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les spectateurs, par l'évocation hardie de l'ombre de Darius.
La fille de Priam, la conquête d'Agamemnon, Cas^ndre, est encore assise sur le char du triomphe et de l'esclavage, parmi les trophées sanglants conquis sur sa patrie. Glytemnestre, aux soins généreux de laquelle §on nouveau maître l'a recommandée, vient l'engager à descendre et à entrer dans le palais; elle n'en obtient aucune réponse, et la jeune princesse parait aussi insensible à l'expression de sa faussa pitié qu'à celle de sa colère, lorsque cette femme altière et irritée la quitte avec cette menaçante parole :
a L'insensée, qui ne prend conseil q e de son fol orgueil ! Sa villf1 vient d'être pri^e; elle la quitte à peine, et ne saura pas subir le frein avant de l'avoir couvert d'une écume sanglante '. »
Ce silence, je dois souvent le redire, était une préparation familière à Eschyle pour exciter l'attente et la curiosité ; il en usait souvent, il en abusait même quelquefois 8. Ici on ne peut qu'admirer l'emploi qu'il en a fait. Gassandre, restée seule en présence du chœur qui la contemple avec étonnement et lui adresse quelques mots de compassion, laisse enfin échapper des soupirs, des gémissements, des plaintes confuses : elle s'adresse douloureusement aux dieux dont les statues ornent l'entrée du palais, et que saluaient tout à l'heure, dans la joie de leur retour, le héraut d'Agamemnon et Agamemnon lui-même '; à Apollon surtout, dont l'amour lui accorda autrefois le don des oracles, et dont la colèro attacha à ses paroles le doute et l'incrédulité. « 0 Apollon 1 s'écrie-t-elle plusieurs fois, où m'as-tu conduite*? » Saisie d'un transport qui lui retrace à la fois les images vivantes du passé et de l'avenir, elle voit et fait voir à ceux qui l'écoutent, sous des formes effrayantes, tous les crimes qui ont souillé, depuis tant de générations,
1. V. 1033 sqq.— 2. Voyez plus haut, p. 226, 363.— 3. V. 49 sq., 783 — 4. V. 1041 sqq.,1006.
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inspiration à laquelle elle ne peut M dérober : elle présente, sous des images odieuses empruntée* aux ; impure objets, à ces unions brutales et monstl i qui font frémir la nature, lei attentats de I et d'Egisthe, et celui qui doit bientôt les couronner t elle entasse, avec une sorte d'impatience, figure | r ligure, oracle sur oracle, pour vaincre une incrédulité qui la fatigue ; enfin elle laisse échapper cette foudroyante parole : « Vous allez voir la mort d'Agamemnon*! » A ce mot tout se trouble autour d'elle ; elle-même s'étonne de la pitié qu'elle ressent pour les vainqueurs de Troie8; elle déplore sa propre infortune, son sang qui va couler avec celui de son maître; elle jette loin d'elle ses bandelettes et son sceptre prophétiques, funestes dons d'Apollon, qui l'ont rendue un objet de risée parmi les hommes, et ne peuvent la soustraire à son horrible sort; jusqu'à ce qu'enfin, après ces mouvements de douleur arrachés à la fermeté de son âme par la faiblesse humaine, elle entre courageusement dans ce palais funèbre où elle doit trouver son tombeau. Telle est l'idée sommaire d'une scène par laquelle est porté au comble le sentiment de terreur progressivement excité depuis le début de l'ouvrage; qui développe le caractère