Arist., Poet., iv
4. Voyez, après les trc --nombreux critiques qui se sont occupés de cette question, parmi les plusiécents, Welcker {Nachtrâge, etc.. Appendice d Vouvrage sur la trilogie d'Eschyle, 1826, p. 22T sqq.) ; Cli. Magnin {Origines du théâtre moderne, 1838, Introduction, t. 1", p. 29 sqq.) ' '
ESCHYLB. — 2
JO
HISTOIRE GENERALE
DE LA TRAGEDIE GRECOUE
« Or commençoit jà pour lors Thespîs à mettre en avant ses tragédies, et estoit chose qui plaisoit merveilleusement au peuple pour la Eouveauté, n'y ayant pas encore nombre de poëtes qui en fissent à l'envi l'un de
l'autre, à qui en emporteroit le prix, comme il y a eu
depuis; et Selon étant de sa nature désireux d'ouïr et d*apprendre, et en sa vieillesse cherchaot h passer son
temps à tous ebalteraents, h. la musique, et à faire bonne chère plus que jamais, alla un jour voir Thespîs, qui jouoit lui-même comme étoit la coutume ancienne des poètes, et après que le jeu fut fiûi, il l'appela, et lui demanda s'il n'avoit point de honte de mentir ainsi en la présence de tant de monde. Thespis lui répondit qu'il n'y
avoit point de mal de faire et dire telles choses, vu que ce n'étoit que par jeu. Adonc Salon, frappant bien ferme
contre la terre avec un bâton qu'il tenoit en sa main : « Mais en louant, dit-il, et approuvant de tels jeux de
« mentira son escient, nous ne nous donnerons garde que
*« nous les retrouverons bientôt à bon escient dedans nos A contrats et nos affaires mêmt s '. »
Remarquons, en passant, que le Solon de Lucien, celui que, dans un dialogue intî^énieijx, il fait conveiser
avec Anacharsis sur les institutions d'Athènes, et vanter
au Scythe étonné le théâtre tragique et comique comme une école publique de morale*, s'éloigne fort du Solon plus historique de Plutarque, au temps duquel l'art de la scène commençait à peine, et qui l'accusait si sévèrement de mensonge.
Quel était ce mensonge? Celui-là même, je pense, pour lequel Platon excluait plus tard la tragédie de sa République', la jugeant propre à corrompre les mœurs, en amenant, par l'imitation de ce qui était trop souvent vicieux et coupable, à la chose même et les auteurs et les acteurs et les spec'ateurs. Ce m'-nsonge consistait, si je
1. Plu»., Vît. Sol.y XXIX. Cf. Diog. Laoït., I, .59. — 2. Lucien, Anach., xxii, xxiii.
3. Uepubl., II, III. Voyez le commenta're de Bossuet sur ces pa>sages, dans ses Maximes et Réflexions sur la comédie, ch. xiv.
ne m'abuse, à se présenter sur la scène avec le nom et le
masque d'un personnage étranger, à entretenir son auditoire d'un événement imaginaire comme s'il se fiât agi
d'un événement réel. C'était le mensonge de l'action dramatique, de riUusion théâtrale; celui par lequel, plus tard, Gorgias définissait assez obscurément la trap:édie * ; celui
que Platon^ reprochait, qu'Aristote' conseillait et enseignait, d'après Homère, aux poëtGs; et si Thespis fut le premier qui s'en rendit coupable, il faut certainement le regarder comme le créateur de l'art.
Quoi qu'il en soit de cette interprétation, il est impossible de ne pas conclure du renom et de la gloire obtenus
par Thespis, que ce poète a éié pour beaucoup dans Tin-
vention du drame, et que si cette invention ne lui appartient pas entièrement, il Ta du moins fort perfectionnée.
Nous n'avons pas ses pièces, disparues (si jamais elles ont
été écrites*) bien avant Tépoque où Horace les comprenait, pour le besoin de son vers, je crois, parmi les modèles du théâtre latin*; qu'il ne faut pas confondre î\vec les ouvrages que des fraudes littéraires y substituèrent de bonne heure*; auxqueib s il est bien douteux qu'appartiennent les quelques vers que Ton en cite' : mais nous avons les litres do plusieurs, et particulièrement d'un
Penthée*. La Chronique de Paros donnait même la date, à ce qu'on a cru légèrement % d'une Alceste composée par
1. Plutarch., De gîoria Atheniensium, y; De and. poet.j i. Voy. la traduction du pissage de Gorgias dans Vllisloire de la critique chez les Grecs de M. Egger, ch. II, § ii, p. 78.
2. RepubL, II, [il. — 3. Poet., xxiv. — 4. Donat., de Com.et Trag Cf. Bentley, Hespons. ad C Boijle, xi. — 5. Epist. II, i, 163. — 6. Diotr
Laert., V, 92.
7 l'IuL, De audiend. poet.,xiv; CAem. A]ex.,Strom.,y. Cf Bentley, ibid. M. l.etronrie n3 croit pasdavanta^e à 1 authe.iiicité da vers fort insignifiant, que cite, sous le nom de Thespis, un papyrus du Musée royal dont il a donné l'explication dans le Journal des Savants, n° de
jum 1838, p. 324.