‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 132 sur 185 · J. Poil., IV · texte numérisé non relu

J. Poil., IV

4. Gaiement parodiées, à ce qu'il semble, dans ces balances des Grenouilles, v. 1368, où Bacchus pèse les mérites d'Eschyle et d'Euripide.

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daient leurs mères divines, i'Aurore et Thétis J ; bientôt après, le terrible arrêt prononcé, on vit l'Aurore traverser les airs, le corps sanglant de Meinnon dans ses bras2: magnifiques tableaux qui, chez ce poëte sublime, étaient autre chose qu'un vain spectacle !

Revenons au Promètkèe, dont il est temps de commencer l'analyse. Le poëte nous transporte, non pas, selon les traditions ordinaires, sur le Caucase, mais sur une montagne de la Scythie européenne , qui regarde la mer, soit l'océan scythique, soit le Pont-Euxin. Luimême, en plusieurs passages3, détermine ainsi, et il ne faut pas., avec les commentateurs, chercher à en savoir davantage, le lieu solitaire où Yulcain vient, par ordre de deux divinités, ministres fiJèles de Jupiter*, la

1. Plat., de Republ., II; Plutarch., de Aud.poet.; schol. Eustath. ad lliad., ibid.

2. J Poil., ibid. Voyez sur la ^Fu/au-raiia, la Pesée des âmes (c'était le titie He c< tte pièce étrange), et sur la trilogie dont elle faisait partie, God. Hermann {de Composit. titrai, trag.; Opusc., t. II, p. 317; de jEschyl. Psychostasiat Opusc , t. Vil. p, 3^3 sqq ; Welcker (Trilog., p 431) sqq.); Kdausen (T colayutn. /Esrhyl., p. 183); E. A. J. Ahren.s (ALschyl. fragm., éd. P. Didot, p. 21u sqq.). On a quelquefois rapporté à cette tragédie, ou à celle qui la suivait dans la trilogie dont elle faisait pnrtie, la belle plainte de Ttietis, citée par Platon ai IIe livre de sa République : ,

a Apollon promettait à mon fils un sort heureux, une longue vie sans souffrance; il vantait mon tort aimé des dieux, et moi j'avais confiance dans la véracité du di--u des oracles. C'est lui pourtant, lui qui a fait entendre le chant d'Hyménée, lui qui a pris part au festin des noces, lui qui annonçait cette destinée, c'est lui qui a tué mon fils. »

3 Voyez les vers 2 et 309, dans lesquels il nomme ou désigne la Scyihie; le vers 430, <»ù il fait mention du Caucase comme appartenant à des légions assez éloignées; le vers 744, où il le place parmi celles que, sel n l'oracle de Proinéthée, doit parcourir Io; les vers 89, 1084, 1 124, desquels on peut conclure le voisinage de la mer. Cf. Arg. grac. sckol. v. 1. Toutefois 1rs lim tes de la Scythie et de la chaîne du Caucase, dans la géographie d'Eschyle, sont si indécises, que, contrairement à l'opinion assez généralement adoptée, et particulièrement par God. Hermann (de jEtch. Prometh. sol.; Opusc, t. IV, p. 262 sqq.), d'autres crtiq les, Welcker (T>ilog. , p. 33), Klausen (Theolog. jEscti., p. l.")4), ont pu, par des raisons spécieuses, placer sur le Cauca.-e la scène du Prométhve enchaîi.é. Voyez le détail de cette question, en dernier lieu, chez Bellmanu (de ALsch. tern. Prometh., p. 135 sqq.); Bode (Hisl. de la poés. grec, trag., t. III, p. 321) ; Eugèn. Thomas, me* mores rappelés plus haut, p. 255, 266.

4. Hésiol., Theog , 382-403 ; cf. Callim. , Ilymn. in Jov. , 66.

Puii i anoe et II . tialner le mal x Pro-

méth

<)n s'chi té quelqu

du Bupplioe qu'E oh . li plutôt l'horreur que La pitié, U ici une observation importante poète aurait méconnu son art, s'il m Fût pi émouvoir par l'insupportable sympathie qu'excite en doui la vue de la souilrauce physique, sympathie sans aucun rapport avec les effets que doit véritablement produire la tragédie. Si les Grecs n'ont pas craint d'expi la scène les douleurs du corps, d'y moutrer soit la blessure de Philoctète, soit l'égarement frénétique d'Orest?, soit l'agonie d'Hippolyle, soit enfin les tortures de P théc, c'est d'abord que la distance qui séparait ces tableaux du regard, en adoucissait la douloureuse et révoltante impression; c'est ensuite que cette impression, et cela est surtout vrai d'Eschyle et de Sophocle, qui n'ont jamais fait du pathétique l'abus reproché à Euripide, c'est que cette impression ne fut jamais leur but principal. Ils peignaient les souffrances corporelles , mais seulement parce qu'elles leur offraient l'occasion de développer les plus nobles affections de l'âme aux prises avec la douleur. Ce genre de peintures qu'on devrait sévèrement reprendre dans leurs ouvrages s'il s'y rencontrait seul, n'était que leur point de départ; c'était de là qu'i s s'élevaient et qu'ils élevaient avec eux leurs spectateurs jusqu'au sentiment de l'admiration , où se perdaient toutes les autres émoiions du spectacle tragique. Ne croyons pas qu'Eschyle, comme un poëte vulgaire, veuille seulement, par un appareil de tortures, ébranler notre sensibilité : il veut, au contraire, nous arracher à cette sensation pénible qu'il ne peut, par la condition de son sujet, nous épargner tout à fait, mais qu'il ne nous laissera pas le loisir de ressentir longtemps. Il nous montre un instant les instruments du supplice, les chaînes dont on accable Prométhée, le coin qui perce son corps; mais nous sommes bientôt détournés d'objets si repous-

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sants par les sentiments moraux qui naissent de cette scène d'horreur et dont la grandeur et l'élévation ravissent notre âme et l'occupent tout entière : nous n'entendons plus le marteau de Vulcain, mais les nobles et touchantes plaintes qu'il répand sur sa victime; nous admirons la constance et la fierté du Titan auquel le plus affreux supplice, l'insolence brutale de ses oppresseurs, et la compassion même de son bourreau ne peuvent arracher ni une parole ni un soupir. Le caractère sublime de Prométhée, véritable et seul objet de cette tragédie, s'empare tellement de notre attention, que vers la fin de l'ouvrage nous avons oublié ses souffrances, et que le poète est obligé de nous les rappeler, en faisant sortir de sa bouche un gémissement plaintif au moment même où éclate le plus son indomptable fermeté, où, du sein de son oppression, il paraît triompher de l'ennemi qui l'accable *. Mais n'anticipons pas sur ce qui doit plus loin trouver sa place. Nous n'en sommes encore qu'à la première scène de la tragédie d'Eschyle, scène qui ne semblait annoncer qu'un spectacle atroce, et dont il a su tirer un tableau qu'Andrieux, juge si délicat des productions de l'esprit, ne craint pas d'appeler touchant et sublime.

La Puissance et la Force, son muet satellite, ont accompli leur œuvre et se retirent ainsi que Vulcain, adressant pour adieux à leur victime, celui-ci des paroles de compassion, celles-là des railleries insultantes et amères. Prométhée, resté seul, laisse enfin éclater la douleur qu'il a si courageusement contenue, et ses paroles ne démentent pas la vive attente excitée par son long silence, éloquente préparation dont Eschyle a souvent usé, quelquefois abusé, et dont nous avons déjà cité plus d'un exemple2. Dans son abandon, dans son isolement, Prométhée s'adresse aux objets insensibles qui l'entourent ; il les prend à témoin du traitement horrible et surtout de l'insupportable affront qu'il éprouve : la douleur morale prévaut en lui sur la souffrance physique, et son âme s'élève insensiblement à

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