V. 879-917. — 2. W. Schlegel
3. Mais non, je crois, à son exemple, ainsi que l'a dit M. Puech, dans l'avant-propos de la remarquable traduction en vers qu'il a donnée des Choéphores, en 1826, deux ans avant cclïd où il a reproduit, nous l'avons dit plus haut, p. 268, avec talent et succès, le Prométhte.
LES CHOÉPIIORES. 361
blable où il les a placés, se substituent à des sentiments plus vrais, plus profonds, plus tragiques. La scène est'moins forte, moins frappante. Elle ne laisse pas de paraître encore fort pathétique, quoiqu'on remarque dans l'exécution de la langueur, qu'au moment où le dialogue s'anime, le mouvement soit plus dans les mots que dans les choses, et qu'ainsi la chaleur et la rapidité du style aient, comme il arrive souvent dans le théâtre de Voltaire, quelque chose de factice. .
Enfin, de nos jours, Ducis s'est replacé dans la situation simple et terrible imaginée par le poëte grec et par le poëte anglais; il a peint comme eux, avec une admirable énergie, l'effroi de la mère, la colère du fils, et l'attendrissement qui succède, en son âme, à la fureur. La scène de l'urne, comme on l'appelle, dont l'invention lui appartient, celle où Hamlet se trouve placé entre l'ombre irritée d'un père qui demande vengeance , et une mère qui tremble sous son poignard, sont d'une beauté qu'aucun souvenir n'efface II suffit d'en appeler à l'effet prodigieux qu'elles produisaient à la représentation, lorsqu'elles avaient pour interprète l'acteur fameux qui en était comme le second créateur, et dont le souvenir ne peut se séparer de l'idée qu'on en conserve.
Il reste peu de choses à dire pour achever cette analyse des Choèphores. Tandis que le chœur célèbre dans ses chants le sacrifice qui s'accomplit et la puissance fatale qui a conduit tous ces événements, les portes du palais s'ouvrent tout à coup; on aperçoit les corps sanglants d'Égisthe et de Glytemnestre, et auprès le parricide Oreste qui fait devant le peuple d'Argos l'apologie de son action. Il ordonne que l'on déploie sous les yeux de ses concitoyens et à la face du soleil ce vêtement perfide où l'on emprisonna autrefois les membres d'Agamemnon avant de le frapper. Ce tableau , d'une invention admirable, renouvelle toute l'horreur du forfait qui vient d'être puni; il sèche les larmes trop amères qui coulent encore à la pensée d'une mère immolée par un fils; il
adoucit, autant (rue l'trl pouvait la faire f l'horreur de la cala iropbe I devant le témoin mael du <■■ mère 'j1 maini fumante! d qu'il i
panda , procli a pourrait
du lui ce que disait d'un ai. * este, le A une répétition de son Iph ou Tauride, q
personnes condamnaient un ecoompi rit terrible
placé sous des paroles, dans Lesquelles le * ime,
après un transport de fureur et d'égarement, que le c rentre dans son âme. On trouvait une contradiction choquante entre cette situation paisible où il se retrouve, et les accents discordants et sinistres de la musique ; on accusait le compositeur d'avoir trahi par distraction ou par maladresse les intentions du poète. Cette critique arriva jusqu'aux oreilles de Gluck, qui conduisait l'orchestre ; il s'interrompit et s'adressant de loin à ses censeurs : « Vous ne voyez pas qu'il ment, » s'écria-t-il avec le ton de la colère et l'expression du génie. L'Oreste d'Eschyle ment aussi quand il vante la justice de l'ace exécrable auquel il s'est laissé emporter : on s'en aperçoit bien au soin empressé avec lequel il redouble ses apologies , comme pour se rassurer lui-même contre le cri de sa conscience qui se révolte et qui l'accuse. Le chœur remarque avec effroi les regards douloureux qu'il jette de temps en temps sur le corps de Glytemnestre. Bientôt sa raison se trouble et s'égare ; il voit ou croit voir ces Furies que la malédiction d'une mère mourante a soulevées contre lui, ces chiens dévorants qu'elle a attachés à sa poursuite; il les dépeint avec des expressions qui préparent, on l'a judicieusement remarqué1
l.Bœttiger, Les Furies d'après les poètes et les artistes anciens Weimar, 1801; traduction française, Paris, 1802; God. Kerraann, Opusc.j VI, 2, p. 134, etc. Voyez encore E.Roux, Du merveilleux dans la tragédie grecque, p. 96. Il y a eu du reste à ce sujet en Allemagne de grandes controverses , dont on trouvera le résumé dans une dissertation, déjà citée, de L.R. Haym, De rerum divinarum apud JEschylum condùione, p. 28 et suiv. Quelque^ critiques, entre autres O. touller, contredit en cela par God. Hermann , ont pensé que les Furies, invisibles pour le chœur, lequel témoigne en effet ne pas croire
aux effrayants tableaux de la pièce suivante, et dont la vivacité a passé dans les vers fameux de Sophocle, d'Euripide, de Racine, de Crébillon; s'échappant enfin de la scène, il annonce qu'il va chercher du repos à Delphes, dans le temple du dieu qui lui ordonna le crime. C'est là que nous le retrouvons au début de la tragédie des Euménides, qui ferme par une conclusion plus satisfaisante le cercle de forfaits dont se compose cette terrible trilogie. Le chœur semble la résumer tout entière par ces paroles qui terminent la pièce :
« Tro s fois la tempête a soufflé sur ce palais. Ce fut d'abord l'affreux repas du malheureux Thyeste; puis H mort de ce roi, chef suprême de la Grèce, massacré dans un bain. Aujourd'hui vient Oreste, le troisième, dira -je pour sauver ou perdre cette maison? Quand s'arrêtera, se reposera, entin assoupie, l'infatigable vengeance '. «•
à la réalité de ce qu'Oreste dft voîr, et visibles seulement pour celuici, se montraient aussi, '^s ce moment, aux yeux des spectateurs. C'est une combinaison diiricile à admettre par plus d'une raison, mais par celle-ci surtout qu'elle ne s'accorde point avec ce qui est raconté des effets produits par l'apparition des Furies dans les Euménides. M. Niccolini, qui l'admet (voyez la dissertation citée plus haut, p. 336, 357), en admet une toute semblable chez Shakspeare, dans la 4e scène du IIIe acte d'IIamlet, où l'ombre du père apparaît réellement entre le fils à qui elle parle et qui lui répond, et la mère qui nie sa présence et la traite de f-dle vision. Dans la nouvelle Orestie (voyez plus ha< t, p. 309, 341, 350), le parricide est à peine commis fact. Il, se. xi), que les Euménides sortent de terre, vues et entendues, non seuiemenr d'Oreste, mais de sa sœur, mais des autres personnages, en même temps que de» spectateurs. Le peu d'effet de cette apparition subite, trop peu préparée pour être même bien comprise, m'a démontré, mieux que les raisonnements divers de la critique, que les choses n'avaient pas dû se passer ainsi dans la trilogie d'Eschyle, et qu'il avait seulement offe t a L'imagination, dans la scène finale de sa deuxième pièce, ce qu'il devait montrer aux yeux dans la toisième. Sur le personnage des Furies et sur tout ce qui se lappone à la représentation, à la composition, au sens mythologique, à l'intérêt historique de 'a pièce suivante, on consul era particulièrement le savant et curieux commentaire dont 0. Millier a fait suivre en 1833 (Gœttingue) sa traduction des Euménides, et qui a fourni ultérieurement une si riche matière aux discussions de la critique.