de la vraisemblance ordinaire ce qui y Icuappe nécessairement, unordi> d^ choses surnaturel et merveilleux, orsqu'il a dit que si Kschyle, contredisant les traditions ordinaires, n'a >&s (;la é la scène de son drame sur le Caucase, c'était afin que l'Océan h les Oct'anules lussent plu.^ a portée d'être instruits du sort de Pronéthée, et de le venir vi-itT.
Il Y. I
infortuné parent, et (]Utnd olui-ri a. ;
juter cette menace terrible qui le fait trembler au • sance tj • ann , te, le mi dieui eD i l
si ruit au moment même; BOH im tout h C
sur la scène; la fondre y écl
le début jusqu'à la fin, nous soin
par l'art du poëte, dans une région toute fabui
fantastique.
Nous ne saurions pas combien Eschyle est voisin de l'origine de la tragédie, que nous pourrions le EOUpçoi à la manière hardie dont il emploie le merveilleux par lequel elle avait commencé , faisant de ce merveilleux le fond même de ses drames ihéologiquei , et non , comme ses successeurs, avec plus ou moins de timidité, un simple ressort littéraire, une machine, un accessoire. Nous le verrons bientôt, dans un autre ouvrage, où il intéresse à la cause d'Oreste, poursuivi par les Furies, défendu par Apollon, jugé par Minerve, toutes les puissances surnaturelles, celles de TaDcien monde, celles du nouveau, les Enfers et l'Olympe, transporter en quelques instants du rocher de Delphes à l'acropole d'Athènes une action gigantesque qui, ravie d'un essor audacieux, voyage comme les dieux d'Homère. Eschyle osa une fois, comme au reste un sculpteur dont Pausanias nous a décrit le bas-relief *, offrir aux yeux ce qu'Homère n'avait offert qu'à l'imagination * : au faîte de son théâtre 3 apparut Jupiter entouré de la cour céleste, et pesant dans des balances d'or4 les âmes de deux illustres combattants, de Memnon et d'Achille, pour lesquels mtercé-
1. Pausan., Eliac. , î, xxn. 11 est question d'autres repris mations antiques du même sujet, ainsi que de son origine égyptienne, dan- le Mémoire sur la Psychostasie, lu, en 1810, par Mongez. à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et extrait, en 1821 , au t. V, p. 84, de la nouvelle collection des mémoires de cette Académie.
2. lliad., VII1,69:XX1I, 209 ; cf. Virgile., jEneid., XII, 725; Quin». Smvrn., II, 639; Mil on, Par., 1. IX, 996.