V. 1062, 1156 sq. — 2. V
3. Cette pitié est bien touchante et contraste avec la joie cruelle prêtée par Sénèque à sa Ca^sandre dans le même moment :
Vicimus victi Phryges.
Bene estl Resurgis, Tioja. Traxisti jacens Pares Mycenas. Terga dat victortuus.
Tam Clara nunquam providae mentis furor Ostendit or.nlis. Video, et intersum, et frnor.
Ayam., v. «59 sqq.
le plus pur, le plus noble, le plus touchant; où éclate l'inspiration la plus vive, la plus haute et la plus forte, qu'il soit donDé d'atteindre à l'effort du p(;ëte, et que Racine seul a égalée dans la peinture des transports prophétiques de Joad. Pourra-t-on croire que La Harpe ait cru louer assez une telle scène, en disant, pour tout éloge, que c'est un beau détail?
Nous touchons à la catastrophe. Eschyle, par une audace qui lui était propre ', a osé la produire, autant que le goût le permettait, sur la scène : s'il n'y a pas montré précisément l'assassinat d'Agamemnon, il y a fait arriver, et par deux fois*, aux oreilles épouvantées du chœur, les cris du malheureux roi qu'on immole. Suit un dialogue d'une naïveté familière, nouvel exemple 8, et très- frappant, de la liberté avec laquelle la muse tragique des Grecs s'approchait, sans les franchir, des limites de la comédie. Dans un moment si critique, qui n'admet point de délai, les vieillards surpris et troublés, pleins de cette irrésolution qui convient à leur âge et au caractère de ce qu'ils représentent, je veux dire de la muititude, délibèrent tumultueusement sur ce qu'ils doivent faire. Faut-il qu'ils appellent Argos au secours de son roi? faut-il qu'ils y courent eux-mêmes? Tous donnent leur avis*, et ils sont à peine d'accord, que les
1. 'ISîwc;, dît l'argument grec. Ce mot n'aurait plus de sens, remarque fort bien Klausen, si I on adoptait la correction faite par Stanley au texte de Targuaient et qu'à la place de È7rt axTivr,;, sur la scène, on lût ùr.o crxYivyjç, derrière la scène la correction de Bothe, àrro, qui donne le même sens, doit être écartée par la même raison. Il ne faut pas toutefois s'imaginer, avec Blomrield, que, par la disposition scénique, l'assassinat d'Agamemnon était réellement rendu visible aux spectateurs. Sénèque lui-même, qui ne reculai! guère devant de pareils tableaux, s'est contenté cl en occuper l'imagination par la description que fait du meurtre, au moment même où il s'accomplit, la prophétesse Cassandre (v. 875 sqq.).