V. 400-409. - 2. Cf. Hom., riiad., XI, 287; XV
• *. Nunc conjugis esto
Quisque suae tactique memor.
(Virg., ^n., X, 280.) 3. Admirable expression qui se retrouve chez Virgile : ^re ciere viros, martemque accendere cantu.
C/fia., Vi, 165.)
LES PERSES
de la terreur des barbares et de Talle'gresse des Grecs;
les chants de ceux-ci, auxquels répondent les clameurs confuses de leurs ennemis *; les images homériques de la mêlée, de la déroute, du massacre, ces cris lamentables qui errent et se prolongent sur les flots jusqu'au moment
où la nuit vient tout envelopper de son ombre '.
Je ne sais si le souvenir de cet admirable récit n'a pas
inspiré la peinture qu'a tracée du même événement, non
sans mêler encore de quelques bouffonneries son sublime
inattendu, l'auteur des Guêpes dans la parabase où s'annonce et s'explique l'étrange chœur de sa comédie :
« .... Si quelqu'un de vous, spectateurs, s'étonnait à la vue de mon corsage de guêpe et demandait ce que signifie mon aiguillon, il me serait facile de lui expliquer la chose.... Nous sommes, nous, que vous voyez ainsi armés par derrière, les
seuls Athéniens vraiment dignes de ce noble nom, vraiment fils
de cette terre, race belliqueuse, qui rendit de si grands services ^ la république dans les combats, quand vint ici le barbare, e;
que, remplissant de feu et de fumée tout le pays, il pensait nous
ravir nos rayons. Aussitôt nous accourûoces, avec la lance et le
bouclier, et nous combattîmes, homme contre homme, enivrés d'une acre colère, et de rage nous mordant la lèvre. Les traits de nos ennemis nous dérobaient la vue du ciel ; mais avec l'aide des dieux nous parvînmes à les chasser vers le soir. Un hibou, avant la bataille, avait traversé notre armée*. Ensuite nous poursuivîmes les vaincus; harponnés comme des thons*, dans leurs larges braies, ils fuyaient, et nous les piquions aux joues et aux sourcils. Aussi, encore aujourd'hui, dit-on partout chez les barbares qu'il n'est rien de si brave que la guêpe de TAttique'*. »
Revenons de ce récit tragi-comique à celui de notre
tragédie, aux éclats de douleur dont l'accompagnent les
vieillards et la reine. Ils n'ont pas encore épuisé tous leurs malheurs, qui semblent se multiplier à mesure que la scène avance, ils ont encore à entendre et la déroute de l'élite des Perses, enfermée et taillée en pièces par les Grecs dans l'ile de Psy Italie, et le désespoir de Xerxès,
1. V. 410 sq. Cf. Hom., llial, III, 2; IV, m sqq. - 2. Cf. Hom.,
Iliad., IV, 450 sqq. — 3. Circonstance historique. Voy. Plutarch., VU. Themist., xv. — 4. Cf. Eschyl., Pers., 428 : <ô<txe ôûwouî yj tiv'
î/.ôûwv pôXov....- 5. Aristoph., Vesp.j 1094-1114.
ESCHYLE
qui, témoin de celte boucherie, pousse des cris aigus déchire ses vêtements, et donne le signal de la fuite;
et le retour désastreux de l'armée à travers des contrées ennemies, où tout combat contre elle; et enfin, à chaque nouveau désastre que rappelle le narrateur, cette désolante parole qu'il fait entendre comme un refrain :
« Ce n'est rien encore..., j'oublie plus de maux que je n'en
Dans le langage de cet homme si sincèrement affligé des maux de sa patrie, qui tout à Theure se plaignait d'être condamné à en annoncer la nouvelle, ft qui ^n'en développe pas pourtant la triste histoire sans nue sorte de complaisance, se remarque ce qu'a si bien dit un grand romancierMe la passion des gens du peuplo pour cette sorte de ministère douloureux : « Peu accoutumés à êlre écoutés, ils aiment l'attention que le récit d'un cvonement tragique assure à celui qui Je fait, et In uvent peutêtre une sorte de jouissance dans l'égalité t( .npoi-.ilro à laquelle le malheur réduit ceux qui sont rejardéi Mc'inairement comme leurs supérieurs. »
Quand on lit cette scène vraiment extraordinaire ou a peme à comprendre comment La Harpe a osé écrire mie dans la tragédie des Perses, il ne se trouvait paa wil scène tragique, et que celte pièce était tonne pour des spectateurs qui n'avaient pas encore appris à êlre diffid^ les. On ne ptut que le plaindre lui-même d'avoir eu le goût SI délicat ou le jugement si prévenu. La Harpe eût pu appliquer à la scène d'Eschyle l'éloge qu'il a fait à juste tiire, de celles par lesquelles s'ouvre ï Orphelin de
la Cime de Voltaire, et où, dans une suite de récits plems d'eflet dramatique, sont exposés les progrès de la conquête tartare, la ruine de l'empire chinois. Changeons les noms et supposons qu'il parle des Perses, quand il dit : e Ces faits, racontés successivement, forment une peinture qui devient encore plus frappante par le contraste