‹ Études sur les tragiques grecsChapitre 87 sur 185 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, p

dont la simplicité n'eût peui-ètre pas suffi à relever un

Style jusque-là si bas 81 si rampant; enfin, an COIUmenCe-

ment du siècle suivant, par Mairet et Rotroo, qui, effaçant la trace grossière de ce mélange, s'efforcèrent en même temps de concilier avec les règles aristotéliques libertés espagnoles dont avait abusé Hardy. Quand, par ce long travail préparatoire, notre Forme tragique eut été, en quelque sort--, assemblée pièce à pièce, à peu p comme chez les Italiens, et probablement à leur exemple, il nous vint ce qui leur avait manqué, des génies originaux, qui donnèrent à une machine inerte le mouvement et la vie. Corneille, Racine, Voltaire, leurs noms suffisent désormais pour les caractériser, créèrent une tragédie qu'on a pu justement nommer française, et qui parait telle même chez Métastase et Alfieri, nos imitateurs, nos continuateurs, à leur insu, et malgré eux quelquefois; car ils ont poussé à bout, l'un cette tendresse de sentiments, l'autre celte régularité un peu contrainte qu'on nous reproche; ils semblent être l'Kpicure et le Zenon de notre système. La tragédie française, par son unité féconde, ses proportions harmonieuses, sa vérité choisie, son expression contenue, sa simplicité élégante et noble, se rattache visiblement à la pratique et à la théorie des Grecs; elle est bien réellement ii lie de leur tragédie; mais, plus belle peut-être qu'une mère si belle, elle |»araît l'emporter par plus d'étendue, de mouvement, d'éclat, d'intérêt, par un pins savant artifice de composition, par une exécution poétique plus parfaite, par une étude plus curieuse, pins complète du cœur humain. Ces mérites, qui font sou originalité, et par lesquels il ne faut pas lui reprocher trop sévèrement d'avoir dénaturé les sujets qu'elle empruntait à l'antiquité, elle les doit à l'inspiration toate moderne d'autres passions, d'autres mœurs, d'un nouvel état social. Par là elle est sœur aussi de ce drame qu'elle a renié et qui la renie à son tour, drame qui n'a rien de grec, il est vrai; qui est sorti tout entier de la complication et de l'incohérence du moyen âge, telles que les retraceut ses longues chroniques, du me-

[61 HISTOIRE • Dl LA

lange et de la contradiction pr

distinguée* au nous par I" . k qui ri

pouvait offrir Je modèle de la régularité, de la siiiipJi

par qui il poinl

inanité pour former des genres à paît; qui les confond, au contraire, et reproduit la vit» avec tous le beau et le laid, le noble et le trivial, 1> bouffon; qui ne personnifie point les les

types abstraits d'une beauté idéale, mais les 1; les individus complexes qu'il exprime, à leurs diepai naturelles; qui ne les saisit pas non plus dans te déoisives où elles se dévoilent tout à coup, mais préfère les suivre dans tous les accidents de leur histoire : drame colossal, drame sans limites, à la scène toujours changeante, aux personnages toujours nouveaux, tumultueux, heurté, dissonant; qui a cependant lui-même son ul ses règles, ses effets propres ; en Espagne, de l'intérêt le plus romanesque et du coloris le plus poétique; en Angleterre, profondément moral; marqué dans les compositions plus artificielles des Allemands d'un sens à la fois historique et philosophique; drame enfin, qui a trouvé sa plus complète expression dans les œuvres étranges et sublimes de Shakspeare. Finissons par ce nom auquel s'arrête, comme à sa borne naturelle, l'histoire de la tragédie grecque, dont le nom d'Homère est le point de départ : Homère I Shakspeare ! génies de même hauteur, mais non de même nature, desquels est également descendue l'inspiration, puissante et diverse; double cime, si on l'os9 dire, du Parnasse dramatique 1

Page 1