‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 150 sur 185 · En 1738. — 4. En · texte numérisé non relu

En 1738. — 4. En

b. En 1796. Comme l'a fait remarquer, dans une intéressant noti:e

première n'offre guère qu'une esquisse incohérente et confuse de laquelle se détachent quelques traits hardis de dialogue; dont la seconde ne se distingue que par des inventions de détail assez heureuses, par une exécution élégante et pure, impuissante toutefois à racheter ce qu'il y a de faiblesse et de froideur dans la conception tragique; dont les deux dernières, enfin, consacrées par une longue épreuve de la scène et des succès constants, unissent à l'habile structure de la fable l'énergique peinture de la passion ; ces quatre pièces, comme on le voit, de caractères assez distincts, et de mérites bien inégaux, se ressemblent toutes en deux points principaux qui les séparent complètement du chef-d'œuvre d'Eschyle. Ce que j'y remarque d'abord, c'est qu'il y règne un assei

sur Lemercier (voyez Revue des Deux-Mondes, février 1840, t. XXI, p. 4ô5), Ch. Labitte, fauteur de noire Âgamemnon avait eu en France même d'autres prédécesseurs, mais restés bien obscurs. « Des 1557, ditil, un ami de Baïf, Charles To tain, dans le style de Dubartas, armait Clytetnne»t.re d'un couteau tue-mari. Kn 1 .">6l , Duchat donnait encore une libre imitation de Sénèque; et, vingt-huit ans plus tard, Roland Brisset dramatisait de nouveau le crime ne Y efféminé paillard Égisthe. Kn cette même année 1589, un écrivain coloré de style, et qui mettait assez peu d idées sous beaucoup d'ambitieuses images, P. Matthieu, donna aussi une Clytemnestre. » «J'indiquerai encore, aj<»ute-t-il, pour être complet, l' Agamemnon du Provençal Arnaud (1642), écrit déjà fans le style sentencieux du xvin8 siècle, et enfin la rapsodie de Boyer (1680) » On peut lire quelques extraits de Brisset et de Boyer dans l'édition de Sénèque qui fait partie de la Bibliothèque classique de M. Lemaire. Si Brisset y paraît bien loin de Garnier, Boyer s'y rapproche beaucoup de Pradon. Corn., e Pr.idon, aux inventions des anciens il avait ajouté les siennes qui n'étaient pas heureuses, tuais le semblai-nt alors, et caractérisent plaisamment la poétique produite par les doctrines et les exemples de Scudéry. Chez lui, par exemple, Oreste était déjà un jeune homme, amoureux ei aimé de Cas^andre, et ainsi ri. al de son père; Agamemnon, de son côté, pour épouser Cassandre, songeait à répudier Clytemnesire. La pièce jouée avec quelque sucecs le premier jour, sous un nom suppose, toint a le lendemain lorsqu'on eu connut l'auteur. Le poète s'était imprudemment découvert lui-même, Voyant applaudir Racine, il lui avait crié : « Elle est pourtant de Boyer, mous Racine. » Kn 1780, fut donnée sur la scène française une imitation en vers de l'Agamemnon de Thompson. Elle a précédé de seize ans le bel ouvrage où Lemercier, mettant à profit, avec un si heureux éc'ectisme, ses quatre principaux devanciers, Eschyle, Sénèque, Thompson, Alfieri, a pris possession d'un des plus grands sujets du tin 'âne tragique.

vif intérêt de curiosité. I.

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hier à son tour; I :e, «-utre les [• i de ce

terrible drame, une lutte active et proloi suit, avec une anxiété douloureuse, les vjci . A

cet intérêt d'attenie et de surprise que produit l'artifice de l'intrigue, se joint l'intérêt plus pr .fond et plu saut qui naît du développement des pa- ca-

ractères. Quelle étrange et triste révélation nous voyons sortir de ces scènes affreuses, dont le souvenir est sans doute encore présent à ceux qui les ont vues si vivement reproduites sur notre scène tragique, de ces scènes où les amants adultères conspirent ensemble le plus noir des forfaits, et où éclatent, dans nn dialogue expressif, les sentiments les plus tumultueux et les plus forcenés du cœur humain, l'amour, la jalousie, la vengennee, l'audace, la crainte, le romords Je ne parle point des tableaux épîsodiques qui ajoutent tant de prix à ces beaux ouvrages, mais qu'il n'est point de mon sujet de rappeler ici avec détail; de cette Electre si pure et si tendre, qu'a placée Alfieri entre une mère criminelle et un père indignement trahi, comme un pieux médiateur qui peut les rapprocher, les réunir, pr venir par l'ascendant de ses vertueuses et douces paroles le crime qui se prépare et qu'elle pressent; de cette Cassandre dont Eschyle, Sénèque et Thompson ont fourni à Lemercier les traits les plus frappants, mais qui est devenue, ce qu'elle n'avait pas encore été, nn des personnages les plus agissants, les plus attachants de son drame; du rôle d'Oreste enfin, si heureusement conçu par le poète anglais, et que l'auteur français a si habilement imité, de cet enfant dont l'innocence naïve forme un contraste touchant avec les passions et les forfaits qui ensanglanteut son berc°au, dont la présence éveille le remords vengeur dans le cœur d'une épouse dénaturée, et fait pressentir au spectateur

fatigué, révolté par l'image du crime audacieux et triomphant, l'norrible expiation qui doit bientôt punir un si grand attentat, par un attentat plus grand1. Je passe rapidement sur toutes ces beautés, vraiment tragiques, qui mériteraient un plus long commentaire; je ne m'attache qu'à marquer, dans ces ouvrages, ce qui les distingue entièrement de celui d'Eschyle, ce double intérêt qu'ils excitent, à un si haut degré, par la conduite de l'action et la peinture des caractères2. Quoi donc! la pièce grecque n'offre-t-elle ni action ni caractères? et s'il en est ainsi, que peut-il lui rester? Assez pour que les productions que je viens de rappeler n'en aient point surpassé, et, j'ose dire, égalé la sombre et sublime beauté.

Une différence toute matérielle rend sensible aux yeux le contraste que je veux faire remarquer : tous ceux qui, depuis Eschyle, ont traité le sujet d'Agamemnon, ont placé la scène dans l'intérieur même du palais où le crime se prépare et s'accomplit; ils nous ont rais par la dans l'intime confidence des assassins, et nous ont lait assister, autant que le permettaient les lois de l'art, à l'acte exécrable qu'ils exécutent. Eschyle nous arrête à l'entrée de

1. M. V. Hugo, success ur de Lemercier à l'Académie française, a, dans son Discours de réception, le 3 juin 1841, ainsi résumé, tort heureusement, les principales beautésde Y Agamemnon ivax\ça\s : «....Contemplez surtout Clvtemnestre, la pâle et sanglante figure, l'adultère dévouée au parricide, qui regarde à côté d'elle sans les comprendre et, chose terrib e, sans en être épouvantée, la captive Cassandreet le petit Oreste, deux êtres faibles en apparence, en réalité formidables! L'avenir parle dans l'un et vit dans l'autre : Cassandre, c'est la menace sous la forme d'une esclave; Oreste, c'est le châtiment sous les traits d'un enfant. »

2. On pputajouteràces ouvrages une imitation de VAgamemnond'Rscbyle, qui ouvre VOrestie, tragédie en trois actes et en veis, donnée récemment, en janvier 1856, sur le théâtre de la Porte Saint-Martin, par M. Alexandre Dumas. L'auteur a cru devoir y introduire, d'api es la manière moderne de concevoir le sujet, quelques courtes scènes, où se découvre ce que le poëte grec avait tenu dans l'ombre et fait seulement pressentir, jusqu'au terrible dénoùment, le complot tra.né contre la vie d'Agamemnon par Clytemnestre et par Êgïsthe. 11 s'est ainsi sensiblement écarté du modèle, y substituant un mélange un peu équivoque, où disparaît la tragédie simple, sans laisser assez de place a ces développements de situation^, de sentiments et de caractères qui, après Eachyle et à dater de Sopbocle, ont constitué la tragédie implexe.

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source si féconde d'intérêt tragique. Ce n'e que la

paarcfae de cette action, dont il nous dé] secrets, ne soit quelquefois aperçue; que ces car, qu'il montre à peine, ne se prônons nt cependant par quelques traits énergiques et hardis : mais il h'a-tache bien peu à faire re-snrir cette partie de son t-ildeau; il s'efforce bien plutôt de la voiler, de l'obscurcir; il la rejette au dernier plan -ians une ombre mystérieuse. Que met-il donc sur le devant de la scène, à la place de ces acteurs principaux, qui deviennent par une dis osition singulière l'accessoire de son œuvre? I e héros de tous ses drames, personnage abstrait et f-mtastique, que, par un artifice vraiment admirable, il sait rendre sensible et présent, et offrir en quelque sorte sous des traits visiLks a l'imagination des spectateurs. Le Destin des anciens, et celui que célèbre Eschyle, ressemblent souvent à l'aveugle hasard; ici, c'est un témoin incorruptible, un jge inexorable qui punit l'orgueil et le crime, selon les lois d'une exacte et terrible rétribution. Fixé dans la demeure des fils de Tantale, cet hôte terrib'e, ce bourreau domestique, assiste invisible aux crimes de leur race, et les punit de générations en générations par des crimes nouveaux. Le sang d'un fils que, par un exécrable raffinement de haine, un frère a fait boire à son frère; le sang d'une vierge innocente, répandu par un père sur l'autel des dieux indignés, et offert en sacrifice à l'ambition du commandement et de la conquête, demandent depuis longtemps vengeance, et le moment est venu où leur cri doit être

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écouté, Aaamemnon va tomber du faîte de sa gloire et de sa prospérité, pour saiisfaire aux saintes luis de la naiure, profanées par son père et par lui. Il ne se prononce' pas une seule parole dans la tragédie d'Eschyle qui ne fasse pressentir et attendre cette solennelle et terrible expiation ; l'idée du crime et du châtiment, l'idée du rémunérateur inexorable qui attend sa victime pour l'immoler, y est sans cesse rappelée par chaque personnage du drame; elle les poursuit, elle les obsède; elle se mêle malgré eux à la joie de la victoire, à l'ivresse du triomphe; des cris de détresse, de désespoir, de terreur, leur échappent à chaque instant au milieu même des hymnes de fête; un sombre nuage, semblable à celui qui renferme l'orrge, qui le précède et qui l'annonce, couvre cette scène lugubre; de tristes pressentiments, des présages sinistres, des révélations affreuses, des prophéties effrayantes y jettent, par intervalles, une sombre lueur, comme des éclairs qui brillent dans la nuit, jusqu'au moment où ce songe fatigant et terrible, rempli de visions si confuses et si redoutabl s, finit, comme celui que raconte Grébillon, par un coup de tonnerre.

Pour jug r les productions de l'art, il est d'une nécessité absolue d'entrer dans l'esprit particulier qui a dirigé l'artiste, de se placer avec lui dans le point de vue précis d'où il contemplait son œuvre. C'est ce qu'exprime admirablement Bossuet1, en cherchant à se rendre compte de la confusion apparente et de la justesse cachée qu'il remarque dans l'ouvrage de l'immortel architecte. Avec cette familiarité hardie qui est un des caractères de son éloquence, il ne craint pas de le comparer à certains tableaux que l'on montre as^ez ordinairement dans les cabinets des curieux, comme un jeu de la perspective. « La première vue, dit-il, ne vous découvre que des traits informes, et un mélange confus de couleurs, qui semblent être ou l'essai de quelque apprenti, ou le jeu de quelque enfant, plutôt que l'ouvrage d'une main savante. Mais

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