‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 175 sur 185 · CI.YTEMNESTi'iE · texte numérisé non relu

CI.YTEMNESTi'iE

Crains les imprécations d'une mer-', ô mon fils 1

ORESTE

Votre fils! vous l'avez rejeté, précipité dans l'infortune.

CLYTEMNE:TRE.

Oh! non; mais envoyé dans une maison amie.

ORESTE

Oa m'a vendu, doublement v^ndu, moi, le fils d'un père libre.

CLYTLMNESTRE.

Eh ! quel prix m'en est revenu ?

ORESTE

Je rougirais de le dire1.

CLYTEMNESTRE

Dis; mais les torts de ton père, il faut les dire aussi'. Mon fils, tu veux donc tuer ta mère ?

ORESTE

C'est par vous, non par moi, que vous périssez.

CLYTEMNESTRE

Songe aux chiens vengeurs d'une mère.

ORESTE

Et ceux d'un père, où les fuir, si je l'oublie?

CLYTEMNESTRE

En vain je pleure, je supplie, vivante encore; c'est parler à la tombe.

ORESTE

Le destin de mon père a réglé votre sort.

I. Da s VAgamwnon, v. 854 sqq., un des premiers soins de Clytemuesire, lorsqu'elle va recevoir Sun époux revenant de Troie, est de lai expliquer l'absence de leur tils Oreste. Elle l'a, d.t-elle, par le conseil de Strophius de Phocide, envoyé près de ce prince, leur hôte, pour le soustraire aux dangers qu'il aurait pu courir, s'il fût arrivé malheur à sou père et que le peuple se fût soulevé : elle l'a en réalité, soit pour complaire à son amant, soitpourse soustraire elle-même au muet reproche de son adultère, exile de la mai>on paternelle et de la patrie (Agamemn., 1254, 1537, 1640), réduit à vivre chez les étrangers, dans un état de dépend ince qu'Oreste assimile ici à l'esclavage. C'est peutêtre celte assimilation, dont on trouve dans le théâtre grec d'autres exemples (voyez Soph., Ajax, 1016 sq.; Euripid. , Phœniss., 301 sq., 395), qui avait fait donner par un tragique latin, Pacuvius, à une tragédie sur Oreste, le singulier titre de Dulorestes, ôoûXo; 'OpéffXTjç.

2. Voici qui peut donner une idée de la difficulté d'assigner aux imitations de la tragédie latine leur véritable modèle. On a cru quelquefois retrouver cette réplique de Clytemnestre dans un des vers c >nservés de la Clytemnestre d'Attius (voyez plus haut, p. 307, 320 sq ) :

Matrem ob jure factum incilas, genitorem injustùm adprobas.

D'autres ont regardé comme plus probable que le vers d At ius provient de cette scène de YAgamemnon où Cl\temne>tre, repoussant les reproches desArgiens, récrimine contre son époux. Voyez Agamemn. t v. 1384 sqq.; et, plus haut, p. 327.

Hélas ' <-.v t bien an i jrri ! Il n'était i

; . - wn effroj

que vous avei fait ?< de le

souffrir1.

Quand on lit cette scène affreuse et sublifl ndant,

on ne trouve pas qu'un critique étranger1 ait rien exagéré, en disant d'Eschyle , éloquemment, • qu'il découvre

la téta de Méduse aux spectateurs saisis d'effroi. »

La même situation a été plusieurs fois reproduite par les modernes. Shakspcare le premier a, comme Eschyle *, mettre en présence la mère et le fils. Dans une scène dont les bizarreries n'eflacent pas la beauté, il nous a montré Hamlet qui s'enferme avec la reine Gerlrude pour lui reprocher ses crimes qu'elle croit ignorés de son fila. Le langage qu'il lui tient offre un curieux mélange de fureur, de tendresse et d'ironie. Le trouble de la mère n'est pas moins admirablement peint : elle paraît si malheureuse, que l'ombre de l'époux assassiné, présente à cette explication, en témoigne de la pitié.

Voltaire, dans sa tragédie de Sémiramis, a considérablement affaibli cette peinture en y mêlant un intérêt tout romanesque. Chez Eschyle et Shakspeare , on peut effacer les noms ; il restera une mère et son fils, que devrait rapprocher la plus tendre affection et que sépare le crime le plus affreux. C'est une situation simple d'où sortent des sentiments pris dans la nature la plus générale , et propres à émouvoir tous les hommes. Dans l'ouvrage de Voltaire, c'est bien moins une mère et son fils qui nous sont montrés, que Sémiramis et Arsace, que les héros de roman auxquels le poète a donné ces noms. Les sentiments qui naissent de la position peu vraisem-

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