Od., I, xxn
3. Les anciens ont relevé quelques erreurs géographiques d'Eschyle, peu en ava> ce à cet égard sur son public. Voy. Strab., XII; Plin., liist. nat., XXXVII, n. M. Stiévenart, qui a donné en .... (librairie Dezobry) une édition du Prométhée d'Eschyle accompagnée de commentaires, où abondent les rapprochements ingénieux et les citations intéressante-, rapporte à ce sujet, fort à propos, le jugement indulgent d'Agatharcbide, qu'on lit dans la Bibliothèque de Photius : a Je ne blâme point Eschyle d'avoir écrit des inexactitudes impardonnables chez un autre écrivain; je ne fais pas non plus Je procès aux autres poë. es dramatiques pou- avoir rapproché des localités contre la vraisemblance. Le hut du poëte tst de promener agréablement notre imagination et non d'être vrai. »
4. Ce voyage fut rlepuis parodié par Cratinus dans les Sérivhiens, où. à ce qu'il semble, Polydecte. roi de l'île de Séiphe, indiquait à Persèe, prêt à partir pour son expédition contre les Gorgunes,son îtiué-
Mylo a mit, I 60 tique, une. btbileté qui méril
montre que 1 j> i dans li ses ou-
vragée, le même i qui, nom l'en
préside a leur en i D'abord, ce <\
a supprimé une portion qu'on
tragédie1, itni qu'on puisse inférer, avec eertitude, de ce partage, laquelle des deui pi< I le supplément de l'autre. Quant à ce qu'il conservait, il l'a distribué en trois morceaux , amenés, séparés, conclus par des dialogues où reparaît le drame un moment etlar rations partielles, il a su les faire désirer, à peu près de la même manière que celles dont se compose la scène du messager dans sa tragédie des Perses, prêtant de temps en temps au narrateur des paroles propres à piquer la curiosité, comme celles-ci : « C'est trop tôt gémir, s'effrayer, attendez le reste.... Ce que tu viens d'entendre est à peine le commencement de tes disgrâces Que feras-tu donc quand tu sauras ce qui t'est
encore réservé?... Ne demande pointa le savoir.... Ch< d'apprendre ce que tu as encore à souffrir, ou par qui je serai délivré1.... » Ce n'est pas tout : par une disposition, dont l'auteur de l'Od)ssée avait donné le modèle, le récit des courses antérieures d'Io ne vient qu'après l'annonce de celles qui lui sont encore réservées. Prométhée veut lui montrer, par la vue distincte qu'il a du passé, qu'il n'a pas moins vu clairement l'avenir. Enfin, à sa demande, pour satisfaire la compatissante curiosité des Océanides , et aussi celle des spectateurs dont on ne parle pas, Io fait elle-même de ce qui a amené ses malheurs et des événements pour elle inexplicables* par lesquels ils ont commencé, un récit qui est comme la préface de tous les autres.
raire, en termes qui rappellent les paroles de Prométhée à Io chez Eschyle. C'est la conjecture de M. Meineke; voyez Men, et Phil. reliq., pràef., p. xvin ; frogm. comic. grxc.y t. Il, part. I, p. 132 sqq.
1. Dans les Suppliantes, dont les vers 548 et suivants comblent la lacune qui se lemarque au vers 832 d i Prou éthee.
Le débat en est charmaDt, plein de cette grâce riante qui éclaircit quelquefois les ombres de la tragédie d'Eschyle. Moschus s'en est visiblement inspiré, lorsque, dans le poëme précédemment rappelé, où il introduit épisodiquement l'histoire d'Io, il a peint Europe avertie par des songes prophétiques de sa glorieuse destinée1 :
« Des visions nocturnes, dit l'héroïne d'Eschyle, ne cessaient de me chercher dans ma pudique demeure et de me faire entendre ces engageants discours : 0 trop heureuse fille ! pourquoi si longtemps demeurer vierge, quand tu pourrais jouir du plus illustre hymen? Jupiter a été frappé par toi des traits du désir; il brûle d'amour pour toi; il te veut pour compagne de sa couche. Ne repousse pas, mon enfant, l'alliance de Jupiter. Va-t en dans les prairies de Lerne , où sont les troupeaux de t n père, et contente l'œil amoureux du dieu2. »
Saisie d'un nouveau transport que les vers d'Eschyle expriment avec une grande vivacité, Io quitte la scène ainsi qu'elle y est arrivée, d'une manière également fortuite, mais vraisemblable dans l'ordre merveilleux de ses aventures. Ce que l'emploi de ce personnage peut avoir d'arbitraire, est compensé par l'effet qu'en tire le poëte pour rassembler sous nos yeux deux victimes de Jupiter, dont « l'une n'a pas moins à gémir de son amour que l'autre de sa haine8; » pour faire ressortir la douleur contenue du Titan, au milieu de souffrances immortelles comme lui-même4, par le con'raste d'une douleur plus libre dans son expression, telle qu'il convient à la jeune iille d'Inachus; pour les consoler l'un et l'autre, et nousmêmes avec eux, par leur mutuelle pitié. Ajoutons que le lien secret qui rattache cette peinture au sujet même, se découvre à nos yeux, et qu'elle cesse de nous paraître épisodique, quand, par deux fois1, mais particulièrement à la fin de la scène, où la prédiction devient plus ositive et plus claire, Prométhée annonce6 que d'Io et de sa race doit sortir, après treize générations7, le
1. ldyll., II, i sq. — 2 V. 666-675. — 3. Andrieux, ouvrage cité plus haut. — 4. V. 777 sq. — 5. V. 797, 896 sqq —6. V. 896 sqq. 7. V. 799. Cf. 878. Le pnëten'ost pas i' i d'accord avfc lui-même, s'il
280 i ii
héros dont il attend M dé Bt qui nV-.t autre
qu'Hercule.
Il ne f;iut pas, DOUI In verrou, OOnfon OU
l'a hit1, avec Hercnle, on intre pertonni
dant toute II pièce, par dee exp le plna i
vives2, et qui atteignent ici an plue hant degré, non
de clarté, il ne le fallait pas, mail de force, il menace Jupiter, destiné, dit-il, s'il n'a recours aux Con&eilfl de Promet liée, et ne les achète d'abord en brisant ses liens, à se donner un fils plus puissant que lui-môme, et qui accom lira la malédiction de Saturne en le détrônant. Ses paroles ne se perdent point dans les airs, elles arrivent jusqu'aux cieux, et bientôt elles en font descendre Mercure, venant au nom du maître des dieux, qu'elles intimident, et, pour ainsi dire, tiennent en échec, le sommer, mais vainement, de livrer le fatal secret dont il *e dit possesseur. Cette demande et ce refus sont le ^ujet d'une dernière scène, la plus belle de l'ouvrage, où achève de se développer le caractère énergique et indomptable de Prométhée. On ne peut mieux la commenter et la louer qu'en la citant :
MERCURE
C'est à toi que je m'adresse, esprit subtil et intraitable; à toi, qui, coupable envers les dieux, as fait part de leurs honneurs aux hommes, ces êtres d'un jour ; à toi le ravisseur du feu céleste. Mon père t'ordonne de déclarer quel est cet hymen dont tu parles, qui doit lui coûter sa puissance : et c>la «ans énigmes, sms vains détours. Ne m'oblige pas, Prométhée, à un second voyage Ce n'est pas, tu le peux voir, par de tels moyens qu'on fléchit Jupiter.
Voilà de bien fières paroles, comme on peut les attendre du
est vrai, comme le dit son scoliaste (Prometh., v. 94), conforme en cela à Hygin [Astron., II, 15), que, dans son ïlç,o\i.rfis.\j- nvpçopoç, il ait étendu à trente mille ans la durée du supplice de Hroméihée. Il y a là une contradiction dont s'est prévalu God. Hermann (Opusc, t. IV, p. 257) contre le système, dont il sera nuesiion plus loin, qui réunit parle lien de la trilogie les divers Promettes attribués à Eschyle. 1. Brumoy et autres. — 2. V. 533, 793, 944 sq.
PROMETHEE. 281
serviteur des dieux. Souverains d'hier, vous régnez à peine, et rous vous croyez dans un fort inaccessible aux revers et aux hagrins. Ne sais-je p<s que de là déjà deux rois sont tombés? je troisième, celui d aujourd'hui, je verrai aussi sa chute : elle ;era honteuse et prompte. Ai-je l'air, dis-moi, de trembler, de n'humilier devant tes nouveaux dieux? Ah! cela est loin de na pensée Tu peux reprendre la route qui t'a amené ici; car u n'apprendras rien de moi.
MERCURE
Toujours le même orgueil, le même emportement, qui t'ont ait courir toi-même aux maux que tu souffres.
Je ne les échangerais pas, ces maux, sache-le bien, contre ton ervile ministère. Oui, je crois qu'il vaut mieux appartenir à ce ocher que de servir ton père Jupiter, que d'être, comme toi, on messager fidèle. Je te rends, je le dois, injure pour injure.
MERCURE
Ton sort présent fait ta joie, à ce qu'il semble.
Ma joie! Ah! que je voie éprouver une telle joie mes ennems, et toi-même tout le premier!
MERCURE
Moi ! tu m'accuses aussi de ton malheur !
Tous les dieux ont part à ma haine : tous pour prix de nus nenfaits me traitent avec injustice.
MERCURE
Ton esprit est bien malade, à ce que je puis voir.
Si c'est être malade que de haïr ses ennemis, je ne vei z >oint guérir.
mercure.
Ta ne serais vraiment pas supportable dans la prospéiité.
H^las!
MERCURE
C'est là un mot que Jupiter ignore.
F.e temps est un maître qui enseigne toutes choses.
Il ne Va pal &]
»û; car je De te j irl ve.
Tu ne me diras donc rien d> v.-n tvoir mon père?
MftTBÉI.
Je lui devrais en effet cette marque de reconnaissant
MEP.CUI
Tu me railes en vérité comme un enfant.
PHOMK'IHEE.
Et n'es-tu pas un enfant, nions que cela même, pour la r son, si tu t'attends à rien tirer <e moi? Ni par violence, ni artifice, Jupiter ne m'amènera jamais à parler, avant n'ivoir relâché mes liens. Ainsi qu'il lance, s'il veut, ses carreaux brûlants; que faisant voler dans les airs les blancs tourbillons de la neige, gronder au fond des abîmes les tonnerres booI rains, il trouble et confonde toute la nature, ii ne fléchira ma constance; je ne lui dirai pas qui doit le faire tomber du trône.
mercure.
Vois bien si tu te sers ainsi.
P .OMÉTHÉE.
Tout est vu, tout est réso'u.